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II. — Définition de la Science du Droit

La Science du Droit est: la Science des principes généraux qui déterminent la moralité des actes humains et qui montrent

(1) M. GuYAU : Esquisse d'une Morale sans obligation ni sanclion, p. 3. — WiLBOis : Devoir et Durée, ch. ii, La Méthode du sens commun, p. 8, seq.

(2) Aristote, 7. Top., c. 5.

(3) S. Thomas, II. Dist., 2, q. 7.

(4) Cicéron : De Ofjiciis, i, 2

à la volonté ce qu'elle a le pouvoir d'exiger et le devoir de faire pour observer la justice, objet du droit.

Cathrein : scientia recti ordinis actuum humanorum ex ultimis rationis principiis. (Phil. mor., p. 1). — Meyer : scientia recti moralis ex principiis rationis. (Inst. Juris nat., t. I. p. xxv). — DE Lehen : une science pratique dirigeant les moeurs humaines vers l'honnêteté. [Institules de Droit naturel, t. I, p. 3.)

Pour comprendre cette définition, considérons les deux éléments de la Science morale, qui s'y trouvent exprimés :

10. L'ÉLÉMENT COMMUN à Cette scicncc et à toute autre partie de la Philosophie spéculative.

Il consiste en ceci que la Science du Droit comme toute science spéculative a pour Objet, non des principes subjectifs, qui seraient, ainsi que plusieurs le prétendent aujourd'hui, une simple tendance de l'esprit, l'expression d'un sentiment qui, dans l'ordre de la connaissance, nous pousserait par des voies diverses vers l'unité et le général, mais des principes objectifs, c'est-à-dire exprimant ce qui est, dans l'ordre réel des choses, antérieurement à toutes lois positives, supérieurement à toutes les autonomies, à celles des individus comme à celles des sociétés, le Droit (1).

Ces principes, objet de la Science du Droit, ce sont des principes premiers ou secondaires et toujours généraux.

A) Ils sont des principes premiers, c'est-à-dire dont la vérité est évidente à l'intelligence humaine, non par suite d'une démonstration, mais par la simple connaissance des termes qui l'expriment. « Sont vraies et premières, dit Aristote, les propositions qui déterminent l'assentiment par elles-mêmes et non par d'autres (2) ». Et il ajoute dans les Derniers Analytiques : « Nous ne disons pas que

(1) GouNOT : Le Principe de l'Autonomie de la volonté en Droit privé, Gh. I, p. 38 et suiv.

(2) Aristote, Top., c. i.

tout savoir provienne d'une démonstration; nous soutenons au contraire que la connaissance des principes premiers est sans démonstration. Qu'il en soit ainsi, c'est manifeste. Car puisqu'il est nécessaire de connaître d'abord les propositions, d'où procède la démonstration et que les propositions premières sont un point de départ, il faut, de toute nécessité, qu'elles ne soient pas démontrées. Telle est donc notre doctrine : Non seulement la science existe, mais il existe un certain principe de la Science, en tant que nous connaissons les termes : TauTa to3v outo) XéYcjji.ev, xai où ix6vov èitKJTTiiJirjV, àXXà xa\ àp^YjV à7îi(jTY;|JL-/)Ç elvai Tivot cpâ[xir;v, fj tcù;

WpCUÇ '{Vliip'Xo\).Z^ (1).

Cette doctrine est reprise aujourd'hui par tous ceux qui continuent la tradition philosophique de VAristotélisme. « La conscience, écrit le cardinal Mercier, nous dit que nous sommes incapables de faire soit une déduction, soit une affirmation ou une négation, sans soumettre la pensée à certaines règles directrices que l'on appelle premiers principes. Ces premiers principes sont les jugements les plus simples et les plus universels que l'intelligence puisse énoncer, leur évidence s'impose irrésistiblement; grâce à leur universalité illimitée et à leur évidente nécessité, ils servent de règle directrice et de moyens de contrôle, en toute affirmation et en tout raisonnement (2). »

B) Secondaires seront par suite appelés les principes dont la vérité est donnée, non plus par une intuition, mais par le raisonnement, qui les déduit des principes premiers, tantôt avec certitude, tantôt selon une plus ou moins grande probabilité.

Dans ce travail de déduction, la raison peut et doit s'éclai-

(1) AniSTOTE. Derniers Analyt., 1. I, c. 3. Cf. S. Thomas, in 1. I, Post-Analy., lecl. ?.

(2) Cardinal Mercier : Logique, p. 203.

rer sans doute de la lumière de V expérience, mais ce n'est ni de la coutume, ni des institutions, ni de l'autorité, qu'elle tire la valeur des propositions qu'elle établit, mais de leur propre évidence, en montrant leur rapport avec l'être, objet propre de l'intelligence. Car cela seul est métaphgsiquement certain, qui est rattaché à l'être par les premiers principes ou leurs dérivés.

C) Les principes, qui sont l'objet de la Science du Droit, sont appelés généraux.

Cela veut dire qu'ils sont universels, et par conséquent toujours vrais, quels que soient les temps, les lieux, les hommes et leurs conditions sociales ou leurs législations politiques, puisque les lois positives ne méritent le nom de lois, que si elles expriment quelqu'un de ces principes premiers ou secondaires qui, dominant intellectuellement leurs commandements, les règlent et les jugent.

Ainsi par V objet, qu'elle a en commun avec elle, la Science morale est étroitement solidaire de la Métaphysique, On peut même dire qu'elle est, dans une de ses parties au moins une métaphysique, celle de Platon, d'Aristote, de saint Thomas, celle de la philosophie scolastique, celle à laquelle M. Bergson, intentionnellement ou non, rend un singulier hommage, en l'appelant : « la métaphysique naturelle de l'intelligence humaine (1) ».

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