II. — Le phénomène social de la guerre
La guerre étant un phénomène social, doit être con-
(1) Charles Perrin. Les lois de la Société chréfienne, t. II, p. 427.
sidérée dans l'homme. Or celui-ci est sentiment et raison. On peut donc parler de la guerre, à ce double point de vue.
Du point de vue exclusif du sentiment, la guerre est un mouvement de colère, excité par la perte d'un bien ou par le désir de le prendre, ou encore par la vengeance. Tel est le genre de guerre que se livrent entre eux les animaux, et les hommes sauvages ou passionnés. Les actes de ces êtres humains, devenus semblabl-es à des brutes sont alors barbares. Ils révèlent la prédominance de l'instinct sur la volonté réfléchie. Ils sont produits par une nature, qui est ce que l'ont faite l'habitude ou la passion du moment, et sur laquelle ne réagit plus la conscience de la personne humaine.
De la guerre ainsi entendue on ne saurait donner les lois.
Romanciers et historiens peuvent en décrire l'atroce vision. Il n'appartient pas au philosophe d'en fixer le caractère moral Car pareille guerre est immorale par définition. Elle est un mal, que la raison réprouve et dont elle demandera toujours la suppression.
Du point de vue de la raison, la guerre est la défense violente de l'ordre, une réaction contre le désordre.
Voici un Etat, qui se met en contradiction avec la raison, de manière à nuire gravement au bien commun. Le désordre, dont il est la cause, non pas inconsciente mais volontaire, est si grand qu'il met en péril ou l'existence d'une société particulière, entendons de telle ou telle nation, ou le fondement même de la société humaine. Un autre Etat qui est lésé dans ses droits, d'autres Etats pourront parfois, ou même devront, à l'effet de soutenir le droit, recourir à la force : ce sera la guerre.
Il peut sans doute arriver, — et il arrive souvent, ajoute l'expérience de l'histoire, — que, sous prétexte
de défendre le droit, on défende l'injustice, et que loin de vouloir faire prévaloir l'ordre humain, on ne cherche que la satisfaction de l'esprit de vengeance. Mais nous ne définissons point ici la guerre entendue subjectivement, mais objectivement, en tant qu'elle est un acte de raison, voire même d'amour international. Les égarements de la passion qui rendent l'homme esclave de ses instincts ne peuvent ni modifier la nature des choses, ni troubler leurs relations essentielles. Si nous parlons de la guerre comm'C phénomène social, il faut dire qu'elle est essentiellement une défense violente de l'ordre.
On peut donc définir la guerre : une lutte entre sociétés égales en vue de soutenir le droit par la force. De cette définition se déduisent les lois naturelles de la'