Tome h
EXPLOaATiaN DE LA RATE.
1947. 5^ On a mis, sur un chien, la rate à découvert : on a cautérisé profondément avec le nilrate d'argent, le tissu de celle-ci ; on l'a replacée dans l'abdomen; l'organe a augmenté dans le sens de.sa longueur. Il y a en, à plusieurs reprises, des trembiemens intermittens assez semblables à des accès fébriles. (Cette expérience, faite sous mes yeux, et d'après mon invitation, par M. Béîouino, alors mon élève , aurait besoin d'être réitérée ).
1948. Les résultats de percussion précédemment indiqués (1911), ne sont pas, à coup sûr, les seuls que j'aie obtenus sur l'élat de la rate dans les fièvres intermittentes. Je n'ai parlé que des observations qui ont été les mieux prises. Je n'ai pas mentionné celles que ma clientelle m'a fournies , pas plus qu'un grand nombre d'autres, vues dans les hôpitaux. Or, dans plus de cinq cents cas , à coup sûr, j'ai constaté la coïncidence de la fièvre intermittente, d'une part, et de l'hypersplénotrophie ou de la spîénalgie , de l'autre.
1949. 7° Dès les premiers accès de fièvre intermittente, la rate est hypertrophiée ; je l'ai vue telle dès le second accès.
1950. S'* ^i les causes de la maladie (miasmes marécageux ) n'agissent plus, on ne voit pas la rate grossir, bien que la fièvre intermittente non traitée continue.
1951. 9" Par contre, la fièvre persiste souvent, tant que la rate est hypertrophiée ; s'il arrive que les symptômes fébriles cessent et que l'hypersplénotrophie dure, on voit les accès se reproduire à l'occasion de la moindre affection, du plus léger rhume, par exemple.
1962. 10" Presque toujours, lorsque la rate est volumineuse ; le malade éprouve , au moins de
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temps en temps , un sentiment de frisson périodique et quelquefois cette suetsr du matin , que M. Ballj a si souvent observée dans les fièvres intermittentes, et qui lui a si fréquemment servie a les reconnaître et par suite à les guérir.
1953. 11« Lorsqu'on trouve sur un malade une hyperspiénotrophie , on est presque toujours certain que les réponses aux questions qu'on lui adressera sur les fièvres , seront celles-ci : « J'ai habité un pays marécageux; j'ai eu les fièvres (dans le langage du peuple, cela signifie qu'il s'est agi d'une fièvre iotermiltente ) ; elles avaient lieu tous les trois jours ; je les ai gardées long-temps ; j'ai pris fort peu de sulfate de quinine , ou je n'en ai pas pris ; je suis resté soumis à Faction des marais après la guérison de la fièvre ; depuis, j'ai été fréquemment sujet à de petits frissons, à des chaleurs et à des sueurs nocturnes, à.des accès de fièvres réguliers ; j'ai souffert dans le côté gauche ^ et j'y ai fréquemmeot éprouvé une pesanteur incommode, s
1954. 12° Tout aussitôt que l'on percute la rate sur des malades atteints de fièvres intermittentes, on est presque toujours assuré de trouver la rate volumineuse ou douloureuse.
1955. i3o Les relevés précédées ont montré que, dans des cas, autres que les affections spléni-
I ques, la rate n'était pas hypertrophiée.
1956. 14° Très souveidt, des sujets, autrefois atteints de fièvres intermittentes et qui conservaient une hypersplénotrophie, présentaient, sur le côté gauche et sur le lieu qui correspond à la partie malade, des cicatrices de morsures de sangsues , des traces de scarifications qui prouvaient combien ils avaient souffert sur ce point. îl est bien vrai que les
médecins avaient traité ces malades pour une gastrite, une entérite, une péritonite, une pleurite; mais il n'est pas moins certain non plus , que, précisément sur le lieu autrefois douloureux , se rencontrait encore la rate hypertrophiée.
1957. i5° Le volume de la rate augmente quelquefois pendant l'accès.
1958. 16° Quand il diminue, on peut assurer, comme il a déjà été dit, que les accès suivans seront moins forts , retarderont ou n'auront pas lieu.
1959. 17° Nous avons vu aussi qu'avant même que l'époque du retour de l'accès à venir soit arrivée, la rate diminue par l'emploi du sulfate de quinine.
1960. 180 Ce médicament qui , de tous , guérit le plus sûrement la fièvre intermittente , est aussi de tous les remèdes celui dont l'emploi est suivi de la diminution la plus constante dans le volume de la rate.
1961. 19"* Pendant la durée des fièvres intermittentes, et malgré toute l'attention possible , nous n'avons pu saisir, hors les cas de coïncidences d'autres états pathologiques, d'indices de souffrance constante dans les viscères autres que la rate. Il y a bien eu des symptômes dépendans de l'appareil cérébro-spinal, tels que des frissons et d'autres en rapport avec les organes circulatoires, tels que des variations dans le pouls; d'autres encore qui, comme le défaut d'appétit, pouvaient être rapportés au tube digestif; mais tous ces phénomènes n'étaient rien moins que constans. Ils paraissaient, puis cessaient d'avoir lieu. Entre les accès , rien ne décélait leur présence. Tout au contraire , la lésion matérielle de la rate persistait ; elle était tout aussi positive entre les accès que pendant leur durée , et ne cédait qu'au traitement qui lui était
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opposé. Cependant , une coloration spéciale des tégumens /surtout dans les fièvres intermittentes anciennes , démontrait aussi que le sang avait éprouvé une altération spéciale.
1962. Des médecins nombreux et instruits, qui ont observé la fièvre intermittente à Alger, aux environs de Rocbefort , dans la Bresse , à Rome , en Grèce , etc. , et plus ou moins familiarisés avec la plessimétrie , ont tous , à l'exception d'un seul qui , craignant d'avoir mal observé, doit répéter ses rechercbes , répondu unanimement à més questions: que dans les fièvres intermittentes observées par eux, l'hypertrophie de la rate était constante.
1963. 2r Les auteurs ont reconnu depuis longtemps la coïncidence de l'hypersplénotrophie et des fièvres intermittentes , et , dans ces derniers temps, MM. Bally, Gendrin, Trousseau, Baiily de Blois, etc., l'ont constatée soit pendant la vie, soit après la mort. Le peuple même , qui peint par un mot expressif des faits généralement observés, désigne parfois sous le nom de rateleux ceux qui présentant la teinte splénique, ont eu autrefois des fièvres intermittentes.
1964. 22^ On meurt rarement dans la fièvre intermittente exempte de complications, de-là vient qu'on possède fort peu de faits relatifs à l'étal des organes dans ces maladies. Toutefois, sur plusieurs sujets qui avaient eu des fièvres d'accès, nous avons trouvé la rate hypertrophiée. Quelques autres , morts par suite d'entérite typhohémique , avaient une rate très volumineuse, et en relisant les observations qui s'y rapportaient , on trouvait qu'ils avaient , dans le cours de leur maladie , offerts des frissons périodiques. Un homme suc-
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comba à rHôtel-Dieu : il avait été atteint d'une fièvre intermittente qui avait résisté à tous les moyens de traitement. A la mort, nous trouvâmes un abcès considérable dont la rate formait une partie des parois (Clinique médicale page 12). Dans plusieurs cas d'épanchemens pleurétiques à gauchej pendant la durée desquels il y a avait eu des accidens fébriles périodiques , la rate était refoulée de haut en bas par la collection de liquides et devait en éprouver quelque altérakon dans ses fonclioBS.
1965. Les faits précédens ne peuvent guère être réfutés que par une négation absolue des observations que j'ai faites. De deux choses Tune, ou il faudrait que j'osasse dire ce que je n'aurais pas vu ( et je ne crois pas qu'on ail jamais pensé à me faire ce reproche), (i) ou il faudrait admettre que la percussion m'a induit en erreur et que je me suis laissé entraîner par une préoccupation d'esprit. Relevons seulement ces dernières assenions.
1966. D'abord, on ne niera pas que j'aie quelque habitude de la percussion; et les expériences publiques faites lors de la publication du Traité de la percussion médiate , prouvent jusqu'à quelle certitude on peut aller, dans les jugemens que la pîessimétrie fait porter sur le volume de la rate. Une seule fois , sur une multitude de recherches cadavériques , et lors de mes premiers travaux , j'ai commis une erreur ; dans tous les autres cas , la limitation de l'organe splénique, même lorsqu'il avait de fort petites dimensions , a été très
(1) Toute aitération des faits serait ici à peu près ioipossible, puisque c'est dans une Clinique et^en présence de nombreux élèves, que la plupart des observatioijs relatives à la percussion de la rate ontété recueillies.
exacte. Pourquoi donc serais-je plutôt induit en erreur sur le vivant que je ne l'ai été sur le cadavre ? A qui douterait de ces résultais , je dirais : essayez les mêmes expériences sur les corps privés de vie , et bientôt vous obtiendrez des faits identiques. Que si, aprèsquelques tentatives, vous n'y parveniez pas, je me chargerais de vous apprendre, en quelques iiiomens, les moyens de réussir; enfin , si vous le désiriez, je ferais l'expérience devant vous , et je ne craindrais en rien le résultat de celte expérience. (V. le Traité de la percussion m diate , n°' 286 et suivans ).
1967. Mais quand on supposerait que j'eusse été quelquefois induit en erreur, ce ne pourraient être là que des exceptions , et si j^ai relevé trois mille observations sur le volume de la rate, il en résulte que 5 m'élant rarement trompé, la majorité des faits vrais, fera loi. Si j'avais en générai donné trop ou pas assez de volume à la rate , comme ces fautes auraient été commises dans tous les cas, les différences du volume de l'organe splénique dans telle maladie et dans telle autre , n'en subsisteraient pas moins et établiraient encore des résultats positifs. Cependant , j'ai Fintime conviction que les erreurs que j'ai commises n'ont jamais été que très légères. Lorsqu'une tumeur du côté gauche a été pour moi douteuse, et qu'il était possible qu'elle dépendit, en tout ou eo partie , de l'ovaire gauche ou du rein, je n'ai pas compî is ce fait dans mes relevés.
1968. Or, quand on trouve sur presque tous les sujets atteints de fièvre intermiiienle , et dans toutes les périodes de celles-ci, unemalilé remarquable dans l'hypochondre gauche , il faut bien attribuer cette matité à un corps solide, et que ce
lui-ci soit fixe aussi dans le lieu qu'il occupe, puisqu'il ne se déplace pas par la position du malade. Quand on s'est assuré par la diète, par l'usage des purgatifs , que l'estomac et les intestins sont vides; quand on a des signes positifs qui démontrent que le foie , le rein , le cœur, la plèvre remplie de liquide, le poumon gauche malade, ne s'éteodent pas sur ce point ; lorsqu'on observe d'autres symptômes qui éloignent toute idée d'hydropéritonie circonscrite, etc; on ne peut se dispenser d'admettre que la matité doive être très probablement en rapport avec la raie. De plus , quand cette matité occupe exactement le siège ordinaire de ce même organe; quand on circonscrit celui-ci dans un espace dont la forme correspond exactement à celle que l'anatomie apprend être propre au ganglion spiénique ; quand on trouve à la partie solide que le doigt ressent, les mêmes rapports avec le poumon , le cœur, etc., que ceux qui sont propres à la rate, il faut bien convenir que celle-ci se rencontre alors sous le doigt qui percule.
1969. Mais lorsque dans des observations, minutieusement recueillies sur plusieurs milliers de sujets, on n'a trouvé les dimensions de l'espace occupé par cette matité manifestement exagérées, que sur les malades qui étaient atteints de fièvres intermittentes ; lorsque dans plus de 5oo cas, la rate s'est, constamment trouvée volumineuse , alors que ces affections existaient d'une manière franche, il faut bien en déduire la relation intime existant entre le symptôme : fièvre d'accès, et la lésion organique : hyperspléootropliie.
1970. Bien plus , la fièvre persiste ou se renouvelle 5 tant que la lésion spiénique dure ; — elle cesse dès que Fhypersplénotrophie se dissipe, de telle sorte
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qu'on peut annoncer la disparition de l'une par la guérison de l'autre ; — le retard, le décroissement dans l'apparition des accès à la suite de l'emploi du sulfate de quinine , est en rapport avec le degré du décroissement de l'organe malade , etc. ; il faut donc avouer qu'il y a un rapport intime de cause à effet entre la lésion organique observée et la fièvre d'accès. A coup sûr, il n'y a pas de preuve plus positive de la relation existante entre les crachats rouiilés et la matité de la pneumonite , qu'il n'y en a entre les accès fébriles périodiques et l'obscurité du son splénique.
1971. Que si l'on disait avoir vu quelques cas exceptionnels, on répondrait : que dans certaines pneumonites , des mains peu exercées ne trouvent pas de matité , et que des doigts très habiles peuvent même n'en pas découvrir, alors que l'induration est peu étendue, lobolaire , et qu'elle occupe le centre des poumons d'ailleurs sains. On répondrait : qu'il ne serait pas logique d'inférer de ces cas en dehors des autres , que le poumon n'est pas induré ou altéré dans la pneumonite , et que les mêmes réflexions sont complètement applicables aux fièvres d'accès et à la souffrance de la rate. On répondrait : qu'il peut se trouver des observateurs qui ne sachent pas reconnaître parfaitement ce viscère ; et qu'il peut aussi exister des splénopathies autres que l'hypersplénotrophie , capables de produire la fièvre intermittente ; qu'il ne serait pas possible d'infirmer 5oo faits positifs par un fait négatif douteux, et qu'on n'a d'autres moyens d'ébranler les résultats précédons que de s'y prendre comme je l'ai fait. Il faudrait, pour y parvenir, recueillir une multitude d'observations dans lesquelles on aurait mesuré la rate par la percussion , soit qu'il se fut agi ou non
de fièvres intermittentes , et présenter des relevés opposés aux miens; mais à coup sûr , tel qui ferait cette recherche arriverait aux mêmes résultats que, les précédens, parce qu'il s'agit ici de faits pathologiques constans.
1972. Mais, que si l'on voulait attribuer à d'autres lésions d'organes : au foie, au tube digestif, au cœur, au système nerveux central, les fièvres intermittentes, nous dirions :
i97v5. 1° Nos relevés statistiques ont prouvé que très rarement , dans les fièvres d'accès , le foie est hyperlropiué (1910) et ne donne presque jamais dans ces maladies de symptômes fonctionnels.
1974. Qu'il en a été ainsi du cœur, sous le rapport des altérations, de volume; seulement, l'action du cœur est troublée pendant les accès , mais ce trouble est momentané, et il est plus logique de croire qu'une affection qui se reproduit est en rapport avec une lésion matérielle persistante qu'on reconnaît , qu'avec un trouble fonctionnel momentané.
1975. 5> Que dans les fièvres d'accès , le tube digestif ne donne lieu que très rarement, et seulement comme coïncidences , à des symptômes de souffrances, tels que douleur, chaleur, vomissemens, diarrbée, etc., et que les sens ne découvrent, dans l'estomac ou les intestins, aucune lésion physique et matérielle.
1976. 4^ Qu'à coup sûr, dans les fièvres intermittentes, il y a des symptômes nerveux; mais que la question est ici de savoir si ces symptômes partent des centres ou d'un des points delà péripbérie. A coup sûr, ce n°est pas dans l'encéphale qu'il en faut rechercher le siège. Pvien, dans les accès ne prouve qu'il s'agisse primitivement de la moelle
de l'épine, et l'estimable auteur du Traité des maladies de cet organe , s'est bien donné garde d'y rapporter le point de départ des fièvres intermittentes, dans lesquelles on ne voit ni paraplégie ni fourmillement des membres, ni accidens du côté de la vessie ou du rectum. Il faut donc que ces phénomènes nerveux proviennent des nerfs périphériques ; reste à déterminer lesquels.
1977. 5"" Sont-ce les nerfs de relation , ou ceux du tégument, comme le voulait Cullen, qui sont le point de départ de la fièvre ? Mais la peau reste saine dans l'intervalle des accès , et pendant ces accès mêmes , elle n'est pas douloureuse. C'est le frisson qui cause la chair de poule ; il n'y a , dans le tégument, ni chaleur, ni rougeur, ni hypertrophie.
1978. 6^ A plus forte raison, ce ne sont pas les nerfs des appareils des sensations qui causent les accès.
1979. 7^^ Seraient ce les plexus abdominaux? Il y a peut-être du vrai dans celte idée, mais desquels s'agit-il? Tout concourt à prouver que ceux des intestins et de Testomac sont primitivement étrans^ers à la fièvre intermittente ; car , dans les maladies gastro-intestinales graves, celle-ci n'a lieu qu'autant qu'il y a complication d'hypersplénotrophie. — On peut en dire autant du plexus hépatique. Les maladies des voies urinaires et des organes génitaux de la femme produisent quelques accidens très analogues aux fièvres d'accès ; mais voici ce qu'il ne faut pas oublier :
1980. Les artères rénales spermatiques et spléniques sont très voisines ; les plexus nerveux qui les entourent, ainsi que leurs divisions, sont tellement entrelacés , qu'on ne peut dire où commen--
cent les uns et où finissent les autres. Ainsi, voiià que nous sommes conduits h retrouver des symptômes analogues aux fièvres intermittentes, mais non identiques avec elles, tout aussitôt que nous nous rapprochons de l'organe spîénique. Nous allons bientôt voir combien ceci est en rapport avec la théorie que nous nous formons de la fièvre intermittente.
1981. 8® Le sang éprouve, à coup sûr, dans les fièvres d'accès , une altération non signalée par l'analyse ou rinspection , mais évidente par l'examen du malade. Elle a lieu dès les premiers temps de la lésion spîénique, et plus encore lorsque celleci a long-temps duré; mais on concevrait difficilement qu'elle persistât, ainsi qu'on l'observe , s'il n'y avait pas une cause matérielle et organique qui l'entretînt, (Voy. les sly ticles H émopatkies, Anhématosie, Typholiémiejy Toxicohémie ^ etc. ), tout aussitôt que les circonstances qui ont primitivement altéré le sang ( privation d'air, matières putrides, poisons résorbés, etc.), cessent d'agir. Leurs effets ne sont que temporaires , et bientôt la respiration , les sécrétions, l'alimentation , ramènent le sang à son état normal. Pourquoi donc n'en serait-il pas ainsi de Thémopathie en rapport avec l'action des miasmes marécageux ? On concevrait bien un premier accès ; mais une fois que le malade est soustrait à l'influence de ces miasmes , pourquoi cet accès se renouvellerait-t-iî? pourquoi le sang resterait-il altéré ? Pourquoi ? C'est parce qu'il y a une lésion organique qui entrelient cette altération , et cette lésion est l'affection de la rate. Ceci nous conduit à exposer la théorie qui nous paraît en rapport avec tous les faits observés et que nous allons exprimer en peu de mots :
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1982. r U?i accès de fièvre complet; frissoD , chaleur et siiear, est un accès de névralgie ascendante (i)qui part des plexus abdominaux ou thoraciques, et notamment de ceux de la rate, des reins et des organes génitaux. — Cette névralgie parcourt d'une manière successive divers points de l'appareil cérébro-spinal, à partir des nerfs des plexus, remonte vers les centres et s'étend ensuite vers la circonférence. — Elle se reproduit vers la peau et cause les frissons de la même manière qu'on voit les névralgies variées : métralgies ou autres , se répéter vers d'autres points du système nerveux.
1983. 2° Les accès de fièvre qui se renouvellent en petit nombre et d'une manière périodique , semblent avoir leur point de départ dans les ramifications , soit du plexus splénique, soit des plexus rénal , spermatique , ovarique, etc. Ceuxci , ordinairement , se reproduisent à peine trois ou quatre fois et avec le type quotidien (un accès chaque jour).
1984. 3° Ces accès périodiques , soit quotidiens, soit tierces ( se reproduisant de deux jours l'un), soit quarte ( ayant lieu un jour sur quatre ) , etc. , ont leur point de départ dans les ramifications du plexus nerveux splénique.
1985. 4"* I^^s lésions variées de la rate (splénohémie, splénite, hypersplénotrophie, etc. ), peuvent donner lieu a cette névralgie.
1986. S"" C'est la splénohémie avec augmentation de volume qui cause le plus souvent les fièvres intermittentes légitimes.
(1) Clinique médicale, page 5oi et suivantes.
1987. 6"" Cette lésion de la rate est, le plus or dinairemeiit ^ produite par les miasmes marécageux.
1988. 7° Le premier effet de ceux-ci, est une action directe sur le sang. Il y a alors une véritable toxicohémie.
- 1989. 8° L'effet de celle altération est d'agir sur la rate et de causer l'engorgement sanguin , l'hypertrophie de cet organe et , partant , la névralgie périodique qui caractérise la fièvre intermittente. C'est ici une lésion locale, suite d'une hémopathie semblable à la souffrance de la vessie, du cœur, etc., par suite du mélange de la canlharidine ou de la digitale avec le sang. (Voy. rarllcle Toxicohémie du Traité de Médecine pratique ).
1990. 9^" A son tour, celte splénopathie porte sur le sang une action particulièrii manifestée par la teinte spéciale, l'état de faiblesse générale, etc., que présentent les personnes atteintes de fièvres intermittentes anciennes.
1991. Telle est notre manière de voir sur les fièvres d'accès. Elle repose , soit sur des observa lions nombreuses , recueillies depuis vingt ans de pratique , soit sur la comparaison la plus attentive établie entre les diverses névralgies et la fièvre intermittente , entre les phénomènes de plusieurs toxicohémies et ceux qui suivent l'action des miasmes marécag-eux. Elle a été assez long-temps mûrie par la réflexion et par l'étude clinique , pour que les hommes de progrès s'en occupent sérieusement. Que si les préoccupations d'esprit de quelques personnes, leurs hypothèses favorites, les détournaient des recherches que je les prie de faire , qu'ils conservent au moins , dans la discussion publique , les formes et les convenances que méritent des travaux consciencieux.
1992. Ainsi, dans Pétat aclael de la sience , et et en nous fondant sur les faits précédens, nous sommes autorisés à affirmer que , dans les fièvres d'accès, la rate est presque constamment hypertrophiée. •
i99v3. Toutes les fois donc qu'on trouvera, par les signes physiques, une hypersplénotrophie , il sera indispensable de s'enquérir s'il a existé ou s'il existe encore des accès fébriles, ou mêiiie des frissons revenant à des heures fixes, ou qui, étant d'abord survenus avec régularité, se sont ensuite déclarés sans périodicité marquée. Il sera utile de rechercher quel aura été le lype des paroxisqies , bien qu'il soit vrai de dire que nous ayons trouvé la rate à peu-près aussi volumineuse dans les fièvres tierces que dans les quotidiennes; dans cellesci, tout aussi h\eï\ que dans les quartes , et que nous ignorions complètement pourquoi une fièvre d'accès se manifeste avec tel type sur un malade , et avec tel autre type sur un second individu.
199/1^. D'un autre côté , la présence d'une fièvre d'accès, ou de frissons et de chaleurs périodiques, doit aussi conduire à rechercher quel est l'état de la rate. Il suffit même de la sueur visqueuse que présentent le matin certains malades pour mettre sur la voie et pour faire reconnaître l'hypersplénotrophie. Il nous est arrivé un grand, nombre de fois de découvrir l'existence de l'affection splénique, en nous fondant sur ce symptôme, et celle de la fièvre, en reconnaissant l'hyperspiéootrophie.
1995. Les circonstances suivantes sont fort utiles à apprécier : 1° l'intensité du frisson ; 2° le lieu par lequel il commence ; 3° son mode de progression ; 4" sa durée et l'état de la peau pendant qu'il existe; 5° le degré auquel la chaleur est portée et le temps
pendant lequel elle persiste; 6** la manière dont la sueur se déclare et les proportions qu'elle peut avoir 5 7° le nombre d'heures qu'elle dure et la nature de la matière transpirée; 8° la durée de l'intermittence et l'époque précise du retour de l'accès; 9" l'absence plus ou moins complète de l'état fébrile ou des symptômes de maladies , alors que les paroxismes se sont dissipés.
1996. Ces circonstances ne conduisent pas sans doute à reconnaître l'état de la rate , mais elles servent à préciser le typede la fièvrCj sa gravité, etc.
1997. Il faut surtout rechercher si les accès se rapprochent et tendent à se confondre , car ce cas est fâcheux et exige tout d'abord ( surtout lorsque des symptômes névralgiques ou insolites se déclarent) l'administration du sulfate de quinine ou, à son défaut, de ses succédanés. C'est principalement lorsqu'un paroxisme fébrile semble prêt à reparaître avant la fin du premier ( fièvre sub-intrante ), qu'on doit se hâter de combattre le mal avec énergie et de donner les fébrifuges à la fin du dernier accès sans attendre l'intermittence.
1998. L'étude des causes qui ont pu déterminer la fièvre intermittente , conduit aussi à reconnaître la souffrance splénique , et il faut ne jamais négliger d'étudier , comme diagnostic , la liaison qui peut avoir existé entre l'action des miasmes marécageux et la splénopathie. On trouvera dans dix-huit cas sur vingt d'hypertrophie de la^rate, que le malade aura habité un pays marécageux ; qu'il aura fait des promenades sur les bords des canaux , des rivières dont les rives auront été partiellement desséchées ; qu'auprès de sa demeure on aura remué des terres , creusé des égoùts ; que dans un autre cas , il y aura eu quelque lésion
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physique portée sur la rate, et que, dans le dernier, l'habitation aura eu lieu dans un espace humide et voisin du sol.
1999. La sécrétion urinaire fournira quelques documens qui seront plutôt en rapport avec les stades fébriles qu'avec Thypersplénotrophie ellemême. Pendant le frisson, et lorsque la peau transpirera peu , Purine sera claire , aqueuse, non sédimenteuse. Elle se concentrera lors de la chaleur, et deviendra épaisse, avec des dépôts grisâtres ou rougeâtres , suivant des circonstances variées , et dépendantes plutôt de la constitution primitive du sujet que de la fièvre elle-même.
2000. Les accidens fébriles ne sont pas les seuls accidens de circulation en rapport avec la souffrance de la rate. Il arrive parfois que l'hypersplénotrophie , surtout avec altération remarquable dans la forme de l'organe, a pour symptôme une collection de liquide dans le péritoine. Ainsi, toutes les fois qu'une hydropérilonie aura lieu , toutes les fois qu'on ne trouvera pas dans le foie , le cœur, le rein , la cause matérielle de la maladie , il faudra rechercher avec soin quel est l'état de la rate. Gela est d'autant plus utile, que de toutes les ascites, ce sont celles-là qui se guérissent le mieux. Faites , si vous le voulez, des chiffres sur le traitement de l'hydropéritonie en général; mais interrogez plutôt les organes pour en découvrir la véritable thérapeutique ; et , si vous trouvez la rate hypertrophiée, au lieu de chercher, par des tableaux statistiques , à découvrir, dans les milliers de moyens qui ont été proposés, celui qui a le mieux réussi , ayez recours au sulfate de quinine, et vous guérirez l'ascite. G^est précisément ce qui nous est arrivé dans trois cas remarquables qu'il