SIGNBS FOURNIS PAR L4 FRÉQUENCE DU POULS
pas d'augmentation de température aiillaire et le thermomètre reste à son chiBre normal , entre 36 et 37 degrés, ce qui montre que cette fréquence du pouls n*est pas une véritable fièvre. — Dans l'état morbide» au contraire, le pouls fréquent résulte de la réaction fébrile qui accompagne la plupart des maladies aiguôs et chroniques, et il s'accompagne d'une augmentation de température axillaire appréciée au thermomètre; cependant on le rencontre aussi dans certains cas de chlorose et de maladie organique du cœur.
Le chiffre des pulsations d'un pouls fréquent s*élève à 100, 120, souvent à 140 et au delà, jusqu'à 160 et 200.
La fréquence du pouls est continue dans le plus grand nombre des maladies fébriles, mais cette fréquence ne persiste pas au même degré dans les fièvres et dans les maladies chroniques ; elle offre, le matin ou le soir, des redoublements irréguliers qui constituent autant A'exacer^ bâtions.
Le pouls rare et lent est celui qui tombe au-dessous de 60 pulsations par minute, et l'on cite des exemples où il a pu s'abaisser jusqu'à 40, 30, 25 et même jusqu'à 20 dans le même espace de temps. Cette lenteur, naturelle chez quelques personnes» résulte ordinairement d'états morbides très opposés; ainsi on l'observe dans l'ictère, dans la convalescence de la diarrhée, après la guérison du choléra et de quelques pneumonies algues, dans les maladies chroniques du cerveau, dans la commotion cérébrale, dans l'état nerveux chronique, dans quelques maladies du cœur, dans Fempoisonn^nent par la digitale, par le sulfate de quinine, etc. Chez un malade dyspeptique et atteint de nervosisme que j'ai suivi pendant dix ans, le pouJs n'a jamais varié que de 28 à 36 pulsations qui en même temps étaient larges et fortes.
Du reste, pour bien interpréter ce que signifie la fréquence ou la rareté du pouls, il faut savoir deux choses : 1* qu'il n'y a fièvre qu'avec une augmentation de hi chaleur du corps, et 2* connaître le nombre des pulsations qtt*on rencontre dans l'état normal, aux différents âges de la vie; sans cela, on est exposé à considérer comme signe d'un état morbide une fréquence du pouls qui n'a rien que de fort naturel et qui pourrait s'expliquer autrement. — De nombreuses recherches ont été faites par daller, Billard, Valleix, Gorham, Rochoux, Leuret et Mitivié (1), Dechambre, etc. : mais les résultats obtenus sont si contradictoires, que la question exige qu'on fasse encore de nouvelles observations. Tant qu'on n'aura pas recueilli un nombre considérable de faits sur des individus en parfaite santé et endormis, afin d'éviter la fréquence que donne l'état de veille, on ne saura rien de précis sur l'état du pouls aux différents âges.
A la naissance et dans le premier mois de la vie, le pouls varie, d'après Heberden, Gorham, de 120 à 140 pulsations par minute. Dans les deux
1 1 ) Leoret et MitÎTié, De la fréquence du pouU che* les aUénés comidéréi dans ses rap* porU avac les mwni«, la température atmosphérique^ les phases de la lune, Paris, iS3S.
iOO TROUBLES DE l'aPPAREIL CIRCt'LATOIRE.
premières années, il est de 100 à 120 pulsations, puis il tombe gradudl»menl à un chitîre inlérieur, et, vers cinq à six ans, il est environ de xn, comme chez l'adulte. Seulemeiil, le pouls de la jeunesse est entièrem»^nl mobile, et le moindre exercice ou la plus légère émotion lui imprimenlun' rapidité (jue les mêmes circonstances n'engendrent plus à un âge avana-. Chez l'adulte, le pouls reste entre 70 et 80, et, dans la vieillesse, il tuiiiU', suivant les uns (llaller, Ilochoux), à 60 ou 05, tandis que pour les aiilivs (lAuiret et Milivié) il serait un peu plus fréquent que chez l'adulte. Ctiudernière o[)inion semble ressortir des recherches faites dans les hospices dn vieillards par Leuret et Mitivié; mais, en examinant les tableaux qui senviil de base à ces conclusions, il est facile de voir par Técartement des chilîivs extrêmes 50 et 1 U, observés chez quelques vieillards, que des circonstances particulières ont dû échapper à Tattention de ces observateurs, l'ut moyenne, prise dans ces conditions, touche de bien près à Terreur, et, en elTet, nous voyons ici qu'elle tenJ à faire croire que le pouU normal est plus frécjuenl chez le vieillarJ que chez l'adulte, tandis qu'il faut croire tout le contraire. Dans la plupart des cas où j'ai examina le pouls chez les vieillards en bonne sanlé, je l'ai constamment trouve audessous de 70, et c'est chez eux qu'on trouve le plus souvent les faits exceptionnels de pouls rares à 50 et 60 par miimte.
Quant à la fré(juence du pouls fébrile, c'est l'augmentation de temperature, au-dessus de 37 degrés centigrades, la soif, l'état saburral ou villeuï de la langu(^ et la courbature ([ui en indiquent la nature.
Jus(|u'à ce jour, les médecins considéraient la fréquence du pouls connue le signe et l'eiïet d'une excitation sympathique du cœur doni les contractions accélérées indiquaient l'état de souffrance aiguë d'un point du corps.— C'était là le phénomène primitif de l'état fébrile ou des agitations moi'alf>. Celte théorie vient de recevoir une confirmation inattendue par les exprriences de (aou qui a montré, chez le lapin, qu'un nerf spécial et sens:lil du cœur donne à sa membrane interne une sensibilité propre qui fait réadr l'organe contre toutes les excitations dont il est l'objet. Ce nerf vient du j)neumogastrique et du laryngé supérieur, il longe l'artère carotide à cvk du tilet cervical du grand sympathique, il s'anastomose dans la poitrine avec les filets du premier ganglion Ihoracique et se perd dans la substance du cœur. — Coupé et excité dans le bout périphérique, il ne produit nen, mais si l'on galvanise le bout central on produit la douleur, rabaissement tlo la tension artérielle et la fréquence instantanée du pouls. C'est une action ré/le,ve paralysante, à côté de l'action directe paralysante exercée par IVxcitation du pneumogastrique. C'est le )ierf modérateur du cœur, qui, avec le pneumogastriciue, maintient cet organe en rapport avec les sensations conscientes et inconscientes de la vie. iMal heureusement il n'existe pas chez l'homme, ou bien il est confondu avec le pneumogastrique. — Par le pneumogastrique, nerf mixte, le cerveau agit donc sur le cœur et modère ou suspend son action, et par le nerf modérateur, nerf inconscient, le grand sympathique accélère ou ralentit les contractions cardiaques. —
Son excitation amène une action vaso-motrice relâchante ou stricturante générale, d'où la précipitation ou le ralentissement des contractions cardiaques ; mais le point de départ du phénomène est dans l'asthénie ou dans l'hypersthénie du cœur, et c'est l'action sympathique de cet organe qui engendre secondairement le relâchement ou la contraction des vaisseaux (1).
Pour Marey,au centralise, le cœur n'est primitivement pour rien dans la Tréquence du pouls, ce phénomène résulte d'un relâchement spontané primitif des vaisseaux, il est en raison inverse de la tension artérielle, en d'autres termes le pouls est d^autant plus Tréquent que la tension artérielle est plus faible et que l'écoulement par les capillaires est plus facile. « Dans
> le chapitre x, où j'ai indiqué les causes qui font varier la fréquence des
• battements du cœur dans les conditions physiologiques, on a vu que la 1 tension artérielle, suivant qu'elle s'élève ou s'abaisse, ralentit ou accélère
• les battements du cœur et que cette tension artérielle étant elle-même
> subordonnée à l'état de contraction ou de relâchement des petits vais-
• seaux, il s'ensuit qu'en définitive c'est dans la contractilité vasculaire
> qu'il faut voir le régulateur de la fréquence des battements du cœur (2). » Cela peut être vrai dans les expériences faites par la saignée, par l'attitude du sujet, par la compression des gros troncs artériels, par le relâchement des vaisseaux capillaires, mais cela ne supprime pas l'action primitive du cœur et n'explique pas tous les faits qui se présentent chez l'homme malade. Ainsi dans la fièvre typhoïde et dans la péritonite, le pouls est également fréquent, mais il est large, dicrole, à faible tension dans la première, tandis qu'il est, au contraire, serré, petit, à forte tension dans la seconde. Dans la méningite, le pouls est successivement fréquent, ralenti, puis d'une fréquence excessive. Cependant, sur les tracés du sphygmographe, on voit une tension à peu près semblable. Je connais uu homme qui a depuis dix ans un ralentissement incroyable du pouls; son artère ne bat que 28 à 36 fois par minute, et, cependant, la pulsation est lai^e, forte, comme dans les cas de faible tension artérielle. Cela ne peut s*expliquer chez lui par un spasme des capillaires, car sa peau ressemble â celle de tous les malades et conserve une température normale. De plus, si dans une émotion morale de pudeur ou de colère le cœur s'agite ou s'arrête, dira-t-on que l'action morale n'agit que sur les capillaires des membres trop serrés ou trop relâchés. Évidemment cette doctrine supprime l'action première du cœur que Cyon vient expérimentalement de remettre à la place qu'on n'aurait jamais dû essayer de lui enlever. Si ingénieuse, donc, que soit la théorie de Marey, elle n'explique pas tout, et, si elle donne une théorie physique de l'accélération du pouls, cliniquement elle est fausse en déplaçant le premier acte sympathique des maladies et elle a le tort de vouloir supprimer l'action contractile primitive du cœur.
(1) Cyon, Comide rendu daprix de V Académie dei tciencei, 1868. (i) Marey, ouvrage cif«, p. 366.
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