II. Il Y A AUSSI LA TENDANCE PLUS OU MOINS NETTE
VERS UNE RÉFORME DE l'ÉTAT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE LA SOCIÉTÉ ACTUELLE.
Dans la formule de cette aspiration se mêle le vrai et le faux, des critiques fondées et des exigences folles.
Nous traiterons plus loin des questions que soulève le Socialisme autour de l'exercice du droit de propriété, spécialement par manière de succession et d'héritage, et autour du capital. Restant pour l'instant dans la question de principe, constatons que la tendance réformiste du socialisme se distingue de tout autre ipar son caractère exclusivement humain. « Si le socialisme, disait jadis en un discours célèbre, à Saint-Mandé. M. Alexandre Millerand, domine aujourd'hui tous les partis, c'est qu'il embrasse dans sa vaste synthèse toutes les mani-
(1) Galéot, op. cit., p. 203. L'auteur ajoute quelques réflexions dont le sens est équivoque, sur « les concepts à tendance mystique ». On S3.it ce que veut dire le mot mystique dans la langue des positivistes.
festations de la vie, c'est que rien de l'homme ne lui est étranger, c'est que seul aujourd'hui, il offre à notre appétit de justice et de bonheur un idéal purement humain. »
En s'inspirant de cet idéal, le socialisme manifeste une fois de plus sa dépendance du libéralisme. Il ne fait que répandre dans les classes qui ne possèdent pas les principes dont se font gloire les classes possédantes. Si ces dernières peuvent devenir un jour les victimes de la révolution que les socialistes préparent, ce ne sera pas sans en avoir été les complices.
Vous nous avez enlevé Dieu du monde, Maintenant qu'il est privé de son secours, Le peuple tombe dans un délire sans nom ; L'animal qu'il porte en lui se réveille, Pousse des hurlements sauvagee et renverse Les colonnes de la civilisation ; Et vous, continuant vos calculs, Vous restez chez voue, joyeux et calmes, ^i]
Il y a lieu d'observer que tandis que les critiques fondées que peut formuler le Socialisme, n'ont rien de spécifiquement socialistes, c'est au contraire une de ses caracitéristiques propres, que de tendre à la réforme d.es abus de la propriété par la révolution.
Or cette tendance révolutionnaire est aussi antireligieuse qu'antisociale.
T. — Elle est antireligieuse.
Car elle ne se développe et ne se maintient que pour autant que l'on nie Dieu.
Les théoriciens du socialisme l'avouent. « En religion l'athéisme, en politique le républicanisme démocratique, en économie politique le collectivisme, en morale
(1) JoPDAN, Demiurg. III, 142, cité par Weiss. op. cit., I, 116.
l'optimisme sans limites, en métaphysique le matérialisme, en droit domestique la dissolution du mariage, de la famille, de tout ce qui s'y rapporte, en pédagogie l'éducation des enfants par l'Etat, et l'instruction universelle et obligatoire, voilà notre devise de liberté et surtout d'égalité. » Ainsi parlait Bebel. Et si dans ces déclarations tumultueuses se trouvent bien des distinctions à faire, du moins reconnaît-on l'expression non équivoque d'une pensée opposée à l'idée et au fait religieux.
IL — Sa tendance est anti-sociale. *
Car la société exige un ordre et donc une hiérarchie et dans les facteurs de production et dans les valeurs humaines.
Or, cette tendance -révolutionnaire détruit précisément cette hiérarchie ; ou bien, ce qui est pire, elle en renverse les facteurs, et comme on le voit à certaines heures, soumet à la dictature des moins dignes, le sort d'un peuple entier.
Concluons que les attaques du socialisme contre le droit de propriété, loin d'ébranler sa légitimité, ne font que mettre en évidence son actualité bienfaisante.
Aujourd'hui encore, il est vrai de dire qu'en défendant la propriété on défend une des bases de la civilisation.
Conclusions générales ; La propriété privée et le droit naturel.
Fondé sur la raison et sur la justice, sur les exigences de la vie des familles et des cités, le droit de propriété est naturel. Mais on conçoit que s'il arrive que son principe soit discrédité par une organisation vicieuse ou la corruption des hommes, la propriété puisse devenir une cause d'antagonisme social.
Pour rester un des principaux soutiens de l'ordre social, il faut qu'elle soit équitablement répartie entre les familles, et que ceux qui possèdent le plus sachent faire un bon usage de leurs biens.
Or, tel n'est pas toujours le cas dans la société moderne, où l'on constate l'existence d'une classe nombreuse privée de toute propriété et vivant dans une sorte de dénument héréditaire.
Ce fait est relativement nouveau. Le Play (1) l'a noté avec soin. Et il ajoute : « Les nations manufacturières de l'Occident qui sont envahies par ce honteux désordre y remédieront non par le procédé impuissant de la spoliation des riches, mais par la réforme morale de toutes les classes. Parvenues sous d'autres rapports au premier rang, elles ne voudront pas rester, en ce qui concerne l'usage de la propriété, une cause de scandale. Elles sauront procurer au moins aux chefs de famille le bienêtre qui fut acquis aux Juifs sous le plus grand de leurs rois, et qui s*e perpétue chez la plupart des populations de l'Orient. »
Ce qui est sûr, c'est que le principe de la propriété privée ne devra point être compromis par des abus en ses applications, s'il l'on veut rallier à sa vérité les intelligences humaines.
Il importe donc d'examiner de près ce que doit être en droit, l'usage de la propriété.
(1) Le Play, La Réforme sociale, t. I, chap. 16. — Inutile de relever le contraste entre ces nobles espérances et les réalisations du xixe siècle.