XIV AVERTISSEMENT
de ne me voir jamais citer mes devanciers.
Gela tient, d*une part, à ce que le premier j'ai appliqué une méthode scientifique à l'étude de la diction et que j'ai eu à peu près tout à créer dans un enseignement qui jusqu'à présent ne s'appuyait sur aucune règle certaine. Gela tient, d'autre part, à l'organisation même de mon travail.
G'est alors que cet ouvrage se formait lentement en moi que j'ai pris connaissance de ce qu'on appelle la littérature du sujet, lisant, de parti pris, sans recueillir la moindre note, non seulement les traités spéciaux, mais encore les ouvrages d'une portée plus générale, tels que ceux d'Helmholtz, de Spencer, de Bain, de Darwin, de Gratiolet, etc. Après cette première phase, toute de préparation, j'ai systématiquement écarté tout traité didactique, ne conservant autour de moi que les prosateurs et les poètes où je devais puiser mes exemples. Gette seconde phase d'élaboration secrète s'est lentement écoulée. Elle a duré plusieurs mois que j'ai passés, le jour à coordonner mes idées et à lire les œuvres les plus durables de la littérature, le soir à suivre
AVERTISSEMENT. xv
attentivement les représentations de la Comédie- Française.
Je puis donc dire, en me servant de Fexpression familière usitée parmi les peintres, que cet ouvrage est en quelque sorte une étude faite diaprés nature. Toutefois, je me hâte d'ajouter qu'on aurait grand tort de chercher et de voir dans ce livre la moindre allusion à quelque artiste que ce fût. Je me suis fait une loi de Timpersonnalité. Au surplus, j'observerai que mes souvenirs remontent jusqu'à une époque éloignée et que j'ai vu les mêmes rôles du répertoire classique, tant à la Comédie-Française qu'à l'Odéon, tenus successivement par deux, par trois et même par quatre artistes différents.
Ce n'est enfin que lorsque ce traité a été entièrement achevé dans mon esprit que je me suis mis à l'écrire, loin de toute bibliothèque, au bord de la mer, incessamment bercé par le rythme des flots, et entouré de quelques volumes de Corneille, de Racine, de Bossuet et de Victor Hugo.
Toutefois, je blesserais l'équitable justice si je ne rendais pas à M. Legouvé l'hommage qui lui est