‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 59 sur 101 · GRAVELLE · texte numérisé non relu

GRAVELLE

rendu des graviers, les reins ne paraissent pas, à îa nëcroscopie,présenterd'altératioos en rapport avec cette cause. D'autres fois , on trouve des lésions inflammatoires dans les reins des graveleux ; reste à savoir si ces affections ont été primitives à la présence des graviers que contiennent ces organes, ou si elles leur ont été consécutives : la dernière partie de cette proposition paraît la plus probable. Il est plus facile de concevoir, en effet, que l'inflammation suive la présence de corps étrangers , durs et inégaux, ayant leur siège dans un organe, que de se représenter une phlegmasie produisant descalculs. Ainsi, la présence de graviers dans l'urine , n'est pas un signe positif de néphrite , ou même de népliropathie ; mais elle peut en être un phénomène ou un symptôme concommitant.

2099. Tous les graviers ne viennent pas d'ailleurs du rein. Qelques-uns peuvent se former : i« dans les uretères, lorsqu'un calcul y gêne Fécoulement de l'urine qui stagne au-dessus et sV concentre; a*' dans la vessie, lorsque, par suite d'un obstacle â la sortie de l'urine, ou d'une anervie , ce liquide y séjourne pendant long-temps et y perd ses parties les plus aqueuses. Dans des cas pareils, j'ai observé que les vases où l'urine était rendue et que la vessie, après la mort, contenaient une multitude de graviers ; les reins étaient sains et n'en renfermaient pas. Sur un de ces malades , l'urine, qui coulait par regorgement, avait laissé sur la verge, le scrotum et les parties voisines, une grande quantité de gravelle blanchâtre; 4" dans l'urèthre, si l'urine y séjourne; mais on conçoit combien ce siège de la formation de la gravelle doit être rare.

2 100. Résumons ici ce que dénotent en général

les graviers observés dans Furine : i° ils indiquent le plus souvent un état, particulier de la nutrition qui suitniîe alimentation azotée, et ils co-existent fréquemment avec une néphropathie; 2" quand il y a eu des signes de rétention d'urine, ils peuvent avoir été formés dans l'organe où ils ont séjourné; 5° leur coloration est ordinairement en rapport avec leur composition (n° 2097); 4" Hippocrate admettait que la présence des graviers dans l'urine, annonçait la formation de pierres vésicales ; les modernes pensent, au contraire, que le plus souvent les personnes qui sont disposées à la gravelle sont ordinairement exemptes de calculs vésicaux (Martin Soion); 5** cependant , c'est une circonstance commémorative importante , lorsqu'un malade se plaint de symptômes tels qu'on les observe lors de la cystipatbie calculeuse, que desavoir qu'il a autrefois rendu des graviers ; 6° cet antécédent est aussi très utile à noter lorsqu'il s'agit d'une hématurie ou d'une tumeur soupçonnée appartenir au rein , car alors il y a lieu de croire qu'il s'agit d'une néphropathie, etc.

5 101. La température de l'urine a ^jusqu'à présent, fourni fort peu de données au diagnostic. Il y a lieu de croire qu^elle serait augmentée de quelques degrés dans les maladies aiguës o.ù la peau et les membranes muqueuses ont aussi une augmentation réelle de chaleur. Peut-être aussi que dans la cystite, la métrite, etc» , le thermomètre, plongé dans l'urine, donnerait quelques degrés de plus. Il y aurait des recherches à faire sur ce sujet. M. Magendie a noté, parmi les causes de la précipitation d'acide urique dans les organes urinaires, une di~ minution dans la température du liquide qu'ils contiennent.

ODEUR DE l'îJRINE.

2 102. La densité de l'urine doit être augmentée dans les cas où elle est plus colorée et plus concentrée (2087). On n'a pas fait sur ce sujet de recherches propres à éclairer le diagnostic.

2103. L'odeur de l'urine est , dans l'état normal, tout à fait caractéristique. Suivant x^lacquer et Fourcroy , l'urine, rendue immédiatement après le repas, présente, sur les hystériques et les hypochondriaques 5 l'odeur des alimens qu'ils ont pris. J'ai cru remarquer le même fait sur quelques sujets affaiblis. Les asperges donnent à Turine une odeur spéciale insupportable. L'inspiration , l'ingestion de la térébenthine lui communiquent , au contraire, l'arôme de la violette. On a dit que dans les fièvres graves , l'odeur de l'urine est souvent celle de souris. ïl y a lieu de croire que souvent, dans les cas où cela est arrivé , il y avait une cystiectasie urinatre , suivie de cystite ; que le liquide coulait par regorgement, salissait les draps et s'altérait même dans la vessie ou dans les voies d'excrétion. Dans la cvstirrhée (catarrhe vésical chronique), et dans la pyocystite (cystite avec suppuration ) , l'urine contracte souvent une odeur ammoniacale, devient alcaline (Blandin ) et dépose des sédimens de sels urinaires qui peuvent devenir le noyau de cajculs. Cet état de décomposition est ordinairement dû au mucus et au pus qu'elle contient et qui s'y décomposent.

2104. La saveur de l'urine, enfin, donne quelques indications en diagnostic. L'hypérurorrhée (diabélès) se distingue, comme on sait, en sucrée en uon sucrée y c'est-à-dire, que la saveur de sucre est ici le principal caractère de la maladie. Il y a lieu de croire que si l'appréciation de la saveur de l'urinen'inspirait pasautantde dégoût, elle fourni-

rait des données diagnostiques nombreuses. Parle goût qu'on reconnaît à l'urine, on peut soupçonner, dans quelques cas, que le malade a fait usage de médicamens ou de substances spéciales. C'est ainsi que le goût très amer de ce fluide nous a conduit à y retrouver le sulfate de quinine qui avait été administré , et à constater que ce sel s'y trouvait peu de temps après avoir été pris.

2io5. L'examen micro graphique pourrait faire découvrir, soit dans l'urine elle-même , soit dans les sédimens qu'elle laisse déposer, des globules sanguins, purulens, etc., semblables à ceux qu'on retrouve dans le sang (817) et d'autres phénomènes propres à éclairer plusieurs points de la pathologie et du diagnostic. 11 y a lieu de croire aussi qu'il servirait à établir les caractères des diverses espèces de sédimens et de graviers que l'urine pourrait contenir.

2106. Les PROPRIÉTÉS CHIMIQUES dc l'urine sont, dans l'état sain, fort difficiles à déterminer d'une manière absolue. Ce liquide est si variable suivant les individus, les circonstances hygiéniques et pathologiques dans lesquelles il se trouve , que l'analyse ne peut guère donner, dans deux cas, des résultats entièrement identiques. Celle qui a été donnée par Berzélius , est^ la plus généralement admise (1).

(1) L'urine contient d'après ce chimiste: Eau 935,00; urée 3o,io ; acide lactique libre, acétate d'ammoniaque, extrait soluble dansTalcool, matière extractive seulement dans l'eau 17,1/1.; acide urique 1,00; mucus vésical 0,32; chlorure de sodium 4,45; hydrochlorate d'ammoniaque i,5o; sulfate dépotasse 6,71; sulfate de soude 3, 16 ; phosphate de soude 2,94; bisphosphate d'ammoniaque i,65 ; phosphate de chaux, de magnésie 1,00; silice o,o3. Berzélius a trouvé dans l'urine depuis cette analyse faite en 1809, une huile odorante et poivrée; et M. Guibourt y a rencontré du sulfatede potasse en assez grande quantité.

ACIDITÉ DE l'urine.

2107. 11 est impossible, dans un ouvrage essentiellement médical , comme l'est le Traité de diagnostic d'entrer dans les détails que nécessite le manuel de l'analyse chimique de l'urine, et nous renvoyons sur ce sujet aux ouvrages spéciaux. Bornons-nous à dire que quelques réactifs très peu nombreux suffisent au lit du malade pour apprécier, dans l'état actuel de la science , les circonstances de composition principales en rapport avec les états organo-pathologiques que l'examen chimique peut faire découvrir. Ces réactifs sont : ï° du papier du tournesol et du sirop de violettes, à l'effet de savoir si l'urine lés rougit et parconséquent est acide; 2° du papier semblable, rougi par un acide faible , pour voir si le liquide urinaire ne ramène pas ce papier au bleu, et parconséquent n'est pas alcaline ; 5° de l'acide nitrique pour coaguler l'albumine qui pourrait s'y trouver; 4" de l'ammoniaque, à l'effet de constater si l'albumine accidenteilement contenue dans l'urine ne devient pas glaireuse après sa coagulation par l'acide nitrique; 4° tube assez large, fermé par en bas, et destiné à échauffer l'urine à la flamme d'une bougie et à faire coaguler l'albumine que ce liquide pourrait contenir.

I 2108. Or, dans l'état normal, l'urine rougit, presque constamment le tournesol : sur vingt-cinq cas observés à la Clinique, dans ces derniers jours, vingt-cinq fois il en a été ainsi. Seulement , la nuance de cette rougeur était plus ou moins vive, suivant des circonstances qu'il serait fort difficile de saisir ; mais qui devaient être en rapport avec une quantité variable d'acide urique. A l'état normal encore, il est certain que les substances alimentaires ou médicamenteuses qu'on prend ^

peuvent passer par Furioe (2084) ; qoe les carbonates alcalins lui donnent une alcalinité prononcée ; que des acides minéraux et même végétaux , tels que les acides citrique , malique , oxalique et plusieurs autres , pris sans être combinés avec de bases, rendent Turine fortement acide. Lors de l'usage des sels composés d'un acide végétal et d'une base, il arrive que l'acide est décomposé par l'action vitale et que l'urine devient alcaline. C'est ainsi que, suivant Berzélius , l'urine devient forlement alcaline lorsqu'on a beaucoup mangé des pommes , de cerises , de groseilles , etc. , qui contiennent du citrate et du malate de potasse. Il résulte de ceci, que si l'on veut faire des recherches sur l'état acide ou alcalin de l'urine , il faut s'informer avec soin de l'espèce de nourriture dont îe malade vient de faire usage.

2 109. A l'état pathologique , les substances^ que l'urine contient, peuvent être proportionnément augmentées : l'urée est parfois dans ce cas. On pourrait soupçonner ce caractère par l'odeur spéciale de l'urine plus fortement prononcée quà l'ordinaire. Pour le démontrer, il faudrait vérifier ses quantités proportionnelles , en les recueillant, soit par le procédé indiqué par Fourcroy, soit par celui proposé par Proust. On aurait ici a comparer les proportions d'urée obtenues, avec celles de la masse d'urine employée. On n'a point encore tiré parti, en diagnostic, de l'augmentation de la quantité d'urée constatée chimiquement dans l'urine.

21 10. La proportion acide citrique peut être de beaucoup supérieure à celle de l'état normal. Si l'on voulait obtenir des résultats rigoureux, il serait indispensable d'avoir recours à une analyse chimique exacte. En pratique, il serait difficile de

SELS COiNTENUS DANS l'uRINR.

le faire. On y supplée par Tiisage du papier réactif ou du sirop de violettes ou de tournesol. Ceuxci deviennent, il est vrai, tout aussi bien rouges par l'action de l'acide lactique rencontré par Berzélius dansl'urine ; mais ce procédé est si facile et si commode que, malgré son insuffisance, des chimistes distingués, sujets eux-mêmes à la gravelle, n'en emploient guère d'autres pour juger sur leur propre urine des quantités d'acide urique qu'elle contient. Plus les réactifs rougissent vite et complètement , et plus aussi l'urine renferme d'acide. Il est d'autant plus utile d'avoir recours à ce procédé si simple , lorsqu'il s'agit de la gravelle, que c'est l'acide urique qui forme le plus souvent les concrétions rénales ; que c'est un moyen de prévenir celles-ci que d'empêcher l'urine d'être très acide , et qu'enfin il est possible de la rendre alcaline en employant à des dôses élevées les bicarbonates de soude et de potasse.

2111. Les sels contenus dans l'urine, peuvent aussi être augmentés de proportion. S'il s'agissait de graviers constitués par les phosphates d'ammoniaque , ammoniaco-magnésien, etc. j il serait, en diagnostic, utile d'en tenir compte. Il faudrait, pour savoir à quoi s'en tenir subies proportions relatives de ces sels, avoir recours à un chimiste habile. Le mucus , reconnu dans l'urine en si petite quantité , à l'état normal , devient quelquefois fort abondant dans les cas pathologiques , et surtout dans la néphrite, la cystite^ etc. C'est plutôt par son aspect filant , visqueux dont il a été précédemment parlé , qu'on le constate d'ordinaire que par l'analyse chimique.

2 112. Les substances que l'urioe contient, peuvent être en moins grande proportion relativement

à l'eau 5 que cela n'a lieu habituellement. La limpidité, le défaut décoloration, déconcentration du liquide , et mieux encore la distillation servent a constater ce fait; ce serait encore à une analyse soignée et faite par un chimiste exercé, qu'il appartiendrait de déterminer la diminution exacte qui pourrait avoir lieu dans la masse des sels et des diverses substances contenues dans l'urine. Ce que l'on sait : c'est que le papier tournesol rougit peu lorsqu'il y a peu d'acide urique contenu dans l'urine ; c'est que l'odeur, la saveur de ce fluide, sont moins prononcées lorsqu'il y a peu d'urée , etc. Celle-ci est moins abondante dans l'hypérurorrhée saccharine ( diabètes sucré ). Cependant, M. Baruel a trouvé, dans ces derniers temps , que l'urioe des diabétiques renfermait encore des proportions notables d'urée.

2 1 13. Enfin l'urine peutcontënir des substances qu'ordinairement on n'y rencontre pas»D'abord ce liquide peut devenir alcalin et contenir de l'ammoniaque. M. Guibourt a fait remarquer combien il est facile que l'urée se transforme en carbonate d'ammoniaque, puisqu'elle n'a besoin que des élémens d'un atome d'eau pour représenter les éiémens de ce sel ; c'est la présence de l'ammoniaque dans l'urine qui donne à celle-ci le caractère alcalin trouvé par M. Orfila dans Furine de sujets affectés d'entérite typhohémique , et qui avaient peut-être été atteints de rétention urinaire pendant la durée de leur maladie. L'urine devient alcaline dans plusieurs affections de la vessie et des reins, et surtout lorsqu'elle contient de l'albumine et du pus. Pour constater cette alcalinité, on se sert de papier bleu préalablement rougi par un acide faible. Remarquez que cette expérience doit

ALBUMïNE DANS l'uRINE.

êlre faite sur Turine qui vient actuellement de sortir de la vessie, car en très peu de temps une urine alcaline peut devenir acide. L'urine glaireuse que Desault rapporte à l'inflammation chronique de la vessie, et que d'autres attribuent à une sécrétion morbide de la prostate , est une urine purulente avec excès d'alcali (ammoniaque), comme l'a toujours constaté M. Désir, et peut provenir également d'une maladie de la vessie, des uretères, des calices, ou du bassinet. » Ce médecin en traitant de l'urine purulente par l'ammoniaque qu'il ajoutait peu à peu, l'a rendue glaireuse, et finissait par la dissoudre s^il en mettait une quantité considérable.

21 14. La présence de l'albumine dans l'urine a donné lieu à beaucoup de recherches. Dans l'état de santé, ce fluide, dit-on, ne contient pas d'albumine (i). Seguin, en précipitant ce principe par la noix de Galle, et Fourcroy, en faisant des expériences plus précises, découvrirent que, dans certains cas, ceprincipe pouvait être contenu dans le liquide formé par les reins. Déjà Gruikshank avait constaté un tel fait que Thomson et MM. Orfila, Dupuytren , Thénard, Nysten, avaient également observé dans diverses circonstances. Blackall vit l'urine se coaguler par la chaleur, et divisa les hydropisies en celle où l'urine est coagulable et celle où il n'en est pas ainsi. MM. Wells , Proust, Howship, Chevalier, Barruel, etc, trouvèrent l'urine albumineuse dans diverses affections et notamment dans le dia-

(î) Cependant M. Chevalier croit que ce principe y existe constamment (dans de très faibles proportions. Voici sur quoi il se fonde: il a fait évaporer l'urine en consistance d'extrait, l'a repris par l'eau, et a obtenu, dans ce cas, une matière animale qui se déposait sous f()"me de flocons et avait les caractères de l'albumine.

bétès et la siphylis. MM. Richard , Bright, Ghrislison, Gregory, Alison,Hamilton, Elliotson, Graves, Constant , Sabatier ont assigné k une maladie spéciale des reins, la présence de l'albumine dans l'urine. Qn doit à M. Rayer des recherches fort importantes sur ce sujet, et à M. Désir, son élève, la publication d'une série d'expériences fort remarquables, dont voici les principaux résultats.

21 15. M. Désir traita successivement par la chaleur, l'acide nitrique, l'alun, le sublimé, le tannin, le prussiate dépotasse, l'alcool ,Jes urines d'hommes sains ou malades. Il ajouta des quantités variables d'albumine à l'urine qui n'en contenait pas, pour apprécier l'action des réactifs sur ce liquide devenu alors albumineux. M. Désir pense que le meilleur réactif serait l'acide nitrique; mais il ajoute que dans quatre cas : deux de rhumatisme articulaire aigu (hémo-arthrite), un de scarlatine et un de péritonite, l'acide nitrique donna lieu à un précipité abondant soluble par la chaleur et par un excès d'acide. « Pour reconnaître une urine albumineuse, après avoir filtré la liqueur , si elle est trouble, il faut la soumettre à Faction de la chaleur ; si on emploie l'acide nitrique, on le versera goutte à goutte, et en réunissant ces deux moyens on arrivera àtrouver des traces minimes de matière albumineuse : ces moyens sont d'un usage facile, sûr et prompt, si l'on prend les précautions indiquées. On jugera approximativement de la quantité d'al- , bumine en voyant le coagulum et la masse du liquide*, ou bien après avoir filtré, on prendra le poids du précipité obtenu par la chaleur par rapport au poids du liquide en expérience. La chaleur a de plus l'avantage de laisser l'urine sans mélange, si l'on voulait pousser plus loin l'analyse.»

ALBUMINE DANS l'uRINE.

2116. Remarquons relativement à la coagulation de l'albumine de l'urine, au moyen des réactifs précédens, que le mucus est dissous par la chaleur et par les acides ; que la fibrine ne pourrait se trouver dans le liquide urinaire qu'à l'état de dépôt; que la géiatine se dissout par l'acide nitrique, tandis que le tannin la précipite tout aussi bien que l'albumine, que 1/100 de gélatine en dissolution dans l'urine la ferait prendre en gelée par le refroidissement.

21 17. Weils, sur 19 personnes atteintes de maladies aiguës ne trouva pas d'albumine dans i4 cas. 4 autres offrirent un coagulum léger; une autre présenta un coagulum abondant égal à la huitième partie de l'urine. Dans i85 cas de maladies aiguës ou chroniques, autres que des affections rénales, M. Désir n'a pas vu l'urine se coaguler. Dans line aortite où l'urine était sanguinolente , il y eut un coagulum ; mais ici on trouva, à la nécroscopie, que les reins étaient durs, rouges à leur surface , et que la vessie , les bassinets étaient injectés ou ecchymosés. Dan: deux cas de variole, les urines furent aibumineuses ; mais l'un d'eux fut remarquable par un épanchement sanguin observé dans le calice et le bassinet du rein droit , et l'autre par une injection marquée de la vessie. Sur un sujet atteint d'une gangrène du poumon , l'urine donna uo coagulum, mais la vessie était très injectée ; dans 5 autres cas : (1 péricardite , 1 pleurile, 1 pneumonite , 1 gastro-entérite, 1 indisposition), l'urine fut coagulable pendant un temps plus ou moins long, bien que rien ne portât à croire à une lésion des reins.

2118. A plusieurs reprises, j'ai vu l'urine dans la pneumonite et dans quelques autres maladies

aiguës et chroniques , donner un coagulum par Facide nitrique. MM. Renaud et Testelin ont traité devant moi , à la clinique , et sur mon invitation, l'urine de 35 malades, par la chaleur et l'acide ni* trique , et il est arrivé 5 fois qu'un précipité se soit formé. Le coagulum fut léger dans une pneumonite en voie de résolution, et dans une entérite typhohémique ; il fat très abondant dans deux cas de pneumopathie tuberculeuse; mais le lendemain , l'urine n'offrait plus pour l'un d'eux le même caractère. Une femme atteinte d'un prurigo dû à sa malpropreté , et qui ne paraissait pas avoir d'autres maladies, présenta enfm un précipité très abondant de l'urine.

2119. Blackall , Wells , Bostock ayant observé que plusieurs hydropiques présentant l'urine albumineuse , avaient fait largement usage du mercure, pensèrent que l'emploi de ce moyen à doses élevées peut rendre l'urine albumineuse ; ce que M. Chevalier constata aussi dans un cas. M. Désir examina l'urine de 1 33 malades atteints de siphylis, dont 106 avec des symptômes primitifs , et 27 avec des accidens consécutifs. 41 d^entr'eux faisaient usage de préparations mercurieiles ; 25 fois l'urine élait neutre , 25 fois alcaline et 83 fois acide ; dans deux de ces cas seulement (un de grossesse avec ulcération du col utérin , un cas de blennorrhagie avec orchite), il y eut un léger coagulum par l'acide nitrique et la chaleur. Quelques autres faits recueillis aussi par M. Désir dans le service de M. Rayer, tendent à prouver que la siphylis et un traitement mercuriel ne rendent en rien l'urine albumineuse.

2\2o. D'après les recherches faites par M. Desirr dans l'uréthrite, ia prostatite(à moins qu'il n'y ait^

ALBUMINE DANS l'uRINE. 365

coexistence d'abcès), il n'y a d'urine albumineuse, qu'autant qu'il survient une affection de la vessie et des reins , celle , par exemple , qui suit la rétention d'urine. IJans l'hypercystite ou cystite aiguë, dans les inflammations internes des uretères, des calices et des bassinets, lorsqu'il y a écoulement d'une certaine quantité de sang, alors la chaleur et l'acide nitrique y démontrent l'existence de l'albumine. Dans la chronocystite (cystite chronique) , existe souvent un dépôt plus ou moins copieux^ purulent ou glaireux. Celui-ci ne s'observe que lorsque l'urine est alcaline ; daiis plusieurs autres maladies du rein, telles que le cancer, les tubercules , les rétentions, dans les voies d'excrétion rénale , du liquide sécrété, l'urine^n'est albumineuse qu'autant que la substance de l'organe est elle-même altérée, et que les produits de la sécrétion anormale ou du sang sont mêlés avec ce fluide,

2 12 1. C'est spécialement dans la maladie décrite par Wells, Blackall, Bright, Harailton , etc., que l'urine est albumineuse. M. Rayer (dissertation de M. Désir), admet six espèces de cette affection, parmi lesquelle il range les trois formes queBright rapporte à cette maladie. Il serait hors de noire sujet d'en tracer avec détail les caractères anatomiques; bornons-nous à dire que dans cinq de ces espèces, les reins sont augmentés de volume (circonstance importante à noter, et dont le diagnostic peut tirer parti comme percussion et comme palpation), et que celte hypertrophie peut être portée au double, et même à plus , du volume normal. Injection, gonflement de la substance corticale , vascularités apparentes dans le bassinet ; saillies plus manifestes des lobules, marbrures rouges sur un fond

jaunâtre; ailleurs, étal anhémique des reins, accompagné de petites lâches et de grosses granulations blanches ; ailleurs encore , une apparence plus manifeste des circonvolutions qui s'observent à Texlérieur du rein; petites taches d'une couleur laiteuse, un peu jaunâtre, et de la grosseur d'une tête d'épingle , qui donnent souvent au rein une apparence plaquée; d'autres fois un aspect véritablement granuleux, le tout accompagné d'un état anhémique de la substance corticale; scissures plus ou moins prononcées sur la surface rénale, tels sont les principaux états du rein, trouvés à la nécroscopie , dans les cas d'hydropisie avec urine albumioeuse. Dans une seule variété^ les reins ne sont point hypertrophiés, quelquefois même ils paraissent atrophiés, et sont durs et mamelonnés à leur surface ; alors les granulations ne paraissent guère qu'à la coupe.

2 122, M. Martin Solon a trouvé aussi l'urine albumineuse dans cinq cas d'hydropisies , et dans deux seulement, existaient les granulations décrites par Bright. Cinq fois aussi, j'ai trouvé dans l'albuminurie ( expression admise par M. Martin Solon pour désigner la présence abondante de l'albumine dans l'urine) des affections des reins qui se rapportaient dans un cas aux granulations, et dans les autres, aux diverses lésions reinales qui viennent d'être mentionnées.

2125, Dans tous les faits où il s'est agi d'affections de la substance propre des reins en rapport avec la maladie dite de Bright, et, ainsi que Font remarqué MM. Rayer et Désir, le dépôt d'albumine, par la chaleur et l'acide nitrique est considérable.Ce dépôt constitue une grande parîie de la masse du liquide, el on le rencontre d'une manière

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constante tant que dure la maladie ; dans ia plupart des cas où il ne s'agit pas de cette affection , et où l'albumine est contenue dans l'urine , ce principe y est beaucoup moins abondant et mêlé parfois à la matière colorante du sang.

2124. L'urine des diabétiques contient souvent de Falbumine (Cadet, Rose, Thénard et Dopuytren, Gbevallier, Barruel, etc.). Nous allons bïenlôl revenir sur ce sujet. Dans deux cas de maladies des reins , M. Chevallier a vu dans l'urine une matière assez molle, de couleur violette, qu'il croit n'être autre chose que de l'albumine qui a subi quelques modifications (communication verbale ). ,

2 125. De tout ce qui précède , sur la présence de l'albumine dans l'urine , on n'est pas toujours , nous semble-t-il, en droit de conclure de l'albuminurie constatée, qu'il existe une lésion de l'appareil urinaire ; car, d'après M. Chevallier, l'urine contient presque toujours une quantité d'urine très faible, il est vrai, mais qui, suivant lui, n'en est pas moins constante : car, on l'a signalée dans plusieurs affections où les reins et les voies urinaires ne donnaient lieu à aucun symptôme ( la pneumonite, rhémoarlhrite, la pyohémie chronique, etc.); car, la facilité avec laquelle les matières, portées dans la circulation, parviennent à l'urine, portent à penser que l'albumine, si abondamment contenue dans le sang , peut , dans quelques états particuliers de ce fluide être sécrétée par le rein. Cependant , lorsqu'on trouve un dépôt très abondant d'albumine dans l'urine, lorsque ce caractère persiste, et surtout que s'y joignent l'anasarque et l'hydropéritonie, il existe à peu près constamment une des lésions du

rein, étudiées par Briglit et par M, Rayer. Il y aurait, du reste , des recherches fort utiles à faire sur la présence de ralbumine dans l'urine à la suite des résorptions purulentes ou de la pyohémie ; et , à rechercher si l'apparence granuleuse et blanchâtre du rein, observée par les auteurs, ne serait pas due , au moins en partie , a du pus déposé ou formé dans la substance corticale de l'organe sécréteur de l'urine.

2126. Voici quelques propositions de la thèse de M. Désir, qui paraissent au moins devoir être mentionnées : « Quand l'urine est albumineuse dans une hydropisie, le plus souvent il existe en même temps absence ou diminution de l'urée qu'on retrouve dans le sang ou dans des cavités séreuses. — Dans une maladie aiguë, l'urine peut contenir une certaine quantité d'albumine pendant plusieurs jours ; ce phénomène a quelquefois indiqué une congestion sanguine des reins, des uretères ou de la vessie. — Chez un homme sairij, l'urine peut être accidentellement albumineuse à la suite d'une excitation des voies urinaires. — Lorsque Furine contient beaucoup de mucus , comme cela a lieu dans la cystite aiguë, et qu'elle est albumineuse , s'il existe en même temps des douleurs suivant le trajet des uretères ou dans la région des reins , ces symptômes' doivent être rattachés à une inflammation aiguë de la membrane muqueuse des calices, des bassinels ou des uretères , et no7i à une inflammation de la substance propre des reins. — Si dans l'urine, l'albumine est concrète , en dépôtj sous forme de flocons, elle provient de la vessie ou des uretères , des bassinets ou des calices enflammés d'une manière chronique, ou d'un rein tuberculeux dont les calices et les bassinets

SUCRE DANS l'uRINE.

sont affectés , ou encore d'un abcès de k prostate ou des parties environnantes qui s'est ouvert dans la vessie. — Une urine albumineuse ou purulente, dans un cas de tumeur des reins, est le principal symptôme d'un pelvitis rénal avec distension. — Une urine pufulente et albumineuse devient glaireuse , filante ( catarrhale) , par l'addition d'un alcali. — L'urine est alcaline dans un certain nombre de néphrites et sans qu'il y ait rétention prolongée d'urine dans la v|ssie. — ■ Si Turine albumineuse est chargée d'an dépôt filant, glaireux , elle annonce non seulement une inflammation chroni-' que de la membrane muqueuse des uretères et de la vessie , des calices ou des bassinets, mais encore de la substance des reins. — ^L'urine albumineuse , chargée de matière colorante du sang, et rendue habituellement , est un des principaux symptômes du cancer et des tumeurs fongueuses de l'appareil urinaire. On peut, d'après la présence persistante de l'albumine dans l'urine , bien qu'il n'y ait pas de signes d'autres maladies des voies urinaires , reconnaître une néphrite albumimineuse et prévoir le développement d'une hydropisie.

2 127. D'après quelques faits récemment recueillis par le docteur Mateer ( Gazette médicale , 1837 , t. 1 , p. 117), la présence de l'albumine dans l'urine d'hydropiques , aurait été seulement constatée au moment où l'amélioration survenait, et sa présence aurait été ainsi un signe de bon augure. 11 est évident que de tels faits , qui ébranleraient les idées toutes différentes qu'on a généralement sur ce sujet, auraient besoin d'être répétés.

2128. La présence du sucre dans l'urine, a été constatée chimiquement un grand nombre de fois

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