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LE PRINCIPE DE LA MORALITE

Thèse : Ce qui constitue essentiellement la différence entre un acte moralement bon et un acte moralement mauvais^ c'est la conformité ou la difformité de cet acte avec la fin dernière (1).

Pour apprécier la valeur de ce principe nous avons à résoudre une question préjudicielle sur la nature du mobile, que, d'après lui, nous paraissons assigner à l'acte moral, et qui n'est, nous objecte-t-on, que celui de l'intérêt; nous avons ensuite à définir exactement la signification du Principe lui-même.

!•> Le principe que nous posons est-il celui d'une morale intéressée ?

On nous le reproche. Et au nom d'un idéal plus élevé on

(1) Taparelli, op. cit., n. 181 : « D'où vient la bonté des actions objectivement bonnes? Évidemment de leur entière conformité avec la fin du Créateur, avec l'ordre qui, naturellement, existe dès que la volonté les accomplit. » — De Lehen, n. 89; — Sertillanges, La Morale de Saint Thomas, p. 37, ch. m. Le bien et le mal moral.

condamne d'avance toutes les déductions que nous pourrions tirer d'un principe déclaré vicieux.

Le réquisitoire contre notre thèse vaut la peine d'être entendu. Le voici tel que le détaille M. Charma dans son Essai sur les bases et les développements de la moralité (1). Le livre et l'auteur sont oubliés sans doute. Mais les idées émises circulent encore, et la forme qu'il leur a donnée, reste le type d'une conception morale, qui s'oppose à la nôtre.

D'après Charma, il n'a paru jusqu'à présent aucun système philosophique ou religieux, qui ait assigné le véritable principe de la moralité. Car tous les systèmes ont fondé le droit et le devoir sur V intérêt. La preuve de son assertion, l'auteur la demande à l'histoire de la morale, qu'il divise en deux périodes :

a) Dans la période antique ;

Quatre systèmes principaux présentent le meilleur des efforts humains pour fixer le principe de la moralité : le système de Moïse, de Pythagore, de Zenon et du Christ.

Or, dans aucun de ces systèmes l'intérêt « comme un combattant fidèle, ne manque, prétend Charma, de répondre à l'appel du devoir, en sorte qu'il y a quelque chose d'Épicure dans Moïse, dans Pythagore, dans Zenon et dans le Christ. »

Intéressée la morale de Moïse, qui ne donne d'autres sanctions à ses lois, que les châtiments sensibles de la vie présente (2).

Intéressée, encore, quoique plus pure, la morale de

(1) Paris, 1834; — M. GossELiN.deSaint-Sulpice, a, en tête de son édition des Œuvres de Fénelon, une bonne étude du système de M. Charma, et qui mérite de n'être pas oubliée. Nous lui ferons plus d'un emprunt.

(2) Lire dans l'étude Gosselin, p. 300 (1"' vol. des Œuvres de Fénelon).

Pythagore, qui, s'il donne toujours des sanctions sensibles au devoir, les remet à une autre vie : progrès, dit Charma et progrès immense sur la législation de Moïse.

Intéressée, quoique plus pure, la morale de Zenon, car s'il fonde le devoir sur l'intérêt c'est du moins sur l'intérêt du cœur qui est la paix.

De même que d'abord le principe égyptien devait menacer le présent pour s'attaquer ensuite à l'avenir, de mêm.e le principe grec, avant de tourner nos yeux vers le ciel, devait les fixer sur la terre. Telle fut la tâche de Zenon. Le Stoïcisme admire et bénit les dieux; mais il n'en attend rien au delà de cette vie. C'est au cœur de l'homme de bien qu'il place son Éden ; la vertu, c'est le bonheur.

Intéressée enfin, nonobstant le progrès qu'elle réalise sur les précédentes morales, celle du CnmsT, qui fonde le devoir sur une récompense morale promise pour une autre vie.

Quelque belles, et utiles qu'aient pu être, en leur temps, ces morales, conclut Charma, elles pèchent donc toutes par la base, elles renferment toutes un vice capital en fondant constamment et uniquement le devoir sur le bonheur ou sur l'intérêt personnel.

Car tout acte salarié, fait en vue du salaire qui l'attend, peut tout au plus être innocent, il ne saurait être moralement bon... surtout si le salaire dépasse, dans votre estime, le sacrifice auquel il fait équilibre... Moïse, Pythagore, Zenon et le Christ appuient également sur le moi et l'amour que l'homme se porte, l'édifice de la moralité. Tous ont subordonné le devoir au plaisir.

b) Dans la période moderne.

Celle-ci ne commence guère qu'après la Renaissance. Et Charma n'y voit que des systèmes qui, en brisant avec

le principe chrétien, aident l'humanité à travailler de ses propres mains à sa dignité et à sa grandeur.

Ces systèmes sont, d'après lui, au nombre de trois : le système du Quiétisme, ou théorie du pur amour de Dieu; le système du Sentimentalisme, ou théorie de la sympathie dont Adam Smith fut le principal propagateur et qui se ramène au pur amour de nos semblables; enfin le système du Rationalisme, ou théorie de la conception pure du bien absolu, en un sens plus ou moins voisin de celui de Kant.

Or bien que ces systèmes aient pris à tâche de secouer le joug de l'égoïsme ancien, ils n'y parviennent pas. Kant lui-même, en faisant du bonheur le prix de la vertu, renversa d'une main ce qu'il édifia de l'autre.

La conclusion de cette enquête est que toutes les morales élaborées jusqu'à nos jours, ne peuvent être considérées que comme des doctrines d'initiation et de transition.

Attendons de l'avenir une plus exacte détermination du principe de la moralité.

A quoi nous répondrons :

Ce RÉQUISITOIRE portc à côté de la question. Car il est aussi faux dans ce qu'il affirme que dans ce qu'il suppose :

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