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DU JUGEMENT MORAL

Si nous jugeons en effet, qu'un acte est de soi bon, comme par exemple, celui d'aimer Dieu, c'est tout d'abord qu'il nous paraît conforme à la raison. Quand nous cherchons à nous rendre compte pourquoi il est ainsi conforme à la raison, nous constatons, que celle-ci ne saurait être la cause de cette conformité. Car elle ne crée pas la vérité, mais la suppose : entendons la vérité ontologique de l'être, qu'elle perçoit. Si donc, antérieurement à mon jugement actuel, il fut toujours vrai, — comme ill'est etlesera en tout temps, — qu'un acte est bon, quand il est en conformité avec la fin dernière, il faut que la vérité exprimée par cette conformité soit subsistante dans une autre intelligence que l'intelligence humaine. Il faut qu'elle se fonde en une intelligence éternelle comme elle. Et quelle est cette intelligence, sinon celle de Dieu? « Ex hoc quod veritates intellectae sint aeternae, quantum ad id quod intelligitur, non potest concludi quod anima sit œterna, sed quod veritates intellectae fundantur in

aliquo atterno : fundantur enim in ipsa prima Veritate, sicut in causa contentiva omnis veritatis. (1).

Un acte bon ne sera donc pas seulement conforme à l'intelligence humaine, mais encore à l'intelligence divine. Mais d'où vient que l'intelligence divine perçoit cette conformité? Y aurait-il un ordre des choses, qui domine Dieu? Non certes. L'ordre essentiel des choses est bien dans la dépendance de l'Être Souverain qui est Dieu. Et c'est précisément à cause de cette dépendance que l'intelligence divine en voit la nécessité.

Si l'acte en effet est conforme à la fm dernière, c'est en tant qu'il est un bien, et il est tel en tant qu'il imite l'essence divine. Avant même de passer de la possibilité à l'existence, il est une idée de Dieu, qui contemplant sa propre essence, en saisit du même acte l'éminente plénitude et la richesse. Il est une idée, dont la vérité vient de sa conformité avec l'intelligence divine et originellement de sa participation à l'Être de Dieu.

Or les relations qui surgissent d'une pareille participation sont immuables et le principe qui les exprime ne peut être qu'absolu.

Donc le principe de l'honnêteté est absolu.

Remarquons que dans le raisonnement qui précède se trouvent mises en œuvre deux notions importantes qui impliquent toute une métaphysique :

a) la notion de la nature humaine, entendue comme un PRINCIPE d'opération, dont les variations sont accidentelles mais non substantielles, en sorte que l'homme d'hier et celui d'aujourd'hui peuvent varier en des choses secondaires, mais non en ce qui constitue leur nature humaine. Or cette métaphysique est confirmée par l'expérience et quoi qu'en disent les évolutionnistes, par l'histoire.

(1) s. Thomas, Contra gentes, 1. II, chap. lxxxit, 84.

— lia —

b) La notion de Dieu, distinct du monde et transcendant, d'où il suit que, soit par la négation de Dieu, ce que font les positivistes, soit par son identification avec le monde, ce que font les panthéistes, l'argument se transforme et perd toute force.

C'est de la notion de cet Être transcendant que nous tirons l'explication du principe de la moralité, dont ni l'individu ni la société ne rendent raison, ayant eux-mêmes besoin de s'expliquer et de se fonder, mais qui trouve au contraire en Celui qui est leur fm dernière, l'harmonisation de leurs devoirs et de leurs droits, comme la raison objective de leur vérité.

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