CHAPITRE I
La peine en soi est un mal qui retombe sur l'auteur d'un délit et en raison du délit.
La peine, proprement dite, est la souffrance que le pouvoir social inflige à l'auteur d'un délit légal.
La peine en soi est le genre; la peine sociale est une espèce.
La première frappe l'auteur de toute infraction de la loi morale; la seconde, ceux-là seulement qui violent la loi positive.
La première est nécessairement juste en soi, la seconde peut être injuste. Le pouvoir social peut se tromper.
Elle serait intrinsèquement injuste, si elle dépassait la mesure de la peine due par la justice morale ; mais elle peut, elle doit souvent lui être inférieure.
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Elle serait injuste, si elle ne frappait pas Tauteur d'un délit.
Elle serait injuste, si, dans le but de contenir les malfaiteurs, on retendait directement aux innocents.
La peine doit être une soufiFrance, grave ou légère, peu importe.
En conséquence, elle doit enlever ou diminuer, temporairement ou à jamais^ un bien auquel Topinion commune attache quelque importance.
Les moyens de punition sont donc les biens dont rhomme jouit ou qu'il espère.
Tel est le principe général.
Mais tout moyen doit être légitime en soi, et utile pour le but qu'on se propose d'atteindre.
Devrait-on condamner une femme à se prostituer, quelque utile, quelque préventive que cette peine pût être en tel ou tel pays?
En supposant que l'interdiction de certains droits civils soit une peine légitime en soi, est-il prouvé qu'elle est nécessaire, utile du moins?
Il restera donc à examiner quelles sont les peines légitimes en soi et utiles en même temps.