TOME II
sieurs Audouard , Bally et Gendrin , avaient bien noté que*son développement, dans les fièvres intermittentes, était fréquent; mais faute de moyens de mensuration exacte , il était impossible de déterminer, par des observations rigoureuses , que dans les fièvres d'accès, la rate est presque constamment hypertrophiée, ou du moins hyperhémiée.
1918. Or, la percussion médiate a démontré pour moi ce fait dans plus de cinq cents observations, dont deux cents au moins ont été prises avec les détails et les précautions convenables. On a vu que dans les cent-trente cas précédens , qui ont été pris au hasard parmi les autres , la moyenne du volume de cet organe , dans les fièvres intermittentes, a dépassé de deux pouces à deux pouces et demi l'état normal, et que dans les autres maladies , où la rate a été mesurée, il n'y avait hypersplénotrophie que dans les cas où existaient des symptômes plus ou moins marqués de périodicité fébrile. Je n'ai point vu de faits exceptionnels , où une fièvre d'accès bien franche, bien légitime, avec des intermittences marquées, ait échappé à la règle générale de l'hypertrophie ou de la douleur co-existante de la rate. Déjà j'avais indiqué quelques résultats du même genre, mais avec de bien plus faibles proportions, dans le Procédé opératoire ( n*^ 291 ) , dans la Clinique médicale ( pages 72 , 867 ). Le Bulletin clinique contient un grand nombre d'observations publiées en même temps qu'elles étaient recueillies (n°' âi , 55 , 85, 86 , 87 , 101, 117, 147, 1 88 , etc. ) , et ces observations sont venues corroborer les faits précédens. Des renseignemens pris des médecins ayant exercé à Alger et dans d'autres pays où les fièvres d'accès sont communes, ont été d'accord avec les miennes;
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et les relevés dont il vient d'être fait méntion ne m'ont pas laisséde doutes sur ce sujet. Ainsi, laplessimétrie est, dans les fièvres intermittentes , d'une grande utilité pour apprécier le volume de la rate.
1919. Parmi les faits que j'ai publiés, il en est peu qui aient soulevé tant d'oppositions, je dirais même de petites passions, que ceux qui sont relatifs à l'état de la rate dans les fièvres intermittentes; je devais m'y attendre. — C'était blesser les opinions des uns qui voyoient une gastro-entérite dans les fièvres d'accès ; celles des autres qui n'y trouvaient qu'une souffrance de l'appareil cérébrospinal ( que j'admets cependant comme eux, mais qui me paraît être secondaire à la splénopatbie ). — J'adoptais une manière de voir qui avait été fort mal reçue, lorsque M. Audouard la publia. — J'accusais la légèreté et la négligence de ceux qui percutent mal les organes et qui veulent absolument se servir du doigt qui donne des résultats infidèles , et non du plessimètre qui en fournit de positifs. — Mais il y a long-temps que je me suis mis au-dessus des petits ennuis que m'ont causé les tracasseries, je dirai même l'injustice de quelques hommes ; je n'en ai pas moins poursuivi mes recherches. Des élèves nombreux ont été témoins des résultats positifs que j'ai obtenus , et il faut opposer à mes travaux une masse de faits , et non des observations isolées, et où l'on ait souvent mal percuté , pour ébranler les inductions tirées de faits très nombreux recueillis avec un soin extrême. Ainsi 5 pour moi, la question est résolue , et c'est la plessimétriequi Fa jugée : dans l'immense majorité des fièvres intermittentes de divers types, la rate est hypertrophiée.
1920. La percussion médiate sert fréquemment
à constater que la forme de la rate est modifiée. C'est ainsi que, dans certains cas, le développement , de haut en bas , est proportionnément beaucoup plus considérable que celui qui a lieu dans une direction transversale ; c'est ainsi que le contraire est parfois observé, et que l'épaisseur de cet organe est loin de toujours répondre aux autres dimensions que la rate présente. La plessimé- Irie fait voir que, dans beaucoup de cas où il y a des accès fébriles, la rate est douloureuse : la douleur, dans ces circonstances, correspond, en effet, précisément au point où la percussion reconnaît la présence de l'organe splénique. Tantôt , alors , la rate est grosse en même temps que douloureuse; d'autres fois , elle n'est que douloureuse. — Il y eut un fait dans lequel on remédia par le sulfate de quinine , au grand volume de la rate qui continua à rester le siège de douleurs névralgiques. — Dans d'autres cas , la percussion démontre l'existence de douleurs dans la rate , et l'ensemble des symptômes annonce que l'ulérus , et surtout l'ovaire gauche sont malades : nous reviendrons bientôt sur ce sujet.
1921. Les caractères de la splénite, donnés par les auteurs, sont fort peu positifs : on indique tout au plus une douleur ayant son siège dans l'hypochondre gauche et quelques symptômes généraux comme signes de l'existence de cette affection. Il ne pouvait guère en être autrement ; car les fonctions de la rate sont peu connues et on n'avait pas de moyens de déterminer au juste quels étaient les points de l'abdomen qui correspondaient à ce viscère. La plessimétrie, en assignant le siège précis de l'organe splénique , démontra que , dans certains cas , une série de symptômes
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franchement inflammatoires : douleur, accroissement de volume , chaleur, etc., correspondent au lieu occupé par la rate. ( V. les signes physiologiques).
1922. La plessimétrie a permis de constater, V que non seulement dans les cas semblables à ceux observés par M. Bally (cas où la rate était énorme), mais aussi dans ceux où son volume est médiocre, l'administration du sulfate de quinine à haute dose , est suivie d'une remarquable diminution dans le volume de cet organe ; 2^ que cette diminution , qui varie de quelques lignes à près d^un pouce , a lieu après l'emploi du sel de quinquina ; 3° qu'il y a une sorte de proportion entr€ la quantité du médicament administré et la diminution observée dans la rate; 4° que ce phénomène remarquable-, et à coup sûr l'un des plus curieux de la thérapeutique , a lieu fréquemment dans la demi-heure qui suit l'emploi du sulfate de quinine. (V. les observations du Bulletin clinique citées précédemment). Ce fait curieux a lui même conduit a rechercher si ce médicament n'était pas évacué avec l'urine peu de temps après son administration , et on a constaté que très promptement , après l'emploi du sulfate de quinine, l'urine devenait amère.On est même parvenu à reconnaître chimiquement, dans ce liquide, ce même médicament dont le malade avait fait usage.
1923. La mensuration plessimétrique de la rate a permis de constater un fait d'une haute importance: c'est que dans les fièvres tierces, et surtout dans les quartes , l'administration du sulfate de quinine, immédiatement après un accès, est suivie , dès le lendemain, et même quelques heures après cette administration , d'une diminution dans
îe volume de la rate. Si cette diminution est considérable , la fièvre est de beaucoup calmée ; si le décroissement est porté jusqu'au retour à Pétat normal: alors la fièvre manque. Donc ce n'est pas sur la fièvre , qui n'est qu'une çollection de symptômes ; mais sur la rate qu'agit le sulfate de quinine ; donc, ce n'est pas l'absence de fièvre qui fait diminuer i'hypersplénotrophie , mais c'est la guérison de la lésion splénique qui est suivie de celle de la fièvre. Du fait précédent , résulte que dans les fièvres intermittentes, lorsqu'on voit la rate être diminuée sous l'influence du sulfate de quinine, on peut pronostiquer avec certitude que les accès suivans diminueront ou ne reparaîtront pas.
1924. On a observé : 1° que des malades, ayant eu des fièvres intermittentes, qui paraissaient guéris depuis long-temps, avaient conservé un volume considérable de la rate , et que toutes les fois que cela avait lieu , ils avaient été fréquemment sujets à des frissons et à des sueurs périodiques ; 2® qu'à l'occasion de la moindre indisposition, la fièvre intermittente reparaissait ; S*" qu'en un mot , la guérison n'avait été qu'apparente et non réelle. De là , le précepte thérapeutique de ne pas se régler, pour continuer ou suspendre l'emploi du sulfate de quinine , sur la suppression des accès , mais bien sur le retour de la rate au volume normal (3 pouces 1/2 à 4 pouces au plus) et à une faible épaisseur ; de là , la croyance qu'un malade atteint de fièvre intermittente n'est vraiment guéri que lorsque l'organe splénique n'est plus hypertrophié.
1925. La plessimétrie a permis de mesurer, en quelque sorte, sur le degré de la lésion physique
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existante, les doses du médicament administré. Ainsi, lorsque la raie a plusieurs pouces de volume au-dessus de 1 état normal , la quantité de sel de quinquina qu'on emploie doit dépasser de beaucoup celle qui est donnée dans une circonstance opposée.
1926. La percussion médiate a prouvé: l'^que dans quelques cas (mais ce ne sont pas les plus communs), la rate augmente peu dans les accès et diminue dans leur intervalle; s» que bien plus ordinairement, elle ne s'hypertrophie pas après les premiers paroxismes fébriles ; 5" que dès-lors ce ne sont pas les accès qui la font accroître , mais que c'est au contraire la lésion matérielle existant dans cet organe qui entretient ceux-ci.
1927. On a constaté encore, par la mensuration de la rate: 1° que dans la fièvre intermittente, abandonnée à elle-même , et traitée par ce qu'on appelle la médecine expectante., l'hypersplénotrophie ne diminue qu'avec une extrême lenteur, bien souvent ne se dissipe en aucune façon, ou même augmente d'étendue ; 2** que les saignées générales ou les applications locales de sangsues , faites sur l'organe affecté , apaisent bien la douleur, lorsqu'elle existe, mais ne diminuent que très rarement le volume de la rate (1); 3** que les purgatifs , lorsque les évacuations sont très con-
(i) Il nous est arrivé plusieurs fois (et nous avons encore dans nos salles un cas de ce genre des plus curieux), qu'un malade ait été atteint à la fois d'une hypersplénotrophie et d'une augmentation de volume du foie. Celle-ci cédait brusquement et en 24 heures aux évacuations sanguines, tandis que la lésion de la rate restait eomplètement stationnaire. Ilsuffisait alors (lorsque l'on n'avait observé pendant quelques jours aucune diminution dans l'organe splénique) d'administrer quelques doses de sulfate de quinine pour guérir l'hypersplénotrophie.
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sidërables , déterminent parfois une diminution dans rhypersplënotrophie ; mais que cela a lieu d'une manière bien moins constante et bien moins manifeste que dans les cas où le sulfate de quinine a été administré ; 4" que plusieurs des succédanés du quinquina paraissent avoir de reffîcacité pour combattre l'hypersplénotrophie , mais cela dans des proportions beaucoup moins marquées que le sulfate de quinine. Je ne possède pas, du reste, assez de faits pour établir une opinion positive sur ce sujet ; 5° que la diète absolue ne diminue que très lentement l'hypersplénolrophie ; que pendant l'usage du sulfate de quinine à haute dose , on peut donner des alimens sans nuire à^son action remarquable sur le volume de la rate ; 7» qu'enfin , dans l'état actuel de la science, le sel de quinquina est , comme Favait observé M. Bally , un moyen de premier ordre et préférable à tous ceux qui ont été proposés pour remédier à l'hypersplénotrophie. ' ^
1928. La diminution dans le volume de la rate , sous l'influence du sulfate de quinine , est un fait si constant et si positif, que lorsqu'une tumeur existe dans l'hypochondre gauche, et qu'elle ne diminue pas par l'adminslration du sel de quinquina , il y a tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas d'hypersplénotrophie. Les cas rares où des pro^ ductions anormales volumineuses seraient développées dans cet organe et ne seraient pas accessibles à Faction des agens thérapeutiques , pourraient seules rendre cette croyance moins positive. Dans quelques cas où la rate était hypertrophiée et où en même temps une autre tumeur existait dans l'hypochondre gauche , la masse totale dimiluia sous l'influence du sulfate de quinine , mais h