CHAPITRE XXI
Les pétéchies ne sont aulre chose que de petites hémorrhagies qui se font dans Tépaisseur de la peau, sous forme de points miliaires arrondis, d*une teinte variant du rouge au violet. Ces taches, qui sont au niveau de la peauy ne font aucune saillie à la surface, et ne s*eiïacent pas sous la pression du doigt. Elles ont des dimensions variables : ici très petites et semblables à des piqûres de puces; ailleurs larges; rares chez les uns, confluentes chez les autres. On les rencontre surtout sur le ventre, mais aossi sur les membres et à leurs extrémités.
Elles résultent d'une profonde altération du sang, soit la diminution absolue du chiffre de la fibrine, soit la dissolution el la diminution de la plasticité de cet élément du sang.
Les pétéchies ne sauraient être confondues avec aucune autre espèce d'éruption. On ne pourrait les confondre qu'avec les taches rosées lenticulaires et avec les taches de purpura ; mais les taches rosées sont superficielles, d*un rose tendre, et disparaissent sous la pression du doigt, tandis que la pétéchie ne bouge pas.
Quant à lesdifierencier du purpura, cela est plus difficile, souvent impossible : car c'est une même lésion anatomique, produite par des causes différentes.
Les pétéchies se montrent principalement dans les maladies graves, et en particulier dans quelques cas de fièvre typhoïde, dans le typhus, dans la peste, dans la fièvre jaune. On ne les observe dans la fièvre typhoïde que dans les formes les plus graves, adynamiques, et presque toujours à une époque éloignée du début. Cette éruption peut même survenir en pleine convalescence; elle constitue alors un signe pronostique assez grave. Dans ces circonstances, en effet, l'état de dissolution du sang est si considérable, que le travail d'assimilation est insuffisant à le contrebalancer, bien plus à en triompher. Souvent alors il y a des hémorrhagies par d'autres voies : ainsi des épistaxis, des hémorrhagies intestinales, des apoplexies pulmonaires, des infiltrations sanguines dans les tuniques de rintestin, de la vessie, etc. Ces pétéchies se rencontrent aussi dans l'état cachectique de la tuberculose, de l'entérite chronique et alors elles indiquent une mort prochaine.
Là où les pétéchies sont confluentes, on voit çà et là de véritables ecchy* moses, résultant de leur juxtaposition, et Littre dit même avoir vu des eschares se former sur ces points.
Il est rare de voir, dans la fièvre typhoïde, les taches pétéchiales mêlées aux taches rosées lenticulaires ; car Tépoque de leur développement n'est
r)9'2 TROUBLES DE L'aPPAREIL DIGESTIF.
pas la nu'ino. Copendaiil, dans les cas graves, là où la dissolution du san,' se fait très rapidement, on peut observer des péléchies à Tépoque on >•• nionlrenl hahituellenient les lâches rosées lenticulaires. Quand on votl ainsi des péléchies survenir, soit à la lin du premier septénaire, soit daii> les premiers jours du second, on doit craindre le développement d'uiir* forme adynamique très prononcée de la maladie. La mort est ici la terminaison hahiiuelle.
Il est plus commun de rencontrer concurremment des sudamina et dr> pétéehies.
Dans le typhus, Téruption petéchiale constitue lun des premiers cara»tèn^s de la maladie: elle se montre du deuxième au cinquième jour, rarement plus lard (cependant on Ta attendue jusiju'au quatorzième), et eli** disparaît vers le vingtième jour.
\'A\ i:énéral, dans le typhus, les péléchies sont nombreuses, et couvront une grande partie de la surface du corps. Il est a peu près aussi rare de les voir manijucr coinplèlemenl que de les trouver isolées. Cependant elles iitconstituent pas un signe absolument constant de celte maladie.
Dans la peste, les péléchies se forment à une époque avancée de la maladie, lorsqu'elle est déjà parfaitement reconnaissable à d'autres signes. Elles se montrent frécjuemment sur les muqueuses, aux paupière*;, au\ gencives, à la langue, dans l'intestin, à la surface interne de la vessie, des ::r()sses bronches, etc.
Il en est de même dans la fièvre jaune, où les péléchies en très grand nombre se répandent sur toute la surface du corps, même au visage. Ces péléchies sont tantôt pâles et tantôt d'un rouge violet. Elles se développent ordinairement pendant la deuxième période de la maladie.
Parfois ce iju'on pourrait prendre pour des péléchies n'est qu'une tache bleue sous-culanee formée par un infarctus hémorrhagique du tissu cellulaire et (|u'on aperçoit par transparence à travers la peau. Cela se vi>i: dans la diphlhérile toxique, le choléra et les fièvres seplicémiques graves.