I. Montesquieu, Esprit des lois, liv. III, cbap. i et ii
légalité dans les rapports entre les États, si la vie telle qu'elle y est organisée, constitue la négation des droits inaliénables inhérents à la nature humaine.
L'histoire des relations internationales démontre pleinement la vérité de cette proposition. Ainsi que nous le verrons plus loin, le respect de la personne humaine n'existait absolument pas dans l'antiquité, ni en Orient, ni en Grèce, ni à Rome. Aussi les relations internationales n'avaient-elles aucune importance dans les temps anciens. La règle générale était que les Ëtàts vivaient sur an pied d'hostilité réciproque et se faisaient des guerres d'extermination sans fin.
Au moyen âge, nous voyons régner la force, la violence et l'arbitraire. Cependant ce sont les nations de cette époque qui ont introduit dans les relations internationales le respect de la liberté individuelle et de la liberté politique ; de sorte que c'est au moyen âge que nous devons chercher les premiers germes du droit international.
En outre, le christianisme, en se répandant, donna du crédit à une nouvelle doctrine d'après laquelle l'individu tenait ses droits personnels et le droit de propriété non pas de sa situation de sujet d'un État, mais du fait qu'il appartenait à l'Église catholique. Peu à peu cette doctrine devint celle de tous les chrétiens sans distinction de culte. De nos jours, c'est un axiome reçu, qu'en général tout étranger, à quelque culte qu'il appartienne, et indépendamment des traités qui règlent cette matière, doit être reconnu, dans tout pays civilisé, comme possédant certains droits.
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§ 7 . — On partage ordinairement Thistoire des relations internationales et du droit international en périodes qui correspondent à peu près à certains degrés de leur déve* loppement.
D'après les événements principaux, cette histoire est divisée par les divers écrivains, tantôt en sept périodes, tantôt en quatre, tantôt en trois, etc. *.
Ce mode de division ne résiste guère à une critique scientifique. La vérité est que Thistoire des relations internationales contient un grand nombre de faits et d'événements remarquables, mais ce n'est pas par eux que Ton doit déterminer les diverses époques.
On ne doit adopter comme base d'une division correcte ni des faits isolés, quelque importants qu'ils soient, ni de graves événements, quelque sensibles qu'aient été leurs conséquences, ni des actes internationaux considérables, quelque significative qu'ait été leur teneur. Les limites des diverses époques doivent être établies selon la succession des idées qui les ont dominées.
En se plaçant à ce point de vue, Thistoire du droit international peut être partagée en trois périodes. Nous indiquerons brièvement les signes distinctifs et la durée de chacune.
La première période comprend l'antiquité, le moyen Age et les temps modernes jusqu'au milieu du XVIP siècle ou jusqu'au traité de Westphalie en 1648.
Pendant ce long espace de temps, les relations entre les
1. Voir Wheaton, Histoire des progrès du droit de$ gens, 3® édition, Leipzig*, 1853. Il établit quatre périodes. — Calvo, Le droit international t^orique et pratique ^ 3* édition, Paris, 1880, en éiablit sept.
États étaient déterminées par le principe du plus complu isolement des nations et par le règne de la force physique. Non seulement les peuples de Tantiquité en Orient, mais encore les Grecs et les Romains étaient pénétrés de Tidée qu'ils devaient demeurer dans un isolement complet, se suffire à eux-mêmes et qu'ils n'avaient pas à recourir aux relations internationales puisqu'ils trouvaient dans les limites de leur territoire tous les moyens de donner satisfaction à leurs besoins. Aussi, considérait-on toutes les autres nations, même les plus proches voisines, comme autant d'ennemis naturels qu'il fallait vaincre, asservir ou anéantir.
La domination de la force physique atteint son apogée au moyen Âge. A cette époque, on se fait justice soimême, et le droit réside dans la force du poignet ; tels sont les principes qui régnent alors partout souverainement. On peut dire que toute la vie au moyen âge n'est qu'une succession de guerres extérieures entre les différents États, de guerres intérieures entre les diverses parties de leurs territoires et de guerres civiles entre leurs habitants. Laurent en a fait la juste remarque : « La guerre est la loi de la féodalité*. » Certes, dans ces conditions il ne pouvait être question de droit international, ni d'obligations réciproques entre les peuples.
Cependant c'est à cette époque qu'on vit surgir des principes nouveaux dont le développement modifia graduellement les relations internationales. Pendant ses débuts, le moyen âge ne se distinguait en rien de Tantiquité; mais
i. Laurent, Histoire du droit des gens, t. VII, p. ix.
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plus tard de nouveaux facteurs apparurent. Il faut citer en première ligne la religion chrétienne qui prit la place de l'ancien polythéisme et se répandit dans toute l'Europe occidentale. Son influence sur les relalions sociales, politiques et internationales fut des plus bienfaisantes. Les nations du moyen âge se trouvaient, il est vrai, dans un état permanent d'hostilité, mais, en même temps, elles reconnaissaient qu'elles étaient sœurs par la foi, qu'elles étaient également soumises au pape comme chef de l'Ëgiise catholique romaine, et que la solidarité des croyances religieuses et la communauté morale les unissaient en une seule société spirituelle. C'est pourquoi elles contractaient assez souvent des alliances entre elles pour parer à des dangers communs et particulièrement pour sauvegarder les intérêts de l'Église et de la religion. Les croisades et la lutte contre les Arabes et les Turcs montrent que la notion d'une certaine communauté spirituelle s'était éta* blie parmi les nations du moyen âge. Étant membres d'une seule Église, reconnaissant l'autorité spirituelle du poatife romain, les divers États sentirent naturellement diminuer leurs haines mutuelles et la lutte entre eux cessa sous l'action pacifiante de l'Église. Ainsi se préparait, à la fin du moyen âge, la transition vers la seconde période de l'histoire du droit international.
La deuxième période commence en 1 648 et s'étend jusqu'aux premières années du siècle actuel ou jusqu'au congrès devienne en 1815. Pendant cet espace de temps, un nouveau principe, fidée de Féquilibre politique, remplace le règne de la force et Tisolement des nations. Le congrès de Westphalie, en mettant fin à la ruineuse
guerre de trente ans, offrit Texemple, jusqu'alors inconnu, d'une assemblée formée dans un but pacifique par les représentants de presque toutes les nations de TEurope occidentale réunis pour examiner non seulement les relations réciproques des peuples, mais encore rorganisation intérieure de chaque pays. L'existence d'une pareille assemblée démontre que la force des choses avait fait comprendre aux États européens la nécessité de terminer des guerres funestes à leurs intérêts et d'établir un ordre, quel qu'il fût, dans les relations internationales.
Effectivement le traité de Westphalie a défini les principes qui ont servi de base à la nouvelle vie internationale. Ils se résument dans ce qu'on appelle le système de Téquilibre politique des États. On établit comme principe fondamental du nouvel ordre de choses, que Tindépendance et l'autonomie de chaque nation devait être à l'abri de toute menace de la part des autres peuples.
A la fin de la seconde période, c'est-à-dire depuis la révolution française de 1789 jusqu'au congrès de Vienne en 18(5, le système de l'équilibre européen ne perdit pas absolument toute valeur, mais son crédit fut considérablement entamé par les idées nouvelles que proclama la révolution et que les campagnes de Napoléon I" répandirent dans toute l'Europe.
Les principes fondamentaux de la révolution française changèrent de fond en comble la constitution intérieure des nations civilisées, leur existence sociale et leurs institutions politiques. Ils se sont répandus partout, et c est sur eux que s'appuient de nos jours les relations internationales. Les années écoulées de 1789 à 181S forment une
transition de la seconde à la troisième et dernière période.
La troisième période s'étend de 1815 jusqu'à nos jours. C'est pendant cette époque qu'on a proclamé et appliqué le principe des nationalités d'après lequel les hommes de même race, parlant la même langue, ayant les mêmes usages et une même religion doivent former un seul État, une seule nation.
De plus cette troisième période est caractérisée par l'extension immense qu'ont prise les relations économiques et commerciales, ainsi que par le développement des routes et des moyens de communication tels que la poste, les télégraphes, les chemins de fer, etc.
Cette situation florissante de la vie internationale est due au règne de Tordre et de la loi qui sont de plus en plus respectés dans l'État moderne et aussi à la longue paix qui a succédé aux guerres de la révolution française et du premier empire.
La guerre de Crimée (1834-1856), en troublant de nouveau la paix générale, remit sur Je tapis diverses questions politiques touchant à tout le système européen établi par le congrès de Vienne en 1815. Aussi le traité de paix signé à Paris en 1856, et qui a mis fin à la guerre de Crimée, forme-t-il comme une interruption de la troisième période et la coupe-t-il en deux parties dont la seconde commence en 1856 et s'étend jusqu'à nos jours. Cette dernière est pleine d'événements remarquables qui ont essentiellement modifié la situation intérieure des États européens d'Occident et de la Russie, et particulièrement leurs rapports réciproques. Elle est la préface
d'une nouvelle ère dans Thistoire des relations inlerca tionales.
Quelle sera Tidée qui dominera les relations internationales dans la nouvelle phase qui se prépare ? Cette question appartient à Tavenir. Il est impossible de la résoudre d'avance ; mais pour le juriste et pour l'homme politique qui se rendent compte de la véritable signiQcation des relations internationales et qui ont une juste notion de la mission de l'État, le principe qui régnera dans l'avenir ne peut être que l'idée du droit dans le sens le plus étendu de ce mot.
Ni la théorie de l'isolement, ni le droit du plus fort, ni le système de l'équilibre politique, ni enfin le principe des nationalités, aucune de ces idées générales ne peut servir de principe dirigeant dans une vie internationale régulièrement constituée. Ce rôle n'appartient qu'à Tidée du droit.