CHAPITRE XXII
Un nouveau moyen d'analyse chimique nous a été donné par Bunsen. C'est Yanabfse spectrale. Outre ses applications à la chimie , elle peut être employée en médecine. Ainsi elle permet d'étudier le sang et d en fixer V hémoglobine, et dans les urines elle peut être utilisée pour certaines matières colorantes pathologiques et pour les sels métalliques qui s'y trouvent
Observation au spectroscope de la matière colorante du sang,--\]n intérêt particulier s'attache à l'observation de la matière colorante du sang. Lorsqu'on raéle une ou deux gouttes de ce liquide avec 4 ou 5 grammes d*eau, et qu'après avoir inth>duit le mélange dans la petite cuve de verre (fig. 95 ), on place celle-ci devant le collimateur du spectroscope, on reconnaît dans le spectre produit deux larges bandes obscures dont la position est constante et invariable. Toutes deux sont situées entre les raies D et E (fig. 94, II) ; mais l'une est dans le jaune et l'autre dans le vert. En réglant l'appareil de manière que le spectre total occupe p,o. gj. cuve en verre 100 divisions, et que le point 40 du micromètre coin- v^ ©bienrcr ici bandei cide exactement avec la raie D du spectre solaire * *^^^ (fig. 94, I), on peut déterminer avec précision la place et le nombre des divisions occupées par chacune de ces bandes.
Cette propriété de fournir deux bandes d'absorption disposées comme il Tient d'être dit appartient à Voxyhémoglobine ou matière colorante du globule sanguin combinée à l'oxygène. D'après Hoppe Seyler, un liquide
qui ne renrerme que ^ d'hémoglobine, examiné sous une épaisseur
de 0*,(H, présente encore nettement les deux bandes. Dragendorff a reconnu que cette assertion est parfaitement exacte, à la condition, toutefois, d'opérer sur du sang frais.
L oxyhémoglobine privée de son oxygène faiblement combiné possède un autre spectre que l'on doit toujours chercher à constater. Sous l'influence d'agents réducteurs, comme l'hydrogène suiïuré, le sulfure d'ammonium, le tartrate acide d'étain, le sulfate ferreux, etc., les deux bandes disparaissent pour faire place à une bande unique (fig. 94, 111), située dans une position intermédiaire entre les deux bandes précédentes, et, par conséquent, placée elle-même entre les deux raies D et E. On donne à cette bande unique le nom de bande de Stokes.
Lorsqu'on soumet l'oxyhémoglobine à l'action des acides ou des alcalis, elle se dédouble en une substance albuminoîde, nommée globuline, et en une
I^IOTENS PHYSIQUES D EXPLOR VTION.
inalière colorante, appelée hêmatine. Celte dernière, en solution acid^^, donne une seule bande d'absorption située à la limite du rouge et de I orangé, tout près et un peu au delà de la raie C (fig. 9-i, IV). Si la solution
no
liG. i'4. — SjH.'Cir(;> d absorplion.
e>l ail al i no, la hamle d'absorption est située plus près de la raie D et oclupe |»rost|ue toute la lariiour de loranire. C'est en raison de celte absorption d'une partie des rayons de rextremité rouiiedu spectre, que rhématine paraît verte dans la luniière transmise.
Les deu\ eaiaeleres (juc nous venons de signaler comme appartenant à riuMUiiglobine sont tiès importants: mais, pour les constater avec certitude dans les cas d'ar.ahse medie(.>-legale, il faut donner au liquide le di^grtMie eoneentralion eon\enable. ou l'observer sous une épaisseur suffisante. Lin>que les taehes que Ton a à examiner sont très faibles, et que leau dan> laqui^lle on les a dl'la^ees est en proportion relativement consid«MMbIe, iMi se sert ave/ ava!itage d'un tube de 5 millimètres de diamètre, et de l d*vimèhv de lon::ueur tli::. 9ôV Ce tul>e. rode à ses deux extrenotes, peut se fermera l'aide de deux plaques en cristal que l'on assujettit i^ l'aido d'un caouteboue et d'une monluiv a vis, comme dans les tubes de lUol. Lo IuIh? osl aUu^ place borizontalemeul devant la fente du spectre-
scope, et l'observation peut se faire sous une épaisseur de 10 centimètres, sans que la quantité de liquide ait besoin d'être considérable.
On pourrait craindre, en se basant uniquement sur le procédé spectroscopique, de confondre l'hémoglobine du sang avec certaines matières colorantes rouges ou violacées : l'expérience montre qu'il n'en est rien. Le suc de eeriseSy les infusions de rose trémièrey de myrtille, de bois de Brésil^ de garance^ le vin rouge, les couleurs d'aniline, les acétaleSj kyposulfitesy mécùnates et êulfocyanures ferriques produisent bien des changements dans l'aspect du spectre ; mais, en aucun cas, les bandes d'absorption ne peoveot être confondues avec celles du sang. La cochenille^ il est vrai, quand elle est en solution ammoniacale, donne deux bandes qu'un examen
Pio. 9â. — Tabe pour l'observation des bandes d'absorption des taebes de sancf.
superficiel pourrait faire confondre avec celles du sang; mais la position de ces bandes n'est pas la même, et le sulfure d'ammonium n'y fait point apparaître la bande de Stokes.
Il y a donc de fortes présomptions pour croire qu'on a affaire à une tache de sang, toutes les fois que le liquide observé au spectroscope forme deux bandes d'absorption comprises entre les raies D et E, et que ces deux bandes disparaissent sous l'action du sulfure d'ammonium, pour faire place à une bande unique située dans l'espace clair qu'elles laissaient entre elles.
Claude Bernard (1) a montré que, dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, ce gaz déplace l'oxygène de sa combinaison avec l'hémoglobine et s'y substitue. Le sang qui a été ainsi modifié donne deux raies larges et obscures, peu différentes de celles que présente le sang oxygéné nofmal. Mais la combinaison que forme l'oxyde de carbone avec la matière colorante du sang est tellement intime que ni le vide ni l'action des corps aTides d'oxygène ne peuvent la détruire. Il s'ensuit que les deux bandes d'absorption auxquelles elle donne lieu persistent après l'un ou l'autre trailement, et qu'on a, dans cette persistance même, un moyen de reconnaître la présence de l'oxyde de carbone dans le sang.
On ne peut méconnaître l'importance que ces faits présentent au point de vue de la constatation des taches de sang en chimie légale.
(1) Claude Bernard, Leçontsur les effets des substances toxiques, Paris, 1857.