SIGNES FOURNIS AU DIAGNOSTIC PAR LE CARDIOPHONE ET LE SPHYGMOPHONE
On a essayé d'appliquer à l'étude des bruits du cœur, et des artères ou des anévrysmes le sphygmophone de Richardson, présenté en 1879 à la Société médicale de Londres, et celui de Boudet (de Paris). Ce sont des instniments destinés à l'étude du son produit par l'ondée artérielle, ingénieuses combinaisons du microphone et du téléphone. Comme on le sait, le microphone est un transmetteur téléphonique disposé de telle façon, qu'il peut, dans certaines conditions, amplifier considérablement les sons, de là le nom de microphone que lui a donné M. Hughes, son inventeur. Les appareils microphoniques se composent de deux ou plusieurs morceaux de charbon légèrement pressés l'un contre l'autre et mis dans le circuit d'un téléphone et d'une pile. Nous ne pouvons parler ici de tous les modèles de
microphones qui ont été imaginés dans ces dernières années; ce qu'il faut retenir, c'est qu'un microj)hone aura une sensibilité d'autant plus vive que le contact des charbons pourra subir des variations de pression plusgi'andcsel par suite déterminer des variations plus notables dans l'intensité du courant.
On sait quel est le degré de sensibilité du microphone : le tic-tac d'une montre placée sur le support de l'appareil résonne ccunme des coups de marteau: le moindre fn^Iement d'une barbe de plume se perçoit avec une grande netteté. On entend distinctement le bruit d'une mouche qui se promène sur la table sur laquelle repose l'inslrument et le bruit de ses pas donne la sensation du pietinenu-nt d'un cheval. On peut même distinguer le en de la mouche, surtout Sun cri de mort qui, suivant M. Hughes, deviendrait perceptible.
Ce sunt ces appareils miero-telephuniques qui ont été appliqut»s à la medeeiliC.
Le téléphone, à cause de son extrême sensibilité, a été utilisé pour révéler lexislence des courants excessivement faibles. Ihs 18T<S, M. d'Arsonval, préparateur du Collège de France, eut l'idée de se ser>ir du téléphone comme galvanoscope et il vint à conclure de ses expérienc^^s (jue le téléphone le [dus mal construit est au moins deux cents fois plus sensible (jue le nerf pour areuser des variations électriques très faibles. M. dArsonval, après avoir excite le nerf sciati(|ue d'un<^ grenouille avec la pince ordinaire d'un appareil à chariot, eloigi:a la bobine induite jusqu'à ce que le nerf ne répondit plus à l'excitation electriiiue. Ilemplaçaut le nerf par le téléphone, le courant induit qui n'excilait plus le nerf impressionna avec force le téléphone. Eloignant ensuite la bobine induite jusqu'à une di>lance i|uinze i\)is [)lus grande que celle du minimum d'excitation du nerf, il peut encore entendre vibrer le téléphone.
Le téléphone peut donc être considéré comme le galvanoscope le plus sensible (jue nous possédions pour déceler de très faibles variations électriques. Les résultats annonces par M. d'.Vrsonval furent, bienlùl après, conlirnies par M. Tarchani^iï.
Le premier microphone médical fut le S}ilii/'jmophofh* présenté par .M. le doi^Htir i;iehardson vers la (in de Tannée {x'\K a la Société médicale de Londres. C est une ingénieuse combinaison du microphone de Hughes, du sph}gnu»graj)he et du téléphone. Lorsque le pouls met en mouvement l'aiguille de rap|)areiL une série de mouvements sont produits par le contact glissant du microphone, mais au lieu de laisser des traces sur la bande de papier de l appareil de M. Marey, il en resuite des variations d'intensité du courant ijui sont transmises du njicrophune au téléphone.
Lq siihyjin'jjjfione de .M. Doudel (de Paris) dilTere des appareils précédents de cegemv en ce (lue sa sensibilité peut être portée très loin, sans que les mouvements imprimes par l'e.ndee sanguine apportent aucune gêne à l'auscultation des bruits artériels.
Le sphygmophor.e de .M. r>oudet (de Paris) comprend deux charbons : Tim mobile, de foi me cylindrique, oscille sur un axe transversal; les deux
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moitiés du cylindre, se font équilibre et l'une d'elles vient toucher le second charbon fixe, qui a la forme d'une lentille; c'est ce cbarbon fixe, porté par un double ressort analogue à celui du sphygmographe, qui reçoit par rintermédiaire d'un bouton les mouvements à transformer en son. La moindre pression se transmet par les rapports aux deux contacts de cbarbon et fait ainsi varier l'intensité du courant qui les traverse; ces variations sont recueillies par un téléphone que l'observateur applique à son oreille. Quant à la pression qui doit maintenir les charbons au contact, elle est obtenue d'une façon très simple, au moyen d'un ressort formé d'an V de papier écolier, ce corps jouissant d'une élasticité à la fois très faible et très parfaite. Des vis micrométriques permettent de ré/^ler le degré de cette pression et de faire varier la sensibilité de l'appareil selon les besoins de Texpérience.
Ainsi constitué, ajoute M. Boudet (de Paris) auquel nous empruntons cette description, l'appareil placé sur une artère indique tous les bruits qui se passent à l'intérieur des vaisseaux, et avec un peu d'habitude, on arrive très aisément à distinguer les différences de rhythme, les bruits de souffle, etc. Cet appareil, très commode pour l'exploration de l'artère radiale, ne peut s'appliquer que très difficilement sur les autres artères, telles que les fémorales, et encore moins sur les veines. Dans ces cas, M. Boudet (de Paris) se sert du microphone à transmission.
Ainsi constitué, l'a'jppareil, placé sur une artère, indique tous les bruits qui se passent à l'intérieur du vaisseau, et, avec un peu d'habitude, on arrive très aisément à distinguer les différences de rhythme, les bruits de souffle, etc. La pulsation est très fortement accentuée, le dicrotisme normal devient perceptible; en un mot, on entend le tracé du pouls, tel qu'il est inscrit par le sphygmographe.
Cet appareil est donc excellent lorsqu'il s'agit d'explorer l'artère radiale, et c'est même celui qui donne les meilleurs résultats ; mais il ne peut commodément s'appliquer sur les autres artères telles que les carotides, la fémorale, etc., ni surtout sur les veines.
11 est préférable de se servir du stéthoscope microphonique représenté dans la figure 29. L'embout de corne pouvant être maintenu au niveau des TÛsseaux sans exercer aucune pression sur eux, on évite la formation de ces bruits de souffle que produit la pression du stéthoscope ordinaire.
C'est à l'aide de ce stéthoscope que Boudet a pu reconnaître que le second souffle crural de l'insuffisance aortiqus est un bruil propagé. On sait que les opinions sont très différentes au sujet de l'origine de ce second bruit de souffle. Pour les uns, il serait causé par le reflux du sang vers le cœur, lors de la systole artérielle; mais les expériences entreprises par MM. Toussaint et Morat ont démontré que la vitesse en retour du sang n'existe pas dans l'insuffisance aortique. D'autres ont prétendu que l'ondée sanguine qui, à l'état normal, produit le dicrotisme de la pulsation, s'accompagne d'un souffle lorsque les valvules aortiques sont insuffisantes ; X. Harey a suffisanmient prouvé que les ondes secondaires allant vers la