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loin d'exagérer l'autorité du droit romain , en repoussera l'application à beaucoup de matières, application jusqu'ici généralement admise, même par les adversaires de l'école historique. Et l'auteur n'a rien à rétracter, car ces principes sont ceux qu'il professe publiquement depuis quarante années, preuve évidente que le reproche adressé à l'école historique est dépourvu de fondement, surtout en ce qui le touche.
Peut-être ces considérations déterminei on l les esprits non prévenus à finir ces querelles de partis et à abandonner peu à peu les noms qui les désignent. D'ailleurs, les motifs qui ont fait employer le mot d'école historique nesubsistent plus aujourd'hui, etlebut qu'on se proposait semble à peu près atteint. Sans doute , une polémique de ce genre , mettant en présence certains principes , les dessine plus nettement; mais cet avantage serait acheté trop cher s'il nous empêchait d'apprécier avec impartialité les travaux de nos contemporains, et s'il usait en querelles de partis des forces qui seraient mieux employéesdans le but commun de la science. Je n'ignore pas que les controverses sont une des conditions vitales delà science, et je suis loin d'en nier
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l'utilité. La nature individuelle desesprits el la variété de leurs directions créeront toujours assez de différence; Taction simultanée de tant de forces diverses constitue la vie de la science, et ceux à qui elles sont tombées en partage devraient se considérer comme des ouvriers travaillant tous au même édifice. Mais si nous nous partageons en deux camps ennemis, si nous répétons sans cesse des dénominations qui rendent la lutte toute personnelle , nous faussons la vérité de notre nature, et nous arrivons à des résultats déplorables. L'esprit et les œuvres de chacun perdent à nos yeux leurs traits individuels; nous les approuvons ou les condamnons en masse, comme membres d un parti , et l'action qu'ils auraient exercée sur notre développement se trouve arrêtée à notre grand préjudice.
Si je repousse ici le reproche de faire au droit romain une part trop large d'autorité , je ne pose pas moins en principe que la connaissance approfondie de ce droit est pour l'étude du droit actuel de la plus haute importance, je dirai même une nécessite: et le seul fait d'avoir entrepris un travail aussi vaste exprime4 déjà cette conviction. Il s'a-
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git seulement de s'entendre sur ses motifs et sur sa portée.
La connaissance du droit romain a été souvent appréciée de la manière suivante. Dans les pays où ce droit est en vigueur, son étude approfondie est indispensable au jurisconsulte; mais dans les pays régis par des codes modernes , cette nécessité disparaît , et l'état du droit est beaucoup plus prospère, car le jurisconsulte peut réserver son temps et ses forces pour des matières d'un intérêt vivant. S'il en était ainsi, la connaissance du droit romain, dans les pays mêmes où il règne , aurait une valeur très-précaire , puisque le législateur pourrait toujours fonder un état du droit plus prospère, en adoptant un des codes modernes ou en en faisant un nouveau. — D'autres comprennent autrement le mérite du droit romain. Ils pensent que ses principes peuvent se résumer en axiomes pratiques , isolés , et que , mis en parallèle avec les axiomes pratiques du même genre, formulés au moyen âge ou dans les temps modernes , chacune de ces comparaisons matérielles nous montre sa supériorité. On verra bien, en lisant cet ouvrage, que je
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1 1 entends pas <i i 1 1 s i le mérite du droil romain. D'ailleurs, sauf un très-petit nombre de cas exceptionnels, ce parallélisme d'axiomes pratiques n'atteindrait nullement la profondeur du sujet, et un livre exécuté sous ce point de vue comparatif nous rappellerait la question que font les enfants quand on leur raconte des histoires de guerre : Qui sont les bons? qui sont les méchants?
En prenant le droit pour objet , l'activité humaine est susceptible de deux directions différentes. Elle peut s'occuper de l'ensemble du système scientifique, ce qui embrasse la science , les traités , l'enseignement , ou faire l'application particulière des règles aux événements de la vie réelle ; la distinction de ces deux éléments , l'un théorique, l'autre pratique, est donc fondée sur la nature même du droit. Le développement de la civilisation moderne a séparé ces deux directions, et assigne l'une ou l'autre à certaines classes de la société : ainsi, tous ceux qui s'occupent du droit , à quelques exceptions près, font de la théorie ou de la pratique leur voeation spéciale, sinon leur vocation exclu-
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sive. Ce fait, considéré en lui-même, n'est ni à louer ni à blâmer, car il résulte du cours naturel des choses , non d'une volonté arbitraire. Mais cette division, bonne et légitime dans son principe pourrait dégénérer en isolement funeste , et c'est ce qu'il importe de distinguer nettement. La division est bonne , si chacun ne perd point de vue l'unité primitive, si le théoricien conserve et cultive l'intelligence de la pratique, le praticien l'intelligence de la théorie. Là où cette harmonie est détruite , là où la séparation de la théorie et delà pratique est une séparation absolue, la théorie court grand risque de devenir un vain exercice pour l'esprit, la pratique un métier purement mécanique.
Quand je dis que le théoricien doit cultiver l'élément pratique, j'entends l'intelligence de cet élément, non son application réelle, quoique une application bien dirigée de la pratique soit souvent la voie la plus sûre pour en comprendre l'esprit. Ceux que la science passionne le plus trouvent parfois dans l'étude d'une espèce le meilleur des enseignements , et parviennent à une vivacité d'intuition que les livres et leurs propres ré--
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flexions n'avaient pu leur donner. Ce genre d'instruction, fourni par le hasard, nous pouvons le rechercher volontairement el lappliquer à toutes les matières du droit. Le théoricien parfait serait celui qui aurait pour vivifier sa théorie une expérience complète de la vie réelle, et qui embrasserait d un coup d'oeil toutes les combinaisons de rapports entre les mœurs, la religion, la politique et l'économie politique. Ai-je besoin de dire que je n'exige nullement la réunion de tant de qualités? Celui qui, pour juger les autres, prendrait ce type de perfection, devrait d'abord reconnaître combien peu il lui est applicable. Néanmoins, ce type doit rester présent à nos regards comme but final de l'humanité, comme guide de nos efforts et comme préservatif contre ces illusions dont notre amour-propre a tant de peine à se défendre.
Si maintenant nous comparons la théorie actuelle du droit à ce qu'elle était il y a un siècle, et même un demi-siècle, le bien et le mal s \ trouvent fort mélangés. Sans doute, nul ne méconnaîtra qu'on n'avait alors aucune idee des résultats qui depuis ont été obtenus ou sont devenus possibles, et (pie
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la masse des connaissances acquises s'est singulièrement accrue. Mais si l'on considère cette intelligence de la pratique , qui doit vivifier la science des théoriciens, la comparaison ne sera pas à notre avantage. Cette infériorité vient de la direction même donnée aux travaux théoriques. Rien déplus louable, sans doute, que de vouloir enrichir la science par des découvertes nouvelles ; mais ce sentiment a pris de nos jours une tendance exclusive et fâcheuse. Ainsi, l'importance exagérée donnée aux points de vue nouveaux, fait négliger, l'esprit d'organisation , qui se complaît à mettre sous leur jour véritable les anciens matériaux > bien que cette mise en œuvre, sérieusement entreprise, ait aussi son originalité, et soit pour la science l'instrument de progrès moins brillants, mais non moins réels. Comme un large développement de la force créatrice est le partage du petit nombre, cet amour exclusif de nouveauté a conduit plus d'un auteur à se renfermer dans un cercle étroit d'idées et de doctrines , et cette préoccupation les empêche de saisir la science dans son ensemble. En cela, nos devanciers nous étaient bien supérieurs, car les hommes capables de re-