‹ Traité de droit naturel théorique et appliquéChapitre 22 sur 127 · DE LA CONSCIENCE DOUTEUSE · texte numérisé non relu

DE LA CONSCIENCE DOUTEUSE

73. Si la conscience opine en deux sens opposés, qu'arrivet-il? L'acte, objet de cette perplexité, reste-tril sous l'empire de la loi, ou bien est-il affranchi de toute règle? Cette situation peut se présenter de différentes manières. Votre raison jugera tantôt d'un côté que l'acte sur lequel elle délibère est obligatoire , et de l'autre qu'il est défendu : ce sera l'hésitation entre Tordre et la prohibition ; tantôt d'un côté qu'il est permis , et de l'autre quïl est défendu ; ce sera l'hésitation entre la permission et la défense ; tantôt enfin d'un côté qu'il n'est que facultatif, et de l'autre qu'il

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est presmt : ce sera le doute entre la faculté ou la simple licéité et le commandement. Nous demandons si Tacte, objet de ces doutes , reste sous Tempire de la loi qui prohibe ou prescrit.

74. Prenons le premier cas. Votre conscience hésite entre l'ordre et la défense à propos d'un même acte. Celui-ci est-il sous Tempire de la loi? Non , si votre conscience se met à dire : ne sachant où trouver la loi dans ce conflit , je crois Tact^ tout simplement permis : les deux jugements se détruisent, reste la liberté. Oui, si elle adopte la règle qu'entre deux maux il faut choisir le moindi'e, et la propos à la volonté en lui montrant où est le plus grand mal.

Mais laquelle de ces deux solutions est en réalité la bonne? 11 importe de le savoir pour satisfaire la conscience qui demanderait à être éclaii-ée au lieu de se porter spontanément à Tune ou à l'autre des solutions en présence.

La vraie, c'est la seconde , cai* il est évident que celui qui, pai* suite de doute , se croit dans l'impossibilité de ne pas violer une loi , soit qu'il agisse , soit qu'il s'abstienne, doit opter pour la faute la moins grave. Tel est le cas d'un homme mis entre un ordre de Dieu ou de rÉglise et une défense de l'autorité paternelle ou civile , et qui ne saurait pas que les volontés de ces pouvoirs inférieurs sont impuissantes en face des lois divines ou ecclésiastiques, quand les premières contrarient les secondes. Le voilà donc entre un ordi^e et une défense qu'il croit valables l'un et l'autre. Ne devra-t-il pas se dire qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes , et par suite éviter surtout l'offense au Souverain-Maître ou à la puissance spirituelle ?

75. Restent les deux autres cas. Nous hésitons entre une permission et une défense , entre une faculté et un commandement. Notre acte , objet de ces doutes , demeure-t-U définitivement sous l'empire de la loi réelle ou apparente qui défend ou prescrit ¥

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Non encore , si notre conscience se dit : ne sachant où trouver la loi dans ce conflit , je juge cet acte permis , je le crois facultatif; les deux jugements se détruisent , reste la liberté ; en cas de doute , celle-ci remporte. Oui , si au contraire elle s*attache à la règle qu'il ne faut pas s'exposer à désobéir, qu'il faut suivre le parti le plus sûr, et la propose à notre volonté.

Mais laquelle de ces deux solutions est , en réalité , la vraie? Cette question est surtout traitée par les théologiens. J'essayerai cependant d'y répondre en quelques mots. Elle rentre dans notre sujet et conduit à des applications dont le juriste appelé souvent è former la conscience de son client, ne peut se désintéresser. Puis elle nous fournit occasion de rendre hommage à un Ordre saint qui nous est cher. La doctrine que je vais exposer, a été ^ en effet , enseignée par un grand nombre de jésuites. En même temps que nous la soutiendrons, nous ferons justice des calomnies de Pascal qui l'a dénaturée (5^ Provinciale).

Il aurait dû savoir que ce système qu'il a reproché à la savante Compagnie comme une invention hypocrite , a été de tout temps admis communément dans l'ÉgUse , et que l'honneur de l'avoir formulé d'abord, revient même à Médina de l'Ordre de saint Dominique.

76. Deux points sont certains : d'abord la solution favorable à la liberté n'est pas bonne , lorsque dans le sens de la permission ou de la faculté il n'y a qu'une opinion peu probable : cette solution poussée ainsi à l'extrême est appelée le laxisme et elle est fausse. En second lieu, la solution contraire à la liberté n'est pas moins inexacte , si l'on veut en fRire une règle applicable à tous les cas de doute entre la permission et la défense , entre la faculté et le commandement. C'est le rigorisme ou tutiorisme absolu. La réfutation de ces deux erreurs ressortira de l'exposé que nous allons faire ; mais comme mon argumentation peut ne pas con-

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yaincre , je me h&te de dire qu'elles ont été condamnées l'une et l'autre par l'Église (Gury-Ballerini,!, N«53,58, 50, p. 50).

J'ai à résoudre cette question : une conscience qui hésite entre la permission et la défense , entre la faculté et le commandement, quelle règle peut-elle suivre ? Voici ma réponse. Au lieu de dire comme le laxisme : notre conscience peut toujours se prononcer pour la permission ou la faculté; ou à l'inverse comme le rigorisme : elle doit toujours imposer le parti le plus sûr, je distingue. Parfois notre conscience peut se prononcer dans le premier sens, parfois aussi elle doit opter pour le second. Cette distinction est juste indubitablement , puisque le laxisme et le tutiorisroe absolu sont certainement faux. Mais où est la ligne de séparation? Dans quel cas notre conscience peutrelle se prononcer pour la permission ou la faculté ; dans quel cas doit-elle opter pour la défense ou l'obligation ? Le voici, selon moi : notre conscience peut se prononcer pour la permission ou la faculté quand l'opinion d'après laquelle il n'y a pas de loi prohibitive , pas de loi impérative , est sérieusement probable. Je n'exige point qu'elle soit très probable , de telle sorte que du côté de la défense ou du commandement, il ne resterait quun léger doute; ni qu'eUe soit plus probable que l'opinion en faveur de la loi prohibitive ou impérative , ni môme qu'elle soit aussi probable que celle-ci. Bref, je rejette de nouveau trois systèmes : le tutiorisme mitigé , le probabiliorisme , et l'équiprobabilisme , et je me déclare probabiliste. Je dis que la première solution , celle qui est dans le sens de la liberté est parfois la vraie , et que la seconde favorable à la loi est vraie aussi dans certains cas, et je m'attache à Tune ou à l'autre , suivant que l'opinion tendant à la liberté est sérieusement probable ou ne l'est point.

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