DU GERFAUT
Le gerfaut, toujours confondu par les naturalistes, soit avec le faucon blanc, soit avec le faucon d’Islande, ou avec le sacre, forme une espéce particulière, qui m’a encore été observée, lors de l’époque de la propagation, qu’en Norwége. Elle ressemble, par tous les détails de son organisation, ainsi que par les proportions relatives des parties du corps, parfaitement aux faucons blanc et d’Islande; mais elle est constamment d’une taille moins forte, et son plumage parfait est très différent de celui des espèces que nous venons de nommer.
La femelle du gerfaut est environ de la taille du male des faucons blanc et d’Islande; le male, au contraire, comme d’ordinaire plus petit que la femelle, n’égale pas méme toujours sous ce rapport la femelle du sacre. Il ne porte le plus souvent que vingt pouces en longueur totale; ses ailes sont longues d’environ douze pouces et demi à treize pouces et un quart; la queue offre sept pouces et deux lignes è sept pouces huit lignes; le doigt du milieu sans son ongle, un pouce et dix lignes; le tarse enfin est de deux pouces et trois lignes, et les plumes, doni sa partie antérieure est couverte vers le haut, OCcupent un espace d’environ un pouce et trois lignes.
age
ge en tout
Quant aux teintes, le gerfaut s'accorde au jeune point avec les jeunes du faucon d’Islande, et la distribution des teintes offre les mémes variétés individuelles que l'on observe dans la race que nous venons de nommer. Les pieds sont à cet age d’un vert olivatre sale, tirant sur le Jaunatre, notamment sur les plaques dont les doigis se trouvent revétus. La cire et la membrane des yeux sont le plus souvent d’une teinte un peu plus claire que celle des pieds.
Revétu de sa livrée parfaite, le gerfaut offre un système de
1) Reise, Leipsick, 1827, 5°, p. 50 à 33.
coloration très agréable, qui ressemble à celui du faucon commun adulte, à cette exception près que le gerfaut a la nuque ornée de quelques taches blanches, que sa téte et la région des oreilles sont couleur de schiste, que la tache en moustache est. moins prononcée et moins foncée, que les taches des parties inférieures ne présentent pas une forme aussi décidément transversale que dans le faucon, que les pieds sont de couleur verdaàtre, et que les teintes en général offrent par rapport à leurs nuances des modifications plus ou moins sensibles. Du reste, le gerfaut s'éloigne trop du faucon, tant par sa queue plus longue, que par ses doigts plus courts et par les autres caractères propres à la subdivision è laquelle il appartient, pour qu'il soit possible de confondre ensemble ces deux espéces. Comparé au faucon d’'Islande au plumage parfait, le gerfaut adulte s'en distingue, au premier abord, outre sa taille moins forte, par la teinte foncée presque uniforme de la région des oreilles et des parties supérieures de la téte, par sa tache en moustache plus prononege, et parce que les taches foneées des plumes des jambes sont transversales et non pas longitudinales comme dans le faucon d'Islande.
Le gerfaut au plumage parfait a les pieds d’un vert olivàtre sale, assez pàle, et tirant au jaune, notamment sur les plaques des doigts. La cire et la membrane des yeux est d’un jaune verdàtre. Le bec est bleuàtre couleur de corne, passant au noir vers la pointe et au jaune à la base du bec. Le dessus et les còtés de la tète sont, ainsi que les parties postérieures et latérales du cou, d’un gris noir bleuàtre vu couleur de schisle, et cette teinte est un peu plus foncée vers le centre de chaque plume et sur la tache en moustache qui se confond dans la teinte générale de la région des oreilles, dont les parties supérieures et postérieures sont un peu plus claires que les antérieures. On voit, de chaque còté de la nuque, une espèce de collier incomplet, formé par quelques rangées de plumes blanchatres et ornées chacune d’une large tache longitudinale noiràtre. Toutes les plumes des autres parties supérieures de loiseau, celles de la face extérieure des ailes, et les rémiges du second ordre sont couleur de schiste foncée tirant sur le brun; mais cette teinte est interrompue par les liges noires ainsi que par les bordures et les taches d’un gris-bleuàtre dont ces plumes sont ornées. Ces taches, constamment de forme transversale, sont plus larges et plus nombreuses sur les grandes couvertures de l’aile et sur les rémiges du second ordre, où elles prennent la forme de bandes plus ou moins complètes et souvent pointillées de brun au centre. La teinte claire dont nous venons de parler, est plus pale et plus sale sur les couvertures supérieures de la queue, et elle y prend le dessus, de sorte que la teinte foncée parait sous la forme de bandes transversales en forme de croissant. Sur les còtés du eroupion, la teinte claire tire sur le blanchatre et les bandes trans. versales sont d’un gris foncé tirant au bleu violet. La couleur du fond des rémiges primaires tire fortement sur le brun-noiratre; les taches d'un gris-brunàtre dont elles sont pourvues è la barbe externe, se perdent vers l’extrémité de ces pennes, qui offre un fin liséré blanc; les taches au contraire, qui se trou-
vent à la barbe interne de ces rémiges, sont assez pales a la
face inférieure des ailes, tandis qu’ à la face extérieure, elles tirent sur le brun-rougedtre qui change encore au blanc sur les pennes antérieures. Les bandes claires de la queue, dont on compte jusqu'àè quatorze ou quinze, offrent une teinte plus sale que les taches du dessus du corps, et elles sont couvertes, notamment vers le centre, de nombreuses petites taches confluentes d'un brun pale. Ces bandes étani assez larges, la teinte foncée paraît sur la queue en forme de bandes ctroites, tantot continues, tantòt opposées, quelquefois en arc ou en croissant, et plus foncées vers l’extrémité de la queue qui est d'un blanc plus ou moins sale. La face inférieure de la queue est comme d’ordinaire beaucoup plus pàle que la supérieure. Les petites couvertures inférieures des ailes offrent des taches longitudinales foncées; les moyennes couvertures sont ornées de taches claires, quelquefois de forme orbiculaire ou ovale, et ces taches prennent une forme transversale sur les grandes couvertures. La couleur du fond des parties inférieures de l’oiseau est un blanc plus ou moins pur, et ornée de taches couleur de schiste foncée tirant sur le brun. Ces taches, en fomre de fines raies longitudinales sur le menton et la gorge, prennent sur le devant du cou et sur les plumes qui recouvrent la région du jabot, la forme de taches éiroites mais d’égale largeur dans toute leur étendue; sur la poitrine et le ventre, ces taches sont très étroites à la base, mais elles s'élargissent vers l’extrémité des plumes pour y paraitre en forme de taches en larmes ou en gouttes; elles offrent une teinte assez foneée sur les plumes des flanes, où elles sont vers le haut en forme de coeur, vers le bas en forme de lozange s'approchant plus ou moins parfaitement de celle des bandes transversales. Des taches transversales en guise de bandes mais serrées et peu foncées, se voient également sur les plumes des jambes; enfin, les taches des couvertures inférieures de la queue offrent peu d’étendue, elles sont peu nombreuses, en forme de lozange et elles se prolongent souvent le long des tiges en guise de fines raies foncées.
le véritable gerfaut ayant toujours été confondu avec les espéces voisines de faucons de grande taille, il est très difficile d’en fixer d'une manière rigoureuse les synonymes. Il suffira par conséquent de rappeler ce que nous avons dit à ce sujet à l'article du faucon blanc. Belisarius 1) est le premier qui ait indiqué quelques-uns des principaux caractères du gerfaut, en constatant que ce faucon offre des teintes plus foncées ei qu'il est d'une taille moins forte que ceux que l’on apporte d’Islande. Le Roi 2) observe à Juste titre que les gerfauis de Norwége sont méchants, tant entre eux qu'envers les autres faucons. Brisson 3) a décrit et représenté un individu adulte du gerfaut sous le nom de gerfaut d’Islande. Buffon en a donné deux figures, savoir, celle d’un jeune individu sous le nom de gerfaut de Norwége 4), et celle de l’adulte simplement sous le nom de gerfaut 5). Linné paraît avoir décrit le gerfaut femelle à l’àage adulte sous le nom de Falco rusticolus 6), et le Jeune male sous celui de Falco lanarius 7). Le Falco lanarius de
1) L. c., p.93 — 2) Lc, p. 482. — 8) Vol I, p. 373, pl. 81. — 4) PI. enl. 462. — 5) Hist. nat.
des 0 ux, tome I, p. 242, PI. 13. — 6) Fauna suecica, p. 19, n°. 56. — 7) Ibid., p. 22, n°. 62. — 3) Ornithol. suecica, p. 22, et Skandinavisk Fauna, Oiseaux, I, p. 15. — 9) Cet individu était une fe-
melle adulte; il est décrit et figuré, sous le nom de Falco islandicus, dans le journal suédois, intitulé «Tidskrift for Jigare ete.,» Ire année, p. 352 à 363. — 10) Naturgeschichte, Ire édit., Nachtrà ; p. 409 et suiv., pl. 58, fig. 110. — 11) Tome I, p. 278, pl. 22, fig. 2 — 12) L’individu déerit par Naumann,
lui ayant été donné par des fauconniers qui ont l’habitude d’enlever le feston du bec de ces oiscaux,
Nilsson 8) me parait encore reposer sur un Jeune male du gerfaut; et il se pourrait bien que le faucon tué en 1832 en Lapponie 9), appartint également à cette espèce. Naumann 10) enfin a probablement établi son Falco gyrfalco d'après une jeune femelle du véritable gerfaut; mais ayant rayé de la nouvelle édition de son ouvrage 11) cette espèce, sur les caractéres de laquelle il s'était mépris 12), elle fut par la suite omise par tous les naturalistes. Il est vrai que: Mr. Gould 13), averti de l’existence de cette espèce par nos fauconniers, qui l’oni distinguée de tout temps, dirigea l’attention des naturalistes sur cet oiseau qu'il ne connaissait pas jui-méme en nature; mais dans l’impossibilité de donner des renseignements exacis sur cet oiseau, ses successeurs n’ont nullement songé à en faire mention, pas méme après qu'ils eurent reconnu la différence du faucon d’Islande et du faucon blanc. Ayant vu, dans la fauconnerie de la société d’amateurs établie en Hollande, un bon nombre de gerfauts vivants, je. me suis empressé d’introduire dans le catalogue méthodique 14) cet oiseau, dont aujourd’'hui j'ai tàché de prouver la différence avec les espèces ou races voisines.
Le mot de gerfaut, pris jusqu'è présent, pour ainsi dire,
générique, vu que l’on comprenait sous fe
dans une acception ce nom les trois races ou espéces de grands faucons du nord, a été réservé par nous, à l’exemple des fauconniers modernes, pour le véritable gerfaut de Norwége: L’étymologie de ce mot de gerfaut ou plutòt de celui de Gyrfalco, a donné lieu à bien des discussions. L’empereur Frédéric Il 15) dit très naivement: «cet oiseau se nomme Girofalco du grec Hiero, ce qui signifie sacré, d’où le mot Gerofalco; ou ‘du grec Kyrio, ce qui signifie seigneur, d’où le mot Kyrofalco, c'est è dire, faucon seigneur. Albert le grand 16) veut que le mot de Gyrofalco soit dérivé du latin gyrare (tournoyer), parce que, dit-il, cet oiseau, en poursuivant sa proie avec activité, s'élèéve en tournoyant longtemps. Gessner 17) émet l’hypothèse que le mot de Gyrofalcus pourrait dériver du grec Herodias ou de l’italien Agirone, mots qui signifient l’ùn et l’autre héron. Aldrovande 18) s'étend fort au long à ce sujet, mais il regarde toutes ces conjectures comme inexactes; le mot de Gyrfalco est, suivant lui, d'origine tudesque et est dérivé de l’allemand Geyer, ce qui signifie « vautour, » supposition adoptée par plusieurs savants, entre autres par Buffon. Belon 19) va plus loin encore en disant:» nous eussions cru, que le Gerfault deust avoir esté plus tost nommé du nom de Vautour (Gyps) et d’un Faulcon
(Fale
); et qu'on eust dit Gypsfalcus. » Mr. de Hammer 20), ayant trouvé dans des dictionnaires persans que le male du faucon blane sappelle dans cette langue « Dschoure-bas », est d’avis que le nom allemand de Gerfalke dérive du mot persan que nous venons de citer. Quant à nous, nous ferons observer que les grands faucons du nord, ayant été apportés dès le douzième siècle et probablement encore avant cette Époque, du nord de l'Europe et transporté de là et particulièrement des Pays-Bas dans les autres contrées de cette partie du monde
Naumann avait cru que cette espèce en était réelleme 6 vue. Cuvier, Rèo: 5 5 a q P tait réellement dépourvue. Cuvier, Règne animal, I, p. 323, alla plus loin encore en assignant ce caractère aux grands faucons du nord en genéral, dont il fit un sous 8 al, sousalco. — 13) Birds of Europe, article Jerfalcon F 14) Abhandlungen aus dem Gebiete der Zoologie und vergleichenden Anatomie,
genre particulier qu'il nomma Hi 9 Ò î È) Ì si alco islandicus. —
Ill, p. 2, et Revue erio d 31, Lib. I, chap. 4, p. 75. — 16) Chap. 6, p. 170. — 17) P. 66. — 18) Lib. VII, cap. 8, p.471. — 19) Livre II, chap. 6, p.94 — 20) Falknerklee,
tique des oiseaux d'Europe, I, p. 2, et II, p 5 à 9. — 15)
avant-propos, p. XL.
Jusqu'au Levant 1), il se pourrait bien que ces peuples eux-mémes leur eussent imposé le nom qu'ils portent encore aujourd’hui. D'ailleurs, on trouve en hollandais des compositions analogues à celles de gerfaut ou plutòt de « giervalk» comme par exemple celle de «gierzwaluwe» (martinet), de «gierbrug» (pont-volant), etc.; mais dans ces mots la syllabe de «gier» dérive évidemment du verbe «gieren», qui a du reste en hollandais un grand nombre de significations diverses, comme par exemple, celles de pousser des cris aigus, d’accaparer ou d’amasser ardemment toutes sortes d’objets, de voler, de se lancer ou de se jeter rapidement et en travers vers quelque endroit ou d’un còté à lautre, d’aller à pas chancelants comme des gens ivres, etc.. Quoiqu'il en soit, ce mot de gerfaut a éprouvé bien des modifications en passanti dans les différentes langues de l'Europe. Certaines ordonnances du roi Christiern III que jai sous les yeux et qui datent du seixième siécle, portent Giervalk ou Gierrefell. Dans les ordonnances de l’empereur Charles V 2) et du comte de Leicester 3), ce mot est gerit en hollandais «geervalk». Merula lui-méme 4) a «gijervalk» et actuellement on écrit en hollandais «giervalk». En allemand on dit, tantòt Gerfalke, comme le porte l’ordonnance de l’empereur Maximilien 5), tantòi Gierfalke ou Gyrfalke; les naturalistes modernes de cette nation ont préféré écrire Geierfalke. Les auteurs italiens ont ordinairement «girofalcone », ou quelquefois «zirifalco», comme par exemple l’ouvrage de Marc Paul et d’autres ouvrages italiens écrits dans l’ancien dialecte vénitien, où le Z est toujours substitué au G et au C, quand ces consonnes sont suivies des voyelles E et I. L'empereur Frédéric en latinisant ce mot, éerit Girofalco, Crescentius Gyrfalco, Albert le grand Gyrofalco, Gessner Hierofalchus; les traductions latines de Marc Paul ont souvent Grifalco. En anglais on dit Jerfalcon, ou simplement Jer, et au diminutif, Jerkin, nom employé pour designer le tiercelet de gerfaut.
Le véritable gerfaut n’a été observé jusqu’à présent, pendant l’époque de la propagation, que sur les alpes de la Norwége. C'est évidemment l’espèce que Fr. Boie 6) a renconirée en 1817, lors de son voyage dans cette contrée, et dont il rapporte qu'elle quitte en hiver les hautes montagnes pour accompagner dans leurs migrations Jusque sur les bords de la mer les ptarmigans, dont elle fait sa principale nourriture. Les habitants de la Norwége ayant assuré à Mr. Boie quil n’existe dans leur pays, ni faucons blancs, ni faucons blanchàtres, et les fauconniers n’apportani jamais de ce pays que le véritable gerfaut, on ne peut guère douter que tous les grands faucons qui habitent, suivant Nilsson 7), les hautes montagnes de la Norwége et de la Suède, appartiennent à cette espèce du gerfaut. Ce savant constate que les jeunes de l’année quittent en hiver les montagnes et viennent alors visiter les autres parties de la Suède et méme la Suède méridionale. Nos fauconniers, en allant prendre ces oiseaux, s'établissent toujours sur le plateau de Dovrefield; mais il paraît que ce ne sont que les jeunes de l’année qui donnent dans les filets. Cette espèce fréquente mème en automne la Hollande, où nos fauconniers prennent de temps en temps de jeunes individus, d’où l’on peut conclure, con- Jointement avec l’observation de Nilsson, que les adultes ne
1) Marco Polo, livre I, chay
50, p. 221, de la traduction de Marsden. — 2) Merula, p. 27. — 3) Ar la Haye: «Divers raeckende de Houtyesterie,» n°. 2, fol. 43. — 4) P. 15 et 16. — 5) Von Hammer, Falknerklee, p. 94.
chives de l’administration fore:
quittent pas à des distances considérables leur demeure habituelle.
Les naturalistes ayant négligé d’étudier les moeurs du gerfaui à l’état sauvage, on ne possède point de détails relatifs aux habitudes et à la propagation de cet oiseau. En captivité, on observe qu'il differe beaucoup, par rapport à son caractère, des faucons blancs et d’Islande; il est quinteux et obstiné, revéche et quelquefois méchant au degré d’attaquer les autres faucons de quelque espèce qu’ils soient, ou de fondre, quand on le fait voler en compagnie, sur son camarade, au lieu de poursuivre le gibier. On emploie le gerfaut pour le méme genre de chasse que les deux autres grands faucons du Nord; mais le tiercelet de gerfaut est trop petit et par conséquent trop faible pour le vol du lièvre ou du lapin.
Avant de terminer l’histoire de cet oiseau, nous ferons observer qu'il paraît exister dans plusieurs parties de l'Asie des faucons très semblables au gerfaut. A cette catégorie appartiennent les grands faucons de l'Oural et de P'Altai, connus seulement par les indications de Pallas 8), qui se borne à observer que les faucons de ces montagnes ressemblent en toui point au grand faucon du Nord, mais qu’ils offrent ordinairement des teintes plus foncées. On a encore observé dans plusieurs autres parties du monde des faucons qui présentent, à l’age adulte, des teintes assez semblables à celles du vieux gerfaui, qui ne paraissent pas non plus s'éloigner de cette espèce par leur organisation, ni par les proportions relatives de leurs parties, mais qui ne sont guère d'une taille plus forte que le lanier ou le sacre. Tels sont le Falco hypoleucus, découvert à la Nouvelle Hollande par Mr. Gould, mais dont on ne connaît malheureusement qu'un seul individu à V’àge adulte 9); puis un faucon encore inédit du Mexique, dont on voit un individu adulte au musée de Berlin, où l’espèce porte le nom de Falco mexicanus: ciseaux peu connus, mais qui méritent de
fixer l’attention des voyageurs naturalistes. DU SACRE.
Le sacre des fauconniers est un oiseau d'une taille un peu plus forte que le lanier, et par conséquent intermédiaire, sous ce rapport, entre cette espèce et le gerfaut. Quant à son plumage, il se distingue de ces deux faucons, au jeune age, par une modification un peu diverse des teintes, et parce que les deux pennes mitoyennes de sa queue ne sont pas ornées ordinairement de bandes claires; à l’àge adulte, il s'éloigne de tous les autres faucons revétus de leur livrée parfaite, en ce que son plumage, semblable a celui des jeunes individus, offre des teintes peu agréables, et n’est orné de taches transversales, ni sur le dessus du corps, ni sur les parties inférieures.
Les ailes de la femelle de cette espèce sont longues de quatorze pouces et demi; celles du male n’offrent que treize pouces et demi de longueur. La queue est de huit pouces et trois quarts dans la femelle, et de huit pouces dans le male. Le doigt du milieu enfin porte, dans la femelle, un pouce et onze lignes à deux pouces, dans le male, un pouce et huit lignes. Le tarse est emplumé vers le haut de sa partie antérieure jusqu'à la moitié de sa longueur. La queue dépasse les ailes, lorsque celles-ci sont pliées, d’un pouce et un quart à un pouce et demi.
8) Zoographia, I, p. 825 et 326. — 9) Cet individu est figuré dans le magnifique ouvrage que publie
6) Tagebuch, Schleswig, 12°, p. 309, 310 et 324. — 7) Skandinavisk Fauna, Oiseaux, I, p.9. —
Mr. Gould, sous le titre de Birds of Australia.
Les individus dans la première année, quoiqu'ils offreni dans les teintes une distribution semblable en général à celle du jeune gerfaut, s'en éloignent cependant par les détails suivants. La couleur du fond des parties supérieures est moins foneée, particulièrement sur la queue, et elle tire plus fortement sur le bran. On ne voit que quelques taches claires isolées sur les grandes scapulaires, et ces taches offrent, ainsi que les bordures des plumes, une teinte d'un brun-roux pàle couleur de rouille, plus claire sur les bords des rémiges. Il ya plus de blanc à la nuque et à la partie postérieure de la téte où l'on voit également des traces d’un brun-roux trés pale. La queue est largement bordée de blanc à l’extrémité; on ne voit ordinairement des taches claires que sur les barbes internes des cinq paires de pennes latérales de la queue, et ces taches, au nombre de dix à onze, sont moins larges dans le sens latéral, ou quelquefois méme en forme d'ovale s'approchant plus ou moins de l’orbiculaire. Les taches des parties inférieures, le plus souvent d’un brun très foncé, sont ordinairement un peu plus étroites que dans le jeune gerfaut, et elles ne se présentent souvent, sur les couvertures inférieures de la queue, que sous la forme de fines raies foncées occupant les de
devant du front, ainsi que sur la raie surciliaire. Les rémiges n’of-
tiges des plumes. La région des oreilles est toujours marquée
blanc au milieu et cette teinte domine également sur le
frent des taches claires quà leur barbe interne. Les serres, la cire et la membrane des yeux sont d’un bleu verdatre livide, tirant au jaunàtre sur les plaques des doigts.
Les teintes du sacre subissent par la mue les changements suivants. La couleur du fond des parties supérieures est plus pale, notamment sur la queue; les bords des plumes sont au contraire plus larges, d’un roussàtre plus vif sur les plumes du dos et des ailes, mais plus pàle sur les pennes de la queue et sur les rémiges secondaires. Les plumes du sommet de la téte sont également pourvues d’un bord assez large roux-brun pale tirant sur le blanc. La tache en moustache, interrompue par des plumes blanchàtres, est peu marquée. Le menton, la gorge et les couvertures inférieures de la queue sont d’un blanchatre sale et uniforme, et cette teinte domine également sur les autres régions du dessous du corps, vu que les taches dont elles se trouvent ornées offrent en général moins d’étendue et une ieinte moins foneée que dans les individus au Jeune age. Ces taches en forme de gouttes, et assez petites sur la poitrine, le ventre et les plumes des jambes, sont cependant beaucoup plus larges sur les plumes des flanes. Celles qui se voient sur les petites et moyennes couvertures inférieures des ailes, offrent une forme longitudinale; mais les taches blanches des grandes couvertures sont transversales et disposées par bandes. Les ongles sont comme dans le jeune age d'un noir uniforme et le bec est d’un bleuAtre couleur de corne, passant au noir vers la pointe et au jaunatre à la base du bec. Les serres au contraire, la cire et la membrane des yeux tirent plus foriement sur le Jaunatre que chez les jeunes individus.
Il n’existe dans les ouvrages de l’Antiquité aucune donnée qui puisse nous autoriser è admettre que les anciens ont distingué
a 1) P. 64 — 2) Liber VII, cap. 2, p. 467. — 3) Livre Il, chap. 14, p. 108. — 4) Gessner, p.64. —
5) L’oiseau déerit pàr Belon, p: 110, sous le nom de Sacre égyptien, n°
t autre chose que le Catharte,
(Gathartes percnopterus), que Belon et après lui la plupart des naturalistes, méme le savant Cuvier, ont
très mal-à-propos pris pour le vautour sacré des anciens Ègyptiens; consultez ce que j'ai dit à ce sujet
cette espèce de faucon sous un nom particulier. Les auteurs de fauconnerie, depuis l’empereur Frédéric jusqu'è le Roy, sont tous d’accord que le sacre est une espéce intermédiaire par sa taille entre le faucon ordinaire et les grands faucons du Nord; qu'il habite les parties chaudes de l'Europe orientale, et qu'il se distingue de tous les autres faucons européens de grande taille, par son plumage qui ne subit guère de changements sensibles par la mue. Ces caracières étant en effet propres à cette espèce, on ne congoit guère comment il est arrivé que les naturalistes, établissant d’abord cette espéce d’après les indications des auteurs de fauconnerie, l’aient par la suite rayé du catalogue méthodique, pour l’y introduire de nouveau, peu de temps après, aux dépens d’une autre espèce, savoir celle du lanier, quiils supprimaient, après avoir conféré ce nom de lanier au sacre. Les naturalistes du moyen ge ayant également contribué à em-
cé de faire
brouiller l’histoire du sacre, nous nous voyons oblig
succinctement connaiître les erreurs que l’on a commises en traitant du sacre, ou en employant ce nom pour désigner une espèce d’oiseau de proie quelconque. Il paraît qu'Albert le grand n'a pas connu le véritable sacre, car l’oiseau dont il fait mention sous ce nom, se rapporte évidemment, comme nous l’avons constaté plus haut, aux grands faucons du Nord. Le Falco sacer 1) de Gessner est, pour ainsi dire, composé de l’espèce douteuse qui porte ce nom chez Albert le grand, et du véritable sacre, dont Gessner a emprunté la description aux ouvrages de Bélisaire et de Guillaume Tardif. Aldrovande 2) ne fait que copier Gessner, en traitant de cet oiseau; mais il ajoute des détails sur le véritable sacre tirés des ouvrages de Carcano et de Belon. Ce dernier ornithologiste 3) décrit le sacre d’une maniére assez reconnaissable; il croit que c'est l’oiseau appellé « triorchis » par Aristote et «buteo» par Pline; il lui confère en outre les noms d’hypotriorchis et subbuteo, quoiqu'il les applique dans la suite égalemeni au hobereau; enfin il admet, comme l’avait fait avant lui Perrotus 4), que le mot de sacre est traduit du grec «hierax» 5). Aucun des naturalistes anglais, à l’exception de Gould, n’ayant vu le sacre en nature, on congoit qu'ils n’aient pu faire que compiler ce qu'ils avaient lu sur cet oiseau dans les ouvrages de leurs prédécesseurs. Forster 6) a décrit, sous le nom de Falco sacer, un oiseau de l’Amérique du Nord, qui est évidemment le jeune du faucon blanc. Brisson 7) fait du sacre la dernière de ses douze variétés de faucon. Linné omet le sacre tout à fait. Buffon 8), en traitant de cet oiseau, emprunte à Belon la description que cel ornithologiste a donnée du véritable sacre, et il y ajoute une figure faite d’après un individu de la Ménagerie du roi, et qui paraît en effet représenter le véritable sacre. Le sacre de Pennant 9), de Latham 10), de Gmelin 11) et des autres naturalistes de la fin du siècle précédent, est un mélange des différents ciseaux décrits par leurs prédécesseurs sous le nom de saere. Huber 12) dont l’ouvrage contient de Jolies petites figures des oiseaux de fauconnerie, en a également donné une du sacre, mais il regarde très mal-à-propos cette espèce comme identique avec le lanier, nom qu'il emploie pour la désigner. Bechstein 13) emprunte sa
description du sacre aux ouvrages de Brisson, de Buffon, de
dans l’ouvrage de Susemihl, p. 13 et 16. — 6) Philosophical Transaction, n°. 62, p. 382. — 7) Vol. I,
Arctic Zoology, II, p. 202, Vol. I, p. 278, n°.93. — 12) Observations sur le vol des oiseaux, pl. 1, n°. 3, fig. 4. — 13) Naturgesch., ire éd., vol. II, p. 298; 2me éd., p. 835.
p. 338. — 8) Histoire naturelle des oiseaux, tome I, p. 246, pl. 14. — 9) n°. 96. — 10) Synopsis, vol. I, part 1, p. 78, n°. 59. — 11)
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Pennant, de Latham et de Gmelin, mais induit en erreur par Buffon qui rapproche le sacre du lanier, sans toutefois le regarder comme de la méme espéce; et imitant l’exemple de Pallas qui, en communicant è Pennant la liste des oiseaux de l’empire russe, a transféré le nom de lanier au sacre quiil avait observé lors de ses voyages, Bechstein suppose que le sacre ne diffère en effet nullement du véritable lanier qu'il croit n’étre qu'une variété du faucon blanc. L’histoire du sacre une fois embrouillée de cette sorte, les naturalistes du commencement de notre siècle pouvaient d’autant moins écelaircir la synonymie de cet oiseau, qu'ils n’étendaient guére leurs recherches jusqu'aux ouvrages antérieurs à ceux de Latham et de Gmelin, ou de Brisson et Buffon, et qu'ils prenaient les ouvrages de Bechstein comme point de départ pour la connaissance des oiseaux d’ Lurope. Ayant recu, comme M.M. Naumann et Temminck, du musée de Vienne, le seul établissement de cette nature où exista à cette époque le véritable sacre, des individus de cette espèce sous le nom de lanier, ou l’ayant observé eux-mémes à l’état sauvage, comme Pallas, ils décrivaient le sacre sous le nom de lanier 1), et faisaient figurer le sacre de Belon, de Buffon et de Gmelin, tantòt parmi les synonymes de leur lanier 2), tantòt parmi ceux de leur gerfaut 3). Le sacre étant un oiseau très rare dans les collections et ne se trouvant, que je sache, dans aucun des musées de la France ou de l’Angleterre, il est arrivé que les naturalistes modernes n’ont point ajouté de details à la connaissance de cet oiseau qu'ils désignaient constamment sous le nom de lanier, et dont ils embrouillaient l’histoire en empruniani des données sur la patrie de cet oiseau aux ouvrages de Linné, de Brinnich et d’autres naturalistes qui ont décrit, comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage, sous le nom de lanier, des oiseaux trés différents et du sacre et du véritable lanier. Le sacre a été figuré d’une manière assez reconnaissable sous le nom de lanier, dans les ouvrages de Naumann 4) de Gould 5), et de Susemihl 6).
Le mot de sacre, en usage en Europe depuis l’empereur Frédérie Il et Marco Polo, est évidemment d'origine arabe; car c'est le nom sous lequel on désigne dans cette langue les faucons en général 7). Pallas 8) penche également pour cette opinion. C'est donc à tort que l'on a rendu ce mot en latin par «sacer,» ce qui signifie sacré. Cette erreur une fois admise, on en commit bientot d'autres; on alla méme jusqu'à mettre ce nom de sacre en rapport avec le faucon sacré des anciens EÉgyptiens, dont parlent un grand nombre d’anciens auteurs 9). Ce mot de sacre n'a guère subi de changements dans les différentes langues où il a été adopté. Les auteurs allemands et anglais ont ordinairement Sacker, mais l’ordonnance de l’empereur Maximilien 10) porte Sakher.
Le sacre ayant été souvent confondu avec les espèces voisines, il existe peu de données exactes relativement à la distribution géographique de cet oiseau. Feu Natterer a tué plusieurs individus de cette espéce, lors de son séjour en Hongrie; et le fauconnier hollandais Mollen, se irouvant en Autriche, il y a une
sixaine d’années, au service du prince de Trautmansdorff, nous
1) Naumann, voi. I, p. 278, pi. 23; Temminek, Manuel, 2me édition, I, p. 20; Pallas, Zoographia, 1. p.330.— Temminek, 1, c. p.19. — 4) Le. — 5) PI. 20. — 6) PI. 7. — de
r un passage de G. Tardif, ire partie, chap. 6, p. 68, qui rapporte sur
2) Naumann et Pa
fait constaté, il est ais
d'exp
nuconniers arabes
la foi des il existe trois espèces de sacre. Gessner et Aldrovande ont de bonne foi
copié ce pas Qui sacre est un nom générique et qu'il peut par couséquent fort bien
exister trois esp de sacre et méme davanti ge. — 8) L. c. p. 330. — 9) La note suivante, qui se
dit avoir recu des jeunes sacres, enlevés de leur nid, au milieu du mois de Mai, sur les frontières de la Hongrie. Pallas 11) en indiquant le sacre sous le faux nom de lanier, distingue deux variétés de cette espéce, lune de taille plus forte qui nail sur les monts Oural, l’autre plus petite et très commune dans les déserts de la grande Tatarie. L’une et l’autre de ces variétés, dit-il, émigrent en hiver; du reste, toutes les données qu'il fournit sur ces oiseaux, se rapportent à la soi-disant petite variété qui parait en effet ne pas différer du véritable sacre. Cette espéce construit, suivant ce voyageur, son alre sur des arbres ou méme sur les arbrisseaux qui se trouvent au milieu du désert. Les petits, au nombre de deux è trois, quittent souvent le nid, avant d’avoir acquis le terme de leur croissance, et suivent partout leur mère, en faisant entendre de grands cris. Comme on peut facilement s’en emparer, les habitants du désert vont les prendre à cette époque, car ces faucons sont très estimés comme oiseaux de chasse, particulierement chez les Calmouces. On emploie le sacre pour les mémes sortes de vol que le faucon, et on peut méme s’en servir pour le vol du milan; mais le sacret est trop faible pour cet exercice. Cet oiseau cependant n’habitant que l'est de l’Europe et l’Asie occidentale, il arrive rarement qu'on en puisse obtenir pour les fauconneries.
Il est bon de remarquer qu'il existe en Nubie et en Abys
“ ucon assez semblable au sacre, tant par ses formes
sinie un que par .es proportions relatives de la queue, des ailes, des rémiges et des doigts; mais qui s'en distingue par une taille un peu moins forte, ainsi que par des tarses un peu moins
emplumés vers le bas et dont la couleur est dans tous les dges d’un jaune plus ou moins vif. Cet oiseau, dont les dépouilles ont été apportées en Europe par MM. Ehrenberg et Rippell, ainsi que par le prince Paul de Wurtemberg, porte au musée de Berlin le nom de Falco tanypterus 12). La femelle de ce faucon égale par sa taille le male du sacre. Quant aux couleurs du plumage, cei oiseau ressemble au Jeune age presque en tout point au jeune sacre; comme dans cette espece, la queue n'est pourvue de taches claires que surles barbes internes des cinq paires latérales des pennes, les parties postérieures de la téte sont au contraire fortement teintes de brun rougeatre, et la tache en moustache est plus prononcée que dans le sacre. A l’age adulte, le faucon lanyptère s’éloigne beaucoup par son systéme de coloration, du sacre au plumage parfait; il ressemble alors plutòt au lanier adulte, è cette exception près que toutes les teintes de son plumage sont beaucoup plus pàles, plus ternes et comme décolorées, tandis que la couleur
des serres est d’un jaune assez intense.