Le mot de justice a six sens
La justice est d'abord la vertu dont j'ai parlé, qui consiste à laisser ou à rendre à chacun ce qui lui appartient.
C'est, en second lieu, la vertu qui consiste à respecter, en tout cas , tous les pouvoirs légitimes de Dieu ou du prochain.
Dans ces deux sens, le droit et la justice ne sont nullement synonymes puisque pendant que celle-ci est une vertu , celui-là est, soit l'objet de cette vertu , soit la réunion totale ou partielle , ou la connaissance des lois.
Dans une troisième et une quatrième acceptions , la justice est la loi qui commande les vertus que le môme mot vient de servir à nommer. Alors elle rentre dans le droit , ou le résume tout entier.
Par la même expression , on désigne encore les juges et le lieu où ils siègent. Ces deux dernières significations n'appartiennent évidemment pas au mot droit. Les deux expressions qui nous occupent ne sont donc presque jamais complètement synonymes.
48. Qu'est-ce que l'équité? C'est la justice naturelle entendue dans le premier sens , ou en d'autres termes , la vertu dont nous avons d'abord parlé , telle que le seul raisonnement la conçoit. L'équité est donc la justice sans la forme que lui donnent les lois positives. En ce sens , elle ne se confond nullement avec le droit. Mais elle en fait partie , quand elle sert à désigner la loi qui commande la vertu de justice naturelle.
481. Dans une première acception , la morale ne concerne que les devoirs de Thomme envers lui-môme ou envers ses semblables. Mais le môme mot a une signification plus étendue. Dans ce second sens , plus usuel , croyons-nous ,
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et auquel les explications qui vont suivre se rapportent , la morale est l'ensemble dos règles relatives à nos devoirs envers Dieu , envers nous-mêmes , et à nos devoirs intérieurs envers nos semblables. Elle comprend aussi les lois qui concernent nos obligations extérieures envers le prochain , sinon toujours à cause de ce qu'elles prescrivent, du moins en vertu du sacrifice que la loi morale de charité nous impose, d'accepter en vue du bien public une direction commune efficace. Elle n'est donc pas moins étendue , à vrai dire , que le droit dans la signification générale de ce terme. Elle se confond avec lui , sauf la nuance que nous venons d'indiquer. Si l'on prend le droit dans son sens restreint , il n'est plus qu'une partie de la morale et il lui est subordonné , car nos devoirs extérieurs envers le prochain sont des conséquences de nos obligations à l'égard de Dieu.
50. Tels sont les véritables rapports de la morale et du droit. Depuis Thomasi, à la subordination on veut trop souvent substituer la séparation. Le» droit considéré comme ensemble des lois relatives à nos obligations extérieures envoies nos semblables , est , dit-on , indépendant de notre devoir de soumission à Dieu. Nous venons de montrer la fausseté d'une pareille thèse ; finalement l'homme ne peut devoir soumission qu'à celui qui Ta créé. Nous repoussons encore cette théorie parce qu'elle conduit logiquement à la négation du droit et pratiquement à l'absolutisme. Du droit ainsi émancipé , il faut , en efiet , exclure les lois canoniques , puisque l'Eglise , pour nous les imposer, se réclame ellemême formellement de la puissance divine. Restent les lois , naturelles ou civiles, qui se rapportent à nos devoirs extérieurs envers nos semblables. On ne peut plus les appuyer sur l'autorité divine, et pourtant il leur faut une base. Quelle sera-t-eUe ? On dira que les lois naturelles reposent sur notre raison qu'on essaiera de faire législateur. Maid
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elle est un simple interprète. Les lois civiles n'auront pas davantage de fondement: pourquoi Thomme obéirait-il à Thomme? Le droit séparé de la morale n*est donc plus rien. Mais comme pratiquement il est indispensable, on posera en principe que la volonté du souverain se justifie par eUemôme, et dans ce système renouvelé du paganisme, on dira comme les Romains : « Quidquid principi placuit ^legis babet vigorem ». Quelles limites, en effet, pourrait-on alors assigner aux possesseurs de Tautorité civile ? Ce ne sera point la volonté de Dieu, puisque le droit et les lois deviennent étrangers au Souverain-Maître. Les lois naturelles? Mais ce n'est plus, comme nous venons de le montrer, qu'une vaine théorie, quand la raison veut nous les imposer elle-même. Les pactes constitutionnels ? Mais on écarte Dieu : lui disparu, la loi des engagements pris n'a plus d'autorité. Ainsi Ton arrive à prendre pour des lois toutes les volontés qu'il plaît aux possesseurs du pouvoir de faire passer comme telles.