‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 47 sur 101 · EXAMEN DES FECES ET DE LA BILE · texte numérisé non relu

EXAMEN DES FECES ET DE LA BILE

îîienl. On voit même des gastralgies violentes céder d'une manière brusque à un vomissement de matières bilieuses qui à leur passage dans la gorge semblaient être cor rosi ves.

1837. De l'examen des fécès et de la bile, rendus par le vomissement ou les selles, résultent les applications diagnostiques suivantes : i" des selles fortement colorées en brun noirâtre ou verdâlre, lorsqu'on ne trouve, dans les alimens ou dans les substances ingérées, aucune cause qui puisse avoir déterminé cette leinte , annoncent en général que la sécrétion biliaire se fait avec énergie ; — 2° des évacuations alvines d'un blanc grisâtre , jaunâtres, indiquent le plus souvent que la sécrétion de la bile est peu active , ou que l'abord de ce liquide dans l'intestin, se fait avec difficulté, ou bien ne se fait pas. C'est ainsi que dans l'ictère, le plus ordinairement les selles présentent la décoloration dont il s'agit; — S"* lorsque, dans la cholibémie (ictère), les selles ont été pendant quelque temps peu foncées en couleur, et que tout h coup survient une évacuation biliaire abondante par le vomissement ou les selles , il y a tout lieu de croire que la cause organique de la maladie est détruite et que la jaunisse va se dissiper; — 4° ^^"t que, dans la cholibémie , les selles restent décolorées, il faut, au contraire, peu compter sur la guérison de la maladie; — 6° des vomissemens de matière bilieuse sont loin de prouver que, dans tous les cas , la sécrétion de la bile soit troublée ou exagérée; il suffit, en effet, de quelques secousses du diapbragme pour vider la vésicule dans ie duodénum, pour faire remonter la bile dans Testomac et pour déterminer le phénomène dont ii vient d'être question; — 6" lors-

TOMT, II . l5

que la bile épaisse est rendue parle vomissement ou par les selles , elle a en général séjourné dans la vésicule biliaire ; alors, le plus souvent, ces évacuations sont rares, mais abondantes ; — 7° lorsque la bile est peu foncée, peu consistante, peu amère , c'est que, ordinairement, cette bile vient d'être récemment formée et qu'elle n'a fait que traverser ses voies d'excrétion. Fréquemment ceci a lieu seulement lorsque les vomissemens sont très répétés ; — 8" lorsque des évacuations bilieuses multipliées se déclarent dans un court espace de temps , en général, le foie souffre d'une manière quelconque ; 9" s'il arrive , après de telles évacuations répétées, que du sang noir soit rendu de la même manière, on peut supposer que ce dernier liquide vient du foie ou des conduits excréteurs de cette glande ; — 10° lorsqu'à la suite d'une douleur existant dans le lieu qu'occupe ordinairement la vésicule, il survient tout à coup une évacuation bilieuse abondante avec soulagement de cette douleur, il y a lieu de penser qu'il s'agissait d'une maladie de la vésicule ou "des conduits biliaires, et que le rétrécissement ou des corps étrangers ont cessé de mettre obstacle au passage de la bile ; — 1 1*" Dans ce dernier cas, il faut rechercher s'il ne se trouve pas dans les matières évacuées un calcul biliaire ; si celui-ci y est observé, il ne reste plus de doutes sur le caractère de la maladie; la- les évacuations bilieuses abondantes peuvent être tout aussi bien lerésultat d'une souffrance primitive du duodénum que du foie lui-même, et de la même manière que l'écoulement de la salive dans la bouche résulte souvent de la stimulation de la membrane buccale ; ainsi la formatioii^abondante de la bile par le foie et

EXàMEN DES FECES ET DE LA BILE.

son évacuation copieuse peuvent provenir de ia souffrance du tube intestinal; — 13^ des évacuations bilieuses et même des altérations constatées dans le fluide biliaire, ne prouvent pas en général qu'il s'agisse d'une affection bilieuse , dans le sens où le comprenait Stoll. Eh effet, elles sont plutôt en rapport avec une hépatopathie ou une gastroentéropathie qu'avec une maladie générale du sang préexistant à la lésion locale. Personne n'est plus disposé que nous à croire aux altérations primitives du sang; mais il ne faut pas sortir des limites de Tobservation rigoureuse , et rien ne prouve encore que la cholihémie donne lieu par elle-même à la série de symptômes attribués aux maladies bilieuses; — 14° souvent des vomissemens bilieux abondans apportent dans les maladies un changement avantageux, mais ce phénomène est loin d'ire constant; — iS^ des vomissemens bilieux se déclarent dans l'invasion de beaucoup de maladies telles que la variole , la gastrite, la néphrite , etc. Ils constituent, dans le choléra sporadique , le principal symptôme.

i838. Il est rare qu'on trouve l'occasion de constater, dans les selles, les calculs biliaires qui peuvent avoir été rendus pendant la vie , non pas qu'ils doivent y être extrêmement rares , mais parce qu'il est fort difficile de les y rencontrer. Il faut , en effet , se rappeler que beaucoup d'entre eux ressemblent aux matières fécales et qu'on ne pourrait guère les en distinguer. G'estlorsque le hasard les y fait découvrir, ou que des douleurs ont eu lieu dans le trajet des voies biliaires, ou encore que des phénomènes généraux de cholihémie sont survenus et ont conduit à examiner les selles, qu'il est arrivé de les y rencontrer. Le diagnostic de l'exis-

tence de ces calculs repose ici sur Tappréciatiori de leur apparence et de leur composition chimique. On sait combien la première varie ; que tantôt taillés à facettes, tantôt arrondis, d'autres fois inégaux, ils présentent des cristallisations plus ou moins brillantes, et quelquefois une disposition lamellée j qu'ils offrent des colorations jaunâtres, brunâtres , verdâtres , rougeâtres , noirâtres , etc. Ils sont formés de bile épaissie et en général d'un principe gras cristallisable , désigné par M. Chevreul, sous le nom de cholestérine. Ceux qui sont constitués par ce dernier principe , ont principalement une apparence lamellée, striée, blanche ou jaunâtre. Du reste, la composition de ces calculs varie , et M. Orfda en a trouvé de formés, principalement par du mucus coloré en jaune. Ces calculs sont du reste légers, onctueux et inflammables. Us répandent une odeur de cire ou aromatique, lorsqu'on les brûle; leur volume est en général peu considérable. On n'y trouve pas de noyau central. Us sont ordinairement solubles dans les huiles et l'alcool. Ces circonstances sont propres à les distinguer des concrétions intestinales qui sont plus pesantes, moins onctueuses, moins inflammables, répandent une odeur fétide, ont plus de volume, contiennent un noyau central, et sont beaucoup moins solubles dans les mêmes menstrues. (Voyez, pour plus de détails , les Traités d'Jnatomie pathologique et de Chimie ) .

1889. L'examen des liquides formés par des organes autres que le foie, conduit aux résultats suivans : L'urine présente souvent, dans leshépatopathies, une teinte fortement safranée, quelquefois portée jusqu'à une teinte orangée-noirâtre ; la

DOULEURS

sueur quelquefois est jaune; les tissus aveelesquels elle est en contact , les mucosités bronchiques trouvées dans les poumons après la mort, ou expectorées pendant la vie, offrent aussi une coloration plus ou moins jaunâtre. La salive semble faire exception à cette règle , car, dans plusieurs observations de cholihémie, dans lesquelles nous avons recueilli des quantités de salive assez considérables pour qu'elle pût manifester sa couleur, ce liquide n'en présentait point de manifeste. Nous verrons bientôt, à l'occasion des signes physiologiques de rhépatopathie , qu'elle doit être l'interprétation diagnostique de la teinte jaune des liquides.

i84o. Signes physiologiques. Dans l'état normal, le foie ne donne lieu à aucune sensation; il n'en est plus ainsi dans les circonstances pathologiques* Pour qu'on puisse admettre, avec quelque certitude, qu'une douleur ait son point de départ dans le foie, il faut qu'elle corresponde à des points où se trouve cet organe, et parconséquent que la percussion ou la palpation ait démontré la présence de la glande hépatique sur la partie même où la souffrance est ressentie. Il faut que les autres organes qui correspondent aussi au point où la douleur existe ne donnent pas désignes de leur souffrance. Ainsi , lorsqu'on trouvera les signes plessimélriquesetstéthoscopiques d'une hydro-pleurie, on se gardera bien d'atti ibuerà une hépatopathie le point douloureux qui est en rapport avec la pleurite. Ainsi , l'on ne prendra pas pour la canséquence d'une souffrance du foie , des douleurs diaphragmatiques survenues brusquement à la suite d'un effort, alternant avec des douleurs dans les muscles des membres et augmentant brusquement au moindre mouvement inspirateur, etc.

1841. Or, des douleurs, dont l'existence dans le foie a éié constatée : d'une part, par la correspondance existante entre le siège de l'organe et le point où souffre le malade, et de l'autre, par l'absence de signes propres à d'autres affections, offrent des variétés très grandes depuis le plus léger degré jusqu'à l'intensité la plus vive. On admet surtout que certaines affections de la vésicule biliaire et de ses conduits, sont accompagnées de souffrances très vives , et on désigne celles-ci sous le nom de coliques hépatiques. On dit, en effets avoir vu plusieurs fois de telles douleurs se manifester avec une intensité extrême et se dissiper subitement à la suite d'une évacuation bilieuse ou de l'excrétion de quelques calculs biliaires. Le plus souvent, la souffrance du foie ne se manifeste pas avec autant d'énergie. Son intensité , son caractère , répondent même à l'espèce d'hépatopathie. Dans Thépatohémie, accompagnée d'un accroissement médiocre de volume, il v a un sentiment de gêne, d'embarras, de pesanteur dans i'hypochondre droit. Dans l'hépatite, on observe une douleur vive , accompagnée parfois de pulsations, surtout si la maladie se termine par la formation d'un abcès. Dans les cas chroniques , lorsque le foie est hypertrophié et qu'il s'étend largement à gauche , il y a un endolorissement général de l'épigastre : il semblerait qu'une barre se trouve sur ce point et gêne la respiration. Dans les affections cancéreuses du foie , tantôt, comme le dit M. Andral, il y a des douleurs très aiguës, lancinantes , excessives , et tantôt on n'observe que quelques souffrances vagues et très légères qui sont à peine rapportées au foie. A la Salpêtrière , où il est si commun de voir cet organe être le siège de productions

DOULEURS

carcinomateuses, très nombreuses et très volumineuses , affectant la forme squirrheuse ou encéphaloïde , il est rare que les malades qui sont atteints de telles lésions, se soient baucoup plaints d'avoir ressenti de vives douleurs dans les parties affectées ; mais il faut se rappeler que ces femmes sont en général très vieilles , et qu'à un âge avancé , les altérations organiques les plus profon^ des sont parfois à peine accompagnées de douleur. Je n'ai point observé que la forme encépbaloïde causât plus de souffrances que les dégénérescences squirreuse, méianique ou autres; les tubercules du foie produisent rarement des douleurs.

1842. La rétention de la bile dans le conduit bépatique, ou dans ses diverses divisions, n'a pas non plus été douleureusedans un grand nombre de faits où je l'ai observée. La cysliectasie biliaire est rarement aussi le siège de très vives douleurs. Dans plusieurs cas de cholihémie , où la vésicule était très distendue , à peine les malades se plaignaient-ils d'y éprouver une sensation pénible. Ceci ne détruit pas ce qui a été dit précédemment sur les coliques hépatiques , mais prouve au moins que celles-ci ne sont pas aussi constamment le symp« tome d'obstacles au cours de la bile qu'on a bien voulu le dire. Les calculs biliaires, tant qu^ils sont contenus dans la vésicule du fiel, ne paraissent pas ordinairement la cause de souffrances. On en voit à la Salpêtrière sur un très grand nombre de cadavres , affectant les formes les plus variées, la surface la plus inégale, en nombre très considérable ou isolés , et aucune douleur pendant la vie n'avait été causée par leur présence. Il y a lieu de croire que dans les cas où ils sont engagés dans les conduits biliaires et où la bile s'accumule au-

EXPDORATION DU POIE.

dessus, ils causent des souffrances plus ou moins vives. On a dit, sans preuves à l'appui, que les douleurs produites par les calculs biliaires s'étendaient vers l'ombilic et l'appendice xiphoïde.

1 843. La douleur du foie, quelqu'en soit le caractère, a parfois lieu dans toute Fétendue de Torgane, et c'est ce qu'on observe principalement dans la congestion, l'inflammation générale dont il est le siège. D'autres fois elle est circonscrite; c'est ce qu'on voit dans les cas d'abcès et de lésions organiques partielles. Il n'est pas de partie de la glande hépatique qui ne puisse devenir douloureuse. C'est principalement celle qui fait saillie à l'épigastre, au-dessous de l'appendice xiphoïde, qui parfois est le siège de souffrances vives. En arrive-t-il ainsi parce que cette portion du foie n'est pas protégée par les côtes ?

1 844* Les résultats de la pression sur les douleurs hépatiques sont le plus souvent de les exagérer, et c'est principalement à l'épigastre qu'il en arrive ainsi. Quelquefois les douleurs augmentent par l'exercice; la secousse de la voiture ou du cheval les exagère fréquemment. Elles sont profondes ou superficielles , continues ou intermittentes, etc.

1845. Des douleurs se manifestent dans d'autres parties, à l'occasion de la souffrance du foie. Il faut d'abord noter celle qui a lieu dans l'épaule droite, et qui a été considérée comme un signe très fréquent des maladies du foie. Les auteurs ne sont pas d'accord sur ce sujet : les uns ne l'ont pas observée , les autres comme M. Andral l'on rarement vue. Sur 38 cas d'hépatopathies variées que je prends dans mes notes, je trouve : une fois, une douleur existant dans l'épaule droite et se propageant au coude et au côté droit du thorax. (Il s'agissait d'une tumeur hépatique hydatifère qui touchait à la rate); une fois, un

DOULEURS

point de côté à droite qui s'étendait jusqu'à Tépaiile, (îl y avait hépatite et obstacle au cours de la bile) ; une fois, une vive souffrance dans l'épaule droite (le malade était atteint d'une hépatite avec augmentation de volume). Enfin (dans une hépatite) la douleur de l'épaule existait une fois à un très léger degré. Les 34 autres malades n'avaient point présenté le symptôme dont il s'agit.

1846. Dans l'hyperhépatotrophie une douleur assez vive et consistant en un sentiment de pesanteur est quelquefois observée vers l'ombilic lorsque le malade est debout, et dans l'hypochondre gauche alors que le corps repose sur le côté gauche. Des douleurs vagues dans les côtés du thorax, à la tête, des fourmillemens et des douleurs dans le bras et la main gauches, ont été notés comme phénomènes symptomatiques de l'hépatopathie. Il est probable qu'il s'agissait ici de névralgies ou de toute autre maladie coïncidante. Un prurit incommode et général a quelquefois lieu à la peau dans la cholihémie (ictère). M. Andral l'a aussi observé dans quelques autres maladies du foie.

1847. douleur dans le foie, d'après ce qui vient d'être dit précédemment, peut être un signe de congestion, d'inflammation , d'augmentation de volume, de lésions organiques de ce vicère; elle peut dépendre d'une gêne dans l'excrétion de la bile , être un symptôme de la compression produite par une tumeur et probablement aussi de névralgies des nerfs hépatiques, (cette dernière affection ne doit être admise qu'avec réserve) d'un autre côté, plusieurs hépatopathies fort graves ne sont pas douloureuses, bien que beaucoup d'entre elles aient été, dans le principe, ' accompagnées de souffrances qui, plus tard, se sont dissipées : il résulte de ceci que la valeur diagnostique

des douleurs du foie, considérée isolément, est dans beaucoup de cas assez faible, mais que ce symptôme acquiert beaucoup d'importance comme signe, lorsqu'il est réuni aux résuUats de la percussion, de la palpation , etc. Les douleurs de divers organes peuvent facilement être confondues avec celles du foie.

1848. Quant aux douleurs développées dans d'autres parties à l'occasion de la souffrance du foie, elles ne sont rien moins que positives. Seulement elles peuvent conduire à faire soupçonner une hépatopathie, que d'autres signes font ultérieurement reconnaître.

1849. Les fonctions du foie peuvent se rapporter à deux chefs principaux : il joue dans l'hématose et la circulation un rôle important ; il forme la bile dont l'influence sur la digestion est si grande.

i85o. A l'occasion des affections aiguës du foie la circulation est troublée, le pouls s'accélère, une fièvre vive se déclare, et lorsqu'il y a coexistence de polyhyperhémie le pouls est plein, fort et développé. Son influence sur la respiration est non moins grande, et par la douleur dont il est le siège , par le volume considérable qu'il présente, il gêne fréquemment l'abaissement du diaphragne et modifie ainsi les actes respirateurs. Toutes les fois donc qu'il y a fièvre, gêne à respirer, douleur profonde dans des parties correspondantes au foie, et augmentation du volume de celui-ci, et lorsqu'on même temps les signes physiques d'une pleuropneumonite manquent, croyez à l'existence d'une hépatite. A l'état chronique, le foie influe aussi sur la circulation et la respiration. C'est tantôt par les sucs altérés qu'il forme , tantôt par la respiration ou l'absence de son influence habituelle sur l'hématose qu'il produit cet effet. Cette dernière

HYPERTROPUiK. 235

n'est pas encore assez bien connue pour qu'on puisse en déduire des signes applicables aux états organiques du foie.

i85i. L augmentation dans le volume du foie a pour effet de refouler les poumons et même le cœur dans le thorax , et de gêner ainsi l'action de ces organes. De là , certaines variétés de l'asthme qu'il faut bien se donner garde de ^considérer comme essentiel. Des tumeurs développées dans le tissu hépatique ou touchant à la glande biliaire, des hypertrophies partielles de celles-ci peuvent être tellement disposées , qu'elles compriment l'aorte , la veine cave inférieure ou la veine porte. De là , une série de troubles circulatoires remarquables : dans îe premier cas : battemens incommodes à l'épigastre , palpitations , hypercardiotrophie consécutive , dyspnée , etc. La veine cave est-elle comprimée ? gêne dans la circulation veineuse des membres inférieurs et de l'abdomen, varices , varicocèles , œdème des extrémités inférieures qui a lieu alors dès les premiers temps, comme dans les maladies du cœur; langueur des digestions , hémorrhoïdes , etc. — La veine porte est-elle seule resserrée ou oblitérée, soit hors du foie, soit dans ses rameaux hépatiques, transformés parfois en cordons fibreux ? épanchemens abdominaux exclusivement développés , hémorrhoïdes, rectohémie, rectorrhagie , gastrorrhagie et surtout hydropéritonie ; langueur des digestions. Âu début , absence d'œdème des extrémités inférieures (Andral), et cet œdème survient seulement|iorsqoe l'épanchement abdominal rend difficile le retour du sang par la veine cave inférieure. îl est indispensable de lire sur l'influence qu'a l'appareil veineux abdominal sur l'ascite, l'excellent Mémoire qu'a publié M, Bouillaud.

1852. C'est une grande question que de savoir jusqu'à quel point la sécrétion de la bile peut être augmentée indépendamment de Tétat organique du foie. Rien ne prouve encore pour nous , que la bile soit toute formée dans le sang avant d'arriver à l'organe. L'augmentation dans la quantité de ce fluide est donc pour nous l'indice d'une action plus grande du foie , et , par conséquent , d'une congestion ou d'une excitation de ce viscère. M. Roche a établi dans le Dictionnaire de médecine pratique ^ une discussion remarquable à ce sujet. On ne peut guère juger du reste de l'augmentation de la sécrétion biliaire que par les vomissemens ou les selles bilieuses qui surviennent, et nous en avons déjà parlé.

1853. L'absence de sécrétion biliaire peut être apparente ou réelle. Dans l'ictère ou cholihémie, elle n'est véritablement qu'apparente. Tous les c«s de jaunisse que nous avons observés étaient remarquables par la coexistence d'affections du foie, des conduits biliaires ou des intestins , qui en rendaient raison. Dans l'ictère, la bile est formée; mais son excrétion ne se fait pas ou se fait incomplètement. Tantôt Tobstacle au cours de la bile a lieu dans le foie , et il y a rétention de la bile au-dessus du point malade : c'est ainsi que nous avons vu un seul lobe contenir de la bile accumulée et distendant les conduits , audessus d'une tumeur qui comprimait les branches principales qui s'y rendaient. C'était comme dans les expériences de M. Simon, de Metz, qui liant sur des pigeons quelques-unes des branches du conduit hépatique , déterminait des stases partielles de la bile et l'ictère. Dans ces cas, la jaunisse doit être moins intense et plus lente à se développer, que lorsqu'elle est due à une oblitération ou à un rétrécissement des conduits cholédoque et hépatique.

CHOLIHEMIE.

1854. I^oiu que nous croyons que l'ictère soit le résultat, dans quelques cas, d'une influence directe du système nerveux sur le sang et sur la sécrétion , nous admettons qu'il annonce toujours qu'il a existé ou qu'il existe un obstacle à l'excrétion de la bile. Les faits anatomiques se réunissent pour le prouver. Cette vérité était connue d'Arétée. On peut voir dans Stoll et dans la Clinique médicale de M. Andral , plusieurs cas confirmatifs de cette opinion et d'autres dans lesquels on n'a pas trouvé de lésion organique ; mais ceux-ci ne sont que des exceptions. Il nous paraît ici préférable de s'éclairer des faits connus qui rendent raison de la jaunisse par une lésion organique, de s'en servir par analogie, pour se rendre compte des faits inconnus, plutôt que d'éléver des théories sur les ictères de cause morale et indépendans de lésion matérielle du foie ou des conduits d'excrétion. Nous avons établi ailleurs [Traité de médecine pratique j article Cholihémie) les faits et les raisonnemens sur lesquels nous nous appuyons pour émettre les propositions suivantes :

1855. La jaunisse est le résultat de la présence de la bile ou du moins du principe colorant de la bile dans le sang et dans les tissus. — ^C'est par suite de la résorption que l'abord de ces substances dans la circulation a lieu. — L'ictère léger, la teinte jaune peu foncée des sclérotiques peut être en rapport avec la stagnation des fécès fortement imprégnés de bile dans le tube digestif (celui-ci peut, sous ce rapport, être considéré comme une continuation des voies d'excrétion de la bile). Cette jaunisse cède très promptement à l'emploi des purgatifs. L'ictère est le plus souvent le signe d'un obstacle au cours de la bile dans les conduits qui s'étendent du duodénum au parenchyme du foie. — Tantôt c'est à l'orifice duo-

dénal du cholédoque, (duodénile, tumeurs cancéreuses, etc.) ; tantôt c'est dans les canaux cholédoque et hépatique , qu'il en arrive ainsi (calculs biliaires ; inflammations, adhérences de ces conduits. ) Dans ces cas , l'ictère est général , rapide et très intense ; d'autres fois il peut dépendre d'une affection du conduit cystique, mais alors il est momentané et ne peut durer qu'autant qu'il y a de la bile dans la vésicule. — Ailleurs , il peut être en rapport avec une altération organique du foie , existant sur quelques-unes des divisions du conduit hépatique. — Enfin, des lésions même de la substance du foie, pourraient produire l'ictère , s'il arrivait que la portion du parenchyme hépatique en rapport avec l'excrétion fut altérée, oblitérée, tandis qu'il y aurait encore conservation de la partie chargée de la sécrétion; la résorption se ferait alors dans le parenchyme même. C'est de cette sorte que s'expliquent quelques jaunisses observées dans certaines hépatopathies, où il y avait congestion sanguine et teinte rouge jaunâtre 5 ou bien encore coloration très jaune du tissu du foie.

1856. Du reste, le degré et la persistance de la jaunisse, sont les seuls documens tirés de la présencè de l'ictère qui puissent faire soupçonner la nature de la lésion qui produit la cholihémie , et c'est aux autres signes à fournir ici des lumières plus positives et propres à constater les lésions organiques qui causent l'ictère.

1857. L'ictère n'est certainement pas un signe d'hépatite. On le voit se manifester le plus ordinairement , lorsque le foie n'est ni hypertrophié , ni douloureux, et dans trente cas d'hépatites bien manifestes que nous prenons dans nos notes, la cholihémie n'a eu lieu que quatre fois. Ainsi, le

CHOLIHÉMIE.

foie peut être très enflammé, très congestionné, sans qu'il y ait ictère, et ce n'est pas par une suite directe du travail inflammatoire que la jaunisse survient. Seulement, comme l'inflammation peut être suivie d'accroissement partiel de volume , comme des abcès peuvent se former, des adhérences ou des oblitérations s'établir dans les vaisseaux chargés de l'excrétion , et cela, soit dans le foie, soit hors de cet organe, il en résulte que l'ictère se développe parfois dans l'hépatite, sans en être un signe positif. Il y a lieu de croire que la cholédocite (inflammation du conduit cholédoque) aurait très souvent l'ictère pour symptôme. En somme, la cholihémie prouve l'existence d'un obstacle au cours de la bile, et elle ne démontre pas celle d'une hépatite, d'une cholédocite où d'une duodénite.

i858. La teinte jaune de la peau, observée dans d'aulres maladies que celles du foie, peut bien se manifester indépendamment de la résorption de la bile; mais il nous semble qu'alors la sclérotique n'offre pas de teinte safranée. On a dit que la peau présentait quelquefois une coloration jaunâtre à la suite ou au pourtour d'une ecchymose, et qu'il pourrait bien en arriver ainsi par suite d'un état particulier du sang. Gela est possible , mais n'est pas prouvé. On ne voit cette coloration jaune qu'à la suite d'hémorrhagies , et elle semblerait exiger le dépôt préalable du sang dans les tissus, ce qu'on n'observe pas. La teinte jaune des tégumens est dans la très grande majorité des cas en rapport avec la résorption de la bile. On l'observe dans une foule de maladies : dans l'entérite simple, ou typhohémique ; dans la péritonite , dans la pueumonite.Il faut bien distinguer ici la couleur jaune-

paille de la peau survenant au troisième degré de l'inflammation des poumons, de la véritable jaunisse ; car la première n'est pas due , à coup sûr, à la résorption de la bile, mais bien à celle des sucs absorbés dans les organes respiratoires malades , sucs reportés ensuite dans le sang. La teinte jaunepâle de la peau des cblorotiques nedoitpasnon plus être prise pour l'ictère : dans ce cas , c'est la décoloration simple des tégumens; c'est l'absence d'un sangrougedansles vaisseaux qui produit cette apparence , et non pas la présence d'un principe colorant jaune. Les sclérotiques sont alors bleuâtres et non pas jaunes ; l'urine , la sueur, etc. , ne sont pas colorées.

1859. Or, la teinte jaune véritable , se manifestantdanscertaines maladies, ne prouve paspositivement qu'il s'agisse d'une affection bilieuse, comme l'entendait Stoll; rien ne démontre que la présence dans le sang du principe colorant jaune de la bile, puisse occasionner la fièvre. On ne voit , par exemple , survenir celle-ci , dans l'ictère , que comme coïncidence , et non pas comme effet. Seulement, quand il y aura dans une pleurile, une pneumonite , surtout à droite ; dans une péritonite, une gastrite, etc., teinte jaune des tégumens plus ou moins foncée, il sera à peu près certain qu'il y aura coexistence d'une affection des voies biliaires dont le degré sera en rapport avec celui de la cholihémie. Certes, la cause organique de celleci ne se découvrira pas toujours ; mais c'est que le foie est difficilement accessible à nos moyens d'investigation.

1860. La décoloration des fécès , leur teinte grise, etc., indiquent, comme nous l'avons établi précédemment, que la bile n'arrive pas aux in-

GASTRO-ENTÉROP ATHIES .

îeslins , aussi est-elle souvent Tun des symplAmes de la cholihémiei S'il arrivait qu'en même temps que les évacuations auraient ces teintes, rictêre ne se déclarât pas, on serait conduit a croire que la bile ne se formerait pas. Ceci deviendrait plus certain si l'analyse chimique ne trouvait pas dans les fécès les élémens constituans de la bile. Resterait à la percussion, à la palpation , etc., à déterminer les altérations de volume que le foie présenterait et qui alors pourraient se rallier à cette suspension de sécrétion. Dans l'état actuel de la science, il serait difficile de donner des signes positifs des altérations variées que la bile peut offrir. On est réduit ici à l'inspection des matières vomies et évacuées par les intestins, et l'on conçoit combien cet examen est insuffisant.

1861. Les affections du foie agissent sur le tube digestif de plusieurs manières : d'abord par les modifications que la glande biliaire peut présenter dans son volume, et c'est à la pression que ce viscère exerce sur l'estomac et sur le tube intestinal, qu'il faut rapporter la douleur dont nous avons précédemment parlé , et qui augmente par le déplacement. — Il est des déformations pathologiques du foie qui présentent une telle forme qu'elles viennent à comprimer le pylore, et à gêner ainsi la sortie des alimens. Aussi, lorsque le foie , très volumineux, pèse sur l'estomac, peuvent survenir des douleurs épigastriques , des nausées et des vomissemens. — D'autres fois , les sucs que le foie élabore , augmentés dans leur quantité, ou altérés dans leur qualité , parviennent dans le duodénum , l'estomac , ou les intestins grêles , et deviennent ainsi une source d'irritation plus où moins vive. A coup sûr, la bile, abondamment con-

Page 1