‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 65 sur 101 · TOMB II. 2J · texte numérisé non relu

TOMB II. 2J

418 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'urÈtHRÈ.

reconnaître la situation, la forme, la dimension et l'état de plénitude de cet organe. J'avais cru, lors du Traité de la percussion , qu'on ne pouvait reconnaître la distension de celui-ci qu'autant qu'il faisait saillie au-dessus du pubis; plus d'habitude m'a permis de constater depuis que le réservoir de l'urine est reconnaissable derrière la symphyse, lorsqu'il contient seulement quelques onces de liquide. — Un son, dont la matité est un peu moindre que celle du foie , et qui est accompagné de moins de résistance au doigt, correspond à la vessie distendue par beaucoup de liquide. — Un bruit humori(^ue s'entend, dans certains cas, à l'aide de la percussion plessimétrique sur la circonférence d^l'organe, et sur les points où les intestins touchent à la vessie.

2208. La hauteur à laquelle s'élève l'espace où l'on entend le son mat , ainsi que la largeur de cet espace , font juger de la dimension du réservoir de l'urine.

2209. Il est facile de distinguer la vessie pleine de liquide, d'un épanchement péritonéal non circonscrit par des adhérences. Le son très mat résultant de la percussion du réservoir de l'urine , s'obtient en effet d'une manière constante , sur le même lieu , quelle que soit la position du sujet; or, c'est le contraire de ce qui arrive relativement à la matité de l'hydro-péritonie qui, d'ailleurs , change de siège en raison des positions variées du sujet. — Les résultats que fcMg*-

^ nit la vessie très distendue sont les mêmes que c^x > donnés par une hydropisie enkystée. Ici la différence du siège de la matité en établit d'abord dans le diagnostic ; ensuite l'évacuation spontanée ou artificielle de l'urine détruit tous les doutes que l'identité de résultats pourrait faire naître sur le véritable caractère de la maladie. — On peut savoir, à l'aide

PERCUSSION PLESSIMÉÏRIQUE. 419

de la percussion médiate, si la vessie est séparée ou non des parois par des anses intestinales, ■ — Si la vessie était distendue par un calcul dont le volume et le siège fussent tel qu'il pourrait être accessible au plessimètre, on le reconnaîtrait, sans doute, par le bruit très sec et très mat qui résulterait de sa percussion plessimétrique.

22 \o. Les applications pratiques des faits et des propositions précédentes, établies sur une multitude d'expériences cliniques et cadavériques , sont aussi nombreuses qu'importantes J'ai publié dans le procédé opératoire , n°' 338 et suivans , un assez bon nombre d'observations où la plessimétrie de la vessie avait été féconde en résultats utiles. Depuis, il est arrivé un très grand nombre de fois que des faits semblables se soient reproduits. Que l'on ne dise pas que la palpation suffit pour reconnaître la vessie distendue; l'expérience d'un hôpital viendrait , après peu de temps d'étude , démentir cette assertion erronée. Que de fois n'est-il pas arrivé dans mon ser-^ vice qu'on ait pris, avant la visite, une urocystiectasie (distension de la vessie par l'urine) pour un météorisme produit par une entérite typhoïde , cas dans lequel on aurait peut-être pensé à saigner plusieurs f|is ou à purger largement, alors qu'il fallait seulement évacuer l'urine ! Et cependant les mains d'hommes exercés avaient palpé le ventre, et cependant encore il a suffi d'un faible choc du doigt sur la plaque d'ivoire pour éclairer le diagnostic , et pour éviter de grossières erreurs dont %s conséquences eussent été funestes pour les malades. Mettez donc de côté les rivalités en médecine , songez donc , avant tout , que votre but est d'être utile , et que pour y parvenir, vous ne devez laisser en arrière aucune recherche qui vous permettra de reconnaître un peu

420 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'uRÈtHKE.

plus positivement les maladies des hommes. Dseriezvous soutenir qu'il soit inutile de préciser le degré de distension de la vessie, sa forme, les rapports de celle-ci, etc. ? de découvrir sa distension dès les pre» miers temps d'une affection aiguë ou d'une maladie cérébrale ?... Ne parlez pas de la facilité de la palpa^ tion, car vous feriez croire que vous n'auriez jamais palpé un abdomen balloné contenant une vessie distendue. Ne dites pas que vous vous servirez du cathétérisme explorateur, ou de la palpation vaginale ou rectale, car vous n'irez pas sonder ou toucher tous vos malades , et vous pouvez sans inconvénient les percuter tous. Ainsi , ne repoussez pas la plessi^ métrie, étudiez-la avec soin. Pour le diagnostic de l'état de la vessie, c'est une affaire de conscience. Laisser séjourner l'urine dans son réservoir, c'est s'exposer à voir celui-ci s'enflammer, se rétracter et être frappé de lésions incurables. Soyez de votre temps; suivez la marche progressive; que ce que vous savez soit une raison, non pas pour nourrir un amour-propre aveugle, une suffisance absurde; mais pour vous fournir des jalons qui vous permettent d'étudier encore avec plus de fruit. Mais que votre intérêt à vous-même vous engage encore à en agir ainsi, car vous n'aurez pas, aux yeux du mon^ même, de plus brillans succès cliniques : que d'annoncer dans le cas de météorisme, (et alors que la garde ou les assistans croient que le malade urine volontairement parce qu'il le fait par regorgement), que d'annoncer, dis-je, en vous fondant sur la matité du bas-ventre , que la vessie est pleine d'urine ; que de saisir le cathéter, et de montrer aux yeux des incrédules toute la certitude de votre diagnostic. Vous aurez même pu dire quelles sont approximativement les quantités d'urine contenue. C'est ainsi que la

PERCUSSION PLESSIMÉTRIQUE. 421

science devient chaque jour plus positive, et si nous voulons rélever aux yeux du public à la hauteur qu'elle mérite si bien , et la laver du reproche injuste d'incertitude qu'on lui fait sans cesse , ne repoussons pas les recherches et les travaux qui prouvent à tous que le diagnostic n'est plus un ensemble de données spéculatives.

22)1, La percussion médiate de la vessie peut être non moins utile en chirurgie qu'en médecine. Elle indique dans les cas de rétrécissement du canal de l'urèthre, si le degré de distension de la vessie permet encore de temporiser, ou bien s'il est urgent d'agir de suite; — dans le cas où le malade urine, elle permet de constater qu'il reste encore, après cette évacuation, du liquide dans la vessie, et qu'il peut être utile de l'évacuer; dans la cystôtomie par le haut appareil, elle fait apprécier avec exactitude les points dè l'abdomen qui louchent immédiatement aux parois abdominales, et ceux qui en sont séparés par des anses d'intestin. — Si la vessie occupe une partie de l'abdomen différente de celle où d'ordinaire on la rencontre, elle permet, par les changemens de son qui surviennent à l'occasion de l'état de plénitude ou de vacuité de ce réservoir, de reconnaître son véritable siège. Les mêmes signes feraient trouver dans une hernie la présence de la vessie qui y serait contenue, etc. Il est donc tout aussi utile au chirurgien qu'au médecin d'être familiarisé avec le manuel de la plessimétrie ou plutôt les connaissances du médecin et du chirurgien sont les mêmes, et comme il n'y a pas de limites entre ces deux professions , il ne doit pas y en avoir non plus dans les moyens d'exploration qu'ils emploient.

422 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'urÈtHRE.

22 12. Quant aux maladies de l'urèthre la percussion médiate n'est de quelque utilité , que s'il sagit de tumeurs et de fistules urinaires du scrotum et des parties voisines. Je n'ai pas vu que, dans les infiltrations urinaires , il se dégageât des gaz dans les tissus. Tout au contraire, dans les fistules du rectum il en pénètre parfois des quantités notables. De là une sonoréité marquée dans le second cas, sonoréité qu'on n'observe pas dans le premier. C'est à l'aide de ce signe que dans un abcès du scrotum, nous reconnûmes que la maladie avait son point de départ dans une petite crevasse du recîum. De là un moyen de diagnostic précieux. Toutefois, il faut se rappeler que s'il arrive qu'il y ait une ouverture extérieure à un abcès non stercoral, et si de l'air y a pénétré en remplaçant le pus qui s'en échappait, il se pourra faire qu'on rencontre, dans la tumeur, de la sonoréité et du bruit humorique. Celui-ci est dû alors, comme dans tant d'autres cas, à la présence simultanée de fluides élastiques et de liquides dans une même cavité. Récemment, nous avons observé à la Pitié, un cas d'abcès par congestion de la cuisse, où ces caractères plessimétriques se trouvaient réunis.

22 1 3. La fluctuation de la vessie pleine d'urine est difficile à saisir, et il faut que cet organe contienne beaucoup de liquide et que les parois abdominales soient très minces pour qu'on puisse la découvrir. Si l'on veut chercher à l'obtenir, il faut porter profondément, lorsque la mollesse des parois le permet, l'une des mains sur un des côtés de la vessie distendue, et percuter alors avec l'autre main sur la partie de l'organe qui touche aux parois. En un mot, c'est la fluctuation périphérique qu'il faut ici produire. Cette méthode d'explora-

Page 1