Son existence
Elle est prouvée d'une façon certaine, par la raison et par l'expérience :
10 Par la raison.
Car Dieu ayant créé l'homme pour la fin que nous avons
(1) s. Thomas, I, II, q. 91, a. 2.
établie plus haut (1), ne pouvait sans violer sa loi éternelle et contredire par conséquent sa sagesse, s'empêcher d'imprimer à l'action humaine une direction naturelle vers cette fin. Car autrement la nature de l'homme aurait été privée de ce qu'elle exige essentiellement et serait un monstre dans l'univers. Mais en même temps qu'elle exige cette direction, la nature humaine exige qu'elle soit l'effet d'une détermination non pas physique mais morale. Car autrement, la force active qui est la cause de l'opération humaine, la volonté ne serait pas libre.
Or une direction naturelle qui soit morale ne peut être qu'une ordonnance de la raison : en d'autres termes ce que nous avons définit être la loi naturelle.
Donc la loi naturelle existe (2).
Plus brièvement l'argument même de saint Thomas : « Tout être créé participe, à sa manière, à la loi éternelle. Il faut que l'être raisonnable, qu'est l'homme, y participe, et de la manière supérieure, qu'exige sa nature : non pas seulement passivement mais activement. »
Or, cette participation active est la loi naturelle, que nous avons définie : Signatum est super nos lumen vultus lui, Domine.
Donc elle existe : impression de la divine lumière en nous : Impressio divini luminis in nobis.
2° Par r EXPÉRIENCE :
a) Personnelle d'un chacun dont l'analyse du sentiment de l'obligation nous a fait déjà reconnaître la portée.
b) Collective du Genre humain, comme le montrent les témoignages.
(1) Voir chapitre 1, p. 45.
(2) Diverses formes de l'argument : De Lehen, p. 210; Pascal, 160; Meyer,, n. 246.
a) ANCIENS :
Sophocle, Œdipe, v. 863-871; Antigone, v. 446-80. Aristote, Morale à Nicomaque, 1. V, c. vu. Platon, Apol. de Sacrale, c. 27; Répub. 1, 4; Gorgias. Cicéron, Pro Milone, 4, 10; De leg, 1, 6; De Republica, 1. III, dans Lactance, Inst. 6 :
« Il est une loi véritable, la droite raison conforme à la nature, inscrite dans tous les cœurs, immuable, éternelle, dont la voix nous trace tous nos devoirs, dont les menaces nous détournent du mal, sans que jamais ses ordres ou ses défenses soient du mal, sans que jamais ses ordres ou ses défenses soient perdus pour les bons et que les méchants s'y montrent insensibles.
Cette loi on n'en saurait rien changer, rien retrancher, on ne peut la détruire; il n'est ni ne sera peuple, qui nous en puisse affranchir; elle n'a besoin ni de commentateur ni d'interprète, elle est la même dans Athènes, la même dans Rome, la même aujourd'hui, la même demain.
Toujours une, éternelle, immuable elle embrasse tous les peuples et tous les temps. Le Souverain de l'Univers, Dieu qui l'a conçue, discutée, publiée est le seul aussi qui nous l'enseigne à tous : ne pas lui obéir c'est se fuir soi-même, c'est dépouiller son caractère humain, c'est s'infUger le châtiment le plus terrible, même quand on échapperait à ce que nous regardons comme des supplices. »
b) MODERNES :
Spécialement les Ethnologues :
"V. g. Le Roy. La Religion des primitifs, p. 203; — Schmidt, directeur de VAnthropos : « Die Urofjenbarung als Anfang der Ofjenbarung Gotles », dans la collection d'études publiées par Mausbach, sous le titre : Religion, Christentum und Kirche (1913). — Voir aussi l'adaptation française publiée par le P. Lemonnyer, O. P.. sous ce titre : La Révélation primitive et les données actuelles de la Science (1914, Gabalda).