La raison humaine
Celle-ci montre, en effet, que la société internationale est naturelle, soit qu'on la considère, avant tout, du point de vue de son origine comme l'a fait Taparelli, ou en ses développements récents, icomme a essayé de le faire Léon Poinsard et depuis la signature de la paix, un grand nombre d'auteurs (1).
D'où il suit que si la volonté humaine donne à cette société une forme juridique, elle se conforme à la nature et agit dès lors raisonnablement.
Or, l'idée d'une « Société des nations » est d'abord l'idée d'une association internationale piridiquement constituée.
Elle est donc consacrée par la raison humaine.
Peut-on dire, par conséquent, qu'elle n'est pas, en soi, une idée juste et bienfaisante ?
Aussi n'y a-t-il pas heu de s'étonner que le jour où se réunirent pour la première fois à Genève les délégués
(1) A consulter par exemple les chroniques d'YvEs de la Brière dans l£s Etudes, et aussi au point de vue documentaire : Georges Scelle, La Société des Nations^ sa nécessité^ son but, ses origines^ son organisalion (1923).
de la Société des Nations, l'Evêque catholique, Mgr Besson, ait dans sa cathédrale tenu ce langage :
({ Puisque le prineipe de la Société des Nations est en fait conforme à l'Esprit de l'Evangile, puisque il s'adapte au moins indirectement à la catholicité de l'Eglise, puisque l'inslitution elle-même est perfectible, au lieu de nous retrancher dans une opposition passive et boudeuse, mieux vaut nous efforcer d'améliorer ce qui a été fait et donner à la Société naissante le maximum de notre dévouement. Dans tous les ordres d'activité professionnelle, nationale et internationale, nous devons, nous chrétiens, être membres effectifs des groupements auxquels la vie nous rattache, et prêter une collaboration désintéressée à tous les hommes de bon vouloir, tant qu'ils ne nous demandent rien qui soit contraire à notre conscience.
Nos corréligionnaires qui acceptent de représenter leur pays au Conseil de la Société des Nations, ceux mênje qui concentrent leur énergie- dans ses divers secrétariats, méritent nos éloges et notre gratitude, ils seront la preuve vivante de notre loyalisme, et grâce aux principes dont ils s'inspireront sans cesse, ils prêteront à l'organisation toute entière un solide appui.
Pour nous tous, qui que nous soyons, les occasions peuvent être nombreuses de servir la Société des Nations, et de la fortifier. Les Fils de l'Eglise catholique, unis spirituellement par de là les frontières nationales, sentent plus douloureusement que n'importe qui le contrecoup des guerres où s'entretuent des êtres qui professent le même credo, qui ont reçu le même baptême, qu'apparente la même fraternité dans le Christ, que solidarise la même communion des saints. Tout ce qui peut sinon rendre à jamais impossibles, les guerres fratricides, du moins les subordonner à un droit plus clairement défini, plus humain, nous dirons volontiers plus chrétien, mérite l'adhésion de notre esprit et de notre cœur.... »
Ces nobles et chrétiennes paroles exprimant non seu-
lement une approbation de l'idée de Société des Nations, mais encore celle de la tentative faite pour réaliser cette idée dans une institution concrète, celle dont l'origine date du Pacte de Versailles, en 1919.
Pour nous rendre compte de la portée de cette approbation, il convient d'étudier de plus près ce fait.