Exposé
Selon l'Évolutionnisme, l'Univers, nonobstant des retards partiels, se développe selon une loi de progrès constant. L'âge d'or n'est pas derrière nous, mais devant nous. Et si l'humanité, que représentent les peuples civilisés de l'Europe, laisse loin derrière elle, sur la route montante du progrès, ces barbares, que sont encordes Australiens autochtones ou les Bantous, elle ne marque pas un terme, mais
blicaine avaient voulu donner à la morale hun.aine c'était tout simplement la nature humaine avec son trésor accru de siècle en siècle, avec ses forces natives que la civilisation développe, avec ses instincts et ses lois que la science apprend à découvrir, à définir, à exprimer de moins en moins imparfaitem.ent, mais sans jamais se croire infaillible ou immuable.
nU Ecole laïque fut dans l'ordre des faits sociaux, la premiîre affirmation du relativisme et de V évolutionnisme, elle rejette l'absolu, l'absolu du dogmatisme chrétien et l'absolu de tout autre dogmatism.e métaphysique quel qu'il soit. Elle se résigne à être la règle mobile d'un être mobile, l'expression progressive d'une vérité progressive au?si, bref un produit naturel de l'évolution d'un être fait pour évoluer, et qui ne peut pas, quoi qu'il fasse, se passer d'évoluer... »
« Qui entend M. Buisson, observe à ce propos le P. Lescœur, entend l'unanimité des patrons de l'enseignement laïque. Des textes équivalents à celui qu'on vient de lire pourraient être extraits des livres ou discours des Berthelot,desBrisson, des Jaurès, des Combes, des France, des Havet, des Séailles, des Aulard, des Payot, des Clemenceau. Ces dignitaires de la libre-pensée par la place qu'ils occupent dans la politique, dans l'enseignement ou le journalisme font autorité. Sans doute, eux-mêmes ne se sont jamais donné la peine de prouver savamment leurs dires, en discutant à fond les arguments des défenseurs de la morale éternelle, depuis saint Augustin jusqu'à M'^"' d'Hulst, en passant par Descartes et Leibniz. Mais leurs affirmations suffisent pour que la grande masse des instituteurs primaires se croient autorisés à renchérir sur les paroles de leurs maîtres. Beaucoup sont excusables de se croire et se poser non seulement comme « des pionniers de la république », mais comme de vrais représentants de la science et du progrès, à rencontre du curé et autres apôtres des vieux dogmes, écroulés sous les avalanches victorieuses de l'évolution ». — Lescoeur, La Mentalité laïque à l'tcole. Appel aux Pères de famille, chap. v. La Mentalité laïque et la Morale éiolutionniste à l'école, p. 117.
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une étape : elle prépare l'arrivée au monde de ce que Nietzsche appelait des « sur-hommes » lesquels seront exemptés et des faiblesses de la chair et des ignorances de l'esprit et se conformeront d'instinct au plus bel idéal moral (1).
« Ce qui a vraiment vécu une fois revivra donc, ce qui semble mourir ne fait que se préparer à renaître. La loi scientifique de l'atavisme devient ainsi un gage de résurrection. Concevoir et vouloir le mieux, tenter la belle entreprise de l'idéal, c'est y convier, c'est y entraîner toutes les générations qui viendront après nous. Nos plus hautes aspirations qui semblent précisément les plus vaines, sont comme des ondes qui, ayant pu venir jusqu'à nous, iront plus loin que nous et peut-être, en se réunissant, en s'amplifiant, ébranleront le monde. Je suis bien sûr que ce que j'ai de meilleur en moi me survivra. Non, pas un de mes rêves peut-être ne sera perdu; d'autres les reprendront, les rêveront après moi, jusqu'à ce qu'ils s'achèvent un jour. C'est à force de vagues mourantes, que la mer réussit à façonner sa grève et à dessiner le lit immense où elle se meut (2) ».
Guyau parle en poète, mais ne nous y trompons pas, la poésie, dans la pensée des évolutionnistes, n'est que la parure de la science. Car c'est au nom de la Science, que leur doctrine se propose et prétend s'imposer.
Le progrès n'est point un accident, mais une nécessité. Loin d'être le produit de l'art, la civilisation est une phase de la nature, comme le développement de l'embryon ou l'éclosion d'une fleur... Il est sûr que ce que nous appelons le mal, r immoralité doit disparaître (3).
(1) Spencer, Les Bases de la Morale évolutionniste, ch. xiii;
(2) Guyau, L'Irréligion de Vavenir, p. 457.
(3) Spencer, Statique sociale, p. 80. A plus forte raison, ces aïïlrmfitions se retrouvent, et combien tranchantes dans les livres ou les déclaraiions des primaires. (Lescoeur, o, c, p. 126).
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En fonction de cette doctrine, le principe de la moralité sera donné par la conformité de l'action humaine avec sa fin, en ce sens qu'un acte sera honnête, quand par lui l'humanité se libère du monde ancien, dont elle porte encore les déchets, et se rapproche du monde nouveau dont elle conçoit l'idéal, et qu'elle crée par le mouvement même de son action.
De ce principe, les évolutionnistes donnent, assez souvent, deux formules (1) :
Première formule : Vis le plus possible.
Ce conseil — car la morale évolutionniste n'a pas de préceptes — est déduit de la loi du progrès qui tend à l'accroissement de la vie. Et il se détaille, à la lumière des considérations suivantes.
Vivre n'étant possible qu'à la condition que l'organisme soit sain, il faudra pour être moral, suivre leslois del'hygiène. Il faudra obéir au véritable directeur des consciences, le médecin.
Vivre d'autre part, n'est pratiquement tolérable, que si le plaisir en accompagne les opérations. Donc, pour être moral : Jouis : non de manière à nuire à la santé, car ce ne serait plus vivre, mais de manière à respecter les lois de l'hygiène.
Seconde formule : Dévoue-toi.
Maxime excellente! Mais elle est si peu dans la logique de l'évolutionnisme que plusieurs se contentent de l'entendre au sens du Do ut des : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent : ce qui exclut le dévouement
(1) Bruneteau, Doctrine morale de l'Évolution : bonne étude dans Diet. apolog. de la Foi catholique.
proprement dit. D'autre part sans dévouement, la société humaine périra et l'intérêt égoïste des individus sera compromis. Ceux-ci doivent donc se dévouer dans leur intérêt.
Comment? c'est ce que Guyau a essayé d'expliquer (1).
Quant aux preuves de leur doctrine morale, les Évolutionnistes prétendent les fournir par l'étude de la généalogie de la morale. Ils entendent par là l'histoire naturelle de ces idées primordiales de bien, de mal, de devoir, de responsabilité, que tout homme porte en soi, dès qu'il est arrivé à l'âge de raison, et des sentiments qui les accompagnent. D'après cette histoire, idées et sentiments moraux :
a) se seraient formés dans l'humanité sous l'influence DES PREMIÈRES AUTORITÉS SOCIALES : Celle dcs chcfs de tribus primitives.
b) elles se seraient développées par I'habitude et transmises par I'hérédité.
Un homme de conscience n'est qu'un animal bien dressé (2).
En résumé, le principe de la moralité, qui exprime, avec tant de prestige, ce qui est bien et ce qui est mal, n'est aux yeux de la raison réfléchie, qu'une illusion.
De la Morale, dont on exalte indûment les titres de noblesse, la science a découvert les humbles origines : sortie de l'égoïsme, elle a, sous son influence, utilisé l'instinct social; celui-ci a créé l'autorité, et l'autorité a créé à son tour cette discipline, qui, devenue automatique et inconsciente à l'homme, lui a été proposée comme un idéal, par des gens intéressés, bien plus, qui, par l'intermédiaire des
(i) GVYkV, Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction, 1. II, ch, l, p. 150, seq.
(2) MiCHELET, Dieu et l'Agnosticisme contemporain, pp. 1-24 (exposé, opinion de Durkheim); — Bruneteau, op. cit., col. 1795.
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mythologies, a été parfois transformée en une religion, mais dont ce doit être le devoir des esprits libres d'adapter sans cesse les règles pratiques aux exigences du Progrès,
B) Critique.
a) CE QUE NOUS ne nions pas,
C'est que, il y ait eu changement, voire même évolution et progrès sur des points accidentels de la moralité, encore que ce progrès soit loin de se présenter historiquement comme continu. Quand il existe, son symbole est moins une ligne droite qu'une spirale.
b) CE QUE NOUS REPOUSSONS COMME FAUX : c'cst C le BLOC ».
L'Évolutionnisme moral en effet,
1° Ne repose que sur des postulats :