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DE LA DYNAMOSCOPIE APRÈS LA MORT

Le bourdonnement, après la mort, existe toujours à la surface du corps. Sur un nombre considérable d'auscultations après décès, je ne l'ai trouvé absent qu'une fois chez un homme frappé d'une mort foudroyante. Arrivé vingt minutes après l'accident, il m'a été impossible de trouver ni chaleur, ni bourdonnement. Je pense que ces faits sont excessivement rares. Pour donner une idée de la manière dont je pratique cette auscultation, je vais relater quelques-unes des observa^ tiens que j'ai déjà publiées dans un mémoire spécial sur 1 application de la dynamoscopie à la constatation des décès (1).

(I) Pirit, IMS, eb«i Cbtmerot, libraire, iB, rue du Jardinet.

206 DE LA DYNAMOSGOPIB.

EXPÉBIBKCBS FAITES APEÈS LA MOIT.

Otfs. I. — Le 8 août 1854, à l'époque où le choléra sévissait avec fureur dans la capitale et dans les départements, j'étais alors à Thôpital civil de Toulouse. Depuis trois ans déjà, je m'occupais d'un bruit que j'appelais bourdonnement^ lorsque, ce jour-là; je remarquai, parmi les cadavres, que le corps d'une nommée Marie Jaboulard, qui venait de succomber en vingtquatre heures à une attaque de choléra, était plus chaud après la mort que pendant la vie. C'est ainsi que le thermomètre, appliqué sous l'aisselle pendant la vie, indiquait 35"^, et en donnait 37 après la mort. Ce fait me paraissant extraordinaire, me fit réfléchir, et, au moment où j'en cherchais l'explication dans les auteurs, on avait transporté le corps de Marie Jaboulard, comme on l'avait fait pour tous les cholériques morts dans la journée, au dépôt des morts. Tourmenté par l'idée que cette femme pouvait encore garder quelque reste de vie, je résolus d'aller m'en assurer : il était onze heures du soir ; son cadavre était placé au milieu de sept autres ; je le pris et rétendis sur une table, et le trouvant encore très-chaud, j'appliquai le dynamoscope à la région du cœur. A peine eus-je prêté lAie attention de quelques minutes, que j'entendis iin bourdonnement très-fort et une espèce de cri inaccoutumé. Je fus saisi de surprise, et crus que Marie Jaboulard n'était pas morte. C'était une erreur, elle l'était bien, car, en recommençant mon examen, je compris que la pression de la poitrine avait pu faire sortir un peu d'air contenu dans le poumon et déterminer un son à travers les cordes vocales. Mais ce qui me sembla plus grave en cette circonstance, ce fut la persistance du bourdonnement : je pus le constater encore en ce moment, et non-seuinent sur Marie Jaboulard, mais encore sur plusieurs autres cadavres placés près d'elle.

Obs. il — Marie Guilhot était atteinte d'une pneumonie puerpérale lorqu*elle entra à Thôpital ; bientôt la maladie de-

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vint si grave que la mort s'ensuivit promptemeut. Ce dénoûment eut lieu le 29 février, à sept heures et un quart du matin. A neuf heures moins un quart, deux heures après la mort, je mesure la température à différentes régions du corps, et je trouve 2&» sous Taisselle, 20^ à la légion du cœur, et 36^ au vagin. Je me souvins que, le 2 février, j'avais remarqué qu'il me paraissait exister'un point du côté gauche où le boudénuement était plus distinct qu'à droite, vers la région épigastrique; je cherchai, et j'arrivai, après quelques tâtonnements, à constater que le bourdonnement, chez cette femme, n'était pas éteint et était plus distinct sur un point situé à droite : le bourdonnement était peu nourri, clair, et me rappelait celui que je connaissais. A l'extrémité des doigts des mains et des pieds, il n'existe ni bourdonnement, ni pétillements. Le bourdonnement se manifeste, du reste, encore, quoique profond , sur les avant-bras, sur les jambes , aux cuisses, aux bras et sur toute la poitrine; au ventre, il n'est pas appréciable. Chez Marie Guilhot, le bourdonnement n'existait nulle part dix-huit heures après la mort.

Obs. III. — Pierre est un soldat de Crimée, qui est atteint depuis quatre mois d'une diarrhée scorbutique qui a fini par l'épuiser au point de ne lui laisser sur la charpente osseuse que la peau ; car les muscles semblent avoir disparu. U meurt le 26 mars 1856, à six heures du matin. Le même jour, à dix heures, c'est-à-dire quatre heures après la mort , il n'y a ni bourdonnement ni pétillement à l'extrémité des doigts. Il existe aux bras, aux cuisses, sur le ventre, en le comprimant un peu. A midi, six heures après la mort, le bourdonnement a disparu des jambes, des avant-bras et des bras. U est, dans ces parties, petit, profond, obscur ; il est bien plus évident à la partie supérieure de la poj^rine, et on l'entend nettement et plus fort qu'ailleurs vers la région précordiale à gauche, sur la huitième côte. A quatre heures du soir, douze heures après la mort) il n'existe plus sur les cuisses; je ne puis le constater ni

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au veûtre, ni à la partie supérieure de la poitrine ; il e^t enoupo évident à la région précordiale. Vingt-cinq heures après la mort» il n'existe nulle part.

Je résolus à ce moment de savoir si mon ouïe était plus perfectionnée que celles %les autres ; je voulus m*assurer si des personnes plus habiles entendraient aussi ce bruit. Dans ce but, je priai M. le professeur Fuster (de Montpellier), de vouloir bien venir à l'hôpital pour s'assurer s'il pourrait constater le bourdonnement après la mort.

Obs. IV. — Le premier sujet qui servit à cette expérience fut le nommé Drouard, jeune soldat atteint de thyphus et mort le & avril, à quatre heures du matin. Observé à midi, nous trouvons que le thermomètre , appliqué sous les aisselles, indique encore 25"*, et sur la région précordiale» 32°. Le bourdonnement me parut exister au cou, sur toute la poitrine^ sur les cuisses, et principalement vers la région précordiale, où, par le tâtonnement, je découvris le point précieux que j^avais remarqué bien souvent. Ce point, ici, n'avait pas moins de quatre centimètres de diamètre à peu près. Pour convaincre M. Fuster, je commençai à lui faire faire l'expérience, en appuyant l'extrémité de l'instrument sur une table de marbre^ puis je lui fis mettre cette même extrémité au point de la région précordiale que je désignai. M. Fuster, qui avait grande habitude du bourdonnement, car il l'avait déjà expérimenté sur ses malades, le reconnut aussitôt et se hâta de me le dire. n le reconnut, comme moi , à toutes les parties où je l'avais trouvé. Son caractère était petit, profond, peu nourri, lent, détraqué en un mot, et donnant à l'oreille le sentiment que sa fin naturelle et régulière n'était pas loin. A cinq heures du soir, treille heures après la mort, le bourdonnement avait complètement disparu.

M. Fuster veut faire participer les élèves à ces e3^périeB<^, et apffèâ sa clinique, nooa descendons à l'ainphitbééljtre.

D£ LA I>YNAM06G0PI£. 290

. Q]^$. Y. — Nous examinons Rambout, qui , à son retant de Crimée, succomba le 13 avril, à sept hçures moins un quart du matin, des suites d'une hypertrophie du cœur, compliquée de périeardite av^c épanchement. À neuf heures du matin, deux heures après la mort, le bourdonnemejil avait disparu des pieds et des doigts des niains; il existait partout ailleurs, el surtout, comme chez les autres, aux régions épigastrique et précordiale. A une heure, c'est-à-dire six heures trois quarts après la mort, je pus réunir encore autour de ce cadavre quelques autres personnes qui s'étaient émues assez de mes expériences pour vouloir y prendre part, et toutes ces personnes constatèrent le bourdonnement à la région précordiale. Le caractère de ce bourdonnement me parut ressembler aux autres. A cinq heures du soir, le bourdonnement n'existait plus aux jambes ni aux bras ; on Tentendait encore aux cuisses, au ventre, au cou et à la poitrine. Douze heures s'étaient écoulées depuis la cessation des battements du cœur; je conclus alors que rinfiltr^tion pouvait servir à la conductibilité de ce bourdonnement , ou bien que, dans ces états, le bourdonnment se dissipait plus lentement, parce que les agents extérieurs avaient moins d'action sur lui. .Quoiqu'il en soit, le lenden>ain matin, à sept heures, le bourdonnement avait complètement disparu.

Obs. VI. — Courant (François), meurt de diarrhée scorbutique le 30 avril, à onze heures moins un quart. J'assiste à sa dernière heure. Un quart-^'heure avant la cessation de la respiration, le bourdonnement existe à l'extrémité des doigts des mains; il offre les caractères du bourdonnement après la mort; pas de variations de ce bourdonnement: il est uniforme, quoique éteint et sans force. A la région du cœur, le bourdonnement est très-forf, et il est parfaitement distingué des battements da cœur, qui sont très-profonds, et de la respi* ration, qui devient de plus en plus difficile. A mesure que les inspirations se font rares et que les battements du cœur s'éloigneqt, le bourdonnement n'ep parait que phis évident, et il

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s^nble qu'il n'y ait pas une grande différence entre le bourdonnement de tout à l'heure et celui qui existe quand on ne distingue plus de respiration et de pulsation. Ce n'est qu'un quartrd'beure après l'extinction de toute fonction respiratoire et de circulation, qu*on s'aperçoit que le bourdonnement baisse et devient plus clair et plus profond. A une heure, c*estràdire deux heures après la mort, le bourdonnement existe au cou, à la poitrine, aux biias, aux cuisses, aux jambes, et encore, par-dessus tout, à la région précordiale, sur le cartilage de la septième côte droite. A quatre heures, cinq heures après la mort, on s'aperçoit d'une diminution notable dans l'intensité du bourdonnement. Cette diminution existe partout, mais elle est moins notable vers la région précordiale. Le bourdonnement semble avoir disparu ici vers la dixième heure après la mort; car, à neuf heures et demie du soir, je ne l'ai distingué nulle part.

De pareilles expériences ont été faites à l'hôpital Cochin, en présence de M. Beau, et à l'hôpital Lariboisière, par M. lo docteur Pidoux. Ces expériences ont confirmé les précédentes.

De toutes mes expériences après la mort, je puis conclure ;

V Qu'il existe, après la mort , de quelque manière qu'elle soit produite, un bruit que j'ai désigné sous le nom de bourdonnement;

^ Que ce bruit va en s'affaiblissant jusqu'à son extinction complète, depuis la première heure après la mort jusqu'à la dixième ou seizième heure.

Il est rare que le bourdonnement soit entendu après la mort à l'extrémité des doigts des mains. Il n'est jamais entendu à l'extrémité des doigts des pieds. On l'entend toujours, immédiatement après la mort, aux paumes des mains, aux avantbras, aux bras^ aux jambes, aux cuisses, au ventre ; il peut ne pas être perçu à la tête, ni à la figure.

Il y a un point chez tout le monde, après la mort, où le bourdonnement est plusdistinct que partout ailleurs, et ce point

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est indéterminé : il est tantôt à droite , tantôt à gauche, mais toujours aux régions précordiale et épigastrique.

Le bourdonnement, après la mort, donne à l'oreille la sensation de sa fin, car il parait petit, de plus en plus faible «t profond. Il est peu nourri, mais continu^ et il baisse à mesure qu'on s'éloigne du moment de la mort.

Le bourdonnement disparait d'abord des mains et des pieds, puis des avant-bras, des bras, des jambes et des cuisses, de l'abdomen, de la poitrine, et le dernier point où il est entendu est celui où il a été trouvé le plus fort, dans les régions précordiale et épigastrique.

Les pétillements sont nuls après la mort.

BXVÉIIBNCBS SOI DBS MBIIBIBS AMWTÉS.

Exp. L — Michel (Jean) est amputé par M. Dieulafoy, chirurgien en chef de l'hôpital de Toulouse, le 17 janvier 1855, à neuf heures trente-cinq minutes. L'auscultation, pratiquée immédiatement après à l'extrémité des doigts, permet d'entendre distinctement le bourdonnement. A l'autre extrémité, le bourdonnement était aussi distinct. Â la cinquième minute, le bourdonnement avait disparu des deux extrémités, mais il était très-net dans la partie moyenne des membres. A la dixième minute, il n'est entendu qu'au centre de l'avant-bras amputé. A la quatorzième minute, on entend plus rien.

Exp. n et in. — Ces deux expériences furent faites dans le même ser\'ice et à quelques jours de distance, et avec le même résultat.

Exp. IY. — Grangier est amputé, le 9 mars 1856, de la cuisse gauche et au tiers moyen, par M. Alquié, professeur de cli«nique externe de la Faculté de Montpellier. Quatre minutes après l'amputatipn, bourdonnement nul à l'extrémité des doigts des pieds et au tiers inférieur de la cuisse. Il est entendu sur toutes les autres parties. A la huitième minute, le bourdrane-

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mèùt a disparu du cou^dé^ed et de la partie inférieure de la jambe; il est très^ffiiibli au niveau de la rotule, mais il est très-évident à la partie moyenne de la jambe. À la dixième miflUte, il s'est encore plus restreint dans cette dernière partie. Enfin, à la quatorzième minute, il n'existe qu*à un point trèspetit, assez faible, où le bourdonnement peut être encore distingué et reconnu pour une oreille habituée à l'entendre. À la dix-septième minute, on n'entend rien nulle part.

De ces quatre expériences, j'ai cru pouvoir déduire :

1® Qu'il existe aprèsla mort locale unbourdonnement comitte dans la mort générale ;

2^ Que le bourdonnement va en s'affaiblissant jusqu'à son extinction complète, depuis la première minute jusqu'à la dixième ou quinzième.

Immédiatement après la mort, le bourdonnement est entendu partout sur le membre coupé.

De minute en minute, il suit une loi de retraite qui le force de se retirer des deux extrémités vers le centre. Cette loi a un singulier rapport avec la même loi de retraite qui existe dans la mort générale.

Les pétillements sont entendus quelquefois à l'extrémité des doigts des pieds et des mains. Après une amputation, ils ne persistent pas longtemps sur les membres coupés.

Le bourdonnement, dans les membres amputés, donne à l'oreille l'impression qu'il va finir, car il est faible, peu nourri.

L'ABSENCE DES BATTEMENTS DO GCEOR, DANS LA MOBT APPARENTE, N'EST PAS UN SICMB GEBtAiN DE LA IIÉBT BtCLLB*

Depuis que M. Bouchut, le premier, grâce à l'auscultation du cœur, avait établi, dans un remarquable ouvrage,' couronné par l'Académie des sciences, que Fabsence des battements du cœor, dans la mort apparente, était un signe certain de mort, il ne

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s'66t pas Itotivé ukie seule observation qui fût d'ftccord avec lui et ses résultais.

Nous en trouvons la preuve dans tous les exemples de mort apparente qui ont paru depuis lors.

M. Depaul raconte le fait suivant dans un mémoire sur llnsufflation de Tair dans les voies aériennes chez les enfants qui naissent dans un état de mort apparente.

Obs. I. — t Pour mettre un terme à un travail qui durait déjà d^uis longtemps, et dont la prolongation n'aurait pas été sans inconvénients , un enfant venait d'être extrait par une application de forceps. Il donnaitàpeine quelques signes de vie, et sans quelques légers frémissements difficiles à constater dans la région du cœur» on aurait pu le croire mort : la tête était le siège d'une congestion évidente; aussi le premier soin <îonsîsta-t-il à faire couler une certaine quantité de sang par le cordon, qu'il fallut couper à plusieurs reprises, pour faciliter l'écoulement. Après qu'on eût, piendant quelques minutes, inutilement essayé les moyens ordinaires, on me chargea, en désespoir de cause, d'insuiQer de l'air dans les poumons, ce que je fis, en prenant la précaution d'entretenir avec des linges chauds la chaleur du corps.

)) J'avoue que je ne comptais nullement sur un résultat heureux, tant l'état de l'enfant me paraissait grave; en effet, avant de commencer, voulant m'assurer de l'état du cœur, il me fut impossible de retrouver ces frémissements dont j'ai parlé^ et qui existaient encore au moment de la naissance. Le tube laryngien fut introduit sans difficulté, et je fis des insufflations méthodiques. J'en avais pratiqué une douzaine à peine, que déjà la contractilité du cœur se réveilla; quelques pulsations, lentes et faibles d'abord, se firent sentir ; bientôt elles augmentèrent, et je pus en compter de trente à quarante par minute. Au bout d'une demi-heure, le nombre s'élevait jusqu'à cent. La suspension de l'insufflation pendant une minute seulement, soit que je voulusse me reposer, soit qu'il devint nécessaire de retirer

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le tube pour en faire sortir les mucosités qui l'obstruaient quelquefois, suffisait pour faire diminuer notablement les batte^ ments du cœur et exiger qu*on recommençât aussitôt l'introduction arti&cielle de l'air. Je continuai ce moyen pendant une heure et demie, sans obtenir d'autre résultat que le rétablissement de la circulation dans son état à peu près normal ; et ce ne fut qu'après avoir persévéré pendant aussi longtemps, que j'eus le bonheur de voir une première inspiration spontanée s'établir. Dès ce moment, elles se renouvelèrent et se rapprochèrent de plus en plus, et il fallut encore près d'une heure pour que la respiration eût acquis sa fréquence normale. Cet enfant resta faible pendant quelque temps. Il fut conservé dans l'établissement pendant plusieurs jours, et lorsqu'il le quitta, il emporta les mêmes chances de vie qu'un enfant qui naît dans les meilleures conditions. »

Le second fait a été observé par M. Girbal, chef de clinique à la Faculté de Médecine de Montpellier (1).

Obs. U. — « Il s'agit d'une jeune personne qui fut tout à coup considérée comme morte par les assistants. 11 y avait déjà plusieurs heures qu'on la croyait morte, lorsque M. Girbal fut appelé auprès d'elle.* U constata sur cette jeune fille tous les signes de la mort réelle ou réputée telle. Enfin, ajoute M. Girbal, Yauscultation de la région précordiale pendant une ou deux minutes ne fit percevoir aucun battement ; on ne percevait pas non plus le moindre mouvement diaphragmatique. Tous les moyens employés en pareil cas furent employés inutilement, et, quand on désespérait, la jeune fille revint à la vie. »

Les deux observations suivantes sont empruntées à M. Brachet, de Lyon (2).

(1) Cil« par M. Jofat, p. 80.

(2) Gazette des Hôpitaux ^ ÎO novembre 1849.

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Obs. m. — a M. D.. . , âgé de 33 ans, arrivait d'un long voyage, exténué de fatigue ; il garda deux jours le repos, dans la peni^ée que ce temps suffirait pour rétablir sa santé. Le troisième jour, il me fit appeler; c'était le 9 mars dernier. Un brisement général, un peu de céphalalgie, de l'inappétence, une légère douleur dans l'arrière gorge, surtout pendant la déglutition, un pouls vif et serré (90 pulsations), et la peau un peu chaude étaient les signes par lesquels se traduisait l'état du malade. Une potion légèrement calmante, un gargarisme émollient et quelques bains de pieds sinapisés furent les moyens dont je conseillai l'emploi.

(K Le premier et le second jour, tout se passa, comme on pouvait s'y attendre, sans changement notable. Le troisième jour, ^ huit heures et demie du matin, je fus appelé en toute hâte : M. D..., venait de prendre un bain de pieds, et une défaillance complète en avait été la conséquence. Il était insensible à tout, la résolution des membres était complète, il n'y avait point de pouls, et Voreilk appliquée sur la région du cœur ne faisait sentir aucune pulsation; je l'y tins au moins trois minutes. Pendant tout ce temps, les stimulants les plus énergiques ne cessaient pas d'être employés.

« Je réappliquais souvent Voreille sur le ccsur, je ne cessais pas de tenir l'artère radiale sous mon doigt. Pendant au mains huit minutes^ aucun signe de vie ne fut révélé du côté de la circulation. En même temps que de l'eau bouillante fut jetée sur ses membres, j'instillais quelques gouttes d'éther sulfurique dans les narines. L'action de ce liquide fut sensible : un léger mouvement spasmodique se fit remarquer dans la lèvre supérieure ; notre zèle redoubla. Cependant le cœur et l'artère radiale restaient encore muets à l'exploration. Tous les moyens excitants de chaleur et autres furent continués avec persévérance ; ils firent rougir la peau partout où ils étaient appliqués. Enfin, après plus de vingt minutes de cet état de suspension de la vie, on sentit un léger frémissement dam le cœur; les battements se

BÛ6 m tA DYNAHOSCOPIE.

régularisèrent bientôt et les yeux se rouvrirent ; le malade revint de cette profonde syncope. »

Obs. IV. — « Le 27 février dernier, j*accouchai pour la seconde fois Madame N... Comme la première fois, la tète de l'enfant demeura longtemps engagée dans l'excavation du bas* sin ; la crainte de voir la compression exercée sur l'encéphale, par ce séjour prolongé, causer la mort ou tout au moins l'asphyxie de l'enfant, me décida à l'application du forceps. Mes craintes furent justifiées, et l'enfant arriva sans vie apparente.

« Le sang ne jaillit point par les artères ombilicales du cordon, la résolution des membres était complète, le cœur ne faisait sentir au doigt aucune pulsation, et Voreille, appliquée à plusieurs reprises sur la région du cœur pendant plusieurs minutes^ ne put entendre le moindre bruit de contraction.

(( Je me mis à pratiquer l'insufflation pulmonaire avec une persévérance opiniâtre. Ce ne fut qu'après vingt minutes que de légères pulsations se firent sentir profondément et au doigt et à l'oreille. Enfin, ma persévérance fut courcMinée du succès 1^ plus flatteur : l'enfant fut rappelé à la vie. »

{Revue étrangère midico-chirurgicale, 16 septembre 1858.)

Le cinquième fait est raconté dans une note sur un cas de mort apparente simulée par un accès de fièvre intermittente pernicieuse, par M. le professeur François, membre de l'Académie de médecine de Belgique.

(( Dans un ouvrage publié en 1849, sur les signes de la mort, un auteur recommandable par d'autres travaux intéressants, M. le docteur Bouchut, dit positivement. « D'après les observations les plus récentes faites sur l'homme et sur les animaux, Il n'existe pas d'état morbide spontanément déclaré ou provoqué qui ne puisse être distingué de la mort réelle par la per^ sistance des battements du cœur. Dans la syncope, ces batte-, ments perdent beaucoup de leur force, leur fréquence dimi-

DE LÀ DTNAMOSGOPIE. 307

nue, mais ils restent appréciables. On les retrouve toujours jusqu à la période la plus avancée de Tapoplexie et des diverses sortes d'asphyxie par strangulation, par submersion et par les gaz délétères; dans Tempoisonnement par les narcotiques, par les solanées vireuses, par les poisons végétaux les plus terribles, par Tacide prussique ; dans l'hystérie, dans le coma épilepti- ^ue, dans l'agonie de la mort par congélation, partout enfin, ils existent à divers degrés de fréquence et de force, pour témoigner de la persistance de la vie jusqu'à la limite la plus extrême, la mort, qui est le résultat inévitable de leur interruption trop prolongée. »

« La cessation complète des battements du cœur constitue donc, d'après M. Bouchut, un signe certain de la mort... La découverte d'un fait de cçtte nature serait d'un prix inestimable pour le médecin légiste, quelquefois embarrassé de se prononcer sur la réalité de la mort en l'absence de tout signe de putréfaction commençante. Ce fait est-il bien constaté? Ne comporte-t-il pas d'exception? Car, en pareille matière, il faut une certitude complète... Or, depuis la publication du traité de M. Bouchut, plusieurs médecins ont eu l'occasion d'observer, et ils ont signalé des cas de cessation assez prolongée des battements du cœur simulant la mort apparente chez des sujets qui ont été rappelés à la vie. Ils sont et deviennent tous les jours de plus en plus nombreux ; mais presque tous ont été notés sur des nouveau-nés.

a Les faits de mort apparente chez les adultes sont, au contraire, très-rares, s'il faut s'en rapporter à M. Brachet, qui en cite, d'ailleurs, un exemple. Quoique plus fréquents, peut-être, que ne l'établit le savant médecin de Lyon, nous croyons cependant que les faits de ce genre, bien et dûment constatés, méritent d'être livrés à la publicité , et c'est ce qui me décide à communiquer le suivant à l'Académie.

Obs. V. — « Au plus fort de l'épidémie de fièvres intermittentes de toutes natures qui régnaient dans la ville de Mons,

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en 1822, je fus appelé près d'une dame Lemoine, âgée de kO ans, atteinte d'un premier accès de &èvre, mais peu prononcé, et sans caractère particulier, qui se dissipa promptement. Deux jours après, on vint me chercher en toute hâte, en me disant que ma malade était mourante, peut-être morte. Elle avait été prise d'un nouvel accès, deux heures plus tôt que celui de Tavant-veille, avait eu quelques frissons, quelques bâillements, et avait perdu connaissance presque sur-le-champ. À mon arrivée, qui ne se tit pas attendre, M"^ Lemoine était sans pouls, quelle que fût l'artère que j'explorasse; les yeux étaient fermés, les pupilles immobiles lorsqu'on écartait les paupières et qu'on approchait de la lumière; la figure, les lèvres, et toute la surface du corps étaient pâles ; la peau était froide, sèche ; la respiration était suspendue , du moins une glace approchée de la bouche ne fut pas ternie, la flamme d'une bougie ne fut pas agitée; l'oreille, appliquée sur la région du cœur, ne put me faire saisir le moindre mouvement, le moindre bruit. L'alcali volatil placé sous le nez ou employé en frictions, les sinapismesles plus énergiques, l'ail pilé, rien ne put faire soupçonner qu'il restait un souffle de vie dans ce corps glacé. Voulant pousser les épreuves jusqu'à leurs dernières limites, j'appliquai une de ces larges plaques de fer, vulgairement nommée pelle à feu , chauffée jusqu'au rouge-cerise sur la partie interne des deux jambes, mais avec aussi peu de succès. C'était réellement à quitter la place, et môme déjà plusieurs des assistants, et entre autres un ecclésiastique, parlaient d'ensevelir le cadavre. Cependant, quoique cet état durât depuis «î peu près une heure, je m'y opposai formellement, la nature de l'épidémie régnante et certains cas des plu^ graves comme des plus extraordinaires, dont je venais d'être témoin, m'induisant à penser que peut-être j'avais affaire à une de ces fièvres pernicieuses où la vie est suspendue et non irrévocablement anéantie, et que, par conséquent, il ne fallait pas tout à fait désespérer. Je fis donc frictionner le corps avec du vin chaud mêlé de teinture alcoolique de quinquina et de va-

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lériane, et injecter dans le rectum aussi des mêmes teintures, mais étendues d'eau acidulée tenant du sulfate de quinine en solution. J'interrogeais à tous moments les mouvements de la respiration et les bruits du cœur, afin de m'assurer s'ils ne s'éveillaient pas... Mais non, toujours même silence... Je m'obstinai, je ne sais par quel secret instinct; enfin, le dirai->je, au bout de quatre heures environ, je découvris sur le front de de la patiente quelques gouttelettes de rosée... Je fis alors appliquer de nouveaux sinapismes sur les membres et envelopper le corps dans des couvertures de laine très-chaudes. Bientôt j'eus la satisfaction d'entendre quelques légers bruits du cœur, de légers mouvements soulevèrent la poitrine, le pouls se fit sentir, les yeux s'ouvrirent, et à mesure que la connaissance, ou mieux la vie, revenait, on voyait s'établir une douce transpiration qui se prolongea plusieurs heures, mais dont j'attendis à peine la fin pour administrer le quinquina par toutes les voies. Il y eut encore un accès effrayant le surlendemain, mais ce fut le dernier, et dès lors la guérison fut assurée... La dame, sujet de cette observation, est morte il y a à peine deux ans. Chose assez curieuse, son mari fut atteint, quinze jours après, d'une fièvre pernicieuse de la même nature, mais moins grave.

c< Minuta daca frontem sudatiuncula •• justement comme Torti l'avait noté chez le jeune comte Saxus, d'ailleurs moins violemment attaqué que M™' Lemoine.

« En commençant l'exposition de ces fièvres intermittentes pernicieuses si effrayantes, Torti croit devoir prévenir le lecteur que , loin d'en parler hyperboliquement {hyperbolice), son intention est d'en donner une description fidèle, en dissimulant la gravité plutôt qu'il ne l'exagère. Je sens le besoin de faire la même déclaration à propos de l'observation qui précède : elle renferme le tableau exact de ce qui s'est passé sous mes yeux; aucun trait n'y est forcé, quelque extraordinaire et inexplicable qu'il puisse paraître et qu'il soit en effet. C'est le seul cas de fièvre intermittente pernicieuse simulant la mort à

3iO DE LA DYNAMOSCOPIE.

s'y méprendre, et dont j'ai connaissance Il en est bien qui

s'en rapprochent, ceux, par exemple, que Torti désigne sous le nom de léthargiques; mais aucun n'est identiquement semblable. S'il me parait déjà digne de votre attention à titre de fait exceptionnel, j'estime qu'il ne la mérite pas moins sous le point de vue de la médecine légale, en ce qu'il constitue un cas de mort apparente avec cessation complète des mouvements et des bruits, qui s'est prolongée plusieurs heures et qui n'en a pas moins été suivie du retour à la vie. C'est un fait de plus à ajouter à ceux observés par MM. Girbal, de Montpellier, Brachet, Josat, Depaul, et aujourd'hui même par M. Collongués. Us démontrent quel danger il y aurait à s'en rapporter à la seule absence des bruits du cœur pour permettre l'inhumation, ainsi que l'établit M. Bouchut.

« Ne me proposant pas de tirer, pour le moment, d'autre conclusion de l'observation que je viens de vous conununiquer, je m'abstiendrai de toute réflexion sur la nature et le caractère de la fièvre intermittente qui en fait le sujet. »

{Presse médicale belg[e.)

Nous empruntons à M. Boinet (1) l'exemple remarquable qu'on va lire :

Obs. VI. — « Une dame de 29 à 30 ans, était en proie aux douleurs de l'accouchement; le travail se prolongeait parce qu'il existait un vice de conformation du bassin. La malade faible, épuisée, souffrait depuis quinze heures. On décida qu'il y avait lieu de faire une application de forceps; on eut recours au chloroforme.

« L'accouchement venait d'être terminé, lorsque M. le docteur Lomé, qui assistait M. Boinet, s'aperçut que le pouls disparaissait sous son doigt. Le cordon fut coupé, on se débarrassa

(1) Bulletin de la Sodéti de chi'urgie, t. IV, 18d3-ft4, p. 20.

DE LA DYNAMOSCOPIE. 3il

de l'enfant; la malade fut remise au lit dans une position plus horizontale, et on ouvrit deux fenêtres (air froid, cinq heures du matin). Plus de pouls, plus de respiration , plus de battements du cœur à l'oreille appliquée sur la poitrine, résolution complète de tous les membres; face pâle, lèvres décolorées, tous les signes de la mort... Jeter de l'eau froide à la figure, sur la poitrine, sur le ventre, faire respirer du vinaigre ordinaire, des sels, brûler des allumettes soufrées sous les narines, frapper dans les mains, à la plante des pieds... tout fut inutile... Toutes ces manœuvres durèrent plus de cinq minutes. Deux fois pendant ces cinq minutes, qui me parurent des siècles, je déclarai au mari et au confrère, qui le croyait comme moi, que la malade était morte. Enfin, ne sachant plus que faire, en désespoir de cause et pour l'acquit de ma conscience, je fis rinsufilation bouche à bouche; ce moyen resta sans résultat tout d'abord... L'air que je poussais dans la bouche de cette femme soulevait ses joues, qui s'affaissaient aussitôt que je cessais cette insufflation. Fatigué de l'insufflation, je fis apporter un soufflet ; mais ce moyen n'eut aucun résultat et me parut tout à fait inutile, car l'air ressortait aussitôt, la bouche de la malade n'étant pas hermétiquement fermée, comme cela a lieu lorsqu'on fait l'insufflation bouche à bouche. Dans la crainte qu'on m'accuse de ne pas faire assez, et d'abandonner trop vite cette malade, plutôt que dans l'espoir de la rappeler à la vie, je revins une seconde, une troisième fois aux insufflations bouche à bouche, que je faisais de toute ma force, pendant que mon confrère Lomé pressait sur le ventre et la partie inférieure du thorax, pour imprimer des mouvements au diaphragme et au thorax, et réveiller les fonctions du poumon, si faire se pouvait. Enfin, un mouvement à peine sensible, un mouvement que je ne puis mieux comparer qu'au dernier soupir d'un mourant, eut lieu, mais ne fut pas immédiatement suivi d'un second. Il se passa plusieurs secondes. Je continuai les insufflations pendant que M. Lomé continuait ses manœuvres; mais je continuai les insufflations, persuadé que cette

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inspiration que je venais d'observer était plutôt la dernière de la malade que le retour à la vie. Le pouls et le coeur paraissaient toujours ne pas fonctionner. Une seconde inspiration eut lieu, puis une troisième , puis une quatrième , avec moins d'intervalle qu'il n'y en avait eu entre la première et la seconde : la malade était sauvée. Enfin elle se réveilla, absolument comme tous les autres malades, à la suite des inhalations du chloroforme. Son réveil fut lent et progressif, d

Voici un autre fait que nous pouvons rapprocher du précédent; il a été communiqué à la Société de chirurgie, par H. Maisonneuve (1).

Obs. VII. — « Une femme, âgée de 65 ans, très-anémiée, était opérée pour un fongus intra-utérin ; une assez grande quantité de sang s'écoula pendant Fopération.

« Après quelques inspirations profondes, la malade pâlit et parut avoir cessé de vivre. Les lèvres étaient décolorées, le nez et les extrémités froids, la respiration nulle, le pouls complètement absent, les mouvements du cœur (2) sont imperceptibles ; les membres étaient roides, les mâchoires seules avaient de loin en loin un léger mouvement automatique.

« Des frictions vigoureuses furent exercées sur les bras, sur les jambes, les cuisses, le ventre; moi-ménieje me chargeai de la poitrine et de la région du cœur. Pour nous reposer du mouvement de frottement, nous exercions la percussion, le massage, la flagellation, puis les frictions recommençaient. Pendant un quart d'heure, il nous fut impossible de saisir un seul mouvement respiratoire, un seul battement du cœur, le moindre signe de vie, lorsqu'enfîn je vis la lèvre supérieure

(1) Bulletin de la Société de chirurgie, t. IV, 1858-54, p. 14.

(2) C'est par TauscaltalioD, et non à l'aide du toucher, que l'on a constaté l'absence des mouvcraeats du cœur. Nous lenons ce renseignement de H . MaisonneuTS lui-même*

DE LA DTNAMOSGOPIE. 313

revêtir une teinte légèrement rosée. Cette faible lueur d'espérance ranima nos forces, les frictions redoublèrent d'activité et d'énergie ; bientôt alors nous pûmes saisir un mouvement respiratoire, puis le cœur commença à battre. Aussitôt que, pour reprendre un peu de force, nous suspendions nos frictions, le pouls fuyait, la respiration devenait moins profonde et plus éloignée. Cinq quarts d'heure se passèrent ainsi avant que les fonctions vitales fussent complètement régularisées, et même la malade ne reprit connaissance entièrement qu'au bout de (rois heures. »

L'observation suivante est donnée par M. Laborde, interne à l'hôpital de Bicétre, service de M. Léger.

Obs. VIIL — a Le 10 juin 1859, je fus appelé auprès d'un individu qui , disait-on , venait d'être trouvé mort dans les champs; on le tenait assis sur une chaise. Pas de rigidité dans les membres; extrémités froides, décoloration de la peau, insensibilité absolue; pas de battements artériels, soit aux membres, soit au cou. Une auscultation attentive et prolongée n'a fait constater aucun battement cardiaque. L'oreille percevait un bruit sourd et continu. Je crus devoir faire une saignée, qui s'arrêta après avoir donné environ vingt grammes de sang. Transporté à Bicêtre, cet individu fut réchauffé, couvert de synapismes, et ne tarda pas à revenir à lui. Le lendemain, il raconta que de copieuses libations avaient été la cause de son accident. »

Nous ferons suivre ces observations d'un état particulier qui se rapproche beaucoup de la mort apparente : nous voulons parler de la léthargie chez les animaux hibernants soumis à une basse température.

Lorsque la température à laquelle sont soumis les animaux hibernants s'abaisse à 0^ ou 'au-dessous, on voit se manifester chez eux un nouvel état qui constitue la léthargie par le

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froid. Voici sa description telle que nous Vempnmtons à M. Gavarret (1).

« Lorsque la léthargie est bien établie, les fonctions ne sont plus seulement ralenties, ramenées au minimum d'activité; elles sont totalement suspendues. Les excitanls chimiques et mécaniques sont impuissants, non-seulement pour réveiller l'animal, mais pour obtenir les moindres signes de sensibilité! On peut mettre les nerfs à découvert, les piquer, les déchirer avec la pointe d'un scalpel sans déterminer aucune doideur ; le courant électrique lui-même est employé sans résultats ; la sensibilité est suspendue : l'irritabilité musculaire est difficile à mettre en jeu ; en sectionnant ou en irritant avec la pointe d'un scalpel des muscles mis à nu, on observe à peine quelques oscillations dans leurs fibres. Spallanzani n'a rien obtenu avec la décharge de la bouteille de Leyde ; Saissy, avec le courant électrique, a réveillé des contractions évidentes, mais bien moins fortes que dans le simple engourdissement hibernal. La circulation est complètement suspendue. Saissy a trouvé les vaisseaux de la périphérie presque vides, le sang accumulé et stagnant dans le cœur et les vaisseaux abdominaux. Une ligature placée sur le vaisseau ne détermine aucun gonflement. A l'incision , le sang encore liquide s'écoule au dehors , mais passivement. A l'inspection directe, le cœur ne présente aucun mouvement: le courant électrique peut cependant réveiller son irritabilité et déterminer des contractions de ses parois. H est nécessaire, pour bien comprendre l'action du courant sur les muscles, de se rappeler que l'irritabilité est une propriété qui continue à exister chez tous les animaux pendant un certiûn temps, même après la mort réelle. Les phénomènes mécaniques de la respiration sont complètement suspendus ; à l'oeil, il est impossible de distinguer le moindre mouvement des parois thoraciques. Saissy ayant mis sous l'eau une marmotte

(1) P&la<€htiimr firoduUe par Ut itrw vwantn, Paris, 1855, p. 497.

DE LA DYNAXOSCOPmr 315

en léthargie, \\ s'échappa quelques bulles de gaz emprisonnées dans ses oreilles et dans sa bouche ; mais l'animal resta submergé quinze minutes sans que rien sortit de son poumon.

tt Les hérissons, leslérots, les chauves<»souris donnèrent les mêmes résultats. Spallanzani a laissé une marmotte en léthargie^ pendant quatre heures, dans l'acide carbonique, et elle ne mourut pas. La température extérieure était à 15 degrés. Dans ime seconde expérience, l'air étant à 11"^ 25, l'animal séjourna deux heures dans l'azote sans exhaler aucune trace d'acide carbo-* nique. Saissy a constaté que, pendant la léthargie, ces animaux n'absorbent pas d'oxygène, et n'exhalent pas de traces sensibles d'acide carbonique. M. Chatin a laissé très-longtemps un loir en léthargie exposé à l'action de vapeurs arsenicales; Tanimal ne mourut pas : l'absorption pulmonaire et cutanée était donc suspendue.

« Les mammifères hibernants en léthargie se conduisent comme des cadavres ; cependant la mort n'est pas encore réelle, elle n'est qu'apparente. Sous l'influence d'une température de 5, 6, 8 et 10 degrés au-dessus de zéro, peu à peu» la sensibilité, la circulation , les phénomènes mécaniques et chimiques de la respiration se rétablissent, les animaux sont alors en véritable hibernation.

t< Si Tair s'échauffe encore autour d'eux ; ils se réveillent et recouvrent le libre et plein exercice de toutes leurs fonctions.

(( Si , au contraire , on les maintient trop longtemps sous l'influence d'une température trop basse, comme ils n'absorbent plus d'oxygène, ils ne produisent plus de chaleur; alors ils se refroidissent comme des corps inertes, mais lentement, parce que leurs tissus sont mauvais conducteurs. La congélation frappe d'abord les extrémités, elle s'étend peu à peu, envahit les centres organiques ; à la léthargie succède la mort par le frmd, accompagnée de désordres anatomiques constatés chez tous les animaux en cas pareil. »

Il n'est pas sans intérêt de remarquer que, dans cet état, Saissy a trouvé, les vaisseaux de la périphérie presque vides, le

316 DE LA DTNÂMOSGOPIE.

sang accumulé et stagnant dans le cœur et les vaisseaux abdominaux, c'est-à-dire tous les caractères anatomo-pathologiques de la syncope.

Mais ce ne sont pas seulement les animaux hibernants qui peuvent être plongés dans un état de mort apparente par le froid, comme le prouvent les faits suivants (1) :

« Le capitaine Boss plaça trente chenilles dans une boîte qu'il exposa quatre fois successivement, pendant une semaine, à une température de — U2 degrés environ. A chaque exposition elles devinrent roides et furent congelées. La première fois, il suffit de les ramener dans une chambre chaude pour qu'elles revinssent toutes à la vie. La seconde fois, vingt trois survécurent ; la troisième foi^^ onze résistèrent à Tépreuve ; enfin , après le quatrième essai, deux seulement purent être rappelées à la vie. Conservées dans une chambre chaude, ces deux chenilles, formèrent leurs cocons : Tune ne produisit qu'une chrysalide imparfaite, l'autre fournit six mouches.

(( On sait, depuis longtemps, qu'en Russie et dans la partie septentrionale des États-Unis d'Amérique, on transporte au loin des poissons roides comme des bâtons et dans un véritable état de congélation ; cependant, il suffit de les plonger dans l'eau au-dessus de zéro, pour leur rendre leurs mouvements. Voici un fait fort intéressant, qui prouve qu'un animal vertébré peut résister à une congélation complète. £u Islande, pendant l'hiver de 1828 et 1829, M. Gaymard plaça des crapauds dans une boîte remplie de terre et les exposa, en plein air, à l'influence de la température extérieure. Au bout de quelque temps, on ouvrit la boîte, ils étaient durs et roides comme des cadavres gelés; toutes les parties de leur corps étaient inflexibles et cas-* santés; quand on les brisait, il ne s'en échappait pas une seule goutte de sang. Ces animaux avaient creusé des trous dans la terre de la boîte; ils s'étaient ainsi refroidis lentement, et

(1) Gavarret, p. £02.

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étaient parvenus graduellement à Tétat de congélation. Placés dans de Teau légèrement chauffée, ils recouvrèrent la flexibilité de leurs membres à mesure que les glaçons fondirent, et, en dix minutes, ils revinrent complètement à la vie. M. Gaymard fait observer qu'une congélation rapide tue toujours ces animaux ; pour qu'ils. résistent, il faut que l'influence du froid soit graduée. Les mêmes expériences furent tentées sur des grenouilles, et ne réussirent pas. »

Malgré Vahsmce des battements du cœur, si le bourdonnement existe dans la mort apparente , on dait espérer le retour à la vie.

Trois exemples viennent nous fortifier dans cette manière de

voir ; les voici :

Obs. I. — Au mois de décembre 1854, je fus réveillé par une infirmière de la Maternité de Toulouse. Mademoiselle Terris, sage-femme, qui dirigeait l'établissement en l'absence de M. le docteur Stevenet, venait d'accoucher une femme primipare, dont l'enfant ne donnait aucun signe de vie. Il était asphyxié, ce qui arrive assez souvent quand on ne peut obtenir la réduction du cordon dans les cas de prolapsus, comme dans le cas présent. L'oreille appliquée à la région précordiale ne permet d'entendre aucun bruit, et le pouls est insensible. Un dynamoscope en liège est appliqué à la région précordiale, et le bourdonnement me paraît si développé, si fort, qu'il m'est impossible de croire à la mort réelle. Aussitôt l'enfant fut mis dans un bain très-chaud, puis il fut frictionné sur toute la surface de la peau avec une brosse, et en même temps j'appliquai ma bouche contre celle de l'enfant, et pendant dix minutes, je pratiquai l'insufilation directe. La peau alors me parut avoir pris une couleur différente ; mais l'auscultation du cœur et la palpationde l'artère radiale donnaient des résultats nuls. L'auscultation dynamoscopique me fournit de nouvelles ressources.

34 s DE LA DYNAMOSCOPIB.

Je fis électriser le corps de ce petit être, pendant que je pratiquais de nouveau nnsufSation.

Après un quart-d'heure de patience et de peine , nous vîmes cet enfant ouvrir les yeux Qt respirer. Comptant l'avoir arraché à une mort certaine, je me retirai ; mais le lendemain, j'appris que, malgré les soins les plus assidus, Fenfaut avait pâli et était mort une heure après mon départ.

Obs. II. — Hardy (Henri) , âgé de 22 ans, fusilier au 89^ de ligne, est évacué de Crimée et arrive le 6 mars 1856 à l'hôpital Saint-Ëloi de Montpellier. Il est convalescent de diarrhée scorbutique; il ne présente rien de particulier jusqu'au 19 mars. Cependant, le 18 au soir, il s'était plaint d'un malaise vague, général.

Le 19 , à minuit, le malade est pris d'un frisson qui a duré jusqu'à une heure du matin ; il a ensuite éprouvé de la chaleur et il a sué jusqu'au 20 à midi. Depuis ce moment il a pâli, les traits sont restés immobiles, les yeux à demi-ouverts, et il ne donne aucun signe de respiration. Les infirmiers le croient mort, et lui couvrent la tête.

Poussé par le désir d'écouter le bourdonnement, je décou' vris le malade. Je le trouvai dans un état d'immobilité complète, les traits aussi calmes que s'il était mort. La figure n'est pas décomposée; il est très-pâle ; les pupilles ne se contractent pas. La respiration est latente, imperceptible ; le pouls est insen*' sible. Il y a une certaine roideur des membres ; ils conservent la position qu'on leur donne. Le malade n'entend rien au bruit le plus fort que Ton fait autour de lui pour l'exciter. La sensibilité paraît détruite, car il ne fait aucun mouvement lorsqu'on le pique avec une aiguille et qu'on le brûle avec un ffer chaud.

L'auscultatfon du coeur ne permet pas d'entendre de battement, même après un long examen.

Bourdonnement nul aux mains; pétillements assez fréquents, simples, petits.

DE LA DTNAMOSCOPIE. 3i9

À la tête, bourdonnement et pétillements nuls. Dans toutes les autres parties du corps, le bourdonnement est entendu.

 huit heures du soir, les paupières sont fermées, la peau est fraîche , les dents sont serrées les unes contre les autres. Le malade conserve la position qu'on lui fait prendre; c'est ainsi que nous le mettons debout hors du lit, les deux bras levés, et il garde cette position pendant dix minutes. Convaincu que l'état cataleptique est aussi complet que possible, nous le remettons au lit. Pendant cette manœuvre, il est resté aussi calme, aussi pâle que s'il eût été dans son lit. On aurait dit un cadavre se tenant debout. On a beau le pincer, il n'exprime aucune souffrance.

Excepté aux doigts, le bourdonnement existe partout.

Après dix jours de traitement, la guérison parait complète, et aussi prompte que la maladie a été rapide.

Le bourdonnement est doux, un peu petit et peu nourri mais égal, continu, régulier ; il y a de temps en temps des pétillements nombreux.

Le 5 avril, Hardy quitte Fhôpital complètement guéri .

Obs. m. — Le 27 juin 1857, j'ai donné des soins à une jeune fille de 17 ans. Mademoiselle S... était atteinte d'une métrorrhagie passive, consécutive à un purpura hemorrhagica. Ce jour-là Thémorrhagie avait été si abondante, que j'eus recours au tamponnement avec le perchlorure de fer. Je venais de le terniiner lorsque, l'œil fixé sur la malade, je vois ses yeux se convulser en haut, l'écume sortir de sa bouche, le pouce se rapprocher du creux de la main. Je la secoue, je la pince, elle reste insensible : c'est l'image de la mort. Je recommande à la personne qui est à côté de moi de porter un flacon d'ammoniaque sous le nez, et en même temps j'applique mon oreille sur le thorax, vis-à-vis le ventricule gauche; plus de contraction ventriculaire ; le pouls ne hat plus. J'exerce des

3*20 DE LA DTNAMOSCOPIE.

pressions sur le thorax et je prends une brosse qui se trouvait sous la main pour en frictionner rudement tout le corps; mais mon oreille, encore appliquée sur le cœur, ne me permet de rien constater. Il s'était écoulé quatre minutes; alors j'appliquai le dynamoscope sur le cartilage de la troisième fausse c6te gauche, et j'entendis un bourdonnement très-distinct et dont les caractères ne ressemblaient pas au bourdonnement qu'on peut constater aux mimées points sur les cadavres. Aussitôt j'ai recours à l'insufflation directe.

Ce n'est qu'après toutes ces manœuvres que Mademoiselle S. .. ouvrit les yeux , respira , et qu'wi frémissement se produisit vers la région précordiate. Mademoiselle S... était sauvée. En effet, le lendemain, elle fut visitée par MM. Blanche etGueneau de Mussy, et nous obtînmes une notable amélioration dans son état.

Malheureusement, le 12 juillet, au moment où nous trouvions que les forces de la malade revenaient, une hémorrhagie se déclara, et mademoiselle S... mourut le 15 juillet.

De ces trois observations, il résulte qu'une suspension complète des battements du cœur peut se manifester pendant un temps assez long, sans que la mort survienne. Il résulte aussi que le cœur peut cesser d'être entendu, et que le bourdonnement n'en peut pas moins être bien distinct. Aussi est-ce alors l'existence du bourdonnement qui indique que la mort n'est pas certaine ; et, une conséquence de ce fait, c'est qu'il y a un signe de vie plus sûr que la présence des battements du cœur, et que ce signe est l'existence du bourdonnenient.

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