CHAPITRE VI
SK.NES FOrUMS AT DIAGNOSTIC PAR LES PALPITATIONS
Laennec appelait jKilpitations les battements du cœur sensibles et incommodes pour les malades : mais c'est trop restreindre la signification de ce nu»!, car, s'il y a des /><///w'^///^)/r>f th* cœin\ il y a aussi des palpitatiroK (hiN^ilcs [irtrn's chez les personnes nerveuses et hypocondria»]ues. Il faut appliquer ce nom à tous les battements exag»M'és du cojur et des g^o^^es arlèi-es lors(|u'ils sont sensibles pour les malades.
Les palj)itations eardia(|ues et artérielles ont les mêmes causes. Ce sont des tioubles fonctionnels rrflt'xes du c<pur et des artères qui déj^endent tantr>l derii\perestlh'sie >\\\\\)\i\ essentielle ou itliopatliiqnede ces organes, et tanti'>t d'une h}pereslhésie provo(|uée par une de leurs altérations matérielles. Klles sont ulii>i,atlii'ii(rs dans le premier cas, et symptomdtiqup'^ dans lautre.
\^Lv^ infllii!fiîi(in>i rsst'iitit'Ih's résultent de la disposition nerveuse innée ou acquise des inili\iilus. de bnir jeune âge et de leur sexe, de leur éducation et des sentiments varies ijui viennent agiter leur àme.
Plus irétjuenles dans la jeunesse et dans l'âge adulte qu'à toute autre epoipie de la vie.che/ les fennnes (|ue i hez rhomme,chez les êtres faibles, débiles, pâles, inij)ressioiniahles et nerveux, que chez les sujets vigoureusement ci)nslitues, elles se p^odui^ent cht z tous ces individus à la suite d 'S in)pressions dt'bil liantes prolongées, telles que de longs et vifs chagr.ns, l'ambition déçue, l'envie permanente de tout ce qui réussit aux
autres, la colère furieuse, l'amour exalté et les excès vénériens ou la masturlMition, la frayeur, les lectures énervantes de choses imaginaires, fantastiques ou réelles, enfin après tout ce qui agit profondément sur Tàme pour exalter ou affaiblir son action. Il a souvent suffi à des étudiants en médecine d'entendre parler de maladie organique du cœur pour se croire affectés à leur tour et pour avoir, sous Tinfluence de cette impression morale, des palpitations du cœur assez pénibles pour rendre leur vie malheureuse. C'est ce qu'on a appelé la maladie du cœur des étudiants^ névrose qui disparaît vite lorsque la frayeur du mal a cessé, car la quiétude d'esprit suffit à la guérison.
Les palpitationsexistent chez tous les individus accidentellement ou naturellement nerveux par suite de chloro-anémie et d'appauvrissement du sang. C'est à ce titre qu'on les observe sur les filles atteintes de chlorose, sur les hypocondriaques, sur les sujets étiolés parle mauvais air et l'alimentation insuffisante, et chez les valétudinaires, affaiblis par de longues maladies, par la cachexie paludéenne, cancéreuse, syphilitique, etc. Il y a, chez ces individus, diminution des globules sanguins, caractérisée par la pâleur de la peau et des muqueuses, et par des bruits de souffle simple et à double courant dans les grosses artères et principalement dans les carotides.
Les excitants du système nerveux, l'alcool, le vin, le thé, et certains stupéfiants, tels que le tabac fumé à l'excès, produisent aussi des palpitations.
Leur cause ordinaire est l'hyperesthésie cardiaque provoquée par une maladie locale, oi*dinairement une altération organique susceptible de faire obstacle au cours du sang et d'exciter dans les muscles du cœur un surcroît d'action sensible et incommode pour les malades. Certaines .maladies aigués et chroniques du poumon, l'hypertrophie du cœur, l'endocardite, la péricardite, l'amincissement des parois du cœur, les anévrysmes de l'aorte, les rétrécissements et les insuffisances des orifices artériels et auriculo-ventriculaires, etc., s'accompagnent souvent de battements irrér guliers, tumultueux, plus ou moins violents selon l'âge des individus et l'étendue de l'altération. Ces palpitations, désignées comme symptoma-' tiques d*un mal local, ne sont en réalité que des phénomènes essentiels ou réflexes, en rapport avec le degré de sensibilité des individus; car, chez le vieillard affecté des mêmes altérations matérielles du cœur ou de ses orifices, elles n'existent pas. Phénomènes essentiellement dynamiques, elles se rapportent plus au trouble de la sensibilité nerveuse du cœur qu'à l'altération matérielle de son tissu.
Les palpitations cardiaques, sensibles et incommodes pour les malades, sont caractérisées par une vive impulsion de la région précordiale, qui est quelquefois ébranlée d'une façon appréciable au regard, ou du moins qui se transmet à la main placée sur la poitrine.
Les battements du cœur sont plus fréquents, quelquefois tumultueux, irréguliers, intermittents, comme si le cœur faisait un faux pas. C'est ce que Ton a désigné sous le nom de chorée cardiaque^ état qu'il ne faut
Ai^ TROIT.LES DE i/APIWHEIL CIRCl'LATOlUE.
pas confondre avec les maladies du cœur qui compliquent quelquefois la cliorée, et que par un abus de langa'^e on a appelées aussi chorêes cardiaqurs.
Les bruits, souvent naturels, deviennent, dans quelques circonstances, éclatants, clairs, accompagnes d'une sorte de tintement métallique produit parle clioc de l'organe contre la poitrine, et ailleurs d'un bruit de souffle aorlique (jui cesse avec la ])alpitation. ()n entend ces bruits dans le dos, on peut même les entendre à une faible dislance de la paroi thoracique si les palpitations sont très violentes.
Le pouls révèle des inodilicalions analogues aux contractions du cœur. Tantôt fort et vibrant, souvent faible et serré, il a des intermittences et de< irrégularités comme le co'ur; mais, de plus, il ollre souvent des intermittences fjue le cd'ur ne présente |)as.
Les palpitations sont rarement continuelles, si ce n'est dans IVige adulte, lorsqu'il existe une grave altération matérielle du cœur et de ses oritices. Elles se montrent, en général, sous forme de paroxysmes, sans nulle provocation ou par le fait de la cbaleur, d'une émotion, dune contrariété, de la marche, de la montée d'un escalier, etc. Quand elles sont très fortes, elles déterminent des malaises, des défaillances et quelquefois une syncope (|ui peut être suivie de mort.
Le diagnostic des palpitations n'est pas difficile, et les malades en savent à cet égard autant que le médecin. Le fait d'un battement de cœur sensible et incommode n'a rien d'entbarrassant. La cause seule de ces batlenieuts est quelquefois difficile à découvrir, et c'est à cette recherche (ju'il faut s'appliquer.
Chez les enfants, les palpitations cardiaques sont assez souvent ess^niti elles, iiliopatliifjui's, et indépendantes de toute altération organique du cœur. Mais dans mi certain nombre de cas, elles dépendent d'une endocardite végétante légère très comnume dans le premier Age, et qui résultf des maladies aiguës (1).
Chez les vieillards, au contraire, les palpitations sont rares, et elles résultent toujours d'une altération matérielle.
Les palpitations idiopatbi(|ues s'observent dans l'hystérie, Li chloroa némie, l'hypocondrie, et ne sont pas accompagnées de souffle rude ni de frémissement cataire, comme le sont presque toujours les palpitations liées à une nosorganie cardia(|ue.
Les palititdtions arlériellr.s sont plus rares que les palpitations de cœur: ce sont d(îs battements artériels sensibles et incommodes, qui ont pour siège les dilVérentes artères du corps. On les observe dans les artères temporales, chez les plélhori(|ues; dans l'aorte ventrale, chez les hystériques et chez les hypocondriaques; dans les membres affectés de tumeurs, dans toutes les artères à la fois, chez les personnes nerveuses un
(1) Voy. Bouclait, Trailé tles maladies île l enfance, T' édii., chap. Maladies ni'
peu émues ; enfin chez les valétudinaires dont le pouls s'élève de 10 à i5 pulsations par le moindre mouvement et par la fatigue. Cette susceptibilité du cœur et des artères est toujours l'indice d'une grande irritabilité ou d'une extrême faiblesse.
Outre ce qui est relatif au régime alimentaire tonique indispensable à ceux qui ont des palpitations essentielles et idiopathiques, la tranquillité de Tàme et le repos de l'esprit leur sont absolument nécessaires. Ces troubles nerveux du cœur guérissent par le quinquina, le fer, le vin, et par l'usage du sédatif particulier des organes de la circulation, la digitale et la digitaline à l'extérieur et à l'intérieur. On sait, en effet, que ces préparations ont un effet spécial sur les mouvements du cœur, dont elles diminuent la fréquence en régularisant leur action.
i* Les palpitations symptomatiques qui dépendent d'une altération organique du cœur. Elles ont les mêmes caractères, seulement la nature n'est pas la même, et l'auscultation apprend qu'elles résultent d'une affection du cœur, telle que l'hypertrophie ventriculaire, lésion des valvules, etc. Elles réclament des soins tout différents. Les préparations de digitale sont encore utiles; mais, au lieu de vin, de viandes rôties, de quinquina et de préparations ferrugineuses, il faut mettre les malades à une diète lactée rigoureuse, qui seule peut arrêter les palpitations et empêcher les progrès de la maladie organique du cœur.