DU LANIER
Le faucon que nous avons introduit dans cet ouvrage sous le nom de lanier, a été regardé de tout temps, grace aux jolies teintes qui ornent son plumage, comme le plus bel oiseau de
fauconnerie. Inférieur par sa taille au sacre, il égale sous ce
trouve dans G. Cuv le Règne animal, I, p. 823, peut fournir la preuve de ce que nous venons d’avancer; elle contient presqu’autant d’erreurs qu'il y a de noms; la voici: « Hierax, hierofalco, faucon sacré, sacer {ws nc tenant à l’ancienne vénération des Egyptiens pour certains oiseaux de Proic. gorfaut' est comimpu vfalco.» — 10) Von Hammer, Falknerklee, p. 94. — 11) Zoographia, tom. I, p. 331. — 12) Nous nous proposons d’en donner la description et des figures dans la troisime livraison de nos « Abhanilangen.»
rapport le faucon commun, dont il se distingue non seulement par les caractères propres au groupe auquel il appartient, mais aussi par la différence assez marquée des teintes.
Dans le male, les ailes portent environ douze pouces et un quart en longueur; la queue offre six pouces et dix lignes, et le doigt du milieu, un pouce huit lignes. La femelle a les ailes longues de douze pouces et trois quarts; la queue est de sept pouces et dix lignes, et le doigt du milieu d’un pouce et neuf lignes. Quant à la hauteur :.c tarse et l’étendue des plumes dont il est revétu vers le haut à sa partie antérieure, cette espéce ne présente pas de différences sensibles avec le faucon commun. Il men est pas ainsi de la couleur des serres, de la cire et de la membrane des yeux, ces parties offrant à peu près les mémes teinies que dans le sacre.
La livrée du lanier au jeune age ressemble à celle du jeune sacre, tout en offrant les modifications suivantes. Les taches des plumes qui revétent le sommet de la téte éiani moins larges, c'est la couleur blanchàtre des bords des. plumes qui domine sur cette partie. La teinte roussatre de la partie postérieure de la téte et de la nuque est tant soit peu plus prononcée. Les bordures claires des plumes des parties supérieures de l’oiseau sont moins distinctes, et leur teinte tire moins fortement sur le brun couleur de rouille que dans le sacre; ces parties sont au contraire ornées de petites taches d’un roux brun très pale, irrégulièrement disséminées par-ci par-là, mais dont la forme, l’étendue et le nombre sont assez sujettes à varier suivant les individus. La couleur du fond de la queue est un peu plus foncée que dans le sacre; mais elle est toujours interrompue, tant sur les barbes externes que sur les barbes internes des pennes de la queue, par des taches transversales claires disposées en bandes. Le nombre de ces bandes incomplètes est de onze à douze, et leur couleur est absolument semblable è celle des taches des ailes. Les taches des parties inférieures de l’oiseau sont en général moins larges que dans le sacre. Les petites couvertures inférieures des ailes offrent des taches longitudinales foncées; les moyennes sont parsemées de taches blanchatres, le plus souvent de forme orbiculaire; enfin, sur les grandes couvertures, ces taches claires offrent une forme transversale et elles sont disposées par bandes.
Revétu de sa livrée parfaite, le lanier offre, par rapport à ses teintes, de l’analogie avec le faucon et le gerfaut adultes, quoiqu'il sen distingue tout de suite, outre un bon nombre d'autres caractères, par la belle teinte rougeatre dont la nuque et le dessus de la téte se irouvent ornés. Le devant du front et les parties antérieures des freins sont à cet age de couleur blanchatre. Les plumes des autres parties du dessus de la iéte, ainsi que celles de la nuque, sont d’un brun-roux pàle, mais elles offrent au centre une tache longitudinale d’un brun noiràtre. Ces taches étant très larges sur les plumes du centre de la nuque, la teinte foncée y occupe un espace assez étendu de forme presque orbiculaire. La tache en moustache est peu large, mais assez nettement dessinée. Les plumes de la région des oreilles, d'une teinte blanchàtre tirani fortement au jaune rougeà-
1) Livre II, chap. 28, p. 89. — 2) Ibid., chap. 2, p. 74. — 3) Feuillet 75 verso. — 4) Livre I, chap. 7,
p. 3 verso.
tre, offrent des taches longitudinales foncées qui prennent le dessus sur les parties postérieures et supérieures de cette région, de sorte que la teinte du fond y disparait presque totalement. La membrane des yeux est entourée de plumes noires, et une raie mal déterminée de la méme teinte se prolonge depuis les yeux derrière la région des oreilles pour se perdre sur les còtés de la nuque. La teinte du fond des autres parties supérieures de l’oiseau est un brun noiràtre couleur de schiste. Toutes les plumes de ces parties, ainsi que les rémiges secondaires, sont pourvues, outre les bordures, de taches transversales claires, qui prennent la forme de bandes sur les scapulaires, les grandes couvertures des ailes et les rémiges secondaires ainsi que sur le croupion, mais qui disparaissent au contraire totalement sur les petites couvertures des ailes. Cette teinte claire est un gris bleuàtre, assez vif sur le bas du dos et sur le croupion, plus sale et marbré de brunàtre sur les autres parties, et tirant au brun-roux vers l’extrémité antérieure de l’aile. Les rémiges primaires sont, à l’exception des taches claires dont leurs barbes internes se trouvent ornées, d’un brun noiràtre et elles offrent un fin liséré blanchàtre. La couleur du fond de la queue est plus pàle que celle des ailes et interrompue par une douzaine de bandes iransversales de moyenne largeur et teintes d'un blanc sale nuancé de gris-brun; l’extrémité de la queue est blanchàtre. Les petites couvertures inférieures des ailes offrent des taches foncées longitudinales; les moyennes sont ornées de taches blanchàtres de forme plus ou moins régulièrement orbiculaire; sur les grandes couvertures, enfin, ces taches sont transversales et disposées par bandes. La couleur dominante des parties inférieures est un blanc plus ou moins fortement nuancé de Jaune rougeàtre pàle. Le menton, la gorge et quelquefois aussi les plumes de la région du jabot, sont d’un blanchatre uniforme; les autres parties inférieures, au contraire, sont ornées de taches d’un brun noiratre. Ces taches sont en forme de coeur sur la poitrine et le ventre; celles qui ornent les grandes plumes des flanes of: frent beaucoup plus d’étendue, et imiteni, quoique imparfaitement, la forme de larges bandes transversales; celles qui occupent les plumes des jambes sont également transversales, mais d’une teinte moins foncée; sur les couvertures inférieures de la queue, au contraire, les taches foncées sont ordinairement longitudinales et assez étroites.
L'oiseau qui porte dans notre ouvrage le nom de lanier, est la seule espèce du genre faucon qu'il convienne de désigner sous cette dénomination. L'empereur Frédéric 1) décrit ces oiseaux d’une maniére assez reconnaissable; il les nomme «lanerii» ou « laynerii » 2): Il en est fait mention dans l’ouv rage intitulé le Roy Modus et la Royne Racio 3), où l’espéce est indiquée sous le nom de «lasnier». De Franchiéres 4) et Guillaume Tardif 5) en parlent également, et on en trouve la description dans le Recueil anonyme des oiseaux de fauconnerie 6). De Thou 7) nomme cette espéce simplement «lanius». D'Arcussia l'a fort bien connue, et il la représente dans son ouvrage 8); enfin, tous les auteurs de fauconnerie postérieurs à
d’Arcussia, parlent d is i Areussia, parlent de cet oiseau dans les mémes termes que leurs
5) Première partie, chap. 5, p. 67 verso. — 6) Pag. 115 verso. — 7) Livre I p. 19 et 20. — 8) Premiére partie, chap. 22 et 23, p. 39 è 42.
devanciers. Il n'y aqu'un petit nombre de naturalistes qui aient connu et distingué cet oiseau. Albert le grand a décrit, sous le nom de faucon aux pieds bleus I), un oiseau qui parait en effet se rapporter au lanier; mais les laniers d’Albert le grand sont, comme nous le verrons plus bas, des oiseaux trés dif férents du véritable lanier. Gessner 2) adopte ce faucon aux pieds bleus d’Albert le grand comme espèce; Aldrovande 3) fait de méme, sans se douter de son identité avec le lanier décrit par les fauconniers francais et par Belon; ce méme faucon aux pieds bleus passa ensuite, mais sous un nom différent, savoir, celui de Falco stellaris 4), dans les ouvrages de Brisson 5), de Latham 6), de Gmelin7) et de Bechstein 8), et il ne cessa de figurer comme espèce particulière que lorsqu'il eùt été rejeté par Naumann et énuméré par Wolf 9) parmi les synonymes du faucon commun, exemple imité par Temminck 10) et tous les naturalistes suivants. Belon 1 1) est le premier naturaliste qui ait fait connaître le lanier sous son véritable nom et qui en ait donné une description passable; mais la plupart de ses successeurs, n’ayant pas été à méme d’examiner cet oiseau en nature, ils se contentaient ordinairement de copier cette description de Belon. C'est sur ce lanier de Belon que sont établis le Lanarius gallorum d’Aldrovande i), le Lanarius de Willughby 13) et de Ray 14), le Falco lanarius de Klein 15), le Lanarius de Brison 16), à l’exception des synonymes, le lanier de Buffon 17) et le lanier francais ou Lanette de Bechstein 18) qui en fait très mal-à-propos une variété de son gerfaut. Il est vrai qu'il existe dans plusieurs ouvrages iconographiques des figures qui paraissent en effet représenter le lanier; mais ces figures sont faites avec si peu de soin que ce n'est qu’avec doute qu'on peut les rapporter à cette espèce. A cette catégorie appartiennent la figure du «Sparviere di Tunis», contenue dans la grande Ornithologie italienne 19); et qui parait représenter le lanier adulte; puis celle du « Sparviere della specie gentile», qui se trouve dans le méme ouvrage 20), et qui pourrait bien avoir été faite d’après un jeune individa du lanier; enfin, la figure du Falco lanarius de Lewin 21), faite d’après un individua tué au Lincolnshire, et qui parait encore représenter le lanier dans la première année 22). Il est probable que plusieurs autres naturalistes ont eu également sous les yeux des individus du véritable lanier; mais ils ont confondu ce faucon avec les espèces voisines. Buffon et Naumann sont de ce nombre; ces deux auteurs ont, à ce qu'il paraît, représenté des individus du véritable lanier, tués au commencement de la première mue, mais ils les ont pris pour de jeunes individus du faucon commun 23). Les autres orni-
ienoré le vé-
thologistes des temps modernes ont complétement ig
ritable lanier. Ce ne fùt queen 1829 que Mr. le baron de 1) Chap. 18, p. 184 de fi
. — 8) Livre VII, chap. 13, p. 495: de falcone
Peucerus ayant, au rapport de Gessner, I. c. p. 42 et 73, supposé que 1
leone qui habet pedes azurinos. — 2) Lib. III, p. 73: de falcone cui pedes
coerulei, eyanopoda dix cyanopode. — 4) Eberus et
terias d’Aristote, nom que
on traduisait en latin par Accipiter stellar
était l’oiseau appelé par tes allemands «Blaufuss», c'est à
dire «pied bleu», on transféra ce nom d’Accipiter ou Falco stellaris au faucon aux pieds bleus d’Albert le grand. — 5) Vol. I, p. 359, n°. 11. — 6) Synopsis, I, 1, p. 79. — 7) Pag. 274, n°. 95. — 8) L.c., p. 888, n°. 36. — 9) Taschenbuch, I, p. 58. — 10) M: 22, p. 128. — 12) Livre VII, chap. 10, p. 8
nel, Ire édition, p. 35. — 11) Livre II, chap.
. — 13) Livre II, art. 13, p. 48. Willughby y rapporte aussi la description du lanier de Carcano. — 14) Synopsis, p. 15, n°. 13. — 15) Historiae avium prodromus, Lubecae, 1750, p. 48, n°. 5. — 16) Pag.363, n°.16. — 17) Vol.I, p.243. — 18) L.c., p.830. — 19) Storia degli Uccelli, Firenze, 1767, fol., vol. I, pl. 17. — 20) Ibid., pl. 18. — 21) The Birds of Great Britain, London, 1796, fol., vol. I, pl. 15, fig. 36. of Birds, 1738, 49,
impossible de se faire une idée de l’espèce quelle doit représenter. — 23) Buffon, PI. enl. 470,
— 22) Quant au Lanneret d’Albin, Natural
History London vol. 2, pl. 7, cette figure est si abominable qu'il est absolument
sous le
nom de faucon sors; Naumann, 2me édit., PI. 24. fig. 1, p. 287 et 288, sous le nom de jeune male du
Feldegg, amateur passionné de l’ornithologie, rencontrant le véritable lanier en Dalmatie, en recueillit quatre individus. Ces individus ayant été d’abord regardés par feu Natterer, comme appartenant au faucon pélérinoide 24), petite espèce trés différente du lanier et qui habite la Nubie, nous avons reconnu, en examinant nous-mémes les individus tués par Mr. de Feldegg, qu'ils ne pouvaient étre rapportés à aucune des espèces connues des naturalistes; mais, ne nous doutant nullement de leur identité avec le véritable lanier des anciens fauconniers, nous nous sommes crus autorisés à les décrire comme appartenant à une espèce nouvelle, que nous faisions dés lors connaître sous le nom de faucon de Feldegg 25). Cette méprise paraîtra excusable, quand on réfléchit è combien d’erreurs lap. plication du nom de lanier a donné lieu, et combien d’espèces différentes d’oiseaux on a successivement décrit sous ce nom.
Nous trouvons qu'on a fait mention, pour la première fois, du nom de lanier dans l’épitre catalane d’Aquila, de Symache et de Théodose. Il existe, selon ces auteurs, deux espèces de laniers, (laner); l’une, à téte et à bec gros, aux pieds d’aigle, difficile è dresser pour la chasse, mais qui se fait à cet exercice a la seconde année, et devient très bonne è la troisime année, (probablement la buse pattue); l’autre, plus petite et réputée ignoble par tout le monde, (peut-étre la cresserelle) 26). Albert le grand 27), tout en se rapportant aux auteurs de l°épitre catalane, adopte cependant trois espèces de laniers, (lanarii), qui forment à elles seules la division des faucons ignobles. Deux de ces espèces, dit-il, sappellent «butherii»; elles sont de la taille du faucon, blanc et noir de couleur, et elles fréquentent les champs pour faire la chasse aux souris. La troisième espèce, de la taille de l’émérillon, est d’une teinte rousse; on la nomme en allemand «Suemere» ou «Sweimer» 28), et elle a l’habitude de se tenir suspendue sur un seul point dans les airs 29). Ces indications prouvent à l’évidence que les butherii d’Albert le grand sont des buses, probablement la buse commune et la buse pattue, et que son Sweimer n'est autre chose que la cresserelle. Les auteurs de fauconnerie italiens ne pa raissent pas avoir connu le véritable lanier, puisqu'ils s'accordent à dire que les laniers (lainieri) sont des oiseaux ignobles et trés différents du lanier des fauconniers francais; Belisario constate méme qu'on nomme en Italie ces oiseaux de proie ignobles, «villani», qu'on en trouve, à ce que l'on rapporte, d’excellents pour la chasse en France, mais que ceux de l’Italie ne sont bons à rien 30). Revenons aux naturalistes. Les «lanarii» de Gessner 31) sont un mélange des laniers d’Albert le grand, des villani de Belisario, et du véritable lanier de G. Tardif. Aldrovande 32) parle d’abord des oiseaux appelés
lanarii par Albert le grand et villani par Belisario; mais les
faucon commun; ce méme individu est beaucoup mieux représenté et sur une échelle plus large dans la
première édition de louvrage de Naumann, planches en in folio, XIV, fig. 22. — 24) Cette espèce a été décrite et figurée par Mr. Temminck, dans les Planches coloriées 479 et dans Susemihl, pl 9 —
25) Schlegel, Abhandlungen aus dem Gebiete der Loologie, ete., III, p. 3 et suiv., pl. 10 et 11, re-
présentant le jeune male et le male adulte; la femelle adulte a été figurée dans Pouvr: ge de Susemihl],
Naturgeschichte der Vogel Europa's, pl.8 bis. — 26) Pag. 139; voici ce passage en original: «Dels ocels
qui son appelatz falcons sont VII manieres. Lo primer es appelat laner, del qual son Il maneres, la 1 al cap et bec gros. mas lo peus ha d’anguila, los quals son afaytats ab gran afayn. È prenen lo segon anyn, et lo tercer noblement. Laltre es de menor estament, la qual es aniul a tot hom.» — 27) L. c., chap. XV, p. 185. — 28) En allemand moderne «Schwimmer,» c'est è dire Nageur; les fauconniers hol landais désignent encore aujourd’hui la cresserelle sous le nom de «Zwemmer.» — 29) Voyez aussi, par rapport à ce lanier roux d’Albert le grand, les chap. II, p. 177 et VIII, p. 181, de son traité. — 30) L. e.
respondere: quum in regione nostra nec animo viribusque nec volatu valeant. — 31) Lib. III, p. 74 et 75. — 32) L. c. 380.
p. 107 et 108: unum tamen scire possumus, illarum istie operam avium proprietati nominis
lib. V, cap. 11, pag
PINI opa TELAI IISRSNIZIOTE
oiseaux qu'il décrit sous le nom de lanarii paraissent se rapporter, l’un 1), au busard Montagu, (Circus cineraceus), l’autre 2) qu'il appelle Lanarius albus, au busard saint Martin, (Circus cyaneus). Dans la suite de son ouvrage 3), Aldrovande introduit è juste titre, sous un nom particulier, savoir, celui de Lanarius gallorum, le véritable lanier décrit par Belon et par G. Tardif. On voit par ces données que le nom de lanier avait dés l’origine deux significations trés différentes l’une de l’autre, lune spécifique, lorsqu'il s'agissait de désigrer le véritable faucon lanier, l’autre générique, très vaguem ?nt employée pour y comprendre plusieurs oiseaux de proie ignobles. L'usage d’employer ce mot dans un sens générique fut encore suivi par Frisch qui décrivit sous le nom générique de Lanarius plusieurs espéces d’oiseaux de proie ignobles 4), et par Brisson qui adopta non seulement tous les laniers de Frisch, que nous venons d’énumérer, mais aussi le Lanarius albus d’Albert le grand, toutefois en changeant cette dénomination en celle de Lanarius albicans 5). Linné ayant rejeté le nom générique de Lanarius, il rangea le Lanarius de ses prédécesseurs dans son genre faucon, mais il appliqua le nom de Falco lanarius à un faucon de grande taille de la Suéde, qu'il dit étre trés différent du soi-disant lanier italien, c'est à dire, des laniers des auteurs de fauconnerie italiens, qui ne sont autre chose que les oiseaux de proie ignobles; du reste, la description que Linné a donnée de son Falco lanarius 6), parait étre faite d’après un jeune male du gerfaut de Norwége. Il en est. de méme du Falco lanarius de Nilsson 7). Briinnich 8), se souciant peu de ce qui avait été dit du lanier avant lui, prend pour tel l'émérillon. Mohr 9) imite Brimnich sur ce point. Geérardin 10) décrit sous le nom de lanier un faucon de petite taille, originaire de la Suisse, et qui parait se rapporter au hobereau. L’oiseau figuré par Buffon r1) sous le nom de lanier, est un très vieux male du faucon commun. Huber 12) n’adopte pas le lanier comme espèce, ou plutot il le prend pour le méme oiseau que le sacre. Le nom de lanier, ayant été transféré, comme nous l’avons constaté en traitant du sacre, à cette espèce par Pallas et par Pennant, cet exemple fut imité par Naumann et Temminek 13) qui décrivaient le sacre d’aprés nature sous le nom de lanier, et dès lors tous les naturalistes postérieurs s'empressèrent de suivre cet exemple. On voit par ces données que depuis Linné les naturalistes réservaient constamment le nom de lanier pour désigner quelque espèce de faucon noble, mais qu’ils étaient peu d’accord sur l’espèce qui devait porter ce nom; aussi ont-ils souvent confondu, parmi les synonymes de cet oiseau, les espèces les plus hétérogènes, de sorte que l'on ne peut guère citer les ouvrages de ces écrivains sans commetire de doubles emplois de noms 14).
Il est clair d’après ce que nous venons de constater sur l’application du nom de lanier à des espèces d’oiseaux de proie trés
différentes les unes des autres, que les naturalistes ne pouvaient
1) Figuré è la page 382. — 2) Figuré à la page 381. — 8) Lib. VII, cap. 10, p. 488. — 4) Le
alco albocinereus et le Laniarius albus s. Falco albus de Frisch, pl. 79 et 80,
Laniarius cinereus sive sont établis sur le male adulte du busard saint Martin, (Circus eyaneus); son Vultur fuscus s. Laniarius
et le Vultur s. Laniar
medius, pl. 77 et 78 reposent sur le busard des marais, (Circus rufus); enfin,
ce méme auteur a 1 nté, pl. 85, le jeune mdle de la eresserelle, sous le nom de Tinnunculus alter s. Laniarius rufus. — 5) Ornithologie, tome 1, pag. 367, n°. 18. — 6) Fauna suecica, p. 22, n°. 62. — 7) Ornithologia suecica, p. 44, n°. 17, et Skandinavisk Fauna, Oiseaux, 1, p.14, n0.2. — 8) Ornithologia borealis, p. 1, n°. 1 et 2. — 9) Forség, p. 19, n°. 35. — 10) Tableau élémentaire d’Ornithologie, p. 52
et suiv.. — 11) Planches enluminées 430. — 12) Observations, pl. 1, n°. 3, fig. 4: Sacre ou Lanier. —
= na - susa rreresnanna ne
se former qu’une idée assez confuse de la véritable patrie du lanier. Jean de Franchières, G. Tardif, et après eux la plupart des fauconniers et naturalistes francais jusqu'à Buffon, constatèrent que le lanier est un ciseau commun en tout pays; particulitrement en France, où il fait son aire sur les arbres élevés des bois. Soit qu’ils aient puisé ces renseignements dans l’ouvrage d’Albert le grand, dont les laniers sont, comme nous l’avons vu plus haut, des oiseaux trés différents du véritable lanier et è la vérité communs par toute l'Europe; soit. quils aient répété ce qu’ils avaient lu dans les ouvrages des fauconniers arabes et grecs, qui avaient tout le droit de dire que le lanier est un ciseau commun en tout pays, c'est à dire, dans les pays qu'habitaient ces fauconniers; soit enfin, que l’on prit dans un sens trop étendu les indications de d’Arcussia qui veut en effet que le lanier se trouve dans le midi de la France: ces erreurs, une fois recues, ne cessèrent de se propager et.de saccréditer. Ce fùt encore pire, lorsqu’on eùt successivement décrit sous le nom de lanier, le faucon blanc, le gerfaut, le faucon commun, le sacre, l’émérillon et d’auires espèces: dès lors on attribuait tout ce que l’on savait sur la distribution géographique de ces oiseaux, au sacre que l’on désigna sous le nom de lanier; on faisait habiter ce prétendu lanier en Hongrie, en Russie, en Tatarie, et méme dans l’Amérique du Nord; on soutenait qu'il s'égarait jusqu'’en Suède, en Angleterre, aux îles Far et en Islande; et Sonnini et Vieillot 15) allèerent jusqu'àè dire que le lanier était autrefois assez commun en France, mais qu'il y a disparu pour se retirer dans des contrées plus septentrionales.
L’étymologie du mot lanier est non moins obscure que celle du mot de gerfaut. Ducange veut qu’autrefois en France, on appelait ainsi les hommes dégradés et làches. Les auteurs qui ont éerit sur la fauconnerie, sont d’avis que ce mot est dérivé du latin, soit de «lana» (laine), soit de «laniarius», (boucher), et que ces oiseaux ont été désignés sous ce nom, soit à cause de la nature molle et laineuse de leurs plumes, soit parce qu'ils ont l’habitude de déchirer les animaux dont ils se nourrissent; suppositions dont la première est tout au plus applicable aux buses, tandis que la dernière nous parait bien gratuite, vu que l'habitude de déchirer la proie est commune à la plupart des oiseaux de proie diurnes.
On sait è la vérité fort peu de chose relativement à la distribution géographique, à la manière de vivre et aux moeurs du lanier. Nous avons constaté plus haut que le baron de Feldegg a tué, lors de ses excursions en Dalmatie, quatre individus du lanier; il est donc probable que cet oiseau se trouve habituellement dans ce pays. Quoiqu'il en soit, il n'a été observé que trés rarement dans les autres parties de l'Europe, dont il ne paraît fréquenter qu’accidentellement les parties tempérées. A l’exception des trois individus décrits par Buffon, Lewin et Nau-
mann, je ne connais qu'un seul exemple que cet oiseau ail
13) Meyer et Wolf n’ont adopté comme espèce, ni le lanier, ni le sacre; le lanier de Gmelin figure dans leur ouvrage parmi les synonymes du faucon commun; voir Taschenbuch, I, p.58. La première édition du Manuel d’Ornithologie de Mr. Temminck, p. 34, est encore conforme, à légard de ces deux espèces, à louvrage de Meyer et Wolf. — 14) La plupart des ornithologistes modernes ayant emprunté les noms latins des oiseaux d’Europe à louvrage de Gmelin, il suffira, pour prouver ce que nous venons de dire, de constater que ce compilateur a réuni sous un seul nom Je Falco lanarius de Linné, les Lanarii de Gessner, le Lanarius gallorum d’Adrovande, et le lanier de Pennant qui est en partie établi d’après le Falco lanarius de Pallas; voir le Systema naturae, 138me édition, p. 276 n°. 25. — 15) Nouveau Diction naire d’histoire naturelle, Paris, Déterville, Tome XI, p. 99.
été rencontré dans l'Europe centrale 1). Les fauconniers hollandais, qui prennent annuellement un grand nombre de faucons, assurent unanimement n’avoir jamais vu cet oiseau à l’état sauvage.
Il parait que le lanier fut autrefois assez recherché des fauconniers, attendu qu'ils en parlent tous dans leurs ouvrages 2). D'Arcussia 3), qui a le plus amplement traité de ce faucon, rapporte qu'il n’est point de meilleur oiseau è la perdrix, quand il sadonne à étre bon, et qu'il endure la captivité avec tant de facilité que l’on a gardé de ces individus durant dix-huit à vingt ans; mais, de l’autre còté, cet auteur constate que le lanier est peureux, poltron et d’un naturel vilain. L’abondance des laniers niais, dit cet auteur, vient de Sicile; ils font la plupart leurs aires dans de grands rochers, et parfois aussi au haut de quelque grand arbre; il en vient aussi de la Pouille, lesquels se prennent dans les montagnes du pays. Quant au lanier de passage, cet auteur assure qu'on en prend en la Craux d’Arles, mais que
les meilleurs viennent de la Craux de Vérone en Lombardie 4). DU LANIER ALPHANET 0U TUNISIEN.
C'est sous ces noms que les anciens fauconniers ont désigné un oiseau qui ne se distingue du lanier que par quelques modifications dans la nuance des teintes. Ces modifications, quoique légères, étant à ce qu'il paraît constantes, et cet oiseau ne paraissant pas se trouver dans les contrées habitées par le lanier, nous avons cru devoir suivre l’exemple des auteurs de fauconnerie, en traitant séparément de ce lanier alphanet et en l’introduisant comme race diverse du véritable lanier.
Le lanier alphanet ressemble en tout point au lanier ordinaire, tant par sa taille que par les proportions relatives de la queue, des ailes et des serres, ainsi que par la couleur de la cire, de la membrane des yeux et des serres. Il parait que cette race varie aussi considérablement par rapport à sa taille que le faucon ordinaire. Un jeune male de notre collection, qui nous a été envoyé de la Grèce, a les ailes longues seulement de onze pouces et trois quarts; sa queue est de six pouces et trois quaris, et le doigt du milieu n’offre qu'un pouce et demi. Dans une vieille femelle, provenant de l’Egypte, les ailes portent treize pouces et dix lignes, la queue est de sept pouces et demi, et le doigt du milieu d’un pouce et neuf lignes. Un troisièeme individu venu de la Grece, également femelle, mais encore revétu de sa première livrée, est remarquable par le développement de ses doigts, dont celui du milieu offre presque deux pouces en longueur; les ailes ne portent que treize pouces et demi, mais la queue est de sept pouces et trois quarts.
Il ne parait pas que le lanier alphanet présente, dans la première année, des différences avec le jeune lanier ordinaire; mais une fois revétu de sa livrée parfaite, les teintes de son plumage offreni, comparées à celles du lanier adulte, les modifications suivantes: Les taches foncées de la partie postérieure
de la téte et de la nuque sont beaucoup plus étroites et n’occu-
1) L’individu dont il s’agit a été pris, il y a quelques années, près d’Hanau; il est conservé au musée de Mayence, où je lai examiné. — 2) Il existe dans la galerie de peinture è la Haye, un tableau qui
représente le portrait d’un chevalier anglais portant sur le poing un laneret hagard. Ce portrait, un peu
au dessous de la grandeur naturelle, est peint par le célèbre H. Holbein le jeune, et porte l’inscription suivante: Robertus Cheseman, Etati suae XLVIII, Anno Dm. JXXXIHN. — 3) Fauconnerie, Ire partie,
chap. 32 et 33, p.39 à 42. — 4) Cette dernière assertion est peu probable, attendu que les auteurs de
o italiens
fauconne ssurent unanimement, en parlant du véritable lanier, que ce faucòn ne se trouve
qu’en France ct jamais en Italie.
pent souvent que la tige des plumes; la couleur rougeatre qui se voit sur ces parties, y domine par conséquent, et comme elle tire fortement sur le brun-roux, la distribution des teintes sur cette partie rappelle en quelque sorte celle que l’on observe sur la téte de la pie-griéche rousse, (Lanius rufus). Le front tire, à l’exception de sa partie antérieure, fortement au brun-noiratre, et cette teinte s'étend également au-dessus des yeux le long des bords latéraux de la téte; elle occupe en outre les parties supérieures et postérieures de la région des oreilles, et se prolonge sur le devant de cette partie pour former la tache en moustache, qui est par conséquent plus foncée et plus large que dans le lanier ordinaire. La couleur du fond du dos, des parties postérieures du cou, et de la face externe des ailes, tire plus fortement au brun, et les bordures et taches claires dont les plumes de ces parties se trouvent ornées, sont beaucoup moins apparentes, de sorte qu'elles se confondent plus ou moins parfaitement avec la couleur dominante. Le croupion offre des teintes plus sales, et les bandes claires de la queue sont beaucoup moins distinctes que dans le lanier. Les parties inférieures de l’oiseau présentent, à partir de la région du jabot, une assez forte nuance de roux-brun pàle, qui se prolonge aussi sur les couvertures inferieures des ailes. Les plumes des jambes enfin sont souvent de forme longitudinale.
Il parait que, ni l’empereur Frédéric, ni les anciens fauconniers grecs et arabes, n’ont distingué cette race de faucon ei qu'ils l’ont par conséquent comprise sous le méme nom que le lanier; du reste, on ne peut guère douter qu'ils n’aient connu cet oiseau qui nous a été envoyé de la Grèce et de l'Égypte, ei qui se trouve probablement aussi daris plusieurs autres parties de l’Afrique septentrionale. Jean de Franchières 5) en fait mention sous le nom de «Tunisien», constatant que ce faucon s'approche assez près du lanier et qu'il est nommé Tunisien, parce qu'il vient de Barbarie et de Tunis. La plupart des auteurs de
crit après lui, rapportent à peu pres la
fauconnerie qui ont
méme chose. D’Arcussia 6) en donne deux figures; il anpelle
cet oiseau «Lanier alphanet», nom arabe 7), quoiqu'il affirine que ce nom ail été donné à ce faucon par les Grecs, « pour estre réputé en leur pays le premier oyseau de proye, dérivant ce nom de la première lettre de leur alphabet.» Il dit un peu plus haut: «ces oyseaux sont venus premièrement à nous de Barbarie, on les appelle Tunissiens»; puis il ajoute qu'il en a vu prendre en la Craux d’Arles et que ceux qui viennent du còté de l'Égypte sont plus grands et ceux de Candie plus blonds que les autres 8). Les naturalistes n’ont connu cet oiseau que d’après les données des auteurs de fauconnerie. Gessner 9), ne consultani par rapport à cet oiseau que l’ouvrage de G. Tardif, qui l’indique seulement par le nom 10), n’en fait mention que dans les généralités qui précèdent l’histoire des espèces de faucon; il le nomme Falco tunisius. Belon 11) parle seulement du tunisien en traitant du faucon commun. Le Falco tunetanus d’Aldrovande 12) repose sur les indications données sur cette
5) Lime 1, chap. 8, pi 4. = 6) Fauconnenie, lee partie, (Chap. 23, p. Siete e 0 non ci
derit «Alphaneque» dans le traité de fauconnerie espagnol de Federigo Zuniga y Sotomajor; voir Schnei
der, dans son édition de l’ouvrage de l’empereur Frédéric, Il, p. 107. — 8) J'ai lieu de douter
de lexactitude de ces a
ssertions; du moins, les individus de l’Egypte que j'ai examinés ne different en rien de ceux venus de la Grèce; quant à l’observation que le lanier alphanet se trouve quelquefois dans le midi de la France, il se pourrait fort bien que d’Arcussia ait pris des individus du véritable Janier pour le lanier alphanet. — 9) L. c., p. 64. — 10) Chap. III, p. 56. — 11) Livre Il, chap. 18, p. 117. — 12) Livre VII, chap. 7, p. 483.
race par Carcano et Belon. Il en est de méme du Falco tunetanus de Willughby 1) et de Ray 2). Albin 3) a donné une figure tout à fait méconnaissable d’un faucon qu'il nomme Faucon de Barbarie, et que ses successeurs ont pris pour leur tunisien. Brisson 4), qui a copié la description du faucon de Barbarie d’Albin, fait de cet oiseau la premiére variété de sa prétendue espéce du Falco peregrinus. Linné 5), ayant rejeté le nom de Falco tunetanus, introduit cet oiseau dans le système sous le nom de Falco barbarus, exemple suivi par Latham 6) et Gmelin 7). Bechstein 8), au contraire, le regarde de nouveau comme une variété du Falco peregrinus, et cette maniére de voir ayant été adoptée par Temminck 9) et Naumann 10), il ne fut dès lors plus question dans le catalogue méthodique de ce faucon tunisien ou de Barbarie comme d’une espéce ou race particuliére. Quant à nous, nous avons préféré, en introduisant de rechef ce faucon dans le système, de lui conserver le nom proposé par d’Arcussia, et de rejeter celui de tunisien ou de faucon de Barbarie, noms empruntés simplement de la ville ou des lieux, d’où l’on envoyait des faucons en Europe.
Nous avons recu plusieurs individus du lanier alphanet, tant de la Grèce que de l'Égypte. Ayant d’abord pris cet oiseau pour le lanier ordinaire, nous en avons décrit, en 1843, dans un de nos ouvrages, deux individus venus de la Grèce, savoir, une Jeune femelle et un vieux mile, comme appartenant à l’espéce que nous venons de nommer 11). Il ne nous est parvenu aucun détail sur les moeurs et la maniére de vivre de cet oiseau.
Des oiseaux plus ou moins semblables au lanier alphanet ont été observés dans plusieurs parties de l’Afrique et de l’Asie. A ce nombre appartient d’abord un faucon désigné au musée de Berlin sous le nom de Falco cervicalis 12); il habite la pointe australe de l’Afrique et ne parait guère se distinguer du lanier alphanet que par une queue un peu moins longue et pourvue de bandes plus étroites et plus foncées, par les parties inférieu-
res du corps teintes à l’àage adulte d’un rougeatre vineux très
agréable et orné de petites taches isolées, enfin par la couleur rousse plus intense des parties postérieures de la téte. Les taches ou bandes claires dont le dessus de l’oiseau se trouve orné à l’àge adulte, sont aussi prononcées que dans le véritable lanier; et le jaune des serres parait étre plus pur et plus vif que dans cette espece et dans le lanier alphanet. On doit encore ranger à la suite du lanier et des races ou espèces semblables, un faucon de l’Indoustan, figuré par Mr. Gray 13) sous le nom de Falco jugger, oiseau qui parait s'éloigner des espèces ou races voisines du lanier par sa queue d’un gris-brunàtre uniforme, par les plumes des jambes teintes de brun foncé, ei par ses parties inférieures d’un blanchatre relevé seulement par quelques ta-
ches isolées de couleur foncée.