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La destruction de toute véritable autorité politique

Car l'autorité, pour être, doit venir du suffrage d'un chacun, selon le système de Rousseau. Il faut donc que chacun possède une part de l'autorité et que celle-ci soit une somme. Or l'autorité n'est plus rien, si elle n'est qu'une somme. Elle n'est plus rien en droit, car elle ■est incapable de commander, ce qui est sa fonction essentielle; ni en fait, car l'expérience prouve que depuis que cette théorie s'est répandue, les gouvernants ne sont plus considérés que comme des mandataires du peuple, révocables à volonté et contre lesquels la révolte peut être un droit (3). D'où l'instabilité des Etats modernes.

C'est ce que rappelait naguère Benoit XV quand, faisant allusion à la Révolution française de 89, il écrivait : a Issue des erreurs et des crimes de la prétendue réforme, une philosophie insensée avait perverti les esprits. Sous son influence éclata une révolution si radicale qu'elle tendait à saper les bases mêmes de la société chrétienne, en France

(1) Jean-Jacques Rousseau, 1. IV, ch. VI, de la ReUc/ion Civile* p. 325, p. 329.

(2^ L. I, c. VI, I. III, cil. XVIII.

(3) De Lehen, n. 403 ; Maury appelait cette théorie : Une apologre du Droit de Révolte [Opinion sur la souveraineté du peuple). p. 195.

d'abord, puis successivement en tous pays. L'Eglise se voyait destituée de toute autorité ; la reliiîion cessait d'avoir la garde et la défense du droit, du devoir et de Vordre social. La source première de la souveraineté ne remontait plus jusqu'à Dieu, elle était dans le peuple... La loi elle-même lirait sa force de la ratification du suffrage populaire... Combien ces maximes seraient funestes à l'Etat, le jour où les passions aveugles et les luttes de parti en armeraient le peuple, c'est ce que rendit manifeste 'eur solennelle déclaration... » (ii mars 1917.)

2. La reconnaissance de la légitimité du despotisme et du pire des despotlsmes, celui du nombre (1).

Car même dans une République démocratique, le pouvoir du nombre n'est admissible ni en fait ni en droit. Il ne l'est pas en droit, puisqu'il n'est pas celui de la raison. 11 ne Test pas en fait, parce qu'il devient toujours celui de quelque minorité ou factieuse ou simplement fortunée, en sorte que fatalement, sous l'apparente loi du nombre, s'impose à la cité le pouvoir occulte die quelques ploutocrates. Or ce despotisme est un mal social.

Car, selon le mot de Royer-Collard, la souveraineté, telle que J.-J. Rousseau l'a proposée, n'est que la souveraineté de la force, et la forme la plus absolue du pouvoir absolu. Devant cette souveraineté sans règle, sans limites, sans devoirs, sans conscience, il n'y a ni constitution, ni lois, ni bien, ni mal, ni passé, ni avenir.

La volonté du jour rétracte celle de la veille, sans engager celle du lendemain. Les prétentions de la plus capricieuse, de la plus extravagante tyrannie ne vont pas si loin, parce qu'elles ne sont pas à ce point dégagées de toute responsabilité (2).

(1) De Tocqueville, De la Démocratie, t. II, partie IV. (52) Royer-Collard.

B. ~ L'unité politique qu'est l'Etat, provient dr

LA COOPÉRATION DE DEUX CAUSES, DONT l'uNE EST LA NA- TURE DES CHOSES, l'autre LA VOLONTÉ HUMAINE, EN SORTE QUE l'on peut dire DE l'EtAT Qu'iL EST, TOUT ENSEMBLE,, UNE SOCIÉTÉ NATURELLE ET VOLONTAIRE.

l"* L'Etat est une société naturelle :

Naturelles sont les sociétés, dont le lien est formé non par la volonté de ceux qui en font partie, mais par la nature humaine. Les lois qui président à la formation de ces sociétés sont :

1. La loi de nécessité : Terrible loi, observe Taparelli, qui fixe irrévocablement notre sort, exige que le sage exerce sous son influence toutes les vertus, compagnes de la nécessité, la patience, la constance, la résignation, etc., mais loi dans laquelle nous devons considérer l'action providentielle du suprême modérateur de l'Univers (1).

2. La loi de possession : Tous les hommes en effet étant égaux par nature, ils ne peuvent, du fait de leur association, se dépouiller mutuellement de leurs droits. Ceux-ci demeurent donc en leur possession. Et il faudra que l'Etat les respecte.

3. La loi de durée : Car la cause d'une société naturelle est constante.

4. La loi de relativité : Car toute société naturelle se réfère à l'ordre social, dont elle est un élément.

Ainsi une société naturelle est nécessaire, organique, stable et essentiellement ordonnée à l'ordre social voulu par Dieu.

Or tel est l'Etat.

(( Aux yeux des philosophes chrétiens, dit H. Pesch, l'Etat n'est qu'un produit nécessaire de la nature humaine,

(1) Taparelli, op. cit. n* 610.

et par conséquent un élément essentiel de l'ordre cosmique établi par Dieu » (i).

(( Observant en effet que l'homme a un besoin constant de chercher appui et protection dans ses semblables, vers lesquels le porte d'ailleurs une bienveillance qui est dans sa nature. Sous l'influence de ces causes naturelles se lient les familles, puis les communes, puis les nations, enfin ces communautés civiles, que les anciens appelaient la chose publique, république ou royaume, et qui est l'Etat. »

(( Il faut donc dire de l'Etat qu'il germe dans les inclinations et les besoins naturels de l'homme, qu'il croit sou*, l'influence de l'instinct de conservation et de perfectionnement, qu'il se complète grâce à la communauté de race et de pensées, et qu'il est ainsi un produit de la nature des choses ».

On peut s'y méprendre quand on se contente d'une vue superficielle des faits.

(( Puisque l'homme est actif, il attribue tout à son activité ; et comme il est libre, il oublie qu'il n'est pas indépendant. Dans l'ordre social, dans lequel il vit et agit, l'homme s'aveugle facilement jusqu'au point de s'imaginer qu'il a créé tout ce qui est. C'est en quelque sorte la truelle qui s'imagine être l'architecte » (2).

Quand on considère les choses de près, il faut bien reconnaître, qu'il ne dépendait point du caprice des hommes d'établir ou non l'Etat, que celui-ci n'a pas succédé à un état de nature anarchique, et qu'il est par conséquent produit par la nature des choses.

L'Etat dont nous parlons cependant, n'est que l'Etat en général. S'agit-il de tel Etat en particulier, à l'action des causes naturelles se joindra en fait et en droit, celle

(1) Henri Pesch, Sociologie chrétienne.

(2) De Maistre, Essai sur Vorigine des Constitutions poHHqueSy 55, X.

des causes personnelles et libres, et ainsi faudra-il dire de l'Etat qu'il est :

2"" Une société volontaire :

Les sociétés volontaires sont celles dont la formation est due, en partie au moins, à l'action de la liberté humaine.

Deux sortes de lois président à leur genèse :

1° Des lois physiologiques expliquent la constance et l'identité des réactions sensibles des hommes, seuls ou groupés et des tendances spontanées de leur être.

Il n'y a pas de contradiction à parler de ces lois dans la formation d'une société qui, étant appelée volontaire, doit provenir de la liberté comme de sa cause.

(( Car, qui dit cause libre, observe Taparelli, di^ une liberté toute subjective, mais il faut remarquer qu'une cause libre, qu'un agent libre ne se détermine à poser un acte que parce qu'il veut prendre un but, et que ce but est placé hors de lui. Pour l'atteindre, il faut donc qu'il se porte vers ce but, ou qu'il l'attire à soi. Mais est-il également libre de prendre à cet effet n'importe quelle voie ? Deux points étant donnés, la ligne droite qui les unit l'est aussi. La cause sera donc libre de vouloir telle ou telle fin ; mais une fois cette fin déterminée, le moyen devient nécessaire » (i).

La nécessité finale imposera donc à l'homme individuel ou collectif plusieurs lois physiques, qui influeront sur la détermination de sa volonté. Elles influeront, non d'une manière absolue, mais efficacement, du moins sur la plupart des hommes, qui suivent communément les inclinations des sens plus que les conseils de la raison.

2. Des lois morales imposent à l'action volontaire des hommes une activité conforme aux exigences du

(1) Taparblli, op. cit., n.

bien commun, qui -est la raison d'être de l'unité politique, constituée par l'Etat.

2° Que comporte l'Etat ?

A. Il NE COiMPORTE PAS DANS SON UNITÉ l' ABSORP- TION DES ÉLÉMENTS QUI LE COMPOSENT.

Car pour le prétendre, il faudrait supposer qu'en se constituant, l'Etat conquiert le droit de supprimer les droits des individus et des sociétés, dont l'origine est antérieure à la sienne ou indépendante d^elle.

Or cette supposition est inadmissible pour le chrétien.

Car elle est en contradiction avec les principes et les droits, les devoirs et les libertés qu'a promulgués le Christianisme (1). ^

Ne nous étonnons pas que ce que l'historien impartial admire et loue (2), les néo-païens le flétrissent au nom d'une théorie de l'Etat, qui pour être présentée en formules nouvelles, n'en est pas moins celle de l'antiquité grecque et romaine. Contre les principes promulgués par le Christianisme, Jean-Jacques Rousseau s'insurge (3).

Chrétiens pénétrons-nous de leur vérité : elle est libératrice, elle fonde le droit des individus et des associations en face de l'absolutisme de l'Etat, qui voudrait tout niveler et anéantir. Elle exclut toute tentative d'identifier la fin de l'homme avec la fin de l'Etat. Car si l'homme a une Ime immortelle, sa fin dépasse celle des institutions terrestres : il est sujet de Dieu avant de l'être d'un Etat. El le premier devoir de ce dernier est de servir. Car puisque la société est faite pour le temps et les personnes pour

(1) Voir plus haut ce que nous avons dit de cette contradiction, p. 399, seq.

(2) FusTBL DE CouLANGES, La Cité Antique, 1. V, ch. III, p. 480, ^fîq., cit^ plus haut, p. 400.

(3) Jean-Jacques Rousseau, Contrat Social, t. IV, ch. VIII, p. 37.

réternité, il est aisé de voir que l'organisme social dépend de la fin dernière de l'individu et lui est subordonné.

B. — L'Etat comporte une organisation des forces

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