CONSTITUTION DE
donner sa démission bien qu'il eût la majorité à la chambre. Ce fait seul est suffisant pour montrer les conséquences qui résulteraient de toute réforme constitutionnelle (jui, sous une forme ou sous une autre, même sous la forme atténuée que proposait M. Paul Deschanel, tendrait à donner un pouvoir personnel au président de la République. Lui permettre de faire connaître aux chambres le désaccord qui s'est produit entre lui et le président du conseil, demander aux chambres de décider entre eux deux, c'est le pire des systèmes, puis(ju'il vient ajouter au désordre résultant de la dualité des pouvoirs, les dangers de l'instabilité gouvernementale, le président devant naturellement se retirer si dans le conflit la chambre donne raison au prési^ dent du conseil. Que M. Deschanel ne dise pas que le président du conseil exerce maintenant véritablement un pouvoir personnel et sans contrôle. Peut-être en a-t-il été ainsi exceptionnellement pendant un court moment, à l'époque la plus angoissante de la guerre. Mais en temps normal, peut-on parler d'un pouvoir personnel exercé par un premier ministre qui est placé sous le contrôle permanent et singulièrement actif des deux chambres, lesquelles peuvent à chaque instant le renverser.
Souhaitons que les chefs de l'Etat qui se succéderont au pouvoir s'inspirent de ces principes et ne tentent même pas d'esquisser une politique personnelle. Elle serait d'ailleurs bientôt brisée, mais non sans des inconvénients, peut-être graves, pour le pays. Qu'ils comprennent aussi ([lie, tout en respectant scrupuleusement les vrais principes du gouvernement parlementaire, ils peuvent exercer une très heureuse et très active intlucnce sur la politique intérieure et extérieure du pays, et cela par leur autorité personnelle, leur expérience, leur savoir et aussi le prestige ({u'ils doivent
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à leur haute fonction même. Enfin qu'ils n'oublient pas qu'ils exercent constitutionnellement un pouvoir considérable, quand, au cas de crise ministérielle, ils choisissent l'homme politique chargé de former et de présider le nouveau cabinet. Sans doute, ils doivent le prendre dans la majorité des chambres ou tout au moins choisir l'homme qui est le plus apte à grouper autour de lui une majorité parlementaire. Mais il y a là une appréciation souvent délicate, et le choix même fait par le président de la République peut contribuer à former cette majorité nécessaire pour gouverner. Aussi bien arrive-t-il parfois, et il ne serait pas difficile d'en donner un exemple bien récent, que l'opinion publique fait entendre sa voix et impose tel ou tel nom au chef de l'Etat. C'est à celui-ci qu'il appartient d'apprécier la situation, de décider s'il doit faire appel au personnage que semble désigner l'opinion. La tâche ne laisse pas d'être singulièrement délicate et difficile, 11 y faut toute la perspicacité d'un politique averti et toute l'autorité d'un chef; et cela seul suffit pour faire du président de la République vraiment un chef d'Etat. Qu'on ne demande rien de plus pour lui; on ne pourrait que compromettre son prestige, ouvrir une période de crises présidentielles; et assurément c'est aujourd'hui moins que jamais le moment.
Je ne puis mieux clore ce chapitre qu'en citant quelques passages de la lettre libre publiée par M. Poincaré dans Le Temps du 27 septembre 1920 : « Que seraient d'ailleurs des ministres qui accepteraient d'être responsables d'actes qui ne seraient pas les leurs et de quel cœur croit-on qu'il les défendraient ? Le président en serait réduit à ne prendre jamais que des subalternes. Mais les chambres se lasseraient vite de n'avoir devant elles que les prête-nom de l'irresponsabilité, et elles ne tarderaient pas à ouvrir le conflit. Pour éviter
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les crises niinistérielles, on se serait exposé aux crises présicleutielles... L'éternelle cliinière des liouinies est de chercher à mettre dans les constitutions la perfection qu'ils n'ont pas eux-mêmes. I^otre constitution laisse heaucoup à désirer, mais elle a sur la jument de Roland et sur les fougueux dadas de tous les paladins de la revision la supériorité de ne pas être morte et tant (ju'elle n'aura [)as été changée, il faudra, pour éviter les heurts et les cassures, que les cahinets gouvernent, que les chamhres légifèrent et que le président conseille. »
Sur les avantages du régime parlementaire, cf. Moreau, Pour le régime parlementaire.