‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 34 sur 101 · GAZ INTESTINAUX · texte numérisé non relu

GAZ INTESTINAUX

rosUé, du mucus , du sang , de la bile et du pus , le tout mélangé à des débris d'alimens. En général , lorsque ces diverses apparences des liquides excrétés sont réunies, c'est qu'il y a réunion aussi des états organiques qui leur correspondent.

1703. Il résulte des paragraphes précédens que Texamen des selles est d'une grande importance, et que, malgré le dégoût qu'elle inspire, il est du devoir du médecin de faire celte exploration. M, Segond a même cherché, dans ces derniers temps, à établir des indications de traitement dans la dysenterie, d'après le caractère des selles. 11 en admet trois formes principales : la mucoso-sanguine, la bilieuse et la séreuse; et il les combat : la première, par les antiphlogistiques; la seconde, par le caiomel; la troisième, par l'ipécacuanha et l'opium.

1 704. Dans Fétat de santé parfaite , on ne rend guère de gaz par lanus qu en petite quantité, et principalement lorsqu'on évacue les fécès. En général , lorsque ces gaz sont abondans, c'est que les digestions sont mauvaises. Certains alimens tels que les haricots donnent lieu à leur dégagement abondant , surtout sur les personnes dont Faction digestive est languissante. Les grands mangeurs , les hommes de cabinet, ceux qui se nourrissent mal, les convalescens , sont très sujets à rendre des fluides élastiques par l'anus. Beaucoup de nuances d'entéropathies , surtout à Fétat chronique , donnent lieu à la formation et à l'évacuation abondante de gaz, qui est souvent un symptôme d'indigestion et plus ordinairement encore desîercorentérectasie (distension des intestins par des fécès) . Dans ce dernier cas , l'odeur de ces gaz est celle des matières stercorales portée à un très haut degré , ou encore celle de Fhydrogène sulfuré, et alors on se trouve

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généralement bien de l'emploi des purgatifs. D'autres fois les fluides élastiques qui sortent par l'anus, ont l'odeur putride la plus prononcée; c'est ce qui a lieu lorsque l'on a été pendant quelque temps soumis aux émanations des cadavres ou à d'autres odeurs fétides. C'est un mauvais signe , dans les entéropathies, que cette fétidité extrême des matières et des gaz stercoraux; elle rappelle parfois celle de la gangrène et est l'expression symptômatique d'escharres, ordinairement de l'intestin, et plus rarement d'autres organes. L'odeur purulente des fécès correspond souvent à des ulcérations. 11 en arrive ainsi à quelques phthisiques. La sortie abondante de gaz est un excellent signe dans l'aéro-entérectasie (distension de l'intestin par des gaz). Elle est alors ordinairement suivie d'une grande amélioration et de la cessation des symptômes de l'anhétoatosie par refoulement du diaphragme lorsque récemment ils existaient. Elle est non moins favorable dans l'étranglement ou dans l'engouement des hernies , parce qu'elle annonce alors que les matières reprennent leur cours. Dans certaines colonalgies (coliques) , cette évacuation soulage , et même guérit. La suppression des évacuations gazeuses par l'anus, survenue à des malades sujets à cet accident, est souvent dans les maladies aiguës, un symptôme grave. L'aëro-entérectasie et l'anhématosie par le refoulement du diaphragme peuvent en être la suite. L'analyse chimique des gaz intestinaux rendus dans les maladies, pourrait fournir quelques données utiles; mais elle est à peu près inexécutable.

1705. La présence des gaz dans l'intestin et leur évacuation est-elle un signe d'inflammation? En général, on peut se prononcer pour la négative; à coup sûr, ce n'est pas d'ordinaire l'inflammation qui cause le dégagement des gaz. Seulement , lorsque

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cet état pathologique empêche , par la douleur ou par des adhérences (comme il arrive dans la péritonite), la progression des fluides élastiques; lorsqu'il arrête la digestion , et fait que les matières alimentaires ou stercorales ne sont pas convenablement élaborées par les organes , il peut, d'une manière médiate, donner lieu à l'accumulation ou au dégagement de gaz.

1 706. L'analyse chimique des fécès peut conduire à des inductions utiles dans les cas d'empoisonnemens. (Voyez le traité de Toxicologie) Elle n'a pas encore eu d'applications dans les autres points du diagnostic.

1 707. Signes physiologiques. DansTétat de santé, les intestins sont à peu près insensibles. Ce n'est guère qu'à l'occasion du passage de quelque gaz ou des contractions intestinales précédant la défécation, que le colon et le rectum détiennent le siège de douleurs très légères. En maladie, toutes les parties de l'intestin peuvent devenir excessivement douloureuses. Ces souffrances consistent dans des élancemens , des tortillemens , des arrachemens , des brùlemens , etc. Il en est de si vives , quelles ont reçu le nom de coliques de miserere ^ et que les malades se roulent quelquefois par terre en poussant des cris pitoyables. Les gros intestins sont bien plus souvent le siège de sensations pénibles que le jéjunum ou l'iléon. Les douleurs du rectum, surtout vers sa partie inférieure, sont parfois excessives, remontent quelquefois le long du tube digestif et sont suivies d'un sentiment de faiblesse et d'anéantissement général. Quelques douleurs intestinales, en remontant ainsi, semblent parvenir jusqu'à l'estomac , et déterminer la nausée et les vomissemens.

1708. Les douleurs intestinales se prononcent

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comme signes dans une infinité d'affections. Légères,^ occupant le colon , elles sont l'indice du besoin de rendre les fécès. Ces souffrances du colon ont un caractère spécial et qui les distingue des douleurs de l'utérus ou de tout autre organe ; c'est qu'elles siègent au milieu du ventre, semblent partir du côté droit vers le cœcum, suivre le trajet de l'intestin, descendre à gauche et aboutir enfin vers le rectum, où elles éveillent le besoin de la défécation. Les douleurs des intestins grêles sont plus fixes, plus sourdes, plus obscures ; souvent elles ne viennent pas spontanément et occupent les parties de l'abdomen que l'anatomie et le plessimètre démontrent être occupées par l'intestin grêle.

1 709. Les résultats de la pression sur la manifestation des douleurs intestinales sont assez variables. Tantôt, et quoiqu'on en ait dit, le moindre attouchement du ventre éveille afec une énergie extrême, l'intensité des douleurs ayant leur siège dans l'intestin ; c'est ce que l'on observe dans quelques cas d'aëro-entérectasie et d'entéralgie saturnine ou métralgique. De tels symptômes de maladie ont été souvent attribués à tort à la péritonite ; car le lendemain de ces prétendues péritonites et à l'occasion de l'expulsion de quelques gaz ou de matières stercorales, tous les accidens étaient dissipés. D'autres fois les douleurs de l'intestin ne s'éveillent que par la pression, et encore sont-elles alors très légères. C'est ce qu'on remarque par fois dans l'entérite typhohémique. Il arrive quelquefois que la douleur se prononce seulement quelque t|mps après que la pression est faite et c'est surtout lorsque cette manœuvre excite les contractions de îïntestin et que la sensation pénible ne se prononce qu'à l'occasion de celle-ci.

1710. Les douleurs ne sont pas les attributs cons-

SENSATIONS, DOULUUKS. 153

tans de Tentéropathie , ni même de l'entérite. M. Broiissais a démontré que les lésions les plus graves de l'intestin grêle étaient souvent exemptes de sensations pénibles. MM. Petit et Serres ont aussi rapporté sous le nom de fièvres entéro-mésenlériques, de nombreuses observations, dans lesquelles rinflammation typhohémique avait produit les plus grands désordres sans que des douleurs vives les aient accompagnés. Depuis, une multitude de faits sont venus confirmer ces documens. Dans d'autres affections de l'intestin, il semble qu'il n'y ait d'autres phénomènes que des modifications dans la sensibilité ; telle est Fentéralgie saturnine dans laquelle on n'observe pas ordinairement de symptômes phlegmasiques, généraux ou locaux , bien tranchés.

1711. Les douleurs de l'intestin ont ceci de remarquable, que souvent elles se déclarent sur un point éloigné de celui où a d abord agi la cause qui leur donne lieu. C'est ainsi que dans les hernies , les diverses parties du ventre deviennent souvent très sensibles. Ce phénomène peut résulter de ce que ta maladie se propage du point malade à d'autres parties des voies alimentaires , de la rétention des gaz , etc. Quoiqu'il en soit , on n'est pas toujours fondé à dire que la région du tube digestif la plus douloureuse soit véritablement la plus malade.

1712. Le rectum et les environs de l'anus sont le siège d'une sensation spéciale : le besoin de la défécation, que l'on n'éprouve ordinairement en santé qu'une fois par jour. Sur les personnes sédentaires , cette sensation se renouvelle moins souvent : elle affecte fréquemment, dans son retour, une périodicité remarquable. En maladie , il arrrive qu'elle cesse pendant quelque temps de se manifester. C'est ce qui a lieu alors qu'on garde le repos au lit et qu'on

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est soumis à Fabstineoce. D'autres fois , au contraire, le besoin de la défécation se manifeste avec une grande fréquence; c'est ce qui arrive lorsque les matières sont très liquides, très altérées, très excitantes, et surtout lorsque le colon et îe rectum , comme dans la dysenterie , sont très irrités. Des hémorrhoïdes internes provoquent aussi ce besoin. Désaffections aiguës du canal de l'urètre de la prostate , de la vessie et de l'utérus le sollicitent avec beaucoup de fréquence et d'énergie. Il en est surtout ainsi de l'abaissement du corps de l'utérus, de l'hypermétrotrophie ( augmentation de volume de l'utérus) , des tumeurs développées dans îe bassin et qui compriment le rectum.

1715. Tantôt, la sensation dont il s'agit est l'expression du besoin réel de rendre des fécès, et, dans ce cas , sa cause est dans l'intestin ; elle est alors bientôt suivie, à moins qu'il n'y ait quelque obstacle à la sortie des matières , de l'acte qu'elle est chargée de provoquer; d'autres fois, cette même sensation n'est pas en rapport avec la présence des fécès dans l'intestin, mais bien avec la souffrance de celuici ou des parties voisines. On donne le nom de té-^ nesme à ce besoin factice qui , quelquefois , est impérieux et porte le malade à faire les plus grands efforts d'excrétion alvine. Ce symptôme doit engager le praticien à sonder le rectum et à rechercher qu'elle est la cause organique qui peut lui donner lieu. Les tenesmes , dans la rectite et dans la colite , sont en général d'autant plus fréquens et d'autant plus pénibles que la maladie est plus grave. Ils sont souvent la conséquence d'affections de la marge de l'anus , telles que des fissures , des tumeurs , des corps étrangers, et dans ces cas surtout, ils sont accompagnés de vives douleurs de la région anale.

MOUVEMENS

1714- ï^e besoin de la défécaîioil peut manquer, et tantôt alors les matières séjournent dans l'intestin sans être excrétées , comme on Fobserve daos l'amyélo-nervie (paraplégie ) où elles sont rendues par leffet de la tonicité de l'intestin et des muscles abdominaux d'une manière involontaire, et ainsi qu'on le remarque dans les entérorrhées anciennes, aux approches de la mort , etc.

1715. Les mouvemens de l'intestin ne sont guère observables à l'extérieur; seulement, les borborygmes et la progression des matières supposent leur existence. Ordinairement ces mouvemens sont exagérés et plus fréquens lorsque la membrane muqueuse est irritée; c'est ce qu'on observe dans l'entérite , la colite , la rectite. Par fois , les substances ingérées cheminent si promptement dans les intestins qu'elles parcourent en fort peu de temps toute son étendue : ceci peut provenir ou bien de ce que ces organes sont très irrités , ou bien de ce que les matières qui les traversent sont très excitantes. Il peut arriver aussi que ces deux causes se réunissent pour produire le même effet. Dans ce passage rapide , souvent les alimens ne sont pas digérés. On remarque ce symptôme dans plusieurs nuances d'entéropathies aiguës ou chroniques,

1716. Dans quelques affections, les mouvemens de l'intestin sont ralentis ; quelquefois même , ils sont suspendus. C'est ce qu'on observe dans l'amyéionervie ; il en arrive ainsi à la suite de l'action du plomb, et c'est ici une paralysie plus ou moins comparable ^ celle des muscles du squelette. Cet état pourrait être appelé anentéronervie. Les selles , dans ce cas , cessent , pendant un temps plus ou moins considérable, d'avoir lieu. Ce symptôme , joint aux circonstances commémoratives de l'action du plomb

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et des douleurs abdominales, est le meilleur signe de Tentéropathie saturnine. Il semble que dans cette affection il y ait souvent paralysie sur un point de l'intestin ; que là les matières ne cheminent plus , tandis qu'au-dessus , l'organe fait des efforts douloureux pour porter plus loin les matières. Ces idées sont entièrement d'accord avec celles que M. le docteur Tanquerel des Planches a publiées sur la localisation des névropathies saturnines.

1717. Quelquefois, les mouvemens de l'intestin sont intervertis ; c'est-à-dire, qu'ils se font de bas en haut, et que les fécès remontent jusqu'à Testomac , d'où il sont ensuite rejetés par le vomissement. Ce symptôme est observé lorsque des obstacles mécaniques existent, dans le tube digestif, au cours des matières et en est un des symptômes les plus positifs et les plus graves. Lors donc qu'un malade vomit des matières excrémentitielles , il faut rechercher avec soin s'il porte des hernies, ou s'il n'a pas quelques tumeurs abdominales , quelques signes de volvulus ou d'invagination intestinale.

1718. Les fonctions de l'intestin grêle sont : la formation et l'absorption du chyle. Celles-ci languissent lorsque le jéjunum , et surtout l'iléon , sont malades à un assez haut degré et dans une assez grande étendue pour entraver l'accomplissement de ces fonctions. On ne peut guère juger de la manière dont elles s'exécutent que par les résultats de la nutrition; comme celle-ci ne s'effectue qu'avec lenteur^ ce n'est aussi qu'après un certain temps qu'il est possible de juger du défaut de chylification. Qn voit la maigreur et le marasme survenir lorsqu'existent des ulcérations nombreuses de l'intestin grêle , et cela , soit qu'elles succèdent à l'entérite typhohémique , soit qu'elles résultent d'une entéro-strumosie ( affec-

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