CHAPITRE XXY
On donne le nom de dyspepsie à une forme de la gastralgie. C'est la difficulté et la lenteur des digestions; mais ce dernier phénomène est plus spécialement désigné par le mot de bradypepsie. Ce symptôme se reitcontre comme phénomène sympathique ou direct dans un grand nombre
Tt% TiiorBFEs i»F. i/appaueil digestif.
dos iiKiladios aiguës ou chroniques des viscères, dans les maladies urjiîii(|U(s ou nerveuses de l'esloniac, dans les maladies el dans les nevros. ^. 11 est lrè> IVéïiuent, el sa présence se rattache à un nombre de inalad;» 5 -i considérable, (|u'on a souvent les plus grandes diflicullés pour l'a*>>ii:ii> • j sa V(;ritabh' cause.
C'est quebiuefois une maladie nerveuse essenlielle ou idiojKilhii]ii . quand elle existe seule, comme cela se rencontre assez souvent, el iju .n ne peut raisonnablement pas la rapporter à une maladie anlêrieuie • 'i primitive.
A ce titre, la d\spep.sie a ('té robjet d'un nombre considérable de rei h-rches clinifjues : (|uel(|ues médecins, connue Barras, n'ont voulu y v.*; qu'une maladie nerveuse; tandis (jue d'autres, au contraire, à re\em:i!de (aillen, l'envisagent à la l'ois connne maladie primitive et <M!iin.^ sym|)tôme d'im étal morbide antérieur. C'est ainsi (|u'il faut l'envisag» r. On doit admettre trois variétés de dyspepsie : 1° la dyspepsie idiopaîhi ii \ ±' la dyspej)sie sijmimthique, et \Y la dyspepsie s}jïiiptom(iti<fUf\
La dyspepsie. itIiopalhMjnr ou csscutif^lle se renconti'c comme IrMui-primitif de la digestion, indépendamment de toute maladie apprériable ill'estomac ou des viscèri^s, chez un assez grand nonibre de perst>nn**>. L'appétit est perdu, et ce (ju'on mange n'a pas de goût ; les afi:iient> pèsent à r(\stomac, déterminent un malaise de quebjues heures, qihlju» toiaccompagné de pneumatose gastro-intestinale et de céphalalgie o/*/</t^^;/>» » (latulrnlc)', ils |)rovo(|uent souvent des aigreurs ((lijspf*jfsir ari i^\, d»> douleurs épigastricjues, ou gastralgie, de la constipation ou des alternaliv de constipation et de diarrhée; les sujets maigrissent, deviennent jaun perdent leur vivacité, leur force musculaire et leur aptitude au travail. Ç-i étal dure plus ou moins longtemps, disparaît par moments, pour reNeni:un j)eu plus tard jusqu'à sa guérison délinitive, ou jusqu'à ce ijuo 1> troubles de la mUrition aient été assez considérables pour entraîner d»maladies se(*ondaires du foie, des poumons ou du cerveau. En elTel, s,«iil'iidlueiice de la chloro-anémie produite par la dyspepsie essentielle, 0.1 observe secondairement de la lassitude, de la sensibilité au froid, d»> palpitations, des névralgies et des desordres chlorotiques de rintelli-:«n -^ et du sNslcme nerveux ; — le nervosisme et l'hypochondrie; — la îuberc;:lisalion j)ulmoriaire chez ceux (jui y sont prédisposés; les ntaladiesdii foi ^ ou de la voiruliî biliaire par suite de rinactivilé de ces organes ; cerlamt maladies de l'estomac ci de l'intestin, etc.
Non seulement, comme on le voit, la dyspepsie est un trouble de !.i digestion, maiN c'est encore un trouble des fondions de tous lesaulna|)pareils oi'ganiques. La nutrition modi(ié(* entraîne avec elle ralterali »:) chloroti(|ue du sang, rim[)erfection de l'hématose, les troubles de la se rtlion biliaire, le drMangiîment des fonctions nerveuses el de la pen>f»'. l'amaigrissement g«'néral, etc. A ce dernier phénomène se rattache naïurellenn'ut un caractère de la dyspepsie étudié par Beau, el qui mérite d'tiie pris en considération : c'est le aitton transversal des ongles. Sa préseot^
indique les degrés de la dyspepsie. En effet, les ongles perdent leur épaisseur sous l'influence de cet état morbide, et ils la reprennent lorsqu'une amélioration se produit. De cette alternance d'épaisseur au moment de la sortie des ongles quand le malade est mieux ou plus mal, résulte à leur surface, principalement sur le pouce, des sillons dans le sens transversal qui indiquent le commencement et la fin de l'état dyspepsique.
La dyspepsie essentielle ou idiopathique reconnaît pour causes : les impressions morales, telles que les chagrins violents, la jalousie continuelle, Tambition déçue; l'excitation cérébrale déterminée par les travaux de composition littéraire et scientifique, par les revers de fortune, etc. ; les sécrétions trop abondantes, telles que la polyurie, le ptyalisnie, la galactorrhée, les flueurs blanches, les pertes séminales ou les abus vénériens, les écarts ou les intempérances de régime; latonie de reslomac et la diminution ou laltération du suc gastrique, etc.
La dyspepsie sympathique est caractérisée par les mêmes phénomènes que la précédente.
Elle dépend de certaines modifications physiologiques ou morbides subies par des organes autres que Testomac. On l'observe au début de la grossesse, à la suite des maladies chroniques des poumons, tuberculose et pneumonie chronique du cerveau, tumeurs, et du foie, lithiase biliaire de l'utérus, dans les hernies, dans les névroses, telles que rhystérie, dans Ihypochondrie, dans la chlorose et certaines maladies du sang, etc. Quant à ce qu'on a cru devoir appeler dyspepsie sympathique des maladies aiguës, il est inutile d'en parler, car les phénomènes de dégoût et d'inappétence observés dans Tétat fébrile ne sont pas de la dyspepsie et caractérisent Vanorexie.
La dyspepsie symptotnatique est le résultat des maladies aiguës ou chroniques de l'estomac, et particulièrement de la gastro-entérite chronique, de la dilatation simple et de l'ulcère chronique de l'estomac, du cancer cardiaque ou pylorique, des hernies de l'estomac, de la gastralgie et de toutes les maladies ayant leur siège dans les voies digestives.
D'une manière absolue, et par elle-même, la dyspepsie n'a pas une grande importance pour la détermination d'un diagnostic précis. Ce n est jamais un signe pathognomonique, et elle n'a de signification que par ses rapports avec les autres phénomènes morbides observés chez les malades.
Toutefois, en approfondissant davantage le sujet, on voit que la dyspepsie a des origines différentes et un point de départ variable. Ainsi il y a une dyspepsie gastrique^ une dyspepsie duodénalc ou hépatique et une dyspepsie gastro-intestinale.
La dyspepsie gastrique se montre presque aussitôt après les repas, et se caractérise par de la pesanteur, de la plénitude et de la chaleur à l'épigastre. Il y a quelquefois de la pneumatose et de la douleur. — La bouche est sèche, la salive pâteuse, et la langue, blanchâtre, avec enduit plus ou moins épais, est rouge sur les bords et â la pointe. — Parfois il y a de la
51)8 TROUBLES DE l'APPAREIL DIGESTIF.
céphalalgie, des vertiges, de la somnolence, de la torpeur intellectuelle, d^ la dyspnée et dus palpitations.
Ces accidents durent (]uek|ues heures, se dissipent et reviennent apn'> le repas suivant.
La dfjspepsic intestinale se déclare plus lard : ce sont des colifjuef sourdes, des borborvgines, des gaz fétides et Texcrétion de matières duiv> ovillées ou molles, mal élaborées. — Avec cela, existent des malaises, un peu de lièvre, de la faiblesse, des palpitations, de la tristesse et le rejet d'urines boueuses.
La laim est conservée, mais les fécules sont mal digérées, tandis que la viande s'élabore un peu mieux.
La df/sficpsie (/astro-iîitestinale offre la réunion des phénomènes des deux variétés précédentes.
Ce qui i)roduit la dyspepsie, c'est la modification des sucs digestifs dans leur (juantité et dans leur cjualilé, et que la cause première soit sympathique ou organi(|ue, le phénomène qui en résulte est l'altération de qualité ou de quantité des ferments digestifs.
Si le imicus stomacal neutre à l'étal de vacuité gastrique, est trop abondant, il empêche la digestion en empêchant le contact du suc gastriijiif avec les matières azolécs. Il se décompose et, avec les aliments feoulenls ou sucrés, il provoque des fermentations énormes, lacticjue, butyrique ou acéti(pie, avec formation de gaz acide carbonique qui revient en éructations par la bouche avec ou sans mucus acide.
Ailleurs, le suc gastrique est insunisant,et sans qu'on connaisse bien ses altérations, il ne peut convertir les viandes en peptones assimilables. Les viandes et les matières albuminoïdes subissent un certain degré de fermentation putride, et les malades ont des éructations nidoreuses d'hydro-'ene sulfuré. Il en est de même si, par suite d'une maladie du foie, la bile ne vient pas se mêler en quantité suffisante au chyme.
Chez d'autres, soit qu'il y ait absence de salive ou de fluide pancréatique, \es substances féculentes soûl mal digérées et produisent à l'estomac un sentiment de pesanteur avec gonflement et formation de gaz inodores rendus par la bouche.
Il y en a enfin qui, digérant les viandes et les féculents, ne digèrent que très mal ou pas du tout les graisses. On suppose alors qu'il y a défaut de suc pancréatique.
Ces dyspepsies peuvent être seulement nerveuses ou sympathiques, mais elles sont très souvent la conséquence d'une irritation chronique de l'estomac ou d'une altération du foie et du pancréas. C'est dans ces casque la pepsine animale, —la pepsine végétale que j'ai découverte, — et lapapaïne tirée du Cavica papaija, — enlin la pancréatine ont l'influence la plus avantageuse.
La faiblesse des parois de l'estomac et le défaut de mouvements péristaltiques viennent souvent s'ajouter aux altérations des ferments digestifs pour produire la dyspepsie.
Il faut, en eflel, pour que le travail chimique de la digestion s*opère, que les aliments soient sans cesse remués par les contractions stomacales, et si elles sont trop vives, comme dans Firrilation algue, trop lentes dans Tatonie des parois stomacales avec ou sans dilatation du viscère, le mélange des aliments et des ferments digestifs ne peut se faire. De là résulte un état dyspeptique plus ou moins prononcé.
Je signalerai enfin le défaut d absorption des boissons et aliments par la muqueuse gastro-intestinale, dû à un état particulier des vaisseaux veineux et lymphatiques. L'opium, Talcool, le café produisent cet état, ainsi que certaines altérations de Tintestin et des glandes mésentériques hypertrophiées ou tuberculeuses, mais il est des cas où la cause de la nonabsorption reste inconnue. C'est ce qu'on voit chez certaines personnes qui sans être malades ne peuvent absorber les boissons, et ont ce que Chomel a appelé dyspepsie des liquides.
Le traitement est tout à fait en rapport avec la cause de la dyspepsie, mais, à part ce qu'on peut faire contre la cause du trouble fonctionnel, il y a les moyens palliatifs à mettre en usage. Parmi eux, ce sont surtout les ferments digestifs, la pepsine animale, la papaïne ou pepsine végétale tirée du Carica papaya^ la pancréatine, les alcalins, la poudre de charbon, les eaux minérales, enfin, alcalines le lavage quotidien de l'estomac pendant quelques jours au moyen de la pompe ou de la sonde, el un régime alimentaire approprié.