‹ Traité de droit naturelChapitre 45 sur 66 · I. — La loi éternelle · texte numérisé non relu

I. — La loi éternelle

Sous ce mot, on entend au sens propre la raison divintr en tant qu'elle manifeste l'ordre essentiel, dont la volonté divine impose à toutes les créatures l'universelle observation.

Saint Augustin la définit : ratio, vel voliintas Dei ordinem naturalem conservari jubens, perturbari vetans — et ailleurs : est summa ratio oui semper obtemperandum est (1). Saint Thomas dit dans le même sens : aeternus divinae legis conceptus habei rationem legis aeternae, secunduin quod a Dec ordinatnr ad gubernationem rerum ab ipso proecognitarum (2).

C'est-à-dire que la loi éternelle c'est V éternelle ordonnance de la raison divine :

Ce n'est pas simplement I'idée éternelle, car les idées, au sens strict, représentent les essences des créatures possibles ou réelles, plutôt que l'ordre qu'elles peuvent avoir entre elles.

La loi éternelle suppose les idées éternelles.

Ce n'est pas non plus la providence éternelle, dont l'acte se rattache à la loi éternelle, pour parler d'après les analogies de l'action humaine, comme la décision se rattache à ses principes. « Convenienter legi aeternae attribuitur actus providentiae; sicut et omnis effectus demonstrationis, princ.ipiis indemonstrabilibus attribuitur (3). La loi éternelle est supposée par la Providence étemelle. « Provi-

(1) s. Augustin : Contra Faustum,\.XXU n. 27; De libero arbitrio, 1,6.

(2) S. Thomas, I, II, q. 91, a. 1.

(3) Ibid., De veràate, q. 3, a. 1. ad. 6.

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dentia non nominat Legem aeternam, sed aliquid ad legem aeternam consequens » (1). Et Suarez : « Providentia est veluti ratio exsquens et applicans legem aeternam » (2).

Ce n'est pas surtout quelque chose d'absolu, distinct DE Dieu et s'imposant à lui, ce qui nous amènerait à admettre la [xcîpa des grecs ou le fatum des latins, et nous conduirait à d'étranges contradictions. Non ce ne peut être rien en dehors de Dieu. Et Thomassius, Stahl et autres modernes qui attribuent l'affirmation contraire aux scolastiques prouvent qu'ils ne les ont pas compris (3).

A qui demanderait donc comment doit s'expliquer cette loi éternelle, dont nous venons de dire qu'elle est essentiellement l'éternelle ordonnance de la raison divine, nous répondrons qu'elle s'explique à la lumière de la notion de loi que nous avons établie plus haut. Non seulement elle est en effet une ordonnance de la raison divine, mais elle a pour objet le bien commun, étant le principe de l'ordre universel, et elle est promulguée par le législateur suprême. Car encore qu'elle n'ait pu être notifiée aux créatures non existantes, elle a eu de toute éternité cette promulgation propre à son état, pour ainsi dire interne, elle fut dite par le Verbe : lex aeterna habet promulgationem ex parte Dei promulgantis, quia Verbum divinum est aeternum.

Quant à la preuve de son existence, elle est si évidente pour la raison que des païens comme Cicéron l'ont développée (De legibus, 2. 4.)

Or de ce que la loi éternelle, telle que nous l'avons définie, existe, il faut conclure qu'elle est dans le monde comme une loi universelle d'attraction et de gravitation spirituelle, qui fait que toutes les créatures montent vers Dieu dont elles

(1) s. Thomas, De Veritate, q. 3, a. 1, ad. 6.

(2) Suarez : De legibus, 1. II, c. 3, n. 12.

(3) Meyer : I nstitutiones Juris naluralis, t. I, n. 241.

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viennent, avec l'harmonieuse unité de l'ordre. Il faut conclure aussi que cet ordre s'impose à l'intelligence et à la volonté de l'homme, comme un absolu.

C'est pourquoi on a pu dire avec raison que pour prémunir aujourd'hui les esprits contre les sophismes de l'évolutionnisme moral ou du panthéisme hégélien, peu d'études paraissaient aussi opportunes que celle de la loi éternelle.

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