RUY BLAS
Mais c'est à se briser le front contre le mur ! Mais je n'ai pas écrit, pardieu! j'en suis bien sûr!
LA REINE, tirant de sa poitrine un billet qu'elle lui présente.
Lisez donc.
[Ray -Blas prend la lettre avec emportement, se venche vers la
lampe et lit.)
RUY BLAS, lisant.
a Un danger terrible est sur ma tête.
« Ma reine seule peut conjurer la tempête... »
(// regarde la lettre avec stupeur, comme ne pouvant aller
plus loin.)
LA REINE, cantinuant et lui montrant du doigt la leUre
qu'elle lit.
« En venant me trouver ce soir dans ma maison ; <t Sinon, je suis perdu. »
RUY BLAS, d'une voix éteinte.
Ohl quelle trahison! Ce billet!
LA REINE, continuant de lire.
« Par la porte au bas de'l'avenue, « Vous entrerez la nuit sans être reconnue :
<i Quelqu'un de dévoué vous ouvrira. »>
RUY BLAS, à part.
J'avais Oublié ce billet.
Le ton de Ruy Blas dans les dçux premiers vers est élevé. Il doit changer de ton pour lire la lettre et abaisser sensiblement le plan vocal. Quand il s'arrête et que la reine continue la lecture, elle ne doit pas prendre le même ton que Ruy Blas, mais élever le plan vocal, puisqu'elle cherche dans la continuation de cette lecture la justification de sa démarche. En élevant le ton, elle agit sur Tesprit de Ruy Blas. En achevant la lecture, elle doit encore élever le ton, toujours dans le môme but de justification; mais, de plus, cette élévation est ici commandée par l'apparition dans la lettre d'un détail précis, qui évoque le personnage de don Salluste dans l'esprit des spectateurs et qui devrait frapper de même l'esprit de Ruy Blas. Ce qui nous amène à une critique
de cette scène ; car c'est là immédiatement que Ruy Blas devrait s'écrier : « Quelqu'un en effet a dû vous ouvrir? qui? » tandis qu'il n'y songe que plus loin.
A la scène, les modifications du ton sont constamment soumises à un trçivail interne qui s'opère dans l'âme d'un personnage sous l'influence du discours d'un autre personnage. Un des exemples les plus remarquables qu'on puisse citer est dans la sixième scène du troisième acte de Tartufe,