‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 66 sur 101 · AUSCULTATION MÉDIATE · texte numérisé non relu

AUSCULTATION MÉDIATE

lion ne doit pas être plus négligée que toute autre; cependant, elle a peu d'applications, et on s'en sert en général fort peu, parcequ'on possède d'autres signes très positifs de la cystiectasie urinaire, et qui sont beaucoup plus faciles à saisir.

2214. L'auscultation médiate a été appliquée avec bonheur, par M. Lisfranc, au diagnostic des calculs vésicaux; voici de quelle façon : si l'on vient à frapper un corps contenu dans la vessie avec l'extrémité de la sonde ou du cathéter, il en résulte un léger bruit qui peut quelquefois n'être pa^ assez prononcé pour être entendu par l'auscultation à distance. Que si alors, on applique le stéthoscope sur la région occupée par la vessie, et si on ausculte pendant que le cathéter touche au corps étranger, on saisit d'une m|inière très manifeste le son qui résulte du contact de ce corps dur. Il est possible, peut-être, qu'une oreille exercée puisse saisir, par la sécheresse du bruit produit , le degré de solidité du corps étranger. Peut-être même serait-il possible, en contournant le calcul avec la sonde, de produire des sons qui varieraient en raison de la disposition de la surface de celui-ci. Delà quelques probabilitéssur la nature de la pierre contenue dans la vessie. Il est probable aussi que des corps plus mous que des calculs , mais présentant encore un certain degré de solidité, pourraient donner par le contact du cathéter, des sons perceptibles à l'aide de l'auscultation médiate et propres à jeter quelque lumière sur le diagnostic. Enfin, si plusieurs calculs existaient dans la vessie, et s'ils étaient mobiles les uns sur les autres, il pourrait arriver que des mouvemens imprimés au corps du malade, leur feraient produire des bruits propres à révéler leur présence.

424 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'urÈtHRE.

22 1 5. L'examen des liquides formés par la vessie, a été fait à l'occasion de l'étude diagnostique du rein î nous n'y reviendrons pas ici , car ce serait tomber dans des répétitions inutiles. Ajoutons seulement quelques mots relatifs aux écoulemens dontl'urèthre peut être le siège et qu'il est si important de distinguer les uns des autres.

22 16. Les écoulemens par l'urèthre peuvent provenir de la vessie (et nous en avons déjà parlé), ou des parties situées au-dessous d'elle ; ce sont ceuxlà dont il est question.

2217. Dans l'état normal la surface interne de l'urèthre est seulement humectée par un suintement muqueuxtrès peu considérable, et qui se borne à en lubréfier les parois. L'urine la traverse fréquemment et le sperme n y passe qu'à l'occasion de i'éjaculation. A l'état sain encore , si l'on presse avec soin le matin, avant de rendre l'urine, la fosse navicu^ laire, et si Ton cherche à ramener vers l'extrémité de la verge le liquide qui pourrait s'y trouver , il sort quelquefois une proportion très petite d'une mucosité claire, filante , visqueuse et très rarement trouble. Celle-ci est plus abondante lorsqu'il y a eu des érections fréquentes ou de durée. Il faut être prévenu de ces faits, car il e^t des hommes qui, ayant eu des uréthrites, s'imaginent toujours en être atteints et veulent à tout prix être guéris de cet écoulement muqueux, complètement physiologique.

2218. Mais le canal de l'urèthre peut contenir dans l'état pathologique : 1" des mucosités plus abondantes qu'à l'ordinaire et troubles ; 2** des mucosités jaunâtres, verdâtres , opaques, puriformes, offrant à des degrés divers, l'apparence du pus proprement dit , ou de matière purulente délayée dans du mucus et présentant une consistance variable

depuis celle du blanc d'œuf légèrement cuit, jusqu'à celle d'une crème très épaisse ; 3o de vérita|)le pus dont la source est dans la prostate, ou dans quelque abcès latéral à Turèthre, ou quelquefois peut-être dans des ulcérations de ce conduit luimême; 4° du sang qui tantôt est versé pur, ordinairement en petite quantité et qui, plus fréquemment, teint en rouge brunâtre les liquides précédens, ou forme soit à leur surface, soit dans leur profondeur, des taches, des stries, etc; 5** des mucosités filantes, visqueuses, sécrétées habituellement et qui prennent leur source dans la prostate; 6^ du sperme ou des liquides provenant des vésicules séminales et qui, versés abondamment dans l'urèthre, surtout pendant le sommeil, peuvent être une cause d'épuisement pour celui qui y est sujet; 7° plusieurs des liquides formés ou déposés dans l'urèthre sont virulens et susceptibles de communiquer par contagion immédiate une maladie semblable à celle qui leur a donné n^^ssance.

2219 Or, il est important en diagnostic de constater la présence de ces écoulemens, et d'en préciser le siège et la nature.

2220. Four constater leur présence et pour déterminer leur siège, il faut, en général, examiner le malade le matin avant qu'il ait uriné, presser sur le canal de l'urèthre et sur la fosse naviculaire et diriger ensuite cette pression d'arrière en avant, à l'effet de savoir si des liquides ne sont pas contenus dans cette partie du canal; c'est là que d'ordinaire ils s'accumulent en plus grande quantité et cela, soit qu'ils y aient été formés, soit qu^ayant été sécrétés plus haut, ils soient descendus vers ce point à cause de sa déclivité ; soit encore parce qu'ils s'y sont arrêtés par suite de la dimension plus grande de cette partie, et de l'amincissement que le canal présente au-dessous

426 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'uRÈTHRE.

d elle. Ce point du canal est en effet à l'urèthre ce qu'est le cœcum par rapport aux intestins, et il n est pas étonnant qu'il soit plus souvent affecté que d autres parties du conduit urélhral, puisque c'est là que séjournent des fluides altérés par la maladie.

2221. Il est bon de se rappeler que dans les cas où les écoulemens uréthraux sont très peu abondans et sont prêts à se terminer, ce n'est que par des pressions très fortes qu'on parvient, même le matin, à faire sortir de la fosse naviculaire, la petite quantité de fluide qui y est contenue.

2222. Quand on a examiné ce point du canal, on exécute au-dessus de lui les mêmes pressions, d'abord à partir de la portion caverneuse de ce conduit, puis de sa partie membraneuse, puis enfin du point le plus voisin possible de cette partie. De celte sorte on parvient à savoir si la matière de l'écoulement pénètre dans toutes les parties du canal qui sont accessibles au dehors aux pressions extérieures.

2223. Il est ici une remarque importante k faire: C'est que l'on ne serait pas fondé à croire que la maladie eût son siège exclusif dans la fosse nariculaire, parce qu'on trouverait des matières puriformes seulement dans cette partie. Celle-ci étant en effet déclive, il se peut faire que les liquides formés plus haut descendent jusque vers ce point et y séjournent. Il est aussi, à la rigueur, possible que des fluides provenant de la fosse naviculaire , se retrouvent dans un point du canal voisin de l'anus. Toutefois, cette dernière circonstance doit être plus rare que la première, et l'on peut même dire, en général, que dans l'uréthrite, c'est un indice que la maladie est limitée et circonscrite, que de trouver des matières puriformes accumulées seulement dans la fosse naviculaire.

2224. Pour apprécier si la source des liquides écoulés par Furèthre provient de parties situées audessus de Fanus, il faut avoir recours à la palpation du rectum (1776) qui permettra de constater : 1° si par des pressions de la partie de Furèthre en rapport avec la paroi du rectum, on ne ramène pas des fluides dans les parties du canal plus inférieurement placées; 2° si les vésicules séminales sont tuméfiées, douloureuses et s'affaissent par la pression ; 3" si la prostate est engorgée, s'il y existe des abcès où Fon sente la fluctuation , et dont on fasse sortir, par la pression, le pus dans Furèthre ; 4** si des collections purulentes existent autour du rectum et versent du pus dans le canal uréthral, etc.

2226. Le cathétérisme explorateur fournira encore ici des données utiles en faisant apprécier les points du canal où peuvent exister des douleurs, des engorgemens, des retréclssemens, des corps étrangers.

2226. Dans les écoulemens uréthraux, lorsqu'on veut pratiquer le cathétérisme explorateur, il faut redouter de porter très haut dans le canal, et surtout jusque dans la vessie, la sonde dont on se sert avant d'avoir vidé Furèthre des liquides qu'il contenait. On parvient à évacuer ces liquides, soit en faisant uriner le malade^ si cette excrétion est possible, soit en faisant des injections répétées dans le canal, et en vidant celui-ci par les pressions des liquides qui y séjournaient après les injections. La raison de ce conseil est évidente ; c'est qu'il y a à craindre, en ne prenant pas ces précautions, de porter au devant de la sonde des liquides contagieux et irritans qui pourraient propager plus loin et jusque dans le réservoir urinaire la maladie bornée d'abord aux parties déclives de Furèthre.

;2227.Sur la femme, il suffit de quelques pressions

428 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'urÈTHRE.

faites de haut en bas sur le trajet de Turèthre pour faire sortir par rorifice de ce conduit les liquides qu'il pourrait contenir.

2228. Relalivemenl h la nature des écoulemens uréthraux, plusieurs questions de diagnostic se présentent : Sont-ils constitués par du mucus , du pus, du sang, etc.? Sont-ils contagieux, sous le rapport de la propagation de Turéthrile, d'un individu à un autre? Sont-ils contagieux, relativement à la communication possible d'une affection siphylitique véritable ? Sont-ils susceptibles de donner lieu au développement de celle-ci sur un sujet même qui en est atteint? Plusieurs moyens ont été proposés pour la solution de ces questions.

2229. 1° U apparence des écoulemens les distingue, tout d'abord, en muqueux, puriformes, purulcns et en sanguinolens. Il est souvent impossible de juger, par cet aspect , s'il s'agit de pus véritable ou de mucosités épaissies. En général , on observe que les liquides uréthraux puriformes ou purulens, sont ceux qui communiquent le plus facilement l'uréthrite ; on en voit cependant qui ne le produisent pas. Tels sont , par exemple , ceux produits par les sondes qui ont séjourné dans le canal de Turèthre. Il ne faut pas croire non plus que les écoulemens muqueux, troubles, ne sont pas contagieux , car il est des cas où on a vu ceux-ci produire une uréthrite plus ou moins aiguë. On ne connaît aucun caractère tiré de la simple apparence des fluides écoulés par l'urèthre, propre à distinguer leur nature siphylitique de celle qui ne l'est pas.

2230. 2° Les taches sur le linge, sont des moyens d'exploration plus infidèles encore. En général ,

EXAMEN MIGROSCOtïQtJÉ. 429

cependant , des maculatures jaunes , verdâlres , d'apparence purulente, sont en rapport avec des écoulemens contagieux. Le contraire a lieu pour les taches grisâtres et uniformes que le linge présente. On ne sait quelle serait la différence que des taches de virus siphylitique pourraient présenter d'avec celles du liquide fourni par l'uréihrite. Il faut prendre garde de confondre avec les maculatures jjroduites par un écoulement pathologique celles qui sont le résultat du dessèchement du sperme sur les linges, et qui ont une apparence grisâtre , entourée par un limbe un peu plus foncé, etc. On a attaché beaucoup plus d'importance à l'étude diagnostique des tâches dans l'uréthrite contagieuse, qu'elle n*en mérite réellement.

22*6i, 5" L'exatTien micro graphique pourrait avoiï* ici de l'utilité. D'abord, il ferait trouver si, dans les liquides contenus dans l'urèthre, il y a des animalcules spermatiques , ce qui porterait à croire au moins au mélange du sperme avec ces liquides. Ensuite, il ferait distinguer s'il y a des globules de sang, de pus, contenus dans les fluides explorés. De plus , si l'expérience constate comme l'assure M. Donné, qu'un animalcule spécial existe dans le virus siphylitique, cet examen fournirait des données de la plus haute importance, pour distinguer entre elles des affections vénériennes de celles qui ne le sont pas.

2232. 4° L'analyse chimique n'a pu jusqu'à présent constater tout au plus que la présence du mucus, de la fibrine, de l'albumine, etc., dans les divers fluides formés par l'urèlhre, et ce n'est pas là un moyen suffisant pour éclairer sur leur nature contagieuse ou siphylitique. Elle peut ser-

430 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'ukÈtHRE.

vir seulement a constater que ces liquides contiennent des substances plus ou moins analogues au mucus^ au pus, au sang. Il est possible que plus tard, elle donne des documens plus positifs sur ce sujet.

2233. La contagion elle-même. On doit à M. Ricord des recherches importantes sur ce sujet. Évidemment, il n'est pas permis de tenter, d'un individu sur un autre, des expériences pror près à inoculer la siphylis , et M. Ricord n'en a pas eu la pensée ; mais il a cherché sur le même sujet à communiquer des chancres siphylitiques au moyen de la matière de l'urélhrite, et il n'y est pas parvenu ; tandis que les liquides produits par les chancres ont produit des ulcérations semblables sur d'autres parties de la peau. On conçoit, du reste, avec quelle réserve de semblables recherches doivent être faites ; j'avoue que pour moi, je n'aurais pu les tenter, et sans blâmer M. Ricord de s'être livré à de telles investigations, qui peuvent éclairer des points obscurs de la science, je ne serais pas assez rassuré sur l'inocuité de l'inoculation relativement à l'infection générale, pour me décider à la pratiquer.

2234. Il résulte de tout ceci que, dans l'état actuel de la science, l'examen des liquides formés par l'urèthre ne peut encore résoudre d'une manière absolue, les questions relatives à la propriété contagieuse de ces liquides , et à plus forte raison , à leur nature siphylitique. C'est en s'éclairant: des circonstances commémoralives, relatives soit à la manière dont l'écoulement s'est déclaré , soit à la cohabitation avec une personne infectée ou présumée telle; de l'examen des organes sexuels de celle-ci ; de l'usage immodéré de bierre forte

SIGNES PHYSIOLOGIQUES. 43 l

qu'on aura pu faire et qui aurait pu causer un écoulement; de Tintensité ou de la légèreté des symptômes , que l'on pourra jeter quelque jour sur les questions précédentes. Rappelions-nous que , dans tous les cas, il est préférable , si l'on est dans le doute sur la nature d'un écoulement, de le considérer comme contagieux, que d'en agir autrement. Alors en effet on traitera activement la maladie et on évitera quelle soit communiquée à d'autres ; mais quant au caractère siphylitique des accidens, si l'on est dans le doute, il faut attendre avant de se prononcer et de donner un traitement mercuriel ou anli-siphylitique , que des symptômes plus manifestes d'affection vénérienne, tels que chancres, pustules, végétations, etc., se déclarent et dissipent l'incertitude. C'est que l'emploi des mercuriaux n'est pas sans danger, et qu'avant tout, il faut éviter de donner des médicamens susceptibles de nuire, alors que l'indication de leur usage n'est pas évidente.

2235. On a proposé ici, comme moyen de diagnostic , les effets locaux du mercure , qu'on a considéré comme une sorte de pierre de touche de la siphylis. Nous agiterons plus tard cette question. Rappelions-nous seulement que des affections non vénériennes, telles que des ulcères, des érisypèles, des péritonites, cèdent aux mercuriaux, et que' dès lors l'amélioration survenue dans un écoulement, par suite de l'emploi de ces médicamens , n'est pas une preuve qu'une lésion des solides, ou qu'une altération des liquides soient véritablement empreints du cachet siphylitique.

2236. Signes physiologiques. La vessie, dans l'état normal, ne donne lieu à d'autres sensations que celles qui précèdent, accompagnent ou suivent

432 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'uRÈTHRE.

l'action de rendre l'urine. Le besoin de rendre cë liquide, alors qu'il est retenu en proportions notables dans son réservoir, devient par fois une véritable douleur qui est en rapport avec la distension éprouvée par la vessie. Celte douleur a lieu dans le bas-ventre, pèse quelquefois sur le siège et s'étend surtout dans la direction de la verge et se fait sentir avec intensité vers de gland ou plutôt vers l'orifice uréthral. Pendant l'action d'uriner, s'il arrive que l'on ait retenu très long-tems le liquide, ou que l'excrétion de celui-ci ait été répété^ plusieurs fois de suite, on sent la vessie se contracter avec énergie, et une sensation douloureuse manifeste sur le trajet du canal de l'urèthre. Il en arrive ainsi lorsqu'une compression accidentelle faite sur le trajet de ce canal, distend celui-ci au-dessus, ou encore lorsqu'il est traversé par une urine très concentrée. Immédiatement après l'excrétion urinaire, se manifeste aussi une sensation de besoin satisfait qui, dans quelques unes des circonstances précédentes, est par fois changée en un sentiment pénible. A l'état normal encore, l'urèthre est le siège de sensations en rapport avec le passage du sperme, et la vivacité de ces sensations est telle, qu'avec un degré de plus elles seraient transformées en douleurs. C'est même ce qui arrive lorsque le coït est trop répété dans un court espace de temps. L'érection prolongée occasionne aussi des douleurs uréthrales qui augmentent par le passage de l'urine.

2237. Il résulte de tout ceci que la vessie et surtout son conduit d'excrétion, sont éminemment sensibles, et que si cela a lieu dans l'état sain, il doit à plus forte raison en arriver ainsi en maladie.

2238. La vessie est en effet, dans une foule de

MOUVEMÉNS.

tas pathologiques, le siège de vives douleurs. S'agil-il de sa distension? les naalades éprouvent dans le bas-venlre un sentiment de pesanteur insupportable, accompagné d'un besoin fréquent d'uriner. L'excrétion urinaire est-elle très fréquente? Il y a, dans la même partie, un sentiment pénible de contraction , de resserrement , et il arrive alors quelquefois un tel surcroît de sensibilité, que le viscère peut à peine conserver quelques gouttes d'urine sans qu'il en résulte un besoin impérieux de les rendre. Le réservoir urinaire est-il enflammé? alors les douleurs précédentes prennent un caractère plus intense et plus insupportable. Arrivet-il qu'un calcul, surtout lorsqu'il est volumineux et inégal a sa surface, vienne à irriter la vessie, et soit libre dans cet organe devenu plus sensible par sa présence? Alors les douleurs deviennent excessives et sont par fois nortées à un tel degré d'intensité que rien ne peut y être comparé.

2239. Bien que les mouvemens spontanés ou provoqués exaspèrent en général toutes les souffrances de la vessie, c'est surtout lorsqu'il s'agit de calculs existansdans ce réservoir qu'il en arrive ainsi. La marche, mais surtout les secousses de la voiture, produisent par fois une extrême augmentation dans les douleurs. Les caractères communs aux souffrances vésicales sont toujours, comme dans l'état physiologique, de ressembler au besoin d^uriner, de se propager vers l'urèîhre, d'être accompagnées de pesanteur sur le siège, et surtout de cuissons très pénibles au bout du gland ; il arrive même que cette dernière souffrance soit tellement vive qu'elle fasse pour ainsi dire oublier toutes les autres et que le malade songe toujours à la calmer directement, plutôt qu'à agir sur sa caiise

îOME II. 2;>

434 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'uRÈTHRE.

première : la maladie de la vessie. C'est en général lors de la présence de calculs vésicaux dans ce réservoir, que les symptômes précédens sont les plus marqués; mais il faut bien se rappeler, si l'on ne veut pascommettre d'erreurs, que toute autre souffrance vésicale peut produire de semblables accidens. A l'état chronique, les douleurs vésicales sont moins vives, mais elles influent singulièrement sur le caractère par leur opiniâtreté et leur continuité; elles reparaissent ou s'exaspèrent souvent, soit dans les cas aigus, soit dans les maladies chroniques, à l'occasion de l'action d'uriner. S'il arrive que du mucus, des caillots et surtout des calculs soient renfermés dans la vessie qui fait effort pour s'en débarrasser et s'applique sur la pierre, les douleurs peuvent devenir atroces,

2240. Dans les cas de rétrécissement prostatique ou uréthral , lorsque la vessie se contracte pour surmonter Fobstacle qui se présente à révacuation urinaire, elle devient le siège de douleurs en rapport avec cette contraction.

2241. Lorsqu'un calcul ou un corps étranger pénètre dans l'urèthre, il irrite ce canal et y cause une douleur des plus vives. S'il arrive que ce conduit soit enflammé d'une manière aiguë, alors l'urèthre devient le siège de souffrances qui, parfois portées à un extrême intensité ^ augmentent surtout par le passage de l'urine. C'est un brûlement, une cuisson très vive qui se déclarent et qui ont fajt donner à l'uréthrite le nom vulgaire sous lequel on la désigne. C'est en général vers la fosse naviculaire que le sentiment de cuisson est des plus vifs , et qu'il persiste le plus long-temps après que l'urine est rendue. La cause en est probablement le séjour facile et prolongé de ce liquide irritant dans cette portion du

DOULEURS urÈthrales. 435

canal uréthral. L'orifice de celui-ci est parfois aussi très douloureux , ce qui vient , sans doute, de ce qu'il a souvent été le point de départ de la maladie, de ce qu'il est très sensible, et de ce qu'il est déclive par rapport aux autres parties de l'urèthre. Cette douleur au bout du gland est parfois très vive , lors même que le malade n'urine pas.

2 242. A ces douleurs qui remontent souvent vers la vessie, se joignent parfois un sentiment de pesanteur vers le rectum , des besoins fréquens d'aller à la selle, et cette action est elle-même accompagnée d'une augmentation marquée dans la douleur uréthrale. Du reste, celle-ci daos l'hypéruréthrriîe augmente par la pression , les érections , l'éjacuiation , les frottemens, etc.

2243. Remarquez que dans les premiers temps de i'uréthrite , et aussi lorsqu'elle se guérit ou passe à l'état chronique, la douleur est différente de celle qui vient d'être signalée, et qu'elle consiste dans une sensation de démangeaison infiniment moins pénible. Il est du reste certaines affections plus ou moins lentes de l'urèthre, dans lesquelles il n y a même plus de douleurs.

2244» Dans les maladies de la prostate et dans celles des portions les plus élevées du conduit uréthral, on observe souvent des douleurs intenses, un sentiment de pesanteur, des battemens , etc. , accompagnés surtout de besoins fréquens, et souvent illusoires de défécation, etc.

2245. Dans le satyriasis, l'urèthre est fréquemment le siège de vives douleurs qui augmentent aussi par le passage de l'urine et du sperme.

2246. Sur la femme , les douleurs de la vessie sont les mêmes que celles qu'on observe sur l'homme ; seulement, leur fréquence est peut-être alors moins

436 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'urÊTHRE.

grande. Les douleurs de Turèthre sont moins intenses et aussi se prolongent moins. Ge qui a été dit précédemment de l'extrémité du gland sur l'homme, est applicable sur la femme à l'orifice vaginal de Furèthre.

2247 Les mouvemens de la vessie se réduisent, dans l'état normal , à ceux qui déterminent l'excrétion de l'urine , et ils n'ont lieu dans aucun autre temps. Du reste, ils ne sont pas douloureux. Indépendamment de ces contractions actives, la vessie est susceptible de se resserrer par un mouvement de tonicité, comme le disait Chaussier, ou de contractilité organique, pour se servir de l'expression de Bichat. Ces deux phénomènes se retrouvent dans les circonstances pathologiques, et donnent lieu à des symptômes plus ou moins importans.

2248. D'abord plusieurs douleurs de la vessie sont probablement le résultat des contractions auxquelles se livre ce viscère , alors qu'il est excité ou irrité par une cause quelconque. Il en arrive ainsi lorsque de l'urine s'accumule dans son réservoir, et qu'un obstacle s'oppose à sa sortie. C'est alors que se déclarent ces épreintes, ces besoins fréquens d'uriner qu'on ne peut satisfaire , et qui font tant souffrir le malade. S'il arrive alors que l'on palpe la vessie, on la trouve resserrée , globuleuse ; et si Ton introduit une sonde dans la cavité de cet organe, le liquide est projeté avec force, et à une distance considérable. Dans les cas de simples retrécissemens uréthraux , les douleurs expultrices se manifestent aussi, quoique avec un moindre degré, mais elles se continuent parfois un certain temps si l'évacuation n'est pas entièrement terminée. C'est une loi, en effet, qui se retrouve pour la plupart des organes creux et à parois contractiles (reslomac, la vessie et le cœur)': que

JET DE l'urine.

dans les cas où existent des obstacles au passage des liquides par leurs orifices , ces organes se livrent à des mouvemens énergiques et parfois douloureux. Remarquez cependant , comme Fa si bien vuDucamp, que la contraction de la vessie ne peut se soutenir pendant une longue durée, et que si Tobstacle qui se présente résiste pendant un certain temps a Faction destinée à faire évacuer F urine, les parois de ce réservoir cessent momentanément de se contracter, et ne renouvellent leurs mouvemens que plus tard.

2249. On peut mesurer, jusqu'à un certain point, et lorsque le conduit uréthral est libre , l'énergie de îa contraction de la vessie par la force avec laquelle le liquide s'écoule par ce canal; mais on l'apprécie bien mieux encore, lorsque, après avoir sondé, on voit le liquide urinaire être projeté au dehors avec des degrés de force variable.

2250. Or, on remarque que dans les maladies aiguës de la vessie , et lorsque cet organe est irrité ou récemment enflammé, soit par le séjour prolongé de Furine, soit par un calcul , soit par la propagation d'une souffrance de Furèthre , etc. , que le jet du liquide est énergique, et que ce fluide est lancé à une distance considérable Le contraire a lieu dans les cas où la vessie a perdu une partie de sa puissance contractile; alors l'urine s'échappe du canal ou de la sonde , en quelque sorte goutte à goutte , ou du moins à fort peu de distance de l'orifice uréthral. C'est donc un signe d'énergie et quelquefois d'irritation, dans la cystipathie, qu'un jet d'urine projeté avec force , tandis qu'un écoulement lent , faible et rapproché est un indice de faiblesse, et quelquefois même d'acystinervie (paralysie de la vessie). Il est évident qu'entre ces extrêmes il y a des nuances de de force dans le jet de Furine , et qui répondent à des degrés moyens de contraction vésicale.

438 EXPLORATION DE LA VESSIE ET DE l'urÈtHRE.

225 u Relativement au défaut apparent de contraction de la vessie, il est ici une remarque importante à faire , c'est qu'il arrive parfois que le malade préoccupé d'une idée , oubliant en quelque sorte d'uriner, la vessie ne se contracte pas. C'est ce qui arrive dans les cas où des personnes impressionables veulent rendre l'urine en présence de témoins , et ne peuvent le faire , ou sur des littérateurs préoccupés. D'autrefois les malades oublient aussi d'uriner, ou encore ont la paresse de ne pas le faire; c'est ce qu'on observe parfois dans l'entérite typhoiiémique, et dans certaines encéphalopathies. Il faut se donner garde de considérer de tels cas comme se rapportant à la faiblesse ou à la paralysie delà vessie. Si l'on pratique le cathétérisme , on voit souvent alors que cet organe se contracte avec énergie ; et si l'on attire l'attention du malade sur l'action qu'il devrait exécuter, il ne tarde pas à s'y livrer.

2255. Une augmentation dans les contractions de la vessie se remarque dans les affections des organes voisins, dans celles du rectum , de l'utérus, etc. ; et ce qui sera dit plus loin de Finfîuence de ces organes sur le réservoir urinaire , est ici complètement applicable.

2253. La rétraction de la vessie sur elle-même,^ qui est quelquefois portée à un point tel qu'elle est réduite à un!^très petit volume^ et qu'elle forme, pour ainsi dire, un canal continu et non dilaté depuis les urétères jusqu'à l'urèthre, est accompagnée en même temps de l'augmentation d'épaisseur des parois vésicales. Alors ces parois ne peuvent sej distendre, resserrées qu'elles sont par suite de leur contraction organique : le malade urine sans cesse et par regorgement ; le cathétérisme n'évacue que quelques gouttes d'urine, est fort pénible à supporter, et le

Page 1