‹ Traité de diction et de lecture à haute voix. Le rhythme--l'intonation--l'expressionChapitre 25 sur 34 · vrv · texte numérisé non relu

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Mais le problème envisagé ainsi est tout à fait théorique ; il suppose la diction soumise à un mouvement uniforme, ce qui n'est pas. Il est donc nécessaire de remplacer la formule théorique par une formule empirique. S*il s'agit de vers, pour déterminer le nombre n, qui est celui des temps, comme il faut tenir compte des temps vides ou de repos, ainsi que des ralentissements et des accélérations du mouvement, on peut approximativement supposer le nombre de temps de chaque vers égs^l en moyenne à 7. En désignant par N le nombre des vers, nous aurons n = IN; et la formule générale deviendra »^=^^^^, équation qui donnera unie approximation très suffisante.

Supposons qu*une actrice ayant à dire le discours

«i8 TRAITÉ DE DICTION. - III. L'EXPRESSION.

d'Agrippiae à NéroD, au quatrième acte de Britanmcus, discours qui n'a pas moins de 108 vers, ait mis 10 minutes à le réciter. Si on lui fait observer, avecjuste raison, que ce temps est trop long, et qu'elle veuille se rendre compte de raccélération de vitesse qu'elle doit imprimer à son débit pour réduire ce temps à 8 minutes, elle commencera par déterminer la vitesse avec laquelle elle a parlé la première fois. La formule ci-dessus lui donnera le nombre correspondant du métronome : ^ 7.108.60 ,^g g En mettant l'index à 7S, elle aura

donc la sensation de la vitesse de son débit. Voulant réduire à 8 minutes le temps total, elle déterminera la

vitesse nécessaire par la formule : m=^-^^^^= 94,5.

En descendant donc l'index à 94, elle aura la sensation de 1 accélération qu'elle doit imprimer à son débit.

Pour la prose, le calcul présente beaucoup plus de chances d'erreur, car les éditions diffèrent entre elles par le nombre de lettres contenues dans la ligne, selon la grosseur des caractères et la longueur des lignes. On pourra cependant se contenter de l'approximation suivante. Quand le caractère de l'édition est un peu gros et que la page n'est pas trop large, il suffira, pour trouver le nombre approximatif des temps , de multiplier par 7 le nombre des lignes, car le même nombre de temps foisonne un peu plus en prose qu'en vers. Mais si le caractère est un peu fin et la page un peu large, il faudra multiplier le nombre des lignes par 8 et quelquefois même par 9. On pourra d'ailleurs rythmer exactement un certain nombre de lignes, si l'on

veut plus d*exactitude, et déterminer ainsi le nombre moyen de temv^ ^^ comporte la ligne. Toutefois, dans la plupart des cas, on peut se contenter d'un calcul approximatif. Ainsi, dans rédilion de Beaumarchais que j'ai sous les yeux, le texte est imprimé en caractères assez fins et la justification est large; or, le monologue de Figaro a 105 lignes. Je multiplierai ce nombre par 9 pour trouver celui des temps ^ qui sera égal à 963. Si on adopte une vitesse moyenne représentée par le nombre 120 du métronome, ce qui est d'ailleurs un mouvement modéré, le temps total sera donné par la formule

t = ?^^^^=480"=8'.Ce temps n'est pas trop considérable pour ce morceau important; aussi Tacteur pourra le dépasser un peu, soit en ralentissant le mouvement à quelques passages, soit en coupant le monologue de quelques pauses plus longues. En tout cas, il y a là une donnée générale utile qui peut servir de point de départ au travail d'un comédien attentif.

Les orateurs pourraient plus aisément encore se servir de ce procédé en l'appliquant à quelques-uns de leurs discours écrits ; ils arriveraient à se rendre compte de la vitesse moyenne de leur débit et du temps total employé ou à employer. De même pour un discours académique, pour un cours, pour une conférence. L'emploi du métronome est surtout utile pour nous procurer la sensation d'une certaine vitesse et pour nous y rappeler.

Nous essayerons de fixer les idées du lecteur relativement à la vitesse du langage. Un mouvement très

lent serait celui pour lequel on prendrait pour la valeur du temps Toscillation du métronome quand le curseur est à 40. C'est en effet la vitesse de récriture courante, et, quand on dicte, c'est un mouvement qu'il serait difficile d'accélérer. Mais, à la scène, la persistance de ce mouvement serait insupportable. Aussi, comme l'acte d'écrire n'y est pas réel, on donne au spectateur une sensation de lenteur suffisante en prenant 70 ou même 75 pour la valeur du temps. En dehors de l'acte particulier de dicter, c'est un mouvement lent et majestueux dont il ne faut pas abuser et qu'on ne pourrait prolonger. Nous citerons un morceau, pris dans le rôle de rintimé des Plaideurs, auquel on pourra l'adapter. Dans la plaidoirie de Tlntimé, les huit vers qui commencent par :

Mais quelque déûance

Que nous doive donner la susdite éloquence, etc.,

doivent se dire avec une lenteur majestueuse, pour laquelle on pourra prendre 80 du métronome pour la valeur du temps. Comme l'a indiqué Racine, ce morceau doit être dit d'wi beau ton.

Plus loin, l'Intimé débite un morceau de vingt vers :

Qu'arrive-t-il, messieurs? On vient. Gomment vien(H)n? etc.

qui, disent les éditions de Racine, doit être débité d'un ton véhéTTient. C'est un mouvement tout à fait différent. Il faut ici accélérer le débit sans cependant que l'accélération soit assez grande pour atténuer la véhémente éloquence de l'Intimé. En prenant le nombre 120 du

métronome, ce mouvement sera sufQsamment rapide et se prêtera aux effets oratoires du plaideur. Dans ce cas, ces vingt vers seront dits en 70". La même scène nous fournira un exemple d'un débit rapide. Les huit vers de l'Intimé ;

Voici le fait. Un chien vient dans une cuisine, etc.,

doivent être récités vite^ ainsi que Ta noté Racine. Un débit très rapide serait celui qui ne mettrait que trois secondes à dire deux vers. Les huit vers, dans ce cas, seraient dits dans l'espace de 12", ce qui correspond à une vitesse indiquée par le numéro 280 du métronome. Mais ce nombre ne figure pas sur Téchelle. On prendra alors la moitié 140, et ce sera deux temps qui devront s'écouler pendant un battement du métronome. C'est un mouvement de prestissimo, très marqué. Parler plus vite serait de la volubilité.

Le lecteur nous paraît devoir être fixé, par les exemples précédents, sur ce que c'est qu'un mouvement très lent et un mouvement très vif. C'est entre ces limites que se meut le langage humain. En général, lès mouvemenis très lents ou très vifs ne doivent être qu'accidentels. En ralentissant sa diction au delà de 80 du métronome, on risque de paraître long; en l'accélérant jusqu'à 280, on s'expose au nivellement de tous les effets d'expression. Dans le premier cas, la parole très lente accentue trop complaisamment les moindres détails du langage, et le tout manque d'effet par le trop de relief de toutes les parties successives. Dans le second cas, la parole trop rapide n'indique qu'à peine les

I3i TRAITÉ DE DICTION. - III. L'EXPRESSION, eiïets ryihmiques et mi^lodîques, et la diction paraît monotone par son peu de relief. Toutefois, il y a là pour le lecteur ou pour l'acteur une question toute personnelle. Un acteur, dont le timbre de la voix est clair, peut imprimer à sa parole un mouvement plus vif qu'un acteur dont la voix aurait un timbre sourd. En dehors de ces circonstances spéciales, il faut éviter de prendre inconsidérément un mouvement trop lent ou trop rapide ; cap, dans tous les arts, les moyens d'expression n'ont qu'une valeur relative, et si on les maintient trop longtemps à leurs limites extrêmes, ils cessent d'être des moyens d'expression.

Une comédie, comme le Misanthrope, par exemple, doit être dite dans un mouvement un peu vif, qui, selon les scènes, oscillera de 110 à 150 du métronome. C'est là un bon ton de comédie; une pièce ainsi menée produira tout son eiïet.à condition toutefois qu'on n'y mul- I pas outre mesure les temps vides. Dans la tragéles mouvements généraux ont dû se modifier de le siècle dernier. On la dit aujourd'hui plus vite itrefois. On doit faire alLention, dans la conversatragique, de ne pas ralentir le mouvement, si ce exceptionnellement, au-dessous de 90 du métroî. Le dialogue atteint aisément 110, 130, 140; et nomenls le mouvement s'accélère encore. Dans un lurs comme celui d'Âgrippine, le mouvement délire décidément plus lent que dans le récit d'une n militaire, tel que celui de Rodrigue au quatrième du Cid. Il faut commencer ce récit {Sire, vous su, etc.) d'un mouvement vif, qui ne doit pas être

inférieur à 140 du métronome. La partie principale [Sous moi donc cette troupe s avance) pourra être un peu ralentie au début jusqu'à 110, parce que le caractère en est sensiblement descriptif; mais, dès que Faction succède à la description, il faut accélérer le mouvement jusqu'à 140 et par moment jusqu'à 150 et 160. Voici un tableau dans lequel nous présenterons les mouvementsaussisimplementque possible, enindiquant les numéros du métronome, le nombre de vers récités à la minute et la qualification du mouvement. Nous nous contentons de donner des indications générales et nous laissons au lecteur le soin d'intercaler les nuances intermédiaires.

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