‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 113 sur 295 · i DKSOIIDIIES DE L'iNNEUVATION · texte numérisé non relu

i DKSOIIDIIES DE L'iNNEUVATION

lu lièvre. — Au délire nerveux sans lièvre se rapporle le délire de rhyskii» on de l'épilopsie, le délire produit à la suite de très vives douleurs, à la suite de r()(l4)nlalixie, i\ la suite de grandes opérations douloureuses, clr.: c'est le délire nerveux des opérési.

Lors(|U(î, sous l'inlluence des conditions organiques et dynamiques quij'ai indiquées, le délire se produit, on remarque dans le langage une tvitaine iiu'ohérence de paroles et diflerenls troubles dans les actes du iiiouvrment. I.e visage est (inelcjnefois rouge, animé, couvert de moiteur; lu> yeux sont brillants, d'une vivacité et d'une expression singulières; il } a de l'insomnie, de Tagitation, de l'irritabilité; puis quelques hallucinations, avec ou sans lièvre, et le trouble des lacultés intellectuelles éclate plus ou moins violent et prononcé. Les paroles se pressent et changent aisément de but; il y a dans le langage une incohérence ou une déraison complètes: les malades rient sans motif, d'une manière stridente, convulsive; ils crient, et sous l'empire du trouble apporté à l'exercice de leurs facultés inlelKc tuelles, ils supposent aux gens qui les entourent des intentions et dfs idées qu'ils n'ont pas, et ils leur répondent en les provoquant; ilsonld«> hallucinations gaies ou tristes et terribles; ils vocifèrent, sortent de Kiir lit, courent, prennent les objets (|ui leur tombent sous la main en les détournant de leur usage habituel ; ils se mettent quelquefois en fureur, frappent tout ce qui les entoure, brisent ce qui les environne, et se jetteraient par la fenêtre ou iraient sans vêtements dans la rue, si Ton n'était pas assez fort pour les retenir : c'est ce qu'on appelle le délire furieux. Il s'observe dans la manie aiguë, dans le delirium tremeits aigu, dans l'intoxication par la belladone, dans la folie puerpérale, dans la période d'imasion de quel(|ues varioles, de (jnelques pneumonies et de quelques fièvres typhoïdes, etc. : c'est un délire congestif ou hyperhémique.

Le délire peut être plus calme, et alors, malgré l'incohérence des paruKs et des actes du malade, il ne se livre à aucune violence. Chez quelque^ personnes même, il n'} a que des mots sans suite, des réponses bizanv>, de faibles hallucinations qui ressemblent à des rêvasseries : c'est le ilèHic triuiijuHlr ou sHbdelirium ou tf/ifhomanic. Il s'observe surtout dans la lièvre typhoïde et dans la convalescence des maladies aigut'S : c'est un delire ischémi(|ue ou par défaut de sang.

A côté de ces deux variétés générales de délire relatives à Tintensilé dn désordre de l'intelligence et dans lesquelles il y a un trouble général de la pensée, il faut placer les formes particulières de délire partiel dans lejquelles la pensée est partiellement troublée et où la déraison est bornéi' à un seul objet. Ainsi le délire roule souvent sur une idée que les ^Jalade^ reproduisent continuellement sous toutes les formes : il a pour objet un seul acte à accomplir, tel que le suicide, l'érotisme, la possession, le vol, l'ambition des richesses et des grandeurs, etc. C'est ce qui caractérise les diiïerentes espèces de délire monomaniaque et la monoraanie proprement dite, groupes morbides appartenant a la folie.

Chacune de ces variétés de délire appartient à un ordre de causes dilTc-

rent. Ainsi, dans les maladies, le délire aigu est général et fébrile, étendu à un grand nombre d'objets indifféremment, tandis que le délire de l'aliénation est presque toujours apyrétiqtief partiel^ et limité à un seul objet, tel que l'ambition, l'amour, etc.

Le délire aigu est presque toujours accompagné de fièvre, dans l'invasion ou dans le cours des maladies aiguës, et lorsqu'il existe une altération du sang; cependant le délire de quelques empoisonnements, et particulièrement celui de la belladone et du haschisch, est toujours apyrétique. Il n*y a généralement pas de fièvre dans le délire de la folie et dans le subdelirium de la démence ou de Timbécillilé.

Le délire aigu est ordinairement plus marqué le soir et pendant la nuit que durant le jour. Il cesse souvent le matin pour reparaître après le coucher du soleil. Son intermittence, laissant dans l'intervalle un état de maladie bien caractérisé, n'oiïre rien de spécial ; mais, lorsque, au contraire, le délire parât t sous Torme A* accès intermittents^ réguliers y périodiques, quotidiens ou tierces, avec apyrexie complète et bon état de santé dans l'intervalle, il est le signe diagnostique (Tune fièvre pernicieuse, et il faut inunédiateroent donner le sulfate de quinine pour ne pas laisser périr le malade.

Il n*a qu'une durée assez courte, éphémère^ lorsquMI précède la variole ou la scarlatine, et lorsqu'il survient dans le cours des fièvres ou des empoisonnements, alors il disparaît au moment où arrive une amélioration dans l'état morbide. Quand il dépend d'une maladie du cerveau, d'une embolie des sinus, d'une méningite, d'une encéphalite, d'une tumeur, etc., il s'accompagne d'byperhémie névro-rétinienne et de symptômes de coma, de convulsions et de contractures, avec lesquels il alterne. Il se prolonge enfin et devient chronique dans l'alcoolisme ancien, dans le délire saturnin et dans les différentes espèces de folie.

•. — Béllre ehroaHine.

Le délire chronique est la conséquence ordinaire de l'idiotie, de la démence accidentelle ou sénile, et de la folie dans toutes les formes sous lesquelles elles se présentent.

Il s'observe également dans un certain nombre d'empoisonnements chroniques par l'alcool {alcoolisme chronique)y par le plomb {encéphalopathie saturnine)y par l'opium, par le haschisch, par le maïs, ce qui constitue la mante pellagreuse, etc.

Son caractère principal est d'être apyrétique. On le reconnaît aisément en ce que les individus paraissent en bonne santé malgré l'incohérence de leurs actes et de leur langage qui trahit des craintes de persécution imaginaire, des idées d'ambition et de richesse, tandis que dans le délire aigu ou remarque un état fébrile caractéristique d'une maladie antérieure et concomitante.

B. — DUCIIOSTIC. SO

300 DKSORDHES DE L'IXNERVATION.

1^ 3. — Formel* e( pronoiilic du délire.

Sauf les cas où le délire vient par accès inlermiltenls, à périodes réiiulières, et caractérisant une fièvre pernicieuse délirante, pouvant amener la mort à bref délai, ce phénomène n*a pas d'importance diagnostique absolue. Quand il est sous la dépendance des maladies du cerveau et des méninges, il est souvent accompagné d'une hyperhémie névro-rétinienne caractéristique, mais dans les cas où il résulte de certaines altérations du sang, ou d'un trouble des fonctions intellectuelles sans lésion appréciable, il n'oiïrc malheureusement rien qui soit toujours spécial. — Sun invasion subite, fébrile, annonce le début de quelques maladies aiguës, mais sans détermination de Tune à l'exclusion de l'autre. Sa présence, au milieu de leur évolution, indique indilTéremment, soit une complication cérébrale, soit un appauvrissement du sang, conditions importantes à reconnaître. Dans ce dernier cas, il faut s'éclairer par Télude des autres phénomènes morbides, ou par l'examen de l'œil avec l'ophthalmoscope, et, à la fin de la maladie, les désordres locaux étant en voie de réparation, s'il arrive un peu de délire tranquille, il y a tout lieu d<; croire à l'existence d'un délire anémique que l'alimentation fait disparaître ou d'une thrombose marastique des sinus de la dure-mère. — Le délire aigu des empoisonnements se reconnaît souvent à la forme qu'il présente. Celui de la belladone est tàs violent, furieux, bavard et accompagné d'hallucinations souvent erotiques et de dilatation de la pupille, tandis que celui de l'opium est plus calme el accompagné de somnolence et de coma avec constriction pupillaire. Le délire du haschisch se rapproche assez de celui que produit la belladone, mais il est plus gai, et il est rare qu'il entraîne à autant de violences. Il en est de même du délire saturnin : mais, en général, c'est moins d'après la forme du délire que d'après les autres caractères fournis par le malade (|u'on remonte à sa cause. La dilatation de la pupille dans le délire des colanées, sa contraction dans l'intoxication par l'opium, la décoloration anémique de la peau dans le délire saturnin, etc., joints à d'autres renseignements fournis par les parents du malade, sont les accessoires indispt»nsables à un bon diagnostic, et il est impossible d'y arriver sans tenir compte de ces diiïérontes circonstances.

Comme pronostic, le délire n'a d'autre importance que celle de sa cause. Ainsi, au début des lièvres éruptives, et à l'invasion des maladies aiguës, le délire initial indique un état moins grave que le délire qui accompagne les maladies primitives du cerveau et des méninges, ou qui se développe dans le cours des maladies aiguës ataxiques, ou par suite d'une complication inflammatoire née dans le cerveau. — Le délire aigu intermittent sous forme d'accès réguliers séparés par une apyrexiequi constitue la fièvre pernicieuse, est excessivement grave et toujours suivi de morl si on ne lui oppose des moyens convenables, le sulfate de quinine par exemple.— Il en est de même du délire anémique y produit par la diète et l'inanition

à la fin des maladies aiguës et dans leur convalescence. Si Ton se trompe sur sa nature, et que, par suite d'une méprise encore très fréquente, on redouble de sévérité dans le régime, ou que Ton ait recours à des émis • sions sanguines au lieu de nourrir légèrement les malades, le délire augmente et ne se termine qu'avec la mort. — A la fin des maladies chroniques, le délire indique la thrombose cachectique ou marastique des sinus de la dure-mère et est le signe d'une mort prochaine. — Â part ces conditions, le délire n'a pas d'importance pronostique. Il est en rapport avec la gravité de la cause anatomique, avec la nature et le degré des altérations du sang, avec l'activité des substances toxiques introduites dans Festomac, enfin avec la durée de Paccident, toujours très grave et incurable dès qu'il se prolonge au delà de plusieurs mois.

Le vertige est une sensation Tugitive de tournoiement, d'éblouissement, qui fait craindre une perte immédiate de la connaissance.

Elle est quelquefois précédée de prodromes tels que phosphènes, diplopie, tintements d'oreille, hallucinations de l'odorat. Le plus souvent le vertige débute sans prodromes; le malade est pris subitement de Taiblesse avec tournoiement de tête, d'éblouissements, les oreilles lui sonnent ; il tend à marcher en avant ou à faire quelques pas en arrière. Sous ce rapport il y a des variétés de vertige titubant y vacillant et gyratoire; tous les objets tournent ou fuient devant lui, s'élèvent ou s'abaissent, se renversent ; la pensée s'égare et le malade, croyant qu'il va tomber par terre, s'appuie le long des objets voisins ou s'empare du bras qu on lui offre en avertissant du danger qui le menace. Cet état dure quelques secondes ou une minute au plus et tout rentre dans Tordre pour se déranger un peu plus tard. On en a une idée très exacte par ce qui arrive lorsque, placé à une grande hauteur sur le balcon d*un monument élevé, on regarde l'abtme placé sous les pieds. C'est Vattraction du vide. Chez quelques personnes, le vertige a lieu quand elles sont couchées dans le lit et alors il leur semble être sur on navire ballotté par le tangage et le roulis.

Si le vertige est souvent le symptôme des maladies organiques du cerveau, il est quelquefois sympathique de quelques affections viscérales produisant directementou par sympathie une hyperhémie ou une ischémie des méninges, et, dans quelques cas, c'est un trouble dont la cause est inconnue, qui ne relève que de lui-même et qui constitue le vertige essentiel.

Le vertige est donc essentiel, sympathique et symptomatique.

Il revient à des époques variables, rarement périodiques, à moins qu'il ne soit le résultat d'une fièvre intermittente pernicieuse. On l'observe quelquefois au début de la grossesse, au moment de la migraine, de l'indigestion, et il accompagne souvent les vers de l'intestin, surtout le tœnia, l'otite

DÉSORDRES DE l'iNNERV.VTION-

vi l4\s lisions de Toreille. Il conslilue Tiiu des symptômes les plus fré- (Hients de la dyspepsie, ce qui, dans ce dernier cas, caractérise le verti'jo (t stowacho Itrso. M. Max Simon, qui a publié un excellent travail sur hvertii:;e nerveux (1), a surtout insisté sur cette espèce de vertip:e.

Le vertii^e produit par l'appauvrissement du sang existe dans la chlorose, dans Tanémie, dans la convalescence des lièvres typhoïdes et des maladies ai«:uës. Mais, ailleurs, c'est dans les cas où existe une altération toxique du sang qu'il se rencontre. Cette variété de vertige s'observe dans rintoxioalion par le tabac chez ceux qui fument pour la première fois. p;u le sulfure de carbone, par l'acide carbonique, par lalcool dans Tivressc, par le chloroforme employé à titre d'anesthésique.

Le vertige est symptomatique quand il indique une congestion céivluale, sans hémorrhagie, congestion niée très à tort par quelques médecins, et (|ui se produit chez un grand nombre de sujets pléthoriques ou à la suit»' d'un eiïort d'accouchement, de défécation, ou enfin à la suite du geste de baisser la tète sur le sol pour se relever rapidement. On l'observe encore dans la conaeslion cérél)rale, au début des lièvres et de la lièvre Ivphoïde. au début de l'hemorrhagie cérébrale, dans le ramollissement cbnuuqut' du cerNcau chez les vieillards, dans l'encéphalite chronique', dans le> tumeurs du cerveau.

Il est enlin un vertige spécial qui constitue un état morbide distinct. Il est toute la malailie. Je veux j)arler du vritigt' éjiih'jitifjue ou j/rtit m<i\. C\'>\ un duninutif du tji'an<î in'il on rpilrpsi,'. Uut* personne est prise tout à coup de verti::e et de perle de coimaissanct-, sans lom])er à terre, elle >':\rrèîo au milieu d'une conver>al:im commencée, ou dit un mol, louivuns le même, tourne les \eux, reste innnobile. vi. au bout de quelque> M\'oudes. nprend Tusago de se^ >».iis et la conversation comra«-nlee. Ce n'est pas la un vert:-:e. \a' mA est ici mal a[ipli(]ue, car c'est une perle de connaissance passa^'ere, ijui ne donne pas la sensation de chute iimninenlo, qui se passe même sans faire tomber, qui est très grave, qui >e rejnoviuil plus ou moins soavonl Sv«us oe'.te forni'.*. et qui tinit ordinaireîneiit par de vo:i:al>!os alla |aes t :»;!t'p'.î jiics. C est un commencement do 1 t p'.'u .^sie.

i^\.p:es SON oa'a>e>. v'n :h-;î .:!'iu:'.:e: — r.r. vr. :i-o c-rc'///-///, oomprona:.t wMx e^i-' y: ii;:'. Ir.is.'la'. .. :i. la iV.l «ue i- rtbrale, b's tumeurs du eevN oaii i \ via v\ . \e! :. U s a'.!:: :\ '!> s ar'.e. i^ !>. <; :.. .: — un Vi.rlije iifit'miqut\ iO": av'^u:. !es \e:.:«e> vies ::;:::■ -i^a^^cs. ô- !^ ir:\'io-e, de la convales- . V r./e. vi.> aewos i\:^".- ,its eu a;;*.:; s :i:a ai. -.s a^:U' s et de l'étal caehec- /a: \o:: «•/ .■.:•; • : .;: >:':.;r. - itr- . .-^ale tn cas d'insuftisanre V',". ::n:\: . :v.-:s\ n ai; !a-\>:/. i vd:Jiarae et des sténoses

la \ je c un procipice, par

V •^. if r.\ -zi. de mfd ,

ractiontle lever la tète, par la fatigue des yeux, par la contraction forcée des muscles de Tœil sur un point fixe ; — un vertige sympathique dans les maladies de Toreille (vertige auriculaire), dans la dyspepsie et quelques maladies de Testomac (vertige stomacal), dans les vers de Tintestin, etc. ; un vertige épileptique qui n'en est pas un, car c'est une forme de Tépilepsie; enfin un vertige toxique comprenant tous les cas où il y a altération du sang par un poison tel que le tatutc, la belladone, la cigué, ralcool, l'opium, l'urémie, l'impaludisme, etc.

Mais ces divisions, pour être plus nombreuses que les précédentes, ne sont pas plus explicites et ne font que reproduire les formes de vertige que je viens d'indiquer. Néanmoins elles sont utiles pour bien faire comprendre (es variétés de vertige que l'on peut observer dans les maladies.

Quoi qu'il en soit, comme de toute manière il faut attribuer le vertige à un état ischémique ou hyperhémique du cerveau, ce qu'il importe, c'est de déterminer à laquelle de ces formes on a affaire pour se conduire en conséquence. Aussi on couchera horizontalement ceux qui ont des vertiges anémiques, des hémorrhagies ou de la chlorose avec emploi de stimulants intérieurs, tandis qu'on emploiera les révulsifs extérieurs et peut-être même les émissions sanguines dans les vertiges congestifs.

Les hallucinations (de hallucinare^ se tromper) sont des sensations Tausses ou imaginaires qui font croire à la présence de personnes, d'objets ou de bruits qui n'existent pas. Ces fausses sensations se produisent dans la vue, l'ouïe, le toucher, le goût et l'odorat. C'est le rêve de l'homme éveillé. A ce phénomène se rattache ce qu'on appelle Villusion sensoriale, autre sensation imaginaire qui conduit une personne à se tromper en donnant une signification fausse à une perception réelle.

Un homme croit entendre qu'on l'appelle alors qu'on n'a rien dit, croit voir un démon qui le menace ; sent une odeur que personne autre n'apprécie, se plaint d'un coup reçu alors que rien ne Ta frappé ; il est le jouet d une hallucination. De même pour les femmes qui croyaient sentir les caresses du diable et l'introduction de son pénis brûlant dans le vagin.

Dn autre halluciné imagine qu'il voit dans un objet placé sur un meuble une figure grimaçante : celui-ci se trompe sur une perception réelle, il n'a qu'une illusion sensoriale ; il en est de même de l'insensé qui, avec un mouchoir sur la tête et un bâton dans la main, se croit armé du sceptre et de la couronne des rois ; ainsi de la pauvre femme privée de raison qui, secouant un paquet de chiffons sur ses bras, s'imagine bercer l'enfant qu'elle a perdu.

Hallucinations et illusions sensoriales existent souvent ensemble et affectent plusieurs sens à la fois. La privation d'un sens n'est pas un obstacle à leur manifestation, car on sait que, dans ce cas, les aveugles voient, les

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sourds entendent et les amputés souffrent d'un membre qu'ils n'cfnt plus.

Ces anomalies de la sensation ont été Tobjet d'interprétations erronées de la part de quelques aliénistcs qui considèrent comme des fous tous ceux qui ont ou qui ont eu des hallucinations. Moreau même, qui dit que le gnde n'est qu'une névrose, a publié (1) une liste de tous les hallucinés célèbres connus depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, qui ne se compose que des poètes, des savants, des lettrés, des politiques et des militaires dont le nom est la gloire de Thumanité. Lélut a conclu de même pour Socrale Thalluciné(:2). En présence de pareilles interprétations d'un phénomène psychologique et morbide, il importe de rechercher s'il n'y a pas eu là une erreur et SI, celte erreur existant, il ne serait pas possible de la démontrer assez clairement pour en arrêter la propagation.

Je ne crois pas, pour mon compte, que Thallucination soit un symptôme de la folie, mais je comprends (jue les aliénistes qui ne voient que des fous et qui n'observent que dans leurs asiles spéciaux, aient pu arriver à celle conclusion. Dans le champ de leur observation, ils n'ont jamais vu d'hallucinations que chez des aliénés et la conclusion se lire d'elle-même. Les médecins, au contraire, qui, par leur situation, sont appelés à voir toutes les maladies les plus différentes, pourront, comme moi, voir et sui\Te pendant longtemps, dans la ville et à l'hôpital, des personnes ayant eu à l'occasion d'une grande douleur morale, ou de l'invasion d'une maladie aiguë, ou de toute autre cause, des hallucinations passagères n'ayant jamais alléré la raison, et elles pourront affirmer que l'hallucination n'est pas un sympti^me de la folie.

J'ai vu bien des fois des femmes nerveuses avoir, à la suite d'un simple accès de fièvre éphémère, des hallucinations et des illusions sensoriales. Les mêmes faits se produisent chez de jeunes enfants émotionnés par de slupides récits ou par le tableau de spectacles amusants trop au-dessus de leur âge; et enfin chez des enfants au début des maladies aiguës inflammatoires ou des hèvres éruptives. Ces hallucinations-là sont fébriles, passagères et n'annoncent certainement pas un dérangement permanent de la raison.

Chez les enfants, ces hallucinations en dehors de toute folie sont fréquenles. J'ai pu en observer trente-huit exemples. Dans quelques cas avec l'hallucination il y a hémorrhagie rétinienne, ce qui prouve rexistenced'un trouble passager de la circulation cérébrale, et l'un de ces faits a été publié dans mon Atlas iVophthalmoscopie médicale, planche X, n*" 83 et 83.

Non, tous les hallucinés ne sont pas des fous. Il est ridicule de le dire. Pascal voyant un précipice à ses côtés, dont il se garantissait avec un écran, alors que, sa plume dans la main, il écrivait ses Pensées ^ ne peut pas être considéré comme aliéné (3).

(I) Moroau (de Tour>), Psijchidoijie morbide. Paris, 1859.

(i) U'Iiil, Du Démon de Socrate, nouvelle édition. Paris, 185G.

(II) Voyez Lélut, V Amulette de Piiscal, pour servir à l'Histoire des haUucinationf' Paris, \m.

Je n'insisterai pas davantage sur ce fait, qui proave que si les spécialités sont aiiles* elles ont aussi leurs inconvénients, et qu'un médecin ne mérite de crédit que si, par d'intelligentes recherches, il élève son esprit à un niveau qui lui permette d'embrasser l'ensemble de la science.

Revenons aux hallucinations. Elles se produisent la nuit et le jour, pendant le sommeil comme pendant l'état de veille. Elles s'observent chez des aliénés dans la monomanie et surtout dans la paralysie générale, en conversation avec Dieu ou avec les démons, — chez les extatiques et hystériques,— chez les somnambules, et, comme je viens de le déclarer, chez des sujets adultes ou enfants parfaitement raisonnables, à l'occasion de contrariétés légères, de douleurs morales ou de maladies aiguës commençantes, telles que la variole, la pneumonie, la scarlatine, etc.

Elles sont donc quelquefois idiopathiqws et plus souvent symplomatiques.

On les observe à l'état i*épidémief surtout quand elles se présentent sous forme d'illusions sensoriales, à part certains cas individuels. Leur forme représente habituellement l'esprit politique ou religieux d'une époque. Ainsi les furies de l'enfer païen menaçant un coupable ; le langage attribué aux animaux et aux statues chez les anciens; les apparitions diaboliques et les obsessions au moyen-âge chrétien ; à toute époque, chez les personnes superstitieuses, sans religion ; les revenants, les fantômes, les mânes, les follets, les lutins, les vampires, les charmes, les génies familiers, les voix, etc., ont été les formes différentes des hallucinations et des illusions sensoriales.

Les hallucinations ou perceptions imaginaires peuvent avoir lieu dans tous les sens.

Celles de l'ouïe sont les plus fréquentes, et on les a observées même chez des sourds. Ce sont des tintements d'oreille, des bruits de cloches, de soufflet, de grelots, le chant des oiseaux, l'harmonie d'un orgue ou d'un concert ; des voix injurieuses auxquelles on répond et qui entraînent l'halluciné à des actes d'agression inexpliqués pour la victime, enfin des voix douces encourageant le sujet à des actes de dévouement ou à la résignation du martyre : c Soyez ferme », croyait entendre Polycarpe mourant pour sa foi. Elles viennent le jour et plus souvent la nuit. Ainsi on rapporte l'exemple d un colonel qui entendait chaque nuit la voix d'un homme qui l'insultait et qui déshonorait sa fille à ses côtés. — Brutus entendait aussi une voix nocturne qui lui disait : « Je suis ton mauvais génie et tu me reverras à la bataille de Philippe. > — D'autres entendent ces voix dans leur intérieur, soit dans la tête, soit dans le ventre, ainsi que le prouvent les histoires de la possession diabolique et celle de cette fille qui, croyant avoir dans le ventre une chienne qui avait mis bas, disait l'entendre aboyer.

Les hallucination? de la vue sont celles qui engendrent les visions et les tisiùnnaires. Il s'y rattache toutes ces apparitions étranges du monde païen et du monde catholique, où, même sans folie, des personnes exaltées ont pu avoir momentanément devant les yeux des apparitions de signes

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