DÉSORDRES DE l/lNNKIlVATK
particuliers, d'anj^es, de démons et autres formes palpables qui leur semblaient a'iir et se mouvoir dans le sens d'une pensée bienfaisante ou vengeresse. J'ai vu, à la suite d'une retraite préparatoire à la première communion, dans laquelle le tableau de la punition du pécheur par les peints éternelii'S avait été un peu vif, des enfants avoir des crises nerveuses immédiates, se reproduisant les jours d'après chez plusieurs d'entre elles, et uiif entre autres ne tombait en convulsion que sous la terreur d'une croix (]•' feu qu'elle voyait tout à coup briller dans Tespace. Elle a guéri et ne ma pas paru pouvoir être considérée connue atteinte de folie.
Les hallucinations de l'odorat se caractérisent par la perception incommode d'une odeur qui n'existe pas, et qui n'est pas appréciable pour d'autres (juc pour l'halluciné : ce sont des odeurs suaves, de rose, de ja5min ou des parfums les plus pénétrants, et, chez d'autres, des odeurs do poisson pourri, d'ail, d'ammoniaque, de poil roussi. Celte dernière hallucination a été surtout très commune au temps des possessions démoniaques lorsque le diablr, s'échappanl du corps de la possédée, laissait après lui une odeur de poil brillé.
Les hallucinations du toucher sont extrêmement bizarres. Ce sont des sensations de froid ou de chaud courant à la surface ou dans la profondeur des membres. Mnc humidité imaginaire, permanente de la peau, des tiraillements ou des engourdissements des doigts, des picotements à l'orifice des mu(|ueuses, laissant croire à l'existence d'un corps étranger intérieur, l'idée d'un rapetissement ou d'un agrandissement exagéré du corps, d'un balancement de la personne qui se croit tout à coup emportée dans l'air il une grande hauteur ou entraînée dans un tournoiement rapide que rien ne peut arrêter. C'était la l'hallucination des possédés qui, croyant être au sabbat, s'imaginent a>oir couru à cheval sur un bâton alors qu'ils n'avaient pas bougé de leur lit.
C'est à cette espèce d'hallucination qu'il faut rapporter aussi ces perceptions imaginaires de coups douloureux déterminant des cris effroyables.
D'autres imaginent avt)ir une léte de verre qui va se briser au moindre contact, une tète de coton, une tète d'oiseau, un corps de beurre pouvant fondre au soleil, se croient transformés en grain d'orge qu'une poule peut avaler, en cavale, en chien, en loup, ou, comme Nabuchodonosor, en bœuf, sensations perverties (|ui les conduisent à des actes d'aliénation parfaitement caractérises.
("est aux hallucinations du toucher que se rapportent aussi ces perceptions singulières qui transforment la douleur en plaisir et parmi lesquelles on peut citer les nmtilations volontaires que certains aliènes se font subir. Ainsi s'expliquent les blessures (ju'un sujet se fait avec un clou ou avec un couteau, les ligatures qu'il applicjue au mamelon ou sur les testicules de manière à en opérer la section. Ainsi s'expliquent la manie des flagellalions rapportée par l'abbé Hoileau (I) et les contusions abominables qu'au
(1) Boiloau, Histoire des Ihujellauts, trad. par (îiaiiet. Aiiisler«larn, 173i.
cimetière SaiDi-Hédard, près du tombeau du diacre Paris, pouvaient subir, sous l'influence des coups de bâton ou de barre de fer et par Texercice de la planche, certains fanatiques qui trouvaient un plaisir infini à se faire torturer.
D'autres hallucinations portent quelquefois sur la nature et sur la sensibilité des organes internes. Quelques individus ont cru avoir un enc<(phale de glace, une colonne de mercure dans le cerveau, des bulles d'air dans l'oreille, une couleuvre dans la tète ou dans le ventre, une araignée dans la poitrine, le cœur absent, et enfin, dans les organes génitaux de la femme, des maladies les plus étranges, depuis la grossesse imaginaire, jusqu'à l'étreinte chamelle du démon introduisant son pénis monstrueux dans l'intérieur du corps.
A côté des hallucinations créant de toutes pièces des sensations imaginaires, se trouvent les illusions sensoriales.
Celles-ci occupent également la vue, l'odorat, le goût, l'ouïe et le toucher. Les arbres tournent, les hommes ont la tète en bas, leur figure parait grimaçante, les sexes se confondent, — les bruits de l'air sont pris pour des gémissements, pour un cliquetis d'armes résonnant sur un champ de bataille, pour des voix sortant de la tombe, le cri des animaux simule le langage des humains, etc., — du lait, du bouillon, du pain et tous les aliments prennent une odeur et un goût détestables qui font croire au sujet qu'on veut l'empoisonner, à ce point qu'il se laisse mourir de faim. Les fleurs n'ont plus de parfum ou répandent des odeurs repoussantes, etc.
Je n'en finirais pas si je voulais énumérer toutes les formes d^hallucination et d'illusion sensoriale que présentent certains malades. Ce résumé^ tout incomplet qu'il soit, peut suffire pour montrer ce que sont et ces anomalies de la sensation et ces perceptions dénaturées par un esprit malade. C'est là, comme le délire intellectuel, le triste tableau des maladies passagères ou permanentes de l'esprit humain, mais il ne faut pas que le médecin voie dans ces désordres, si multipliés qu'ils soient, le témoignage d'une insanité d'esprit qui enlève à un individu toute la responsabilité de ses actes, de façon à le faire considérer comme un aliéné. Je l'ai déjà dit, ces désordres sont souvent l'indice d'un état de folie incontestable, mais, chez beaucoup de personnes, c'est un état passager de courte durée, dont le sujet a la conscience, qui ne trouble pas la netteté de son esprit, ni la maturité de ses jugements. Dans ces cas, il est impossible d'y voir ce que l'on appelle de la folie, et, si c'est là une affection du cerveau, c'est un trouble fugitif et localisé laissant intactes toutes les autres facultés de l'intelligence.
Le mécanisme des hallucinations et des illusions sensoriales est inconnu. Si ces désordres sensitifs ont pour origine un changement moléculaire de la substance cérébrale, ou du tissu des nerfs et des organes des sens hallucinés, ce changement nous échappe à peu près complètement. Quelquefois les hallucinations coïncident avec des lésions du cerveau ou des méningesy dont on retrouve la trace au fond de l'œil avec l'ophthaUnos-
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cope (1), mais ces lésions ne sont pas constantes, elles existent sansqu»les hallucinations se produisent, et, sous ce rapport, elles n'expliqutnt rien. Exisle-t-il alors des hyperhéniies ou des ischémies dues à la parahsi^ ou au spasme des nerfs vaso-moteurs, comme cela se produit dans uiufoule de névroses? La chose est possible, mais elle n'est pas démontrée el ce ne serait aujourd'hui qu'une hypothèse. Attendons donc que la luraièrf se fasse dans ce sujet si obscur, et, pour le moment, bornons-nous à constater les phénomènes en les interprétant d'une façon conforme à i'obsenation, sans devancer par des affirmations prématurées les résultats peut-élre contradictoires des recherches ultérieures. Ce qu'il y a de plus certain, c'est qu'elles dépendent de V altération du sang produite par certains poions^ tels que le chloroforme, le datura stramonium, la belladone, le haschisch, le plomb, la jusquiame, le protoxyde d'azote, l'alcool, etc., et enlin ([u'clles constituent comme affection nerveusCy sympathique ou reflexBy une forme d'hystérie qu'on appelle la folie hystérique.