‹ Traité de droit naturel théorique et appliquéChapitre 87 sur 127 · Ma seconde proposition me paraît maintenant démontrée · texte numérisé non relu

Ma seconde proposition me paraît maintenant démontrée

Je ne Tai point établie sur l'autorité de la tradition. Cependant on est bien fort , quand pour justifier une institution on peut dire : Il en a toujours été ainsi. Une raison de cette valeur ne mérite pas le dédain, et M. Faustin Hélie s'est montré quelque peu fier quand il a écrit :

« Ce dernier argument ne nous paraît pas avoir une grande puissance. Si la longue application d'une coutume suffisait ponr établir sa légitimité , toutes les tortures , tous les supplices , toutes les servitudes auraient leur justification. Les siècles auraient donné un titre iixéfragable à l'esclavage , au servage , à tous les despotismes, à toutes les spoliations , à toutes les cruautés pénales. Toutes les protestations du droit auraient été stériles, tous les cris de l'humanité outragée étoufiés. Il ne suffit plus de dire : cela existe parqe que cela ^ touJQurs existé , il faut prouver que

ce qui existe est conforme au droit, à la raison. » (Théorie du code pénal , 1. 1 , p. 98).

Quoi qu'en pense le savant auteur, un passé aussi ancien et aussi invariable que Test celui de la peine de mort est un argument puissant.Jamais les spoliations, les tortures , et autres supplices n*ont obtenu Fadhésion universelle au même point que la peine capitale. La légitimité de la réparation suprême n*a presque jamais eu pour adversaires que des hommes peu nombreux auxquels le reste de leur doctrine et, pour certains, leurs accointances avec «des criminels ou même leurs propres fautes , étaient loin de donner de lautorité dans la question. Quand des législateurs et des publicistes, après avoir renversé l'édifice social, ordonné ou provoqué des massacres , viennent déclarer illégitime la peine de mort, peuvent-ils être pris au sérieux ? M. Faustin Hélie dit aussi que c'est de nos jours seulement que les esprits refusent de suivre aveuglément la tradition. Mais ce reproche est-il fondé ? Nos ancêtres n'ont-ils pas renversé les traditions païennes ?

Evidemment , je ne pouvais pas non plus pour justifier un châtiment qui est la privation de la vie , alléguer le droit que, dans une certaine mesure, nous reconnaîtrons bientôt à un État, d'exiger d'un malfaiteur des garanties d'amendement, il s'agit ici de faire disparaître l'agent et non de le corriger.

Nous croyons avoir établi le droit possible d'un État à la réparation suprême. Mais si nous nous arrêtions là , nous aurions fait une œuvre vaine. Ce droit , en effet, n'est que théorique , si un malfaiteur ne doit point s'en rapporter à son souverain , relativement à cette question ; le crime commis fait-il naître le besoin de la réparation suprême ; le droit à cette réparation existe-t-il ?

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