LE SUFFRAGE DFS FEMMES
la femme n'a été posée sérieusement p«»iir la première lois que par le célèbre discuui's de Stuart Mill à la chambre des communes en 1867. Le grand philosophe réclamait le droit électoral pour toutes les femmes, « parce (|ue, disait-il, on ne peut pas plus longtemps les classer parmi les enfants, les idiots et les fous ». Mais eu fait il ne revendiquait immédiatement le droit de vote que « pour les femmes propriétaires, hors mariage, payant en leur nom ^imp(^t •>, en vertu du principe du droit anglais : point d'imposition sans représentation.
On peut dire que depuis ce discours la question du sutfragedes femmes a été posée en Angleterre. Kt cependant elles ne l'ont obtenu qu'en 1918, et encore à la faveur de la guerre. 11 n'y a plus d'intérêt à exposer les péripéties de la campagne très active qu'ont poursuivie, pendant de longues années, en Angleterre, les féministes des deux sexes, et particulièrement celles (ju'on appelait les sutlVagettes, ni les incidents souvent très vifs auxquels elle a donné lieu.
En 1894, les femmes obtenaient, aux mêmes conditions que les hommes, le suffrage pour les élections municipales dans les paroisses urbaines et rurales ainsi que dans les bourgs, et pour les élections aux conseils de comté. Les femmes peuvent siéger depuis 1875 dans les Boards of Guardians chargés des fonctions d'assistance. Depuis 1894, elles sont éligibles aux conseils de paroisses. Un acte important d'août 1907 a accordé aux femmes l'éligibilité aux conseils de comté et aux conseils de bourg.
(let électoral et cette éligibilité pour les conseils adhùnistratifs furent considérés comme le prélude de la reconnaissance complète des droits politi([ues à la femme anglaise. D'ailleurs, ils paraissent avoir produit les plus heureux etlets. On s'accorde à reconnaître que
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l'influence des femmes a été particulièrement heureuse dans tous les services d'assistance et d'hygiène, notamment à Londres où les femmes, avant d'être éligibles aux conseils municipaux, étaient éligibles aux vestries supprimés en 1899.
Caroline Michaud, Le droit de suffrage des femmes en Angleterre, Revue politique et parlementaire, avril 1909, p. 112; Jenks, L'administration locale en Angleterre, édition française, 1902, p. 48.
Le 11 juillet 1910, après une vive discussion, la chambre des communes votait en seconde lecture, par 299 voix contre 190, après deux jours de débats, le bill Shackleton, qui accorde le vote aux femmes dans les conditions suivantes : u 1° Toute femme chef de famille ou payant un loyer de 230 francs aura le droit de se faire inscrire sur le registre des électeurs et de voter ensuite dans le comté ou le bourg où sera située sa maison; 2° le mariage ne privera pas la femme de ses droits électoraux, pourvu que le mari et la femme ne tiennent pas de la même propriété leur droit de vote. » Cependant, il fut visible que ce vote n'aboutirait pas à réaliser la réforme, au moins immédiatement. Le suffrage des femmes était défendu par des socialistes comme M. Shackleton, par le leader unioniste, M. Balfour. par le ministre de la guerre, M. Aldane. 11 était combattu par le premier ministre, M. Asquith; le chancelier de l'échiquier, M. Lloyd George. D'autre part, destiné à mettre d'accord par une sorte de transaction ceux qui voulaient le suffrage universel des deux sexes et ceux qui voulaient n'accorder le vote qu'aux femmes qui possédaient, le bill ne donnait satisfaction à personne.
En 1910 et 1911, malgré la très vive campagne menée en faveur du suffrage féminin par la Société politique des femmes, l'opinion publique fut détournée de cet objet par le problème financier et par la réforme
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(le la chambre des lords. Une forte organisation antisiitlraiiiste se conslilua ayant à sa tête lord Cronier. Un puhliciste considérable, M. Dicey, professeur à Oxford, déclara ([u'après avoir été partisan du sullVage féminin, il y était devenu nettement hostile. 11 faisait observer que l'attribution aux femmes de l'électorat leur donnerait la majorité; que l'établissement du sutFrage universel avec l'admission des femmes ferait passer le nombre des électeurs de 7 millions à 24.374.000, que ce serait une imprudence grave {Letter to a friend of vote for ivomen, 1909 .
Dans ces conditions, il était évident que l'opinion en faveur du suifrage des femmes allait subir un recul. Sans doute, le 5 mai 1911, la chambre des comnmnes votait encore le principe du vote féminin en adoptant le « Conciliation bill ». Mais un an après, elle repoussait une proposition identique par 222 voix contre 201 ; et les membres du cabinet eux-mêmes se divisaient. Tandis (jue le Premier, M. Asquith, votait contre, MM. Lloyd George et Gray votaient pour.
Avec la guerre, les choses allaient changer de face. Kn Angleterre comme en France, pendant que tous les jeunes hommes étaient au front, les femmes ont par leur travail, dans toutes les branches de l'activité humaine, contribué pour une large part ta réaliser la vie économique du pays. Ayant assumé les charges de la vie sociale, il était juste qu'elles eussent le droit de participer à la puissance politi([ue. C'est ce que vint dire à la chambre des communes M. Asquith, avec toute l'autorité ([ue lui donnaient sa qualité de chef du parti libéral et aussi l'opposition ((u'il avait faite, pendant (juil était premier ministre, à l'adoption du sull'rage féminin.
Ue 2S mars 1917, M. Asquith déposait à la chambre des communes une résolution en faveur de la revision
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de la loi électorale et de la prolongation de la législature pour une période de sept mois. « Cette prolongation s'impose, disait M. Asquith ; mais de toute façon de nouvelles élections ne peuvent avoir lieu, sans avoir préalablement introduit certaines réformes dans le système actuellement en usage, dont une des plus importantes est celle du suffrage des femmes. » M. Asquith ajoutait que lui-même et beaucoup d'autres avaient entièrement modifié leur point de vue à ce sujet. « Il y a quelques années, je disais encore : que les femmes travaillent elles-mêmes à leur salut. C'est ce qu'elles ont fait, disait M. Asquith, durant toute la guerre; comment aurions-nous pu poursuivre la lutte sans elles? Leur activité s'est donné libre cours sous de nombreux aspects. Un nouvel ordre de choses est né de la guerre ; et contester aux femmes le droit qu'elles ont acquis de se faire entendre directement serait peu en rapport avec l'esprit de justice qui doit nous animer. » Après cette déclaration, le suffrage féminin avait cause gagnée. Le lendemain 29 mars 1917, la chambre des communes votait à une forte majorité la résolution de M. Asquith pour l'adoption dune réforme électorale comportant le vote des femmes.
En etfet, le projet de réforme électorale avec le vote des femmes était voté bientôt après par la chambre des communes à une forte majorité et adopté le 10 janvier 1918 par la chambre des lords. Le suffrage des femmes était admis par la haute assemblée qui jusque-là y avait toujours été hostile et qui maintenant l'adoptait malgré l'opposition très vive de lord Finlay et de lord Curzon. Le projet devenait ainsi le Représentation of the people Act du 6 février 1918, qui établissait le suffrage universel pur et simple, abolissait le vote plural et admettait le vote des femmes.
Est électrice toute femme sujette britannique ayant