‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 54 sur 101 · AUSCULTATION · texte numérisé non relu

AUSCULTATION

tumeur étrangère à Forgane splénique ne fut pas modifiée dans son volume,

1929. L'auscultation ne donne, lorsqu'il s*agît d'apS précier les états organiques que la rate peut présenter, que des résultats en quelque sorte négatifs; c'est-à-dire, que servant à reconnaître les lésions des poumons ou de la plèvre qui pourraient être prises pour des splénopathies, elle contribue à éclairer le diagnostic. Voici les principales inductions auxquelles elle conduit : 1° Lorsqu'on a trouvé dans Fhypochondre gauche une matité qu'on est porté , par la forme et le siège de l'espace qu'elle occupe , à considérer comme dépendante de la rate, il ne faut pas manquer d'ausculter sur ce même point : s'il arrive , en effet , que les ronchus variés ou que la respiration bronchique, s'y fassent entendre , on doit bien rechercher s'il ne s'agit pas d'une affection du poumon. Si la respiration y est nulle, si la*" voix y est sénile ( i366) , si en arrière et entre le foie et la colonne vertébrale cette respiration manque , il y a lieu de craindre qu'il ne s'agisse d'un épanchement pleurétique, etc.; 2° quand on croit avoir reconnu la rate par la percussion, il ne faut pas manquer de rechercher si les bruits du cœur ne sont pas très distincts sur le lieu où la matité à son siège ; car il se pourrait alors que ce fût ce dernier organe et non pas le viscère splénique qui occupât l'espace où la matité se rencontrerait ; 5° quand on croit avoir trouvé profondément par la percussion, l'organe splénique, et qu'on a distingué superficiellement une siu'face plus élastique que l'on rapporte au poumon , il faut s'assurer par l'auscultation que ce dernier organe est bien situé sur ce point. Pour y parvenir on ausculte, et la présence de la respiration sur le lieu où les recherches sont faites , dissipe les

doutes que Ton pourrait conserver ; 4*" dans le cas d'hydro-péricardite, l'auscultation fournirait peutêtr des bruits variés qui empêcheraient des obser^vateurs assez superficiels pour confondre l'accumulation de liquides dans le péricarde avec l'hypersplénotrophie , de commettre une telle erreur.

igSo. Remarquez que ces considérations diagnostiques sont loin d'être inutiles. Plus de dix malades se sont présentés dans notre service , qui avaient été traités ailleurs pour une affection du cœur ou du péricarde, et qui n'avaient qu'une hypersplénotrophie portée à un point tel, que les organes circulatoires étaient gênés , refoulés et donnaient lieu , en conséquence , à des symptômes de cardiopathie qui avaient fait prendre le change. Ailleurs, des élèves peu attentifs, oubliant que la matité du cœur est située plus en haut et plus en avant que celle de la rate , avaient cru ce dernier organe hypertrophié, tandis que le cœur seul avait augmenté de volume. L'auscultation , combinée avec la percussion , a donc encore ici de l'importance , et la négliger serait se rendre coupable de légèreté.

igSi. Examendes liquides. On ne sait qu'elles sont les modifications que la rate détermine dans le sang qui la traverse , et à plus forte raison dans les liquides circulans en général. Le travail expérimental de M. Gendrin , sur les différences existantes entre le sang splénique et celui des autres parties , ne peuvent être signalées sur l'homme pendant la vie ; elles n'ont, par conséquent , aucune application diagnostique. C'est donc un tort qu'a eu un critique, dont j'estime du reste le talent et l'esprit d'observation , de m'avoir adressé le reproche de n'avoir pas mentionné , dans les

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paragraphes relatifs aux maladies du sang(n° 735 etsuivans), les travaux de cet auteur. Je fais ici du diagnostic et non de la théorie. S'il se fut agi de raisonnemens et d'inductions pathologiques , à coup sûr j'aurais cherché à agiter les questions relatives aux modifications signalées dans le sang splénique. Encore une fois, il n'y a pas de moyens de recueillir isolément le liquide contenu dans la veine porte et celui de la branche qui y apporte le fluide qui a traversé la rate ; des sangsues , appliquées à l'anus , ne donnent que du sang artériel ou veineux se dirigeant vers les tégumens des environs de l'anus , ou en provenant , et ce serait une erreur de croire agir sur la veine porte, plutôt par des saignées locales au fondement , que par la phlébotomie* Nous reviendrons, dans les paragraphes qui vont suivre , sur l'état du sang dans les maladies delà rate.

1932. Signes Physiologiques. Les fonctions de la rate sont si peu connues , qu'il est à peu près impossible de dire quelque chose de positif sur ce qui les concerne. Les faits de Dupuytren et d'Assolant qui ont enlevé ce viscère à des chiens, sans qu'il en résultât de graves accidens, et sans que des troubles fonctionnels graves en aient été ultérieurement la suite, sont surtout de nature à ébranler toutes les théories que l'on pourrait faire sur ce sujet. On peut lire , dans les traités de physiologie, et notamment dans celui de M. Adelon , où elles sont très bien exposées, la série d'hypothèses qui se sontsuccédées surce sujet. Contentonsnous de dire ici que le diagnostic positif n'a tiré aucun parti de ces opinions controversées.

1933. La rate , dans certains cas , est à coup sur le siège de vives douleurs. Une femme mourut à

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la Salpêtrière, après s'être plainte, pendant près de vingt ans, d'une vive douleur dont le siège , constamment invariable , correspondait à l'hypochondre gauche. A la mort, on trouva une vaste ulcération de l'estomac qui paraissait assez sain alentour, mais dont le fond correspondait à la face coniiguë de la rate dont le tissu était profondément intéressé. Dans plusieurs cas où des coups , des chûtes avaient été portés ou faites sur l'hypochondre gauche , la douleur correspondait très exactement à la rate (192). Sur des femmes attein= tes de métralgie , une souffrance très vive se rapportait exclusivement au lieu où la percussion trouvait Torgane splénique (192). Dans les fièvres d'accès , lorsque la rate était hypertrophiéie et douloureuse, l'espace, occupé par la douleur, diminuait sous l'influence du sulfate de quinine , dans des proportions tout à fait semblables à celles observées dans le décroissement du volume, etc.

Î934» Ces douleurs varient suivant la nature de la lésion qui les produit. Dans la splénite qui succède aux coups , aux chûtes , etc., elles sont parfois très vives, accompagnées de battemens, d'élancemens , et elles augmentent au moindre mouvement. Je les ai vues quelquefois, alors, présenter un caractère bien spécial. Toutes les fois qu'on pressait sur la rate , ou qu'on la percutait et que ces manœuvres causaient de la douleur, il arrivait que le malade éprouvait nn sentiment de frisson et de tremblement très prononcé et qui s'étendait aux diverses parties du corps. C'était comme une sorte de commotion électrique qu'on lui donnait, et dont la conséquence était le frisonnement dont il s'agit. Toutes les fois que ce remarquable symptôme s'est offert k la clinique, j'ai craint de m'en

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laisser imposer par mes propres préventions. J'ai fait alors réitérer la même manœuvre par des personnes qui n'avaient pas les mêmes opinions que moi relativement à l'influence de l'état de la rate sur les fièvres intermittentes ; j'ai questionné le malade et les assistans , et toutes ces recherches ont conduit à ce même résultat : que dans certains cas de splénalgie , la douleur causée dans la rate par la commotion, la contusion , etc., donne lieu à un sentiment très analogue aux frissons et au tremblement des fièvres d'accès. Dans un cas même , il est arrivé qu'un paroxisme ( frisson , chaleur et sueur) léger, mais complet, a suivi de semblables recherches.

1935. Dans l'hypersplénotrophie, la douleur consiste souvent dans un sentiment de poids incommode, de tiraillement qui gêne les mouvemens , la station et la marche. C'est par fois dans l'inspiration qu'une douleur splénique plus prononcée se fait sentir. La splénalgie qui succède à la métraîgie , est souvent portée à un haut degré. Elle consiste parfois en des élancemens, des battemens, des fourmillemens insupportables. Ces derniers ont cependant plutôt leur siège dans les tégumens des parois qui recouvrent la rate, que dans cet organe lui-même. Comme d'autres névralgies, et peu-être plus que touteautre encore, la splénalgie se reproduit à des heures fixes , et c'est surtout vers onze heures ou minuit qu'elle se déclare. Donnez -vous garde de considérer ces douleurs comme -en rapport avec les centres circulatoires, et cela parce qu'elles seront accompagnées de battemens. 11 est évident que lorsque la rate sera douloureuse, les pulsations occasionneront des sensations pénibles. Ce ne sera pas là une raison pour

croire que ce dernier organe soit lui-même affecté. Cesdouleursspléniques ont été parfois rapportées a tort à l'angine de poitrine , et c'est la sensation de battement dont il s'agit qui a fait commettre cette faute. Nous verrons ailleurs ( états organo-pathologiques des nerfs ), que Taffection, dite angine de poitrine , ne consiste pas dans une cardiopathie , mais bien dans une névralgie des parois thoraciques.

1936. Les mouvemens, comme nous l'avons vu, exagèrent parfois les douleurs spléniques ; mais on ne voit pas que la course exerce cette action plus que tout autre exercice violent.

1937. Quel que soit le rôle que la rate joue en santé sur l'hématose * sur la digestion et sur la périodicité, voici ce qu'on observe en maladie :

1938. Lorsque la rate est depuis long-temps malade , altérée dans son tissu, et surtout hypertrophiée, la teinte des tégumens et des capillaires est singulièrement modifiée. La peau prend un aspect terne , une coloration grisâtre qui présente assez bien la nuance créole peu foncée , mais avec des tons moins chauds et plus cendrés. Ce sont surtout les tégumens de la face, où cette coloration frappe d'avantage ; mais en examinant les autres parties du corps, on voit qu'elle est tout à fait générale. Ce n'est pas pas la teinte jaune d'ocre de l'ictère ^ ni l'aspect jaune-paille de la pneumonite, ni la décoloration de la chlorose , etc. C'est une nuance tout à fait spéciale et que l'on a fort ridiculement appelée ictère bleue; car d'une part, une jaunisse ne peut pas être bleue , et de l'autre, il nV a rien ici qui ressemble à du bleu ni à du jaune. Si l'on voulait lui donner un nom , celui de teinte splénique lui conviendrait mieux. On ne trouve guère,

COLORATION DES TEGUMENS. 28Î

en effet, celte coloration que dans les affections de la rate. Son intensité répond presque toujours au degré et à l'ancienneté de l'hypersplénotrophie. Ce n'est pas dans les premiers temps d'une splénopathie qu'elle se dessine , mais c'est plus tard , et lorsque l'affection splénique a pris du développement , qu'on la voit survenir d'une manière plus ou moins prononcée.

1939. Constamment, lorque la teinte splénique se déclare , la sclérotique offre une teinte blancbleuâtre un peu terne et qui paraît au-dessous de la conjonctive. Les capillaires des membranes muqueuses extérieures sont, lorsque la maladie est bien prononcée , beaucoup plus pâles que sur d'autres hommes. Je ne sache pas qu'on ait fait de recherches sur l'état du sang, dans ces circonstances. Je n'ai pas eu d'occasion pour y avoir recours, parce que depuis long-temps je ne saigne pas dans les fièvres intermittentes et que le«ulfate de quinine me paraît être tellement puissant dans l'hypersplénotrophie ancienne, que je n'emploie pas pour la combattre, d'autres médications. Il y aurait ici une série d'investigations cliniques , micrographiques et chimiques à faire : il y a lieu d'espérer qu'elles seront entreprises par quelque observateur, et qu'elles fourniront un chapitre de plus a l'histoire des maladies du sang.

1940. Ce qui porterait surtout à croire à l'existence de celle ci , c^est qu'en même temps que la teinte précédente est observée ^ on voit aussi survenir des troubles variés dans les fonctions , de la faiblesse générale , de la lenteur, de la gêne dans les digestions. Toutefois, il ne faut pas croire que cette dernière soit constante. Hors les cas de complication , on n'observe même presque jamais ,

dans les maladies anciennes de la rate, de signes de gastrite ou de gastro-entérite. Il n'y a ni dévoiement, ni vomissement, ni sensibilité marquée, ni chaleur sur les pointsdu ventre qui correspondent, non pas à la rate, mais au tube digestif; et ce serait faire preuve d'un grand amour pour la gastroentérite que de lui attribuer la fièvre intermittente et la teinte splénique. Ce que l'on peut dire, c'est que dans les hypersplénotrophies anciennes , les digestions se font quelquefois avec lenteur et difficulté.

1941. Les affections fébriles périodiques ont à coup sûr des rapports avec les états organo-pathologiques de la rate. Presque tous les praticiens en conviennent ; mais quelle est la nature de ces rapports? la fièvre est-elle la cause ou l'effet? Voici la question dont la solution intéresse vivement le diagnostic; car s'il est reconnu que des accès fébriles légitimes sont les symptômes d'états organo-pathologiques de la rate, ce sera alors avoir des motifs pour admettre l'existence d'une splénopathie , que d'observer une fièvre intermittente. Entrons dans quelques détails sur ce sujet, et s'il y avait ici quelques répétitions de ce qui a été dit précédemment , nous ne regretterions pas de les avoir commises.

1942. D'abord, établissons que nous ne voulons parler, dans les paragraphes suivans , que des fièvres d'accès, proprement dites , et dans lesquelles les intermittences sont bien franches , les trois stades bien marquées , et que ce qui va être dit ne se rapporte en rien : i** aux paroxismes fébriles qu'éprouvent, le soir, les phlhisiques et d'autres malades' atteints de pyohémie ; 2** aux accès mieux dessinés qui , au nombre de deux ou trois , accom-

pagnent ou suivent ks maladies des voies urinaires; S'* aux névralgies intermilteoles (et elles le sont pour la plupart ) compliquées d'une phîegmasie ou de congestions (i) avçc fièvre (fièvres intermittentes pernicieuses , ou même qni ne sont en rien lébriles, (fièvres larvées '. Arrivons de suite aux faits et aux inductions qu'on en peut îirer.

1943. 1® Des lésions Iraumatiques de îa rate, tels que des coups portés sur le côté gauche, des chutes 5 etc., suivis de douleurs et d'hypersplénotrophie ont eu pour symptômes, au moment même de ^accident , un accès fébrile manifeste. { Clinique médicale, pag. 576.

1944- A 1^ suite de lésions traumatiques semblables , une splénile caractérisée par la douleur , l'hypertrophie et la chaleur, s'est déclarée, a persisté pendant plusieurs jours et a été accompagnée de symptômes fébriles intermittens et quotidiens.

1945. 3» Certaines douleurs de la rate sont suivies, à l'occasion de la pression, delà percussion, d'une sorte de frisson et d'un état nerveux subit, assez analogue au premier stade des fièvres intermittentes.

1946. 4*" Les symptômes de la souffrance de la rate : chaleur et douleur, se sont , dans ces cas , dissipés par les saignées, les sangsues et le régime; quelquefois même , il en est arrivé ainsi, quoique rarement, de l'hypertrophie, suite de lésions traumatiques ; mais dans d'autres faits , celle-ci n'a cédé qu'à l'administration du sulfate de quinine.

(i) Presque tous les observateurs s'accordent cependant à dire que la rate est dans les cas le plus ordinairement congestionnée, et que cette congestion est portée par fois jusqu'à la déchirure (Bailly de Blois , i Trousseau, etc.)

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