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CHAPITRE X

SIGNES FOURNIS AU DIAGNOSTIC PAR l'hÉMOPTYSIE

On donne le nom dlinnoptysie (de oTua, sang, irrow, je crache) au crachemenl du sang qui provient de Uappareil respiratoire. Mais, quand nn veut préciser davantage et spécifier le siège de lecoulemenl sanguin, il faut employer les mots de laryngorrhatjip, de trachéorrhagie^ ou d^ pneumorrhagie^ applicables à l'hémorrhagie du larynx, de la trachée ou des poumons.

Le crachement de sang est toujours le résultat d'une rupture vasculaire, soit des gros vaisseaux du poumon, soit des capillaires de la muqueuse bronchique. C'est le s}mplôme d'un élal morbide antérieur, dont il n'est pas toujours possible d'apprécier la nature. En eiïet, on ne trouve souvent aucune lésion matérielle qui puisse rendre compte de l'écouiement sanguin, et il résulte tantôt d'un mouvement dynamique, véritable effort intérieur qui produit la rupture vasculaire, tantôt d'une altération organi(|ue déterminant un résultat semblable par déchirure subite ou par l'ulcération lente et progressive des vaisseaux. Ces deux formes distinctes de l'hémoptysie doivent être séparées de nos jours comme au temps d'Hippocrate, d'Alexandre de Tralles, etc., qui les premiers ont établi cette division importante. Il y a donc une hémoptysie idiopathique ou essefitielle, laquelle résulte d'un eflbrt intérieur essentiellement dynamique indépendant de toute altération organi(iue, et une hémoptysie symptomaliqu** ou organique causée parles nosorganiesdu larynx, des poumons, du cœur, etc. C'est ce qu'au temps de Stahl on appelait des hémorrhagies actives el/)flvsives, pour indiquer la part de l'action vitale ou de la matière du corps dans la production de l'accident.

Lorsque l'hémoptysie est le symptôme d'une nosorganie, c'est-à-dire d'une lésion organique, elle peut dépendre : des maladies du larynx; — soit d'une laryngite ulcéreuse chronique ou phthisie laryngée qui ulcère les vaisseaux du larvnx : — des maladies des bronches . notamment de l'ulcération et des corps étrangers des bronches ; — des maladies da pouwon, soit de l'apoplexie du poumon; — des blessures et de la rupture spontanée du poumon; — des tubercules qui détruisent les vaisseaux puhnonaires; — de la dcgéufrescence graisseuse des capillaires du poumon; — de la gangrène et du cancer des poumons; — de la phlébite des artères pulmonaires; — des altérations du cœur et des gros vaisseaux; soit des maladies du cœur, et en particulier des rétrécissements valvulaires qui empêchent le retour du >ang des poumons dans les ventricules et produisent lapoplexie pulmonaire; — soit des embolies pulmonaires par maladie du cœur droit ; — soit des anévrysmes de Taorle ouverts dans les bronches: — des nosohrmies scorbutiques et goutteuses: ainsi les noso-

bémies qui produisent la diffluence du sang, le purpura, le scorbut, etc. — Ailleurs elle est produite par une cause mécanique servant d*obslacle à la circulation du sang; les déformations congénitales du thorax, renfoncement des côtes fracturées, blessant le poumon, les plaies pénétrantes de poitrine, les tumeurs comprimant les vaisseaux du médiastin; et, d*après Stoll, une ascite, peuvent mécaniquement produire l'hémoptysie.

L'hémoptysie essentielle, dynamique, est occasionnée par des causes en apparence légères, dont reflet est de produire le spasme et la rupture de gros ou de petits vaisseaux capillaires du poumon. Des efforts de la voix, tels que le chant, la déclamation prolongée, etc. , les violents exercices du corps, la lutte, les efforts de défécation et de toux, produisent cet accident ; il en est de même des causes qui, agissant sur les nerfs vasonioteurs, changent la circulation locale des poumons et y produisent une hyperhémie partielle plus ou moins considérable, les émotions morales vives, les palpitations, l'air très chaud et très raréfié ; la vraie pléthore, l'état morbide particulier causé par la suppression et la rétention des menstrues et des hémorrhoîdes, sont autant de causes capables d'amener le crachement de sang. Le déplacement d'une hémorrhagie habituelle remplacée par l'hémoptysie a reçu le nom & hémorrhagie supplément taire.

Quoique très rares dans la première enfance, les hémoptysies peuvent s'y produire. J'en connais des exemples. On les observe ordinairement à une époque plus avancée de la vie, de quinze à trente-cinq ans, et plutôt chez la femme que chez l'homme. C'est une hémorrhagie qui peut être héréditaire, comme les maladies organiques et dynamiques qui l'occasionnent, et, en effet, l'hérédité produit d'abord les tubercules du poumon, la pléthore, les palpitations et les nosorganies cardiaques, avant d'amener l'hémoptysie.

Il n'est pas toujours facile de reconnaître un crachement de sang et l'on peut confondre ce phénomène avec le vomissement de sang ou hématémèse. C'est non seulement par l'étude et l'analyse du sang expulsé qu'on y arrive, mais encore par la connaissance approfondie des symptômes qui accompagnent l'hémoptysie, et par la constatation d'une dyspepsie antérieure ou de tumeur à la région épigastrique.

En général, différents phénomènes précurseurs annoncent l'hémoptysie, surtout si elle doit être abondante. Due vague douleur sous-sternale et interscapulaire ; un sentiment de chaleur, de tension et de constriction dans la poitrine ; une faible oppression accompagnée d*une petite toux sèche ; des horripilations, des alternatives de pâleur et de rougeur du visage et un arrière«goùt de sang, annoncent l'hémorrhagie. Dans quelques cas rares, l'accident se produit d'une façon foudroyante pendant le sommeil ou pendant la veille, et la mort peut avoir lieu en quelques minutes.

Pour caractériser une hémoptysie, il faut qu'il y ait une certaine quantité de sang pur rejetée au dehors, car les crachats rouilles de la pneu«>

17(1 TUornLKs di: i/appaukil hksimuatoiiu:.

iiionie, les stries roui^eàlres d<\s crachats mu(|ueu\ de la bronchite, de Taiigiiie et des autres maladies du poumon, ne méritent pas cette qualiliealion. Le sani; de l'hémoptysie est rejeté, soit en petite quantité, par cxjfuilion, iiTaiiledes secousses de hitoux, soit en masse liquide spumeuse assez abondante, ou enfin par Ilots en passant à travers les narines et en sulTo(|uant les malades, (jui semblent près de périr. On dirait que les malades vomissent plutôt (ju'ils ne crachent le sang.

La quantité de sang rejetée varie de quel(|ues grammes à 1, 3, 0 kilogrannnes et même davantage dans les vingt-quatre heures, d'après J. Frank, t'.es derniers faits sont rares, et il faut considérer comme étant très forte une hémorrhagie qui atteint le poids d*un kilogramme.

Tantôt le sang est craché pur, rouge, spumeux, et tantôt au contraire il est rejeté liquide, noirâtre, mêlé à des mucosités, à du pus, à des hydatides et aux matières les plus diverses. On y trouve quelquefois de la bile ou des aliments, lorsi|ue des ellorts de vomissement ont accompagné l'hémoptysie ; mais cela est rare. Il se coagule quelquefois sous forme de caillots peu résistants, mais ordinairement il reste à l'état liquide. Tant que dure Thémoptysie, le sang offre ces caractères; mais lorsque Técouleinent sanguin s'arrête, les crachats séjournent dans les bronches, sy décomposent et sont cx|)ulsés sous forme de muco-pus noirâtre renfermant des petits caillots de ^ang parfois ramifiés comme les divisions le^ plus fines de l'arbre bronchi(|ue.

En même temps (|ue s'elVectue le crachement de sang, il y a de Toppin^ssion et île la plciiitude de poitrine, avec chatouillement désagréable dans les bronches. Les malades toussent et entendent dans la trachée le bruit du sang agité par la colomie d'air expiré; ils s'agitent, ils tremblent san^ pouvoir s'arrêter; ils pleurent, et, si l'hémoptysie est considérable, ils j)àlissenl: le froid les gagne, et ils tombent souvent en syncope, le corps remué par des frémissements convulsifs. Parfois la sufTocation arrive, et les malades >uccombent, cl(Uill('s par l'obstruction des bronches et parla (juanlilé de sang perdue.

L'hémoptNsie dure plus ou moins longtemps, suivant la cause qui lui a djnne iiai>sance. On a vu des sujets cracher le sang pendant vingt-quatre ou quaraiile-huil heures, être repris au bout d'une ou plusieurs années, et guérir, ce ijui c>t rare. Oii«'k|ucs personnes même ont craché le sang toute leur vie. (irelry a été de ce nombre ; chaijue fois qu'il se livrait à un travail opiniâtre, son liemoptNsie revenait, et il a vécu jusqu'à un âge assez avance. iU'ilinairemeiit. SO fols sur hHi peut-être, ceux (jui crachent le sang en abondance >onl alleiiits de maladies organiques du cœur ou des poumons, et tôt ou tard ils succombent, épuisés par la maladie primitive, caeiiexie cardia(|ue ou phlhi>ie pulmonaire. Les hémoptysies idiopti- ////^/n'.v, engendrées par la pléthore, par l'afjoplexie pulmonaire, par la suppression di\s règles ou d'une Ih'nioniuu'ie habituelle, par lespasme iiUêritnu* re>ultanl d'une viNc impression morale, sont rares et Ton en guëril parfaitement.

SIGNES FOURMIS kV DIAGNOSTIC PAR L'HÉMOPTYSIE. 471

On reconnatt rhémoptysie non seulement à la nature du sang expectoré, qui est ordinairement rouge, vermeil et spumeux, mais encore à des phénomènes moins variables et plus concluants tirés de la percussion et de l'auscultation de la poitrine. La présence de ces phénomènes empêchera toujours de confondre Thémoptysie et Thématémèse. Dans le premier cas, la résonance des poumons est toujours affaiblie, et le murmure vésiculaire normal plus ou moins complètement masqué par des râles humides muqueux et sous-crépitants étendus aux deux côtés de la poitrine ou dans un point «irconscrit, suivant que le siège de l'hémorraghie est plus ou moins étendu. On ne rencontre jamais rien de semblable dans rhématémèse.

Quelquefois, ainsi que l'a signalé Borsîeri, l'épistaxis donne lieu au crachement d'un liquide vermeil et spumeux, lorsque, chez les malades coachés sur 4e dos, le sang, tombé dans l'arrière-bouche, provoque la toux et se trouve chassé par la colonne d'air expiré. L'absence de râles maqueux dans la poitrine et l'examen des fosses nasales empêcheront de commettre une erreur.

Quelques médecins ont prétendu reconnaître, par des symptômes particuliers, le siège anatomique spécial de l'hémorrhagie qui donne lieu au crachement de sang, et dire, par exemple, que l'hémoptysie vient du larynx, de la trachée, des bronches ou des poumons. C'est de la pure vanité. A moins que des symptômes antérieurs de phthisie laryngée, de bronchite chronique ou de phthisie pulmonaire, n'aient rendu possible le diagnostic de la cause de l'hémoptysie, il est souvent impossible de se prononcer sur son origine. En fait d'appréciation de ce genre, il n'y a qu'un diagnostic certain, c'est celui qui permet de placer l'origine de l'hémorrhagie dans les poumons et dans le cœur, là où existent des signes d'auscultation et de percussion qui ne trompent pas.

Le crachement du sang est toujours un accident grave. Comme le dit Hippocrate : Qui sputis cruentis detinentur, ex his quidam brevi tempore pereunty quidam vero diutius trahunt ; prœstat enim corpus carpori, œîas œtatif et affectio affectioniy et anni tempestas tempestati iœ qiM œgrotant, > En effet, la plupart de ceux qui ont eu des hémoptysies succombent un peu plus tard ou restent valétudinaires, et c'est par exception qu'ils échappent aux suites de cet accident. L'expectoration de pus mélangé au sang est quelque chose de plus mauvais encore, car elle se rattache à des altérations organiques plus profondes, c A sanguinis sputOy puriê sputum^ malum (1). »

Un des accidents de' l'hémoptysie, qui résulte de l'apoplexie pulmonaire, c'est la pneumonie chronique ou TaJ^cès du poumon avec vomique ou pertraration de la plèvre, ou enfin la pneumonie caséeuse. Ce dernier accident est de beaucoup le plus ordinaire, et c'est celui qu'on observe après rhémoptysie de la jeunesse, lorsqu'on suppose qu'il existe des tubercules miliaires dans les poumons. La pneumonie chronique est surtout

(1) Hiçf^enl^ ÂphoritmUf sect. vu» aph. 15.

conseîciilivc aux apoplexii^s pulnionairos produites par les maladies du cu'ur. Quant aux abcès avec perforation de la plèvre, ils résultent surtout des apoplexies pulmonaires en foyer. En général, si l'hémoptysie résulte d'une apoplexie pulmonaire chez un sujet bien portant en apparence, qui n'a ni tuberculose pulmonaire évidente, ni maladie du cœur, ni altération du sang, rinllltration sanguine du poumon ne se résorbe pas tout entière. Ce (ju'il en résulte occasionne de la pneumonie qui amène la dégéuéiv>cence caséeuse du poumon, son ulcération et la formation de cavernes qui donnent lieu à une phthisie mortelle.

L'hémoptysie doit être combattue par des moyens capables d'arrêter rhémorrhagic aussi rapidement que possible, alin d'éviter une trop grande déperdition de Jprces, et par une médication capable d'en prévenir le retour. Indépendamment des remèdes à opposer aux maladies organiques et à l'état général qui ont occasionné la rupture vasculaire, on emploie contre l'hémoptysie elle-même la saignée du bras ou du pied, les grandes ventouses ou la ligature aux membres inférieurs; les applications d'eau glacée sur les seins ou dans le dos ; les eaux acidulés, froides ; la limonade sulfurique; l'eau pure additionnée de perchlorure de fer; l'ergotine à rinlericur ou les injections sous-cutanées d'ergotine; les divers astringents: la glace à l'intérieur; l'eau de Brocchieri, et par-dessus tout le silence et le repos le plus complet. Dans les jours suivants, il faut donner des demi-bains chauds à 35 ou 40 degrés centigrades, et, dans ces bains, le corps doit rester mouillé jus(|u'à la ceinture.

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