CHAPITRE XIII
LÉGITIMITÉ INTRINSÈQUE DU PAIT, MALGRÉ LES CONSÉ- QUENCES NUISIBLES AU TIERS, OU SES APPARENCES CRIMINELLES.
Le mal fait à autrui n'est pas imputable, comme délit, à Tagent^ lorsque c'est un mal mérité par le patient et autorisé par la loi, ou lorsque le mal a été fait dans un but légitime d'utilité, pour celui qui l'a souffert.
Le voyageur qui repousse à main armée un agresseur;
Le soldat qui, par ordre de son supérieur, réprime une insurrection ;
Le chirurgien dont le malade succombe dans une opération dangereuse, font des actes pleinement justifiés aux yeux de la raison et de la loi.
Seulement l'homme attaqué doit contenir la défense dans ses bornes légitimes; nous avons eu occasion de les indiquer dans le chap. vm du livre P'.
Le chirurgien aussi peut, dans certains cas, ne]pas consulter la volonté du malade, mais il doit cependant se conformer à toutes les règles prescrites pour l'exercice légitime de son art.
On ne parlerait pas correctement en disant que le Chirurgien, et celui qui se défend contre une injuste
agression 9 agissent par contrainte physique ou morale.
Au surplus, ce n'est là qu'une question de mots, sans importance réelle.
De même, le soldat, le gendarme, le geôlier, etc., qui obéissent aux ordres légaux de leurs supérieurs, remplissent un devoir. Leurs actes sont des actes irréprochables.
Mais le sont-ils dans tous les cas, sans exception, toutes les fois qu'ils ont été commandés par un supérieur? C'est demander, en d'autres termes, si l'obéissance qu'on appelle passive est un devoir absolu.
La question de l'obéissance passive est une de celles dont l'esprit de parti et les passions politiques ont le plus abusé ; les uns pour relâcher tous liens d'ordre, de subordination, de hiérarchie mihtaire et politique, les autres pour faire du soldat une machine au service de la tyrannie.
Un soldat, un gendarme, un geôlier, ou tout autre fonctionnaire, ou agent de la force publique, n'en demeure pas moins un homme, c'est-à-dire un être moral et responsable.
Qu'un chef militaire, en traversant avec sa troupe les rues d'une ville paisible, ordonne tout à coup à ses soldats de fusiller les passants, ce chef, s'il n'est pas atteint de folie, est sans doute un assassin. Les soldats qui lui auraient obéi, seraient-ils innocents? Pourraient-ils se justifier par Tordre reçu? Certes, ils ne le pourraient pas aux yeux de la morale. Il faudrait pour cela que l'habit militaire privât l'homme qui l'endosse, de toute raison et de tout sens moral."