‹ Traité de droit naturel (volume 2)Chapitre 50 sur 107 · CAPITALISTE · texte numérisé non relu

CAPITALISTE

Or dans ces conditions, Tordre himain ne peut pas ne pas être troublé. Car si jamais il y eut une idolâtrie qui rende l'homme capable de tout, excepté de supporter un frein, c'est bien ce culte de l'argent, dont le capitalisme fait son idole.

Qaid non mortalia pectora cogis Auri sacra famés, avait dit le poète antique (1).

Les livres saints n'avaient pas seulement constaté ce désordre, ils l'avaient condamné ; témoin V Ecclésia'stique, qui sur l'abus de la richesse prononce ce verdict :

Regnum a gente in gentem transfertur propter injustitias et injurias et diverses dolos. Avaro autem nihil est scelestius. Quid superbit terra et cinis ? Nihil est iniquius quam amare pecuniara ; hic enim et animan venalem habet, quoniam in vila sua projecit intima sua (2).

(1) Virgile, Enéide, III, 56 ; — voir aussi Juvenal, III, 143 ; — Aristophane, Plutus, 115 ; — Thucydide, Histoire du Pélop., I, 11, 13.

(2j EccLESi, X, 9.

Témoin l'apôtre qui aux communautés chrétiennes, dont il entreprend de former l'esprit, inculque l'horreur de l'avarice, comme d'une forme de l'idolâtrie (1).

Ne nous étonnons donc pas du jugemenl purlé par les représentants autorisés du Droit Naturel qu'éclairent les principes chrétiens, sur l'état social du monde moderne : par LÉON XIII qui le caractérise comme étant celui « d'une usure dévorante », par les évêques américains, qui au nombre de 101 signèrent le mémoire du National War Coîincil et qui proclament la nécessité d'un ordre social et industriel capable de nous mettre à l'abri de la révolution ; par le Cardinal Primat d'Angleterre, dans le Manifeste cité plus haut, et qui se demande si les institutions présentes sont oui ou non justifiées devant le tribunal de la raison ; par l'Archevêque de Toulouse qui, dans sa lettre sur l'Organisation chrétienne du travail et la paix sociale, écrit ces graves paroles : « Nous voyons grandir de phis en plus des puissances d'argent que ne contrôle aucune autre morale que celle des codes... Il est bien permis de dire aux capitalistes et aux patrons chrétiens : associez-vous pour moraliser la finance et christianiser V argent, sinon nous retournerons au paganisme, non sans avoir passé par une effroyable révolution, où le capitalisme, égoïste et sans morale, sera châtié par le socialisme, dont il aura été par ses excès le dangereux propagateur. »

Voilà "donc l'alternative : rénovation sociale par le retour aux^ principes du droit naturel et chrétien, ou révolution sociale par l'action délétaire des principes d'un néo-paganisme envahissant : pecunia cruenta ! (2)

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