‹ Traité de droit constitutionnel (volume 3)Chapitre 2 sur 42 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

pas à l'essence même des volontés humaines et ont seulement pour sanction la réaction qui se produit dans le groupe quand elles sont violées. Je disais aussi que l'humanité tout entière forme une vaste société soumise à une règle de conduite, générale comme F humanité même qui lui sert de fondement, s'imposant à tous les hommes qui chaque jour en acquièrent une conscience plus nette.

Je soutenais, d'autre part, que la notion de l'Etat, puissance publique, pouvant imposer souverainement sa volonté parce quelle est d'une nature supérieure à celle des sujets, est imaginaire, quelle ne repose sur rien de réel, et que cette prétendue souveraineté de l'Etat ne peut s'expliquer ni par le droit divin, quiimplique une croyance au surnaturel, ni par la volonté du peuple, hypothèse gratuite, indémontrée et indémontrable. Je soutenais que l'Etat est tout simplement le produit d'une différenciation naturelle, tantôt très simple, tantôt très complexe, entre les hommes d'un même groupe social, d'où résulte ce qu'on appelle la puissance publique, qui ne peut point se légitimer par son origine, mais seulement par les services qu'elle rend conformément à la règle de droit; que dès lors l'Etat moderne apparaît de plus en plus comme un groupe d'individus travaillant de concert, sous la direction et le contrôle des gouvernants, à la réalisation des besoins matériels et moraux des participants ; qu'ainsi à la notion de puissance publique se substitue celle de service public ; que l'Etat cesse d'être une puissance qui commande, pour devenir un groupe qui travaille, et que

Page 1