DROIT NATUREL ET CONSÉQUENCES DU RÉGIME CAPITALISTE
1) Conséquences de fait.
Ce sont CERTAINES RÉALITÉS d'aujourd'hui quc tout observateur du monde contemporain ne peut s'empêcher de constater :
1° U instahïUté de la richesse privée.
(1) Georges Piot, avocal à la Cour de Paris : Pratiques coniraves à la iustice dans la constitution et le fonctionnement des sociétôs anonymes. (Semaine sociale de Toulouse, p. 114 (1921.)
Car Vargent devenant la mesure de la richesse, communique à cette dernière quelque chose de sa mobilité. Quand il prend lui-même la forme de papier monnaie, il augmente encore l'instabilité de la richesse, qui peut 'promptement s'avilir dans le désordre monétaire produit par l'inflation, la spéculation sur les changes, l'ébranlement du crédit national (1).
2° Le déséquilibre des activités économiques.
Car trop souvent, ce réservoir des capitaux qu'est la BANQUE s' inspirant des idées qui caractérisent le capitalisme, cherche par dessus tout la rémunération maxima pour son propre capital, et favorise dans ce but des émissions de valeurs douteuses, mal assorties, qui compromettent les entreprises qu'elle contribuait à fonder.
Née sous un régime de ooncurrence individualiste la HAUTE BANQUE en pcfte la tare. Individualisme dans Ile monde de la Banque elle-même longtemps dénuée d'organisation, en dehors des agents de change, ceci entraîna entre les établissements de Banque une rivallité excessive, chacun voulant offrir à ses actionnaires le meilleur dividende, poursuivant par-dessus tout les plus fortes commissions, fût-ce par les émissions les moins sûres. Individualisme dans le monde économique tout entier, si bien que la Banque resta naturellement isolée du patronat, de l'un à l'autre régna le séparatisme, comme du reste il régnait entre patrons et ouvriers ; aussi la Banque, en raison de la réserve et du silence des industriels, ses clients, ignorait-elle trop souvent la situation véritablle des entreprises et n'osait-elle leur confier ses capitaux. On le voit : tandis que tout, depuis le travail du tâcheron jusqu'à la direction patronale, jusqu'au capital canalisé par la Banque devrait normallement s'unir, dans une commune action en vue du développement de la vie humaine, pour le plus grand bien de tous, le système individualiste rompt les
(1) Rapports de la Semaine de la Monnaie : Rapport de M. Eugène Mathon sur Vinflation et les traubles sûciaux, p. 40 seq.
attaches naturelles et lance chacun à la poursuite de son propre avantage. Poursuites chimériques, car Iq bien de l'un est lié au bien de tous. L'aboutissement de ce système individuel est que le plus fort l'emporfe, c'est-à-dire la Banque à qui l'épargne se confie ; la Banque maîtresse du crédit, devient peu à peu maîtresse de l'industrie, qui ne peut rien sains lui ni sans elle.
A la Banque appartient donc le lancement des entreprises, dont les capitaux sont grevés à son profit et sans risque pour elle, d'un premier tribut habituellement excessif. Puis si lia finance semble s'intéresser momentanément à l'entreprise en exercice, c'est pour y exercer un contrôle : elle se réserve pour cela la majorité des actions, dont elle ne verse au début que le quart, alors que les autres actionnaires en versent la totalité. Ce contrôle omnipotent permet de soumettre Iles actions au jeu de la spéculation et d'en tirer presque à coup sûr de scandaleux profits. Quant à l'entreprise, elle devient une affaire de bourse.
Sans aller jusqu'à cet abus, il est trop clair que dans un pays oii le choix et le lancement des affaires dépendent d'une puissance d'argent égoïste, 1 'industrie et le commerce ne relèvent pHus, en fin de compte, d'une conduite intelligente et féconde et sont voués à la gêne, à une action débilitante et néfaste notamment sur la rémunération du travail et sur le sort de l'épargne, qui recelait pourtant les riches promesses de la productioin (i).
3° Un malaise social grandissant.
Car en vertu de l'attraction qu'exerce l'argent, une partie de plus en plus notable de Ha société eherche à vivre de rentes et de spéculations. Elle diminue ses services, mais augmente ses profits. Tandis que V épargne devient difficile au travailleur, elle est de plus en plus aisée au financier. Et la société tend ainsi à se diviser en
(1) Desbuquois, Rôle de la Prolesskyn organisée contre Vlniusiice dans les relations économiques, p. 184. (Semaine sociale de Toulouse, 1921.)
deux classes rivales, dont l'une vit au dépens de l'autre, et qui, subissant le contre-coup de la perturbation introduite par l'usure dans la distribution des biens économiques, menacent de leurs conflits la paix publique (1).
Les effets du mal vont en croissant selon une progression arithmétique, s'il s'agit de l'épargne, c'est-à-dire de l'accroissement de fortune des rentiers, et selon une progression géométrique, s'il s'agit de l'épuisement des producteurs. Ceux-ci n'ont dès lors qu'une préoccupation, afin de pouvoir prolonger une lutte dont I'IssujC est fatale, c'est celle de diminuer les frais de production, entre autres le salaire de la main-d'œuvre, en llui demandant à leur tour un maximum de travail en échange d'un minimum de rémunération. D'oii il suit qu'au merveilleux développement de l'outillage et au perfectionnement des procédés, ne correspond nullement un accroissement proportionnel! du bien-être des ouvriers, des cultivateurs, des petites gens, qui ne peuvent faire l'usure et aux dépens de qui elle se fait.
4° La mise en échec de V indépendance politique de VEtat
Si l'argent est vraiment le m.aître des hommes, comment ne chercherait-il pas à dominer ceux, qui prétendent les gouverner ? C'est ce qu'il fait, en rendant les Etats débiteurs des puissances financières auxquelles ils font, avec une facilité de plus en plus . grande, des emprunts de plus en plus considérables.
De là une sorte de subordination de l'Etat à la puissance dont il a besoin pour faire face à ses engagements. Il peut se faire que le pouvoir pditique soit ainsi aoculé à la faillite ou à la capitulation (2).
(1) De la Tour du Pin, Vers un Ordre social chrétien, p. 83.
(2) Semaine de la Monnaie^ Rapport de M. Marsal, Ministre des Finances, p. 465.
5** La domination d'une ploutocratie internationale.
Car par le jeu même de ses opérations, l'argent, considéré comme le grand agent producteur de la richesse, tend à s'internationaliser et devenant de plus en mobile et immatériel, substitue aux responsabilités personnelles de ses possesseurs le prestige d'une puissance autonome et occulte, dont on peut bien sentir les effets dans la diplomatie, les décisions de paixi ou les déclarations de guerre, mais dont on ne saurait toujours dire le nom ni indiquer la place.
Telles sont quelques-unes des réalités contemporaines, qui apparaissent comme les conséquences du régime