ANALYSE MICROSCOPIQUE DU LAIT
Le compte-globules peut avoir d'autres usages que l'étude du sang. Je l'ai employé pour l'analyse du lait et comme guide dans le choix des nourrices (1) d'après de nombreuses analyses.
On peut étudier le lait de femme au microscope, en comptant le nombre de ses globules, ce qui donne la quantité de beurre, c'est-à-dire la mesure de sa richesse. Pour cela il faut une seule goutte de lait prise après quelques minutes de succion du sein par r enfant. Or rien n'est plus facile. Il suffit de recueillir seulement une demi- cuillerée à café de ce liquide et, avec le compte-gouttes gradué, de prendre la goutte qui est nécessaire à l'analyse.
Au lieu de faire mes numérations par 5* de millimètre cube, comme on le bilpour le sang, j'ai dû compter par 10* de millimètre cube.
En voici les raisons :
Lorsque l'on compte les globules du sang dans une cellule de verre plaie, de 1/5 de millimètre d'épaisseur, les globules plus lourds que le sérum tombent au fond au bout de quelques minutes et il n'en reste pas qui nagent entre deux eaux. Tous sont au fond de la cellule et quand la plaque de verre est au foyer du microscope on peut les compter tous.
An contraire, avec du lait dans cette même cellule, au 5* de millimètre d'épaisseur, connue les globules de lait sont plus légers que le sérum, ils montent ainsi que la crème à la surface du liquide, et par conseil) E. Boaehoi, Hygiène de la première enfanUt 1* édition. Paris, 1879.
qucnl se trouvent dans la cellule sous la lame de verre obturatrice. Mais ils ne montent pas tous, quelques-uns restent dans l'épaisseur du st^ruin, de façon à ne pouvoir être comptés au piemier calcul. Plus Tépaisseur de la cellule d'examen est grande, plus on éprouve de difficultés à cunipler tous les globules du lait.
J'ai donc du faire préparer par M. Nachet, des cellules à 1/10 de millimètre de profondeur, spéciales pour lantilysc du, lait, et c'est avec cts cellules que j'ai opéré.
Oji prend une goutte de lait de femme mesurée avec le compte-goulN^s gradué de Limousin, que l'on met dans 100 gouttes d'eau distillée, pure,
oo
3tuf;-'jr. J)
Fie. 70. — Iiiia^'O niîrrtiscoiiqiif (i'nii cnrn; Ar | 5 de iiiiHiiiii'li*>î <lo d')!.:, couvrntil ].i cellnlo it' wm? au 10* ijiii niifcTiiic iiiir ^MHillr <l4» l.iit "Ic fiiniic (iilii.'O .Ml lOU". — Il y ;\ S(î gloliuiï-s, C.<ù^ :a;t 80 : \ . -Jl ;r»'lO>' 1000— 100 2 150000 -lohulos par niilliiiiMi c vu\u' de liil.
OU mieux salée au iTH). Celle addition a pour but d'avoir un liquide à 1030 de densilé, facilitant l'élévation des globules de lait. Celle ascension est plus leiile dans l'eau distillée.
Alors une goutte de ce mélange au 100 étant placée sous un microscope dont l'occulaire renferme un (|uadrillage ayant 1/5 de millinièlre de côté, comme celui qui sert aux numérations de globules sanguins. On compte ce qui se trouve com|)ris dans le carré.
Supposons qu'on y compte, une première fois, 91 globules de lait, gros ou petits, il faut changer la préparation de place et compter de nouveau. Un doit faire aiubi trois calculs successifs sur des points diffeienls et prendre la moyemie de l'addition des trois numérotages.
Cette moyenne doit être divisée par 1, puisque ayant compté dans un quadrillage ayant l/Ô de millimètre de côté et renfermant quatre carres de 1/10, il faut |)rendre K; (juarl du nombre de globules trouvés qui représente les globules d'un des quatre carrés com|)ris dans le (juadrillage
complet. Quand cette opération est achevée on multiplie le total par 1000 qui est le cube de 10. Cela est nécessaire parce que la cellule est au 10*. On multiplie ensuite par 100, puisque le titre du liquide est au iOO*.
Supposons 292y le nombre des globules trouvés dans trois calculs différents faits sur le quadrillé au-dessous duquel se trouve la solution de lait au 100*y on a :
D*aprës ces calculs, on voit donc qu'il y a dans cet échantillon de lait deux millions quatre cent vingt-sept mille globules de 1 millimètre cube. Par un autre calcul, on trouve que ce lait renferme deux cent quarantedeux milliards sept cents millions de globules par litre.
D'après ce procédé au 10*, et aussi d'après le procédé d'analyse au 5*, j'ai compté les globules du lait chez cent cinquante-huit nourrices. Dans mes observations, j'ai tenu compte de l'âge de la nourrice et de l'âge de son lait, J'ai établi des catégories pour le lait pris avant la tétée, pendant la tétée et après la tétée.
Voici les principaux résultats généraux sur le chiffre des globules et globulins :
5 fois les globules ont été de 200 à 400 000;
14 fois -~ 400 à 600 000;
20 fois — 600 à 800 000;
24 fois — 800 000 à 1 000 000;
66 fois — 1 à 2 000 000;
27 fois — 2 à 4000000;
2 fois — 4 à 5000 000;
Ces nombres comprennent les gros et les moyens globules, ainsi que les petits globulins qu'il est possible de compter en faisant varier la vis du microscope à gauche, pour bien saisir tout ce qui est dans l'épaisseur de la couche laiteuse contenue dans la cellule au dixième, qui sert de moyen d'analyse.
Si Ton voulait plus d'exactitude, comme trois globulins valent à peu près un globule, il serait bon de compter tous les gros et moyens globules comme unités, puis de compter à part les globulins dont on prendrait le tiers seulement, qu'on ajouterait aux unités inscrites. Ainsi, je suppose 47 globules gros ou moyens, et 36 globulins, il faudrait compter 47 plus a qui est le tiers de 36, ce qui ferait 59. De cette façon on aurait des chances d'arriver à la vérité dans la manière d'apprécier la richesse du beurre du lait de femme.
Ce n'est d'ailleurs qu'une conséquence de l'étude des dimensions offalesparles globules de lait, dimensions qui varient de un à trois cen^ tîèmet de millimètre de diamètre.
17 i MOYENS PHYSIQUES d'EXPLORATION.
Co qu'il y a (rini portant à retenir dans ces recherches et dans ces calculs à faire pour obtenir des résultats précis, c'est de compter à la fois les iiUhules et les glohulins qui peuvent échapper si l'on n'y fait pas allentiun.
Peut-être, pour opérer avec plus d'exactitude, faudrait-il compter à part les vrais globules et les globulius, dont on prendrait le tiers pour montrer qu'il faut trois globulins pour faire un globule. Mais cela ne m'a pas semblé indispensable à la netteté de mes analyses.
Le moyen de tout voir, c'est d'attendre dix minutes pour que, dans la plaque mise sous le microscope, tous les globules soient montés à la superficie du liquide sous le verre supérieur, et de plus, c'est de tourner la vis du microscope à droite et à gauche, tout en comptant les globules, pour varier le fo\er de rinstrument.
Malgré la diversité de composition du lait, et les variations de quantité de ses éléments, chez la même nourrice aux différentes époques df la journée, la numération des globules du lait, faite avec soin, plusieurs fois en vingt-quatre heures, sur le lait du matin, du midi et du soir, donne h ne moyenne qui représente bien la qualité du lait de femme.
Elle ne donne exactement que la unantilé des [/lobules du beurre, d(uU on peut déterminer le poids, mais en général cette (|uantité représente la richesse ou la pauvreté des aulnes éléments. Cela est très suffisant pnur ra()préciation et le choix des nourrices.
Bajiport du nombre des (/lobules à lu densité du lait et au poids du beurre. — Si l'on veut remonter du nombre des globules laiteux au /loids appro.rimatif de la (/uantilé de beurre pur litre de luit, ou même déterminer approximativement, à deux degrés près, lu densité de ce lait, ctla est facile en comparant le lait de vache au lait de femme.
Il faut alors prendre une certaine quantité de lait de vache, et parallèlement faire: 1' la numération eruele des i/lobules sur le lait préparé |H:)ur le microscope : puis "1" prendi'e la densité corres|)ondante du lait; et enliii 3' déterminer chimicjuement par l'analyse la quantité en jtoids de beum' contenue dans le lait soumis à PanaUse.
Après avoir ainsi comparé ces trois ordres de calculs établis avec une scrupuleuse attention, j'ai dressé un tableau montrant à quelle densité et à quel poids de beurre par litre, correspondent les quantités de globules appréciées au microscope. De cette manière, le nombre des globules du lait dans un millimètre cube de lait permet de dire quel est, à peu de chose près, son poids de beurre par millimètre cube, par lOOO grammes, et en même temps (juelle est sa densité approximative.
Ainsi un lait de vache renfermant :2 iO:2 7)i)0 globules et globulins par millimètre cube donne trois cent-millièmes de beurre pour ce millimètre, et se rapporte à un lait qui, par litre, donnerait 30 grammes de beurre, et marquerait I03'2 au densimètre.
Dans le lait de femme qui renfermerait un ou deux millions de globules par millimètre cube, il y aurait deux et trois cent-millièmes de beurre dans ce millimètre, chiffre obtenu par le calcul, el sans qu'il soit lait d'analyse.
Si Ton se sert des chiffres obtenus sur le lait de vache pour apprécier le lait de femmes on voit qu'un lait qui offre la moyenne ordinaire des globules, c'est-à-dire 1 0^6 000 globules par millimètre cube, est un lait qui doit avoir une densité de 1022, correspondant à 34 grammes de beurre par 1000.
Exemples du rapport existant entre le nombre des globules du lait avec la densité de ce liquide et son poids de beurre par 1000.— Ces expériences ne peuvent bien se faire que sur du lait de vache, et il est facile de voir qu'elles peuvent servir à juger par analogie de la densité et de la quantité de beurre du lait de femme.
Chez cette dernière, la densité est très difficile à déterminer d'une façon absolue, et avec Tincertitude des résultats fournis par les analyses antérieures, mon procédé de recherches acquiert une certaine importance*
Chez la femme, la densité du lait varie plus que dans le lait des différentes espèces animales connues, où déjà les chiffres publiés sont très différents les uns des autres.
Cela se comprend lorsqu'on a fait beaucoup de recherches à cet égard. D'ailleurs, il est très difficile chez la femme de recueillir une suffisante quantité de lait pour le soumettre à Tépreuve du densimètre. Chez quelques femmes, on ne peut en tirer plus de 5 à 10 grammes, ce qui est tout à fait insuffisant.
Quoi qu'il en soit, voici ce qui résulte des calculs que j'ai faits sur le nombre des globules du lait de vache comparé à la densité de ce liquide et au poids de beurre qu'il contient par 1000.
GLOBCLES PAR HILUlftTRE. DENSITÉ. BEURRE PAR LITRE.
grammes.
3» lî)ior.00
Ji* 2105000
Si le nombre des globules diminue dans une proportion considérable, la densité s'abaisse dans la même proportion et la quantité de beurre diminue également. Mais il faut pour cela que la variation du chiffre des globules soit assez forte. De petites différences ne se traduisent pas par des modifications très profondes de la densité et du poids de beurre. On ne peut compter qu'à un ou deux degrés de différence pour la densité et autant pour la quantité de beurre.
Quoique ces évaluations n'aient pas une précision absolue, elles n'en constituent pas moins un résultat, approchant assez de la vérité pour qu'on en doive tenir compte.
170 MOYENS PHYSIOIES D*EXPLOI\ATION.
Ainsi (loïKî, Iji luunéralioii des ^'lobules et des ^lobulins du lait penuel d'airiver à coimaUre sa richesse, c'est-à-dire la quantité de beurre qu'il rcnfcnntî.
Or, celle (|uanlité est la chose qu'il importe le plus de connaître. Chacun peut faire crlle analyse s'il est habitué à l'emploi du microscope. A dt^faul du médecin, le père de famille peut examiner le lait de sa nourrice el se rendre un compte journalier de ses qualités, comme il apprécie la prospérité de son enfant parla balance.
Une p)utte de lait peut suffire pour l'analyse. Mais comme ce liquide est très variable dans sa composition, on n'a de résultat sérieux qu'en |)renant la moyenne de plusieurs calculs. Pour cela, il faut prendre trois, (piatre m\ cinq échantillons de lait dans la journée, afin de pouvoir analyser trois, quatre ou cinq jïouttes de composition dilTérente. C'est la inoyeinie des cinq analyses qui donne, à peu de chose près, la qualité du lait (le la nourrice.
La inoNeiine des globules et lilobulins du lait, sur cent cinquante-huit nourrices, «'si de I O-l'» 000 par millimètre cube, soit cent deux millianls ^i\ cents millions |)ar litre. Mais entre huit cent mille et un million, le lait est de boniu» qualité.