CHAPITRE IV
La température de la peau est. très variable dans l'état de santé et dans l'état de maladie. Elle n'est pas toujours en rapport exact avec la température des parties profondes, et elle diflère, chez le même individu, pour les différentes régions du corps et d'après la température extérieure. Je vais en indiquer les variations.
Il y a, comme on sait, une température profonde et une température superficielle du corps,, l'une assez constante, que l'on mesure à l'aisselle, dans la bouche ou dans le rectum ; l'autre, au contraire, très variable, et qui est facilement modifiée par les changements de la température extérieure. On peut aussi la mesurer dans la vessie à l'aide d'un thermomètre recourbé caché dans une sonde ; la première, prise dans l'aisselle, a été filée en moyenne à 37 degrés centigrades, par le rectum elle est de 38 de-
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ii;rés. La température superficielle, au contraire, varie selon les différentes régions du corps, et ne s'élève guère au delà de 30 et 32 degrés.
La température profonde mesurée dans l'aisselle s'élève constamment dans Télat fébrile, et elle atteint les chiiïres de 38, de 42 et même 43 degrés centigrades, mais rarement davantage. C'est un fait général confirmé par tous les médecins, et on l'observe dans toutes les inflammations, dans toutes les fièvres, même dans le choléra, dans le frisson le plus intense des fièvres intermittentes, et, d'après Doyère, dans toutes les agonies jusqu'au moment de la mort. Elle s'élève même de quelques dixièmes après le dernier soupir.
Y a-l-il dans cette élévation de la température la preuve d'un état morbide et d'une maladie comme le prétend l'école allemande? Je ne le crois pas. 11 est certain que la plupart des lièvres et des phlegmasies élèvent la température de 1 à 3 et 4 de^nés, et que la thermométrie est alors un bon mo\en de mesurer la lièvre. Mais, chez un sujet qui vient de courir ou qui vient de dîner copieusement ; qui, par un travail de composition liltéi-aire ou dans un travail de concours ; qui étant surexcité par amour, devient brûlant et se consume dans les efforts du génie ou de l'espérance sensuelle, raugmentalion de deux ou trois do^^rés de la température ne constitue pas une maladie. Cette augmentation de chaleur n'est pas la fièvre, à moins de changer le sens de ce mot. Ce n'est pas là une maladie. C'est peut-être la fièvre au point de vue de la thermométrie, mais au point de vue clinique, la lièvre sans nïalaise, sans abattement, sans courbature, sans anorexie, n'est pas la fièvre, et il est absurde de dire qu'un amoureux surexcité et qu'un compositeur trop ardent, remplis de force, de vigueur et d appétit, brûlants de passion, aient eu la fièvre parce que chez eux le ihermomèlre a indiqué 3S ou 31) degrés.
On peut en dire tout autant de l'augmentation de température produite soit dans une crise convulsive d'hvslerie, soit dans les jeux de Tenfance et observée chez les coureurs. Ainsi, chez un sujet qui marcha une heure et demie la tenipéralure sVIeva de 1 /i (1), et chez un coureur on a cunslalé \]H'\i\^ et dans un autre cas i()'\5 {^1).
La teïnpéralme s'abaisse, au contraire, ou reste normale dans les cachexies non lébriies, dans les entérites et dans les pneumonies atoniquts sans fièvre de renfance ; elle s'abaisse toujours dans le sclérème, et alors elle tombe à 31, à ÎÎS et même quelquefois juscpià 22 degrés centigrades.
Lu tnnprrntiire sujH'rfirirlle de la peau s'élève aisément par l'action de la chaleur arlilieielle, sous l'irilluenee de Texeliation du svstème nerveux, et sou> rinlluence de riiillaminatioii des tissus. Hunier a constaté une notable augnientation de la chaleur des parties eiillammées, et c'est une observatiim que chacun a pu faire dans l'ers sipele, dans le phlegmon et dans Itrs phlej^masiis des ociranes creux.
Par application de ce princi|>e, MM. Peter et Vidal ont pensé que l'au-
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gmenUtion de la température locale sur la poitrine indiquait la tuberculose pulmonaire commençante. Ces faits ont été contestés avec raison par un grand nombre de médecins ainsi que je le dirai plus loin.
Une vive émotion, l'ardeur au travail, les premiers transports de l'amour chez un tout jeune bomme, exagèrent de beaucoup la température superficielle de la peauy sans doute par suite de la surexcitation nerveuse. Ce qui le prouve, c'est que certaines opérations faites sur le système nerveux du grand sympathique augmentent la température des parties voisines ; ainsi Claude Bernard, coupant sur des animaux le filet du grand sympathique qui joint le ganglion cervical supérieur à l'inférieur, détermine dans tout le coté correspondant de la face et dans l'oreille une élévation de 3 à 5 degrés centigrades qui dure plusieurs jours. La piqûre de la moelle à Torigine du paeumogastrique produit un semblable résultat sur la température des reins et du foie. La blessure des nerfs de la vie de relation produit un effet contraire, et elle abaisse la température des parties correspondantes.
La température superficielle de la peau s'abaisse sous Tinfluence du froid et d'une façon naturelle spontanée chez tous les sujets débiles, pâles et affaiblis. Alors les extrémités sont toujours froides et impossibles à réchauffer par les moyens ordinaires.
Elle s'abaisse également, dans l'agonie, aux extrémités de membres et sur le visage ; au début de la gangrène des membres, dans le frisson des Gialadies aiguës et des fièvres intermittentes, chez les enfants nés avant terme, etc. M. Edwards a trouvé une température de 25 à 36 degrés sur un membre dont l'artère principale venait d'être liée pour un anévrysme; la température à 27 degrés tomba, dix minutes après l'opération, à 24, et à 23 au bout d'une demi-heure. Dans l'entérite cholériforme des jeunes enfants et dans le choléra, le thermomètre peut descendre, placé dans la main, à 18, iO et 26 degrés centigrades. On retrouve le pareil phénomène, mais beaucoup moins sensible, à la surface des membres paralysés où la température est de 1 à 2 degrés inférieure à celle des membres sains.
ARTICLE PREMIER