IPHIGÉNIE
Mon père!
ÉRIPHILË.
ciel ! quelle nouvelle I
L*instanlanéilé de rémotion que tous éprouvent est certaine ; aussi ces exclamations devront être faites en montant et non en descendant la voix. Toutefois chez Iphigénie cette instantanéité est atténuée par la résignation, l'habitude de l'obéissance, la douceur de son caractère et par la confiance qu elle a toujours dans son père ; chez Eriphile elle Test davantage encore, car son étonnement est mêlé d'un vague et immédiat pressentiment. Aussi ces exclamations, toutes faites en montant, seront placées cependant à des hauteurs diverses. Les quelques vers qui suivent déterminent d'ailleurs le caractère de chacune d'elles. L'exclanmtioa d'Achille , lui! doit être faite dans le haut du médium; elle doit être forte et témoigner de l'horreur qu'il ressent. Le cri de Clytemnestre: sa fille! doit montera l'aigu ; on doit y sentir éclater l'indignation d'une mère, prête à renier les dieux s'ils permettaient ce meurtre abominable. L'exclamation d'Iphigénie : mon père! sera un cri de désespoir, mitigée par sa résignation naturelle, non sans une certaine douceur , et tenant à la fois du reproche et de la prière. Le ton en sera plus bas que celui qu'auront pris Achille et Clytemnestre. Quant à Eriphile, l'exclamation : ciell quelle nouvelle! doit avoir le caractère d'un étonnement auquel se mêlent déjà de confuses et secrètes pensées. Placée plus bas
encore que le cri d'Iphigénie, elle doit se prolonger dans une longue cadence finale, comme la parole de quelq^u'un qui déjà aperçoit et suit une idée lointaine. Les timbres sont admirablement disposés : aigus et stridents pour les cris d'Achille et deClytemnestre, plusgraves pour ceux d'Iphigénie et d'Ériphile. Le spectateur devra donc, aux cris de Tamant et de la mère, partager leur horreur et leur indignation et en même temps s'attendre à les voir défendre la victime contre Agamemnon et contre les Grecs ; éprouver de la pitié à l'exclamation d'Iphigénie, et à celle d'Ériphile ressentir une crainte vague et secrète. Tout le quatrième acte est contenu en germe dans les sentiments divers dont est agitée successivement l'àme du spectateur : la scène où Achille brave Agamemnon, celle où Clytemnestre éclate en reproches indignés, celle où Iphigénie cherche à attendrir son père, et enfin la dernière péripétie qui devra précipiter le dénouement amené par la perfidie d'Ériphile.
Voilà de l'art et voilà ce que sont chargés d'exprimer les acteurs qui ont le périlleux honneur d'interpréter les œuvres de Racine. L'étude d'un rôle ne suffit donc pas pour le bien rendre ; il y faut joindre l'étude attentive de tous les autres rôles ; et cette étude doit porter sur l'ensemble, le développement et la marche de l'action, être tout à la fois psychologique et physiologique, aller enfin jusqu'à découvrir les rapports les plus secrets du langage avec les sentiments sous l'empire desquels agissent et parlent les personnages du drame.