DU FAUCON
Les fauconniers ne désignent pas le plus souvent cette espèce
4 . x . * x 9, 2 sous une épithète particulière, parce qu'elle esi la plus répandue du genre et parce qu'elle est celle dont en Europe on se
sert ordinairement pour la chasse au vol. En la comprenant
Dre parA 7 ant MI 2) L. c., p.14,n0.9,— 3) Nat. Hist. of Birds, Vol. III, pl. 2. — 4)L.c., tomeI,
p. 343. — 5) Syst. nat., 12me gdit., I, p. 125, n°. 8. — 6) Synopsis, I, 1, p.72, n°. 51. — (A) Ic,p272:
n°. 8. — 8) Naturgeschichte, 2me édit., tome I, p. 751. — 9) Manuel, 2we édit., I, p: 23. — 10) Natur-
geschichte, 2me édit., I. p. 285. — 11) Sehlegel, Abhandlungen, INT, p. Get 7; nous nous proposons ‘de sano: pa IRE 03
sous le nom de faucon commun ou faucon ordinaire, nous avons suivi l’exemple des fauconniers hollandais, anglais, allemands et danois, qui ont l’habitude de lui conférer, en la comparant aux autres espéces du genre, une dénomination analogue; car c'est, comme nous l’avons expliqué plus haut, en traitant des termes de fauconnerie, bien mal è propos que les naturalistes modernes ont appliqué à cette espèce en général l'épithéte de pélerin, épithète inventée par les fauconniers pour désigner simplement les faucons venant de certaines localités et pris à une certaine époque de leur passage.
Le faucon commun s'éloigne sous plusieurs rapports des autres especes de grande taille d'Europe; car ses doigts sont plus longs; les plumes, particulirement celles des parties inférieu-
général moins d’étendue; la queue enfin étant,
res, offrent en proportions gardées, plus courte, elle ne dépasse guère les ailes, lorsque celles-ci sont plices. Il s'éloigne encore des espèces dont nous venons de parler, par sa tache en moustache plus grande et plus fortement prononcée, par les taches plus nombreuses doni ses parties inférieures sont couvertes au Jeune age, enfin, parce que les taches dont les plumes des flanes et des jambes sont ornées dans les adultes, offrent plus décidément la forme de bandes transversales que dans les autres faucons. Les faucons communs qui habitent l'Europe, sont assez sujets à varier à l’égard de leur taille. Les males portent quatorze à quinze pouces en longueur totale; les ailes sont, dans ce sexe, longues de onze à douze pouces; la. queue n’en offre que cinq et demi à cinq et trois quaris, tandis que le doigt du milieu est d’un pouce et trois quarts environ. La femelle atteint seize è dix-huit pouces en longueur totale; ses ailes portent douze pouces et trois quarts à treize pouces et demi; la queue est de six pouces à six pouces et demi, et le doigt du milieu de deux pouces à deux pouces et une ligne. Les ongles sont dans tous les ages d’un noir profond; mais les teintes des pieds varient beaucoup dans cette espèce suivant l’àge, et elles sont éga-
te)
lement sujettes è varier suivant les individus.
Le faucon au premier plumage offre une disposition des teintes analogue en général à celle du ]Jeune sacre, à cette exception près qu'il a la tache en moustache beaucoup plus prononcée; que l’on voit moins de blanc è la nuque qui n’offre pas non plus de traces d’une teinte rousse; que les taches des parties inférieures sont plus peutes et plus serrées, parce que les plumes du faucon ont moins d’étendue que cells du sacre, et que les barbes externes des pennes de la queue sont pourvues de taches claires comme les barbes internes. Les serres, la cire et la membrane des yeux sont d’un vert bleuAtre livide et en consequence très pale; mais cette teinte, élant assez sujette à varier, on trouve rarement deux individus qui se ressemblent parfaitement à cet égard. Le bec est, comme d’ordinaire dans les faucons, d’un bleu sale foncé, tirant au noiràtre vers le bout du bec ei passant au Jaune à sa base. La couleur du fond des parties supérieures est un brun terne, plus ou moins foncé, un peu plus clair sur la queue et passant au noiràtre sur les grandes rémiges; cette leinte occupe également le
S parties Supérieures
publier la figure du lanier alphanet adulte dans la troisièr ivrai e } I { I oisieme livraison de l’ouvrage que nous venons de
citer. — 12) Cet oiseau a été figuré dans les Planches coloriées 324 sous Je nom de Falco biz
nom d’un choix peu heureux, vu qu'il signifie «Faucon de la province de Perm en Russie - 13) Dans Iardwicke, Indian Zoology, vol. HI, pl. <
Sorta ti DICE AR TT
et postérieures de la région des oreilles, et elle forme, sur la partie antérieure de cette région, une tache en moustache beaucoup plus large que dans les autres faucons de grande taille d'Europe. Les plumes des parties supérieures de l’oiseau sont bordées de roussàtre, et celles des ailes, du dos et du croupion se trouvent souvent parsemées, par-ci par-là, de petites taches d'un brun-roux sale et très clair, mais dont le nombre et la forme ne sont non moins sujettes à varier suivant les individus que les nuances de la teinte du fond méme. Les pennes de la queue, terminées de blanc, sont ornées sur chaque barbe de dix à onze taches transversales ai offrent la méme teinte que les taches claires des ailes, ei qui sont disposées en manière de bandes. On observe comme d’ordinaire, sur les barbes internes des rémiges, des taches transversales claires assez larges et serrées. Les couvertures inférieures des ailes sont d’un brun foncé; les petites se trouvent porrvues d’un bord blanchàtre plus ou moins large; les moyennes offrent des taches blanchàtres le plus souvent de forme ovale; dans les grandes. ces taches sont étroites et disposées par bandes. La couleur dominante des parties inférieures est un blanc sale, tirant plus ou moins au roux-brun pale, notamment sur la poitrine, le ventre et les flanes. Les plumes de ces parties sont, à partir de la gorge, pourvues chacune d’une tache longitudinale d'un brun foncé; ces taches sont en général assez larges, particuliérement sur les flanes; celles des couvertures inférieures de la queue offrent seules une forme transversale. Le blanc des parties inférieures monte sur le milieu de la région des oreilles; il forme de chaque còté du cou plusieurs taches irrégulières et peu apparentes; enfin, d'autres taches de cette teinte se rangent autour de la nuque pour former une espece de demi-collier assez mal marqué; le devant du front est également blanchatre.
La livrée du faucon offre après la première mue une distribution des teintes trés différente de celle des individus au premier plumage. Les serres, la cire et la membrane des yeux sont alors d'un jaune assez vif. Il ne reste que très peu de blanc sur le devant du front, et les taches blanches de la nuque disparaissent totalement. La teinte du fond des parties supérieures
change
au noir brunatre. Toutes les plumes de ces parties, à partir du cou, sont, ainsi que les rémiges secondaires, ornées de bordures et de taches transversales plus ou moins prononcées et d'un gris cendré tirant au bleuàtre; ces taches cependant disparaissent sur les petites couvertures des ailes, tandis que vers le derrière elles deviennent plus larges et se réunissent pour former des bandes; sur le croupion, elles prennent méme le dessus, de sorte que la couleur du fond y parait à son tour en guise de bandes transversales étroites. Les bandes claires de la queue, de la méme teinte que les bandes des autres parties supérieures, sont au nombre de douze à ireize sur les pennes extérieures, et assez serrées, notamment vers la base de la queue, où la teinte du fond forme des bandes trés étroites. La queue est terminée de blanc et la bande noire qui borde cette teinte, est un peu plus large que les autres bandes foncées. La face inférieure de la queue est comme d’ordinaire beaucoup plus pale que la supérieure. La teinte du fond du dessous de
l’oiseau est un blane plus ou moins sale, ou offrant plutòt
1) Nous verrons plus tard que cette variété a été figurde par Aldrovande, pag. 461.
(Dai
une faible nuance d’un roux jaunàtre, particuliérement pro-
noncée sur la poitrine et le ventre. Toutes les parties inférieures, ; ; “DE
gorge, sont ornées de taches d'un noir tirant au
brun rougeatre: ces taches, plus ou moins étroites et longitudi-
à partir de la
nales sur la région du jabot, sont en forme de coeur ou orbiculaires sur la poitrine, le ventre et les plumes supérieures des flances; elles sont transversales sur le bas ventre, et elles prennent la forme de bandes transversales sur les couvertures inférieures de la queue, sur les plumes des jambes et sur les grandes plumes des flanes, où elles sont assez larges. Le blanc des parties inférieures monte ordinairement plus ou moins sensiblement sur la région des oreilles, de sorte que la grande tache en moustache est plus ou moins distinectement séparée de la teinte foncée de la téte; il arrive cependant quelquefois que la région des oreilles est d’un noir uniforme, et c'est alors que la tache en moustache se confond complétement dans cette teinte. Les taches des couvertures inférieures des ailes offrent toutes une forme plus ou moins décidément transversale. Les larges taches blanchàtres qui ornent les barbes externes des rémiges, tirent vers le devant sur le brun rougeàtre.
Les mues suivantes, c'est à dire celles qui ont lieu lorsque l’oiseau a passé sa deuxième année, n’opèrent pas des changements aussi considérables dans les nuances des teintes que la première mue. La couleur dominante du dessus de l’oiseau est cependani à cet age plus foneée, et les taches ou bandes claires dont ces parties sont ornées, offrent, ainsi que les bordures des plumes, une teinte plus pure, de sorte qu'elles se détachent plus nettement de la couleur du fond. Les taches des parties inférieures, enfin, sont plus petites, les bandes transversales plus étroites, et la couleur claire des plumes des flanes et des jambes tire au gris bleuàtre.
On observe quelquefois, parmi les jeunes faucons de cette espèce, une variété qui parait constamment présenter des nuances un peu diverses des teintes. Dans ces jeunes faucons, la teinte claire est un roux-brun sale, pale, et tirant au Jaunatre sur les còtés du cou. Le plumage des parties supérieures offre des larges bordures de cette méme teinte. La membrane des yeux et la cire sont d'un bleu grisatre sale tirant tant soit peu sur le verdatre; le bec est d’un bleu plus foncé passant vers le bout au noiràtre. Les serres, enfin, sont d’un jaune sale très pale. Les fauconniers désigneni cette variéié sous le nom de «faucon au plumage de cresserelle». Ces faucons sont, à leur dire, beaucoup plus difficiles à affaiter que les autres faucons, de sorte qu’ordinairemeni on ne réussit guére à en faire quelque chose; s'il se trouve au contraire, comme il arrive quelquefois, des individus qui se prétent à l’instruction, on parvient alors le plus souvent à en faire d’excellents oiseaux. Ce sont encore les fauconniers qui assurent que ces faucons se revétent, après la première mue, d'une livrée semblable è celle des autres faucons communs adultes. La variéié la plus remarquable parmi les faucons adultes est celle dont les parties supérieures sont très foncées, et dont le noir des coòtés de la téte se réunit à la tache en moustache, occupant ainsi la plus grande partie de la région des oreilles 1). Les autres
variétés que l'on renconire parmi les faucons adultes, se bor-
nent à de légères modifications dans les nuances des teintes, et dans la forme et l’étendue des taches des parties inférieures.
cénéralement em-
Le faucon commun étant l’oiseau le plus g
ployé pour la chasse, étant répandu dans presque toutes les parties du monde et offrant de nombreuses variétés tant è 1°égard de sa taille qu'à l’égard de ses teintes, les fauconniers se sont servis depuis les temps les plus réculés de plusieurs épithétes pour désigner ces variétés ou pour indiquer simplement l'origine des individus qu'ils recevaient 1). Cest ainsi qu'ils réservaient l’épithète de pélerin ou faucon de passage aux faucons communs qui, nichant dans les contrées froides de l’Europe orientale, viennent visiter les autres pays de cette partie du monde pendant la saison rigoureuse; les faucons que l’on apportait des còtes septentrionales de l’Afrique, recevaient en général le nom de faucons de Barbarie, mais on leur donna le nom de faucons de Tatarie ou simplement de tartarets, lorsque ces oiseaux étaient pris de passage en Barbarie, venant, comme on le supposait, de la Tatarie2); on distinguait ceux qui nichent dans les hautes montagnes de l'Europe, comme dans les Alpes suisses, dans les Pyrénées, sous le nom de faucons de montagne; les faucons dont les teintes offrent des nuances très foneées, s'appelaient faucons noirs; ceux, enfin, dont la couleur des serres et de la cire tire sur le bleuàtre, se nommaient chez plusieurs peuples des pieds-bleus. Cependant, tous ces faucons furent ordinairement compris sous une dénomination générale, soit simplement sous celle de faucon, soit sous celle de faucon gentil, ou en hollandais, en anglais, en danois et en allemand sous celles de «slechtvalk», «slightfalcon», «Slaeifalk» et «Schlechtfalke» 3). L’épithète de gentil ayant été traduite en latin par l’empereur Frédéric, comme plasieurs autres termes de fauconnerie, il est évident qu'il faut prendre ce mot dans
l’acception de noble 4) et non pas dans celle du mot latin «gentilis», mot qui signifiait chez les anciens Romains, soit ce qui étoit issu d'un méme famille, soit les étrangers en général, et que les éerivains chrétiens employèrent ensuite pour désigner les payens. Du reste, Bélisaire 5) a déjà traduit le mot de « gentilis» par «generosus» et Gessner 6) par «nobilis», et plusieurs éerivains allemands ont ensuite désigné le faucon commun sous le nom d’Edelfalke, ce qui signifie faucon noble; aussi Vhabitude de distinguer les oiseaux de proie diurnes en nobles et en ignobles, date-t-elle de très longtemps, puisque cette distinction a déjà été adopiée par Albert le grand comme principe de classification de ces oiseaux. Quant aux épithètes de «slecht», «schlecht», « slight» ou «slaet», qui signifient toutes la méme chose, c'est à tort que l’on a pris ces mots dans l’acception usitée de nos jours, où elles signifient mauvais; il les faut évidemment prendre dans l’acception de simple, sans faste, sans distinction, car c’'était la signification originaire de ces mots dans les langues d’origine tudesque, signification qui s'est conservée dans le mot allemand «schlicht».
Plusieurs auteurs de fauconnerie, et ce sont précisément les plus instruits, saccordent à dire qu'il n’existe qu’une seule espece de faucon commun. L'empereur Frédéric 7) distingue les
1) D’Arcussia, p. 6. — 2) Recueil des oiseaux de proie, p. 114. — 83) Plusieurs naturalistes allemands
modernes, ignorant la signification originaire de ce mot de Schlechtfalke, ont changé en celui de Schlachtfalke, ce qui signifie faucon .boucher, et qu'ils employaient le plus souvent pour désigner leur
oyseau luy a faict donner le nom de Gentil.» ®
lanier qui est notre sac;
. — 4) D'Areussia, livre 1, chap. 18, p. dit: «le bon naturel de cest
faucons gentils en « gentiles peregrini » et en «gentiles absolute», mais il constate 8) qu'il n’y a pas de différence entre ces oiseaux, sauf que les pélerins, nichant dans les régions septentrionales, naissent à une époque plus avanege de l'année et qu'ils muent plus tard que les gentils proprement dits; il parle ensuite des différentes variétés du faucon commun 9), sans les désigner sous des noms particuliers. D’Arcussia 10) se donne beaucoup de peine pour réfuter ceux qui admettent plus d’une espèce de faucon ordinaire. D'autres écrivains de fauconnerie sont d’un avis contraire, mais leurs indications, compilées sur les ouvrages des fauconniers arabes ou d’après oui-dire, sont peu précises et souvent contradictoires. Bélisaire, par exemple, dit que les fauconniers doutent si les gentils appartiennent à la méme espece que les pélerins rr); mais il veut qu'il existe deux sortes de pélerins, les uns à teintes tirant sur le noiràtre et semblable»
aux gentils, les autres à teintes pIus pales et offrant un joli dessin de taches blanches. De Franchières fait mention du fauton gentil, du pélerin et du taucon tartaret 12), et il se met ensuite à démontrer qu'il y a non seulement plusieurs espèces de faucons gentils 13), mais que les gentils sont très différents des pélerins 14). Guillaume Tardif 15) distingue le gentil, le pélerin, le faucon de passage et le montaigner, comme formant des espèces particulières de faucon; d'autres, enfin, ont gtabli des distinctions plus ou moins analogues à celles que nous venons de citer. Il serait cependant trop long de rapporter ici tout ce que les auteurs de fauconnerie ont débité à ce sujet; ce que nous en avons dit suffira pour prouver qu’ils ont pris le mot d’espèce dans une signification trés différente de celle que l’on y attache dans la science, et qu'ils ont pris pour espèce tous les oiseaux que les fauconniers désignaient sous un nom différent quelconque. Voy ons maintenant comment les naturalistes sy sont pris pour faire l’histoire du faucon commun. Albert le grand a embrouillé dès le premier pas l’histoire de cet oiseau. Ne sachant le distinguer lui-méme en nature, il se contente de traduire en latin les épithètes sous lesquelles les fauconniers avaient l’habitude de désigner cette espéce suivant l’àge ou suivant les localités qu'elle fréquente, et il ajoute è ces noms les renseignements que lui communiquaient les fauconniers sur ces oiseaux, ou qu'il trouva dans le fragment d’un traité de fauconnerie, connu sous le titre d’épitre catalane. Les jeunes de l’année du faucon ou le faucon sors étant désignés par les fauconniers allemands sous le nom de faucon rouge, il en faisait une espéce particulière qu'il nomma Falco rubeus 16); il donna le nom de Falco gibbosus 17) au faucon adulte appelé par les fauconniers faucon hagard; son Falco niger 18) n'est autre chose que la variété appelée Kohlfalke à cette époque en Allemagne; les faucons qui habitent les hautes montagnes figurent dans son ouvrage sous le nom de Falco montanarius 19); enfin, les faucons de passage y sont compris sous le nom de Falco peregrinus20). Gessner 21) adopte de bonne foi toutes ces espéces imaginaires de faucons; il reproduit les renseignements fournis à ce sujet par Albert le grand, et il tàche de les compléter par des détails tirés en grande partie des ou-
5) p. 106. — 6) p. 70. — 7) Livre II, chap. 2, p. 74. — 8) Ibid., chap. 3, p. 76. — 9) Ibid., chap. 24 et 25, p. 86 et 87. — 10) Livre I, chap. 4, p. 6, et chap. 17, p. 28. — 11) p. 101. — 12) Livre I, chap. 1, 2 et 3. — 13) Ibid., chap. 15, p. 7 verso. — 14) Ibid., chap. 16, p. 8 50. — 16) Chap. 12; p. 183. — 17) Chap. 9, p. 181. — 18) Chap. 10, p. 183. — 19) Chap. 7, p. 130. — 20) Chap. 8, p. 180, — 21) Pag. 68 à 73.
verso. — 15) Livre
I Nehap:ts Ap:
vrages de Belisaire et de Guillaume Tardif, ce qui contribua è embrouiller davantage l’histoire du faucon. On voit en effet figurer dans Gessner, à còté des espèces établies par Albert le grand, non seulement le faucon gentil, mais aussi les faucons intermédiaires (mediani) 1) de Belisaire, que cet auteur 2) décrit comme formant un genre intermédiaire entre les pélerins et les gentils. Belon, qui avait étudié les ciseaux.de chasse en nature, posséda des connaissances beaucoup plus exactes sur ces animaux que ses prédécesseurs et surpassa méme sous ce rapport tous les naturalistes postérieurs jusqu'à nos temps; cet ornithologiste, le seul qui ait bien distingué le sacre et le lanier, qui n'ait adopté qu’une seule espèce d’émerillon, n'admet non plus qu'une seule espèce de faucon commun; il en donne méme une mauvaise figure, au dessus de laquelle on lit 3) que le faucon se nomme en grec «phassophonus hierax» et en latin «palumbarius accipiter»; mais il y rapporte à tort le tunisien qui est une race voisine du lanier. Aldrovande décerit d’abord le faucon sous le nom de Falco peregrinus 4); le Falco niger dont il donne une figure 5) qui représente un individu adulte du faucon è teintes très fonedes et à joues noires, ne forme chez lui qu'une variété de ce pélerin; il adopte ensuite, d’après Albert le grand et Carcano, le Falco montanus 6), à la suite duquel il range une deuxiéme espéce de montagnard qu'il nomme Falco leucophaeus 7), mais dont il est impossible de se faire une idée par sa description et par la figure abominable qu'il en donne; viennent enfin le Falco gentilis 8), le gibbosus 9) et le rubeus 18), è la suite duquel il décrit deux individus d'un oiseau de proie des Indes orientales 11) difficile è déterminer. Willughby et Ray s'étant contentés de reproduire ce que leurs devanciers avaient débité sur les soi-disant especes de faucons communs, il n'est pas nécessaire de citer ici leur travail. Nous passerons à Brisson, dont l’ouvrage, d’ailleurs fort recommandable, présente à l’égard de l’histoire du faucon une confusion dont on peut à peine se former une idée. Cet oiseau forme chez lui quatre différentes espèces du genre épervier. La première qu'il désigne simplement sous le nom de faucon, (Falco) 12), est établie d’aprés un jeune individu du faucon commun; il en donne une description originale et cite comme synonyme de cette prétendue espèce l’Accipiter fuscus de Frisch 13), figure qui parait plutòt représenter la buse, (Buteo vulgaris). La deuxième espèce, appelée le faucon gentil, (Falco gentilis) 14), est un mélange du Falco gentilis de Gessner et d’Aldrovande, et de celui de Linné qui a, comme nous le verrons dans la suite de cet ouvrage, décrit sous ce nom l’autour. La description qu'il donne de la troisième espéce, savoir, du faucon pélerin, (Falco peregrinus) 15), démontre qu'il réserve ce nom à ladulte du faucon commun. La quatrième espèce, enfin, est le faucon de montagne ou montagner, (Falco montanus) 16). Cette dernière espéce est composte de deux variétés, savoir, du Falco montanarius d’Albert le grand et du Falco montanus d’Aldrovande. Brisson admet encore deux variétés de son faucon pélerin, savoir, le faucon de Tartarie, (Falco tartaricus), et le faucon de
1) P. 70. — 2) P.91 et 106. — 3) Livre II, chap. 18, p. 115 118. — 4) Livre VII, chap. 1, p. 461. — 5) P.461. — 6) Ibid., chap. 4, p.477. — 7) Ibid., chap.5, p. 479. — 8) Chap.6, p. 481. — 9) Chap.8, p. 484 — 10) Chap. 12, p. 493. — 11) De duobus Falconibus rubris aliis Indicis, livre VII, chap. 13, p. 494, représentés sur les pages 495 et 496. — 12) Vol. I, p. 321, n°,4. — 13) PI. 74. — 14) P. 339,
n°. 5. — 15) P.341, n0.6. — 16) P.352,n0.9. — 17)P.324 — 18)Ibid. — 19)P.325. — 20)PI. 75. 21) P. 320.
Barbarie, (Falco tunetanus), qui est le lanier tunisien. Quant au faucon proprement dit de Brisson, cet auteur ny compte pas moins de douze variétés. La première de ces variéiés est le faucon sors, appelé par lui Falco hornotinus 17), qu'il regarde comme le jeune de son faucon qui, comme nous venons de le voir, est lui-méme ctabli sur un jeune individu de l’espèce ordinaire; sa deuxiéme variété est le faucon hagard ou bossu, (Falco gibbosus) 18), selon Brisson, le vieux du faucon, quoique la deseription qu'il en donne ne porte aucun indice qui puisse justifier ce rapprochement; la troisieme variété, appelée le faucon à téte blanche, (Falco leucocephalus) 19), repose sur l’oiseau figuré par Frisch 20) sous le nom de Vultur subluteus et qui est tout bonnement la buse pattue, (Butes lagopus); sa quatrième variété, nommée le faucon blane, (Falco albus) 21), présente un mélange du Falco albus d’Albert le grand, qui est le véritable faucon blanc, et du Falco albus d'Aldrovande et de Frisch qui n'est autre chose que le busard St. Martin (Circus cyaneus); le faucon noir, (Falco niger) 22), établi d’après Gessner et Aldrovande, ainsi que d’après le Falco fuscus de Frisch 23) qui est le jeune faucon commun, et d’aprés le faucon noir d’Edwards 24) de lAmérique du Nord, qui appartientà la race américaine du faucon, figure dans l’ouvrage de Brisson comme cinquième variéié du faucon; la sixièéme variété est le faucon tacheté d’Edwards 25), originaire de la baie de Hudson, appelé Falco maculatus par Brisson 26), et qui est la race du faucon commun qui habite l’Amérique du Nord; le Vultur pygargus de Frisch 27) qui ne paraît pas différer de la buse commune, (Buteo vulgaris), forme, sous le nom de faucon brun, (Falco fuscus), la septiéme variété 28); viennent ensuite, comme huitièéme et neuvième variétés 29), le faucon rouge d’Albert le grand et le faucon rouge des Indes d’Aldrovande, dont le premier repose sur le jeune faucon, le second sur une espèce indéterminable d’oiseau de proie; le Falco italicus de Jonston 30), oiseau qu'il est impossible de déterminer d’aprés la description succinete de ce misérable compilateur, forme sous le nom de faucon d’'Italie la dixiéme variété 31); la onzième, appelée faucon d'Islande, (Falco islandicus) 32), parait en effet établie d’aprés le jeune du faucon d’Islande ou du faucon blanc; enfin, le sacre, (Falco sacer) 33), termine, comme douxième variété, cet assemblage singulier d’espèces rangées à la suite l’une de l’autre comme simples variétés du faucon commun. Linné, se souciant peu de déméler ce que ses prédécesseurs avaient écrit sur le faucon, décrit un individu adulte de cette espèce sous le nom de Falco gyrfalco 34), et n’adopte de toutes les prétendues espèces de faucon commun, indiquées par ses devanciers, que le Falco gentilis 35), auquel il réunit aussi le Falco montanus; cependant, la description originale 36) quil donne de son Falco gentilis est évidemment faite d’aprés un jeune individu de l’autour. Buffon qui avait la manie de réunir souvent sous un seul nom les espéces les plus diverses, ne parait d’abord adopter qu’une seule espèce de faucon commun; mais par la suite, il distingue comme espéce particulière le pélerin ou faucon noir 37), quil range plus tard 38) parmi les es-
22) P. 327. — 23) PI. 83. — 24) Hist. nat. d’oiseaux peu connus, Londres, 1751, vol. I, pl. 4. — 25) L. c., pl. 3. — 26) P. 329. — 27) PI. 76. — 28) P. 331. — 29) P. 332 et 333. — 30) Aves, p. 19. — 31) P. 336. — 32) Ibid. — 33) P. 337. — 34) Fauna suecica, n°. 64; Syst. nat., 12me, édit.,
p: 130, n°. 27. — 35) Syst. nat., p. 126, n°. 13. — 36) Fauna su
oiseaux, tome I, p. 259. — 838) L. c., p. 268; la figure de cet oiseau, PI. enl. 469, représente un fau-
ica, n°. 58. — 37) Hist. nat. des
con jeune à teintes très foncées.
péces étrangères, et il admet dans ces espéces plusieurs variétés, savoir, dans l’espéce du faucon, le faucon è téte blanche de Brisson 1) qui, comme nous l’avons vu plus haut, n’est autre chose que la buse pattue, et puis le soi-disant faucon blanc 2), dont nous avons déjà fait mention en traitant du véritable faucon blanc, et que Buffon présume n'étre qu'une variété de l’espece commune produite par l’influence du climat; quant à la prétendue espece du pélerin, Buffon croit qu'il convient peutéure d’en rapprocher comme variétés le tunisien et le faucon de Tartarie 3). Il serait fastidieux de rapporter ce que Pennant, Latham, Gmelin et autres naturalistes contemporains ont éerit sur les soi-disant espèces ou variétés du faucon, dont nous venons de parler; ces auteurs, se copiant l’un lautre et se contentant d’entasser péle-méle et sans critique toutes les indications qu'ils irouvaient dans les ouvrages de Linné, de Brisson et de Buffon, ils n’ont absolument rien ajouté è la connaissance de cet ciseau. On peut se faire une idée de la confusion qui rèégne dans leurs ouvrages par celui de Gmelin, qui n'a fait d'autres changements aux travaux de ses devanciers que celui d’imposer au faucon une nouvelle dénomination, savoir, celle de Falco communis 4). l'histoire du faucon embrouillée de cette maniére par les naturalistes de cabinet, il devenait de plus en plus difficile de voir clair dans ce chaos de synonymes entassés sans discernement; aussi les ornithologistes observateurs se trouvaient-ils bien embarrassés toutes les fois qu'il s'agissait de concilier les données des compilateurs avec les faits obtenus par l’étude de la nature. Ce ne fut que peu à peu que l'on s'enhardit à constater qu'il n'existe en Europe qu'une seule espèce de faucon commun, mais en établissant cette espèce d'une maniére plus ou moins précise, on n’adopta que quelques synonymes empruntés de Brisson, de Buffon, de Linné, de Latham et de Gmelin, et on rejela toutes les indications fournies par les naturalistes antérieurs, sans méme les soumettre è la critique. Bechstein, un des premiers qui ait fondé ses études sur l’observation de la nature, et que l'on regarde à juste titre comme le créateur de l’histoire naturelle des oiseaux de l'Europe centrale, attacha cependant trop d'importance aux travaux de ses prédécesseurs pour qu'il ait pus'affranchir de leur autorité, et quoiqu'ilait compilé avec assez de discernement, il a encore contribué à embrouiller lhistoire du faucon commun. Cet oiseau figure en effet dans ses ouvrages sous plusieurs dénominations. Bechstein adopte d’abord comme espece le pélerin, Falco peregrinus5), et il y rapporte cinq variétés, savoir, le faucon de Barbarie, puis le faucon noir auquel il conserve le nom de Falco communis ater, proposé par Gmelin6), ensuite le faucon tacheté de Brisson cu Falco communis naevius de Gmelin 7); le faucon de Tartarie, et enfin, le pélerin de l’Amérique du Nord. La deuxiéme espèce de faucon commun, énumérce par Bechstein, est son Falco abietinus8), déjà antérieurement décrit par lui, dans la premiére édition de son ouvrage 9), sous le nom de Falco subbuteo major: cette soi-disant espèce, d’abord également adopige par Naumann ro),
est établie d’aprés des individus de petite taille du faucon com-
1) Mr. de Buffon, p. 257, dit de cet ciseau: «le car:
gles me pa
ire des pieds couverts de plumes jusqu’anx on-
nt étre spécifique, ou tout au moins Pindice d’une race constante et qui fait race è
re du faucon», remarque très curi
Lc, p. 259. — 4) Syst. nat., p. 270, n°. 86. — 5) Naturgeschichte, 2me gdit., 96 — 6) Syst. nat., I, p. 270, n°. 86 &. — 7) Ibid., p. 271, n°. 86% — 8) L.e., 9) Le, p. 315. — 10) Naturgeschichte, {re édit., IV, p. 125. — 11) L. c., 2me gdit,
12) Ibid., p.871. — 13) Nous Ss ì j Ss 2) 3 3) D nous croyons s a 5 stifié par ei i ) yons suffisamment Justifié par ce que nous venons de dire sur la
ari CIARA
mun. La troisième espèce est le Falco gyrfaleo de Linné, que Bechstein désigne sous le nom allemand de Schlechifalke 11). A. la suite de ces prétendues espéces vient se ranger, dans l’ouvrage de Bechstein, le Falco communis 12), composé, à l’exception du sacre, des onze variétés du faucon introduites par Brisson, et dont deux, savoir, le faucon noir et le faucon tacheté, avaient déjà été données par Bechstein comme variétés de son pélerin. Meyer et Wolf, Temminck et tous les autres naturalistes qui ont écrit après eux, sont d’accord pour n’adopter qu'une seule espèce de faucon commun, à laquelle ils réservaient assez mal à propos le nom de pélerin ou Falco peregrinus 13); les prétendues variétés méme de cette espèce furent successivement bannies des méthodes, et ce ne fut que le soidisant Falco albus d’Albert le grand doni quelques auteurs, entre autres Naumann et Gloger, conservèrent le souvenir, en le faisant figurer dans leurs ouvrages comme variété accidentelle du faucon, quoique aucun naturaliste n’ait encore pu se vanter d’avoir vu des variétés blanches ou, en d’autres termes, des albinos du faucon commun. Cette espèce ayant été représentée dans la plupart des traités d’Ornithologie, on n'a quà choisir parmi les nombreuses figures qui en existent, et qui sont pour la plupart assez reconnaissables.
Ayant déjà fait connaitre les noms divers sous lesquels on a l’habitude de désigner le faucon commun, il nous reste seulement à observer à cet égard que cet oiseau est connu dans plusieurs parties de P'Allemagne sous le nom de faucon aux pieds bleus, ou plutòt simplement sous celui de pied-bleu, «Blaufuss». Il est vrai, et nous l’avons démontré en traitant du lanier, que c'est cette espèce et non pas le faucon commun, qui a été indiquée sous ce nom de faucon aux pieds bleus par Albert le grand et par plusieurs autres naturalistes; mais le plus grand nombre d’écrivains, qui ont fait mention des. soi-disant pieds-bleus, ont évidemment compris sous ce nom le faucon commun, ou tout au plus la variété de cette espèce dont la couleur des serres tire sur le bleuatre. Stumpfius, par exemple, constate, au rapport de Gessner 14), que les pieds-bleus se trouvent dans braucoup d’endroits de la Suisse, qu'ils y nichent sur les rochers escarpés près des eaux et qu'on enlève les jeunes du nid pour les affaiter; on lit encore dans l’ordonnance sur la fauconnerie de l’empereur Maximilien TO)h que le proviseur en Autriche avait la faculté de commander des pieds-bleus 16) dans les campements des fauconniers, dont il existait un assez grand nombre dans les différentes provinces des états autrichiens. Or, on sait que le lanier n’habite, ni l’Allemagne, ni la Suisse, et quil ne s'égare que très rarement dans l'Europe centrale; ce passage de l’ordonnance de l’empereur ne peut pas non plus Sappliquer au sacre, car l’empereur devait bien connaitre cette espèce, dont .il recevait annuellement douze individus de V'ìle de Chypre 17), et qu'il faisait dénicher en Pologne 18). Flemming 19) et Doebel 20) emploient constamment le nom de pied-bleu pour désigner le faucon commun, et Naumann DI)
rapporte que dans le duché d’Anbal-Cothen, ce nom du fau-
nomenclature dv faucon, d'avoir rétabli, pour désigner cette espèce, le nom de Falco communis et en allemand celui de Schlechtfalke: voir notre Revue critique des oiscaux d'Europe, p. 2. — 14) L. c., p. 73. — 15) Dans l'ouvrage de Mr. von Hammer, intitulé Falknerklee, p. 94. — 16) Ce nom de Blaufuss y est éerit Plabfus. — 17) L. c., p. 94. — 18) Belisarius, p. 102. — 19) Der vollkommene deutsche Jiger, 2me édit., Leipzig, 1749, fol., I, p. 319. — 20) Neueròffnete Jigerpraktika, 2me édit., Leipzig, fol, 1746, 1, p. 77, chap. 117; II, p. 165, chap. 124, et p. 194, chap. 159. — 21) Natur-
geschichte, 2me gdit., I, p. 285.
con est encore en vogue de nos jours. Il est fait mention dans plusieurs anciens écrits hollandais d'un faucon appelé «blaet»; mais ce mot n'est qu'une contradietion da nom hollandais de «blaauwvoet» 1), ce qui signifie pied-bleu, et le faucon dont il s'agit doit évidemment étre rapporté au faucon commun et non pas au lanier, comme l’a fait Merula 2). Nous en trouvons la preuve dans une ordonnance de l’empereur Charles Quint, datée du 22 septembre 1539 3), où il est dit que les fauconniers étaient obligés d’apporter à la fauconnerie de La Haye, avant de les vendre, tous les faucons et pieds-bleus (blaeten), qu'ils avaient pris dans le pays. Ce méme nom de «blaet», mais éerit d’une maniére différente, savoir, blade, se trouve encore dans un décret du comte Leicester 4), proclamé en 1586 dans le but de fixer le prix des oiseaux de chasse pris, soit dans les environs de La Haye, soit dans d’autres parties de la Hollande; il n°y est fait mention que de quatre espèces d’oiseaux, savoir, le gerfaut, le faucon, le pied-bleu et l’autour. Le lanier n'ayant jamais été observé en Hollande, il est évident que l’oiseau appelé «blade» ne peut avoir été autre chose qu’une variété du faucon commun, et cette supposition est d’autant plus probable que les prix fixés pour ce blade et le faucon commun sont à peu près les mémes dans le décret dont nous venons de parler. Les fauconniers danois d’autrefois faisaient des distinctions analogues: ils comprenaient, au rapport de Brunnich 5), le faucon commun en général sous la dénomination de «Slaetvalk»; mais ils réservaient le nom de «Blaaefugl» (oiseau bleu) à la variété du faucon è cire bleuatre; et celui de «Guulbek» (bec jaune) à la variété à cire tirant sur le jaune verdatre.
Le faucon commun a été observé, à l’exception de l’Islande, dans la plupart des pays d'Europe. Il se trouve, suivant les observations des ornithologistes anglais, dans toutes les parties du royaume de la grande Bretagne6). Nilsson 7) rapporte qu'il habite les contrées montiueuses de toute la Scandinavie, notamment les parties septentrionales de cette presqu'ile. Il niche en France et en Allemagne, et il a été observé dans plusieurs parties du midi de l'Europe, comme par exemple, en Italie, où tous les naturalistes depuis Aldrovande jusqu'à Savi en font mention, en Sardaigne et dans les iles voisines, où il est, suivant Kiister 8), très commun, notamment le long des còtes de la mer, et en Gréce, où il se trouve toute l'année, quoiqu'en petit nombre g). Cette espèce fréquente également, suivant Riùppell ro), lEgypte, la Nubie et l’Abyssinie, et nous en avons examiné deux individus, male et femelle, rapportés de la Nubie au musce de Berlin par M.M. Hemprich et Ehrenberg, et qui
sont en tout point semblables à ceux de l'Europe. Pallas 11)
rapporte que le faucon commun n'habite en Russie que les rives escarpées qui s'étendent le long des bords du cours inférieur du Wolga, mais qu'il est répandu dans toute la Russie asiatique depuis les monts Oural Jusqu'au Kamtschatka et aux iles Kouriles, et depuis LAltai jusqu'aux bords de la mer
elaciale;
le
quil niche dans toute l’étendue de ces terres, mais
1) Kilian, Etymologicum, p. 69. — AN, 18. — 3) Ibid., chap. XI, p. 27. —
4) Archives de l’administration forestière, déposés à la Haye, I. c.,
chap. VII, p.
n°. 2, fol. 43. — 5) Ornith. bor., et avant tout, celui de
p. 1. — 6) Consultez les ouvrages de Bewick, de Selby, de Sir W. Jardine ete.,
Yarrell, a History of Brit. Birds, vol. 1, p. 37. — 7) Scandin. Fauna, Oiscaux, 1,
1835, p. 210. — 9) Von der Mùhle, Beitràge, p. 18
p. iS. — 8) Isis,
- 10) Neue Wirbelthiere, Oiseaux, Franefort,
1835, fol., p. 44.
quil quitte ces contrées à l’approche de l'hiver pour n'y retourner qu'au printemps suivant. Ce faucon se trouve encore au Japon, d’où nous venons d’en recevoir deux individus, l’un Jeune, l’autre adulte, mais qui ne se distinguent en rien de ceux de l'Europe. Il en est de méme, suivant Mr. Holboll 120} de ceux qui habitent le Groénland.
Outre ces faucons exotiques absolument identiques avec le faucon commun, il existe encore dans plusieurs autres parties du monde des faucons semblables au nòtre, mais qui varient, soit constamment, soit individuellement, d’une manière plus ou moins sensible par leurs teintes ou par leur taille. Mr. Gould a découvert à la Nouvelle Hollande, et nos voyageurs ont rapporté de Java et des Moluques des faucons communs remarquables, à l’àge adulte, tant par la couleur foncée de la région des oreilles et des parties supérieures à l’exception du croupion, que par la teinte d'un brun roussàtre sale, qui orne les parties inférieures dont les taches sont assez prononeées et nombreuses 13); mais d’autres individus, obtenus des possessions Néerlandaises dans les Indes, n’offrant point ces particularités et ne se distinguant en conséquence par aucun caractère essentiel du faucon commun d'Europe, nous nous croyons d’autant moins autorisés d’admettre cet ociseau comme espèce qu'il existe en Europe, ainsi que nous l’avons constaté plus haut, une variété analogue, du moins par rapport aux teintes foncées de la région des oreilles et du dos. Il en est de méme des faucons communs qui habitent l'Amérique du Nord, dont Edwards 14), Wilson 15), Audubon 16) et Richardson 17) ont donné des figures et des descriptions; qui ont également été observés au Paraguay 18) et mème jusqu’au détroit de Magellan 19), et qui paraissent souvent présenter des différences de couleur analogues à celles observées dans les faucons communs de la Malaisie et de la Nouvelle Holiande; mais parmi lesquels il y en a également qui ressemblent en tout point au faucon commun, tel qu'il se trouve en Europe 20). Il nous reste à faire mention d’un faucon rapporté en grand nombre du Cap de Bonne Espérance par les voyageurs néerlandais, ainsi que par les naturalistes anglais et frangais, M.M. Smith et Verreaux. Ce faucon, qui ressemble parfaitement au faucon commun, tant par son organisalon que par les proportions relatives de ses parties et qui, soit au jeune age, soit à l’àge adulte, n’offre pas non plus des différences sensibles par rapport à la distribution des teintes, s'en éloigne au contraire constamment par sa taille moins forte, de sorte que la femelle de ce faucon du Cap n’égale en grandeur que le male du faucon commun d'Europe, tandis que le male du faucon du Cap tient sous ce rapport le milieu entre le hobereau et le male de notre faucon commun. On doit s'étonner à juste titre que les naturalistes modernes, si avides de eréer des espèces nouvelles, aient négligé d’élever au rang des espéces cette race africaine du faucon commun que nous désignerons simplement sous le nom de faucon commun du Cap. Il est cependant bon de remarquer qu'il faut se garder de confondre
ce faucon du Cap avec une espèce analogue mais différente,
11) Zoographia, I, p. 328. — 12) L.
p. 388. — 13) C'est le Falco melanogenys, décrit et figure
sous ce nom, par Gould, dans son ma que ouvrage intitulé «The Birds of Australia», (! è sans numéro) — 14) L.c., Tomel, pl. 3 cv 4: Faucon noir et Faucon tacheté. — 15) PI. 70. — 16) PI. 16. — 17) L. c., p. 23. — 18) Azara, Voyages, Paris, 1509, tome II, p. 95. — Voyez Gould, the Birds of Europe, à l’artiele «Peregrine Falcon». — 20) Nous avons exmniné un individu scimblable dans les
galeries du musée de Berlin,
rapportée par M.M. Rippell et Ehrenberg, de Dongola et de la Nubie. Ce joli faucon, décrit et figuré par Mr. Temminck 1), sous le nom de faucon pélerinoide et récemment introduit tort2) parmi les oiseaux d'Europe, ressemble par sa taille au faucon commun du Cap, si ce n'est que la femelle, à peine plus forte que le male, offre toujours des dimensions beaucoup moins considérables que la femelle de cette race africaine du faucon commun. Au jeune age, le plumage du faucon pélerinoide présente des teintes semblables à celles du faucon commun; mais elles sont en général beaucoup plus pàles, et toutes les parties claires tirent un peu sur le brun rougeatre. Les teintes du plumage des adultes rappellent celles du faucon cervical, à cette exception près que la teinte du fond des parties inférieures est plus sale et tirant au jaune rougeaàtre, et que ces parties sont ornées de taches foncées plus nombreuses. Du reste, cet oiseau se distingue du lanier et de toutes les espèces voisines de ce faucon, par sa petite taille et sa queue beaucoup plus courte, cette partie ne portant guére que cinq pouces à cinq pouces et demi en longueur, tandis que les ailes n’offrent qu'environ dix à onze pouces.
Le faucon commun choisit ordinairement, pour y établir son aire, les fentes des rochers escarpés; mais quelquefois on la trouve aussi sur des arbres élevés, tels que pins ou sapins. Elle est simplement construite de rameaux, disposés sans art, comme cela a lieu de la plupart des oiseaux de proie. La ponte est le plus souvent de trois ceufs de forme arrondie, et qui sont d’un gris jaunàtre ou d’un jaune rougeàtre parsemé de taches brunes ou brun rougeàtres. Les petits éclosent au bout de trois semaines et sorient souvent du nid avant que le plumage ait acquis son développement complet. A cette époque de l’année, ces oiseaux aiment le voisinage des foréts où ils passent également la nuit, perchés sur des arbres. A l’approche de la saison rigoureuse, ils quittent ordinairement leur demeure habituelle, soit pour se répandre dans les plaines et s'établir dans des lieux d'une nature quelconque, pourvu qu’ils puissent y trouver de quoi subsister, soit pour émigrer completement quand ils ont passé l’été dans des régions froides. En Europe, ce sont particulierement les grandes plaines, qui s'étendent le long des còtes septentrionales de l’Allemagne et des Pays-Bas, que ces faucons passagers visitent lors de leurs migrations en automne; ils y passent quelquefois méme l’hiver, et ils les traversent de rechef, du moins en partie, au printemps suivant, quand ils retournent aux lieux qui leur servent de séjour d’été. Il paraît qu'il y a certaines lois qui président à ces migrations; car nos fauconniers ont observé qu’en automne ce sont les adultes des deux sexes qui arrivent les premiers, que ceux-ci sont suivis des jeunes males, et que ce sont les jeunes femelles qui terminent le passage; au printemps, au contraire, le nombre des faucons qui passent par ces contrées est beaucoup moins considérable, et alors on ne prend guére que de jeunes femelles, et rarement de Jeunes males ou des adultes des deux sexes. On concoit du reste que la régularité de ces migrations soit modifiée par l’abondance ou le défaut de gibier dans certaines localités, par le temps et particuliérement par les vents. Le faucon commun se nourrit de toutes sortes d’oiseaux de taille
1) Planches coloriées 479.
moyenne, par exemple, de canards, de faisans, de perdrix, de . . £ 2; Ss N p. 1 ae pigeons, de courlis, de bécasses, ete.; il se nourrit aussi d’oiseaux
de petite taille, tels que bécassines, grives, allouettes, etc., et
à défaut de mieux, il se contente méme de faire la chasse aux corneilles, aux choucas, aux geais et aux mouettes. Ce sont particuliérement les pigeons qui se trouvent exposés à ses attaques, et en hiver il s'établit souvent, afin d’obtenir cette proie favorite, au milieu des villes et des villages, sur des tours ou d’autres édifices élevés, d’où il répand journellement la terreur parmi cette volaille, jusqu'è ce qu'un coup heureux mette un terme à ses déprédations. Dans l’Amérique du Nord, il se nourrit, suivant Wilson, de préférence de canards, et Richardson observe que dans les régions borgales de cette partie du monde, c'est presque exclusivement le canard à longue queue (Anas. glacialis), auquel il fait la chasse. Dans l’ile de Java, au contraire, il choisit, selon le récit de nos voyageurs, le plus souvent les coqs sauvages comme objet de ses attaques. Après s'étre rendu maître de sa proie, il va chercher pour la dépecer un point quelconque peu élevé dans les champs; mais alors il arrive souvent quà l’approche des buses ou des milans, il abandonne sa proie à ces oiseaux d’ailleurs si lìches; phénomène trés curieux que l'on ne parvient à expliquer qu’en supposant que le faucon craint des attaques, que par suite de son organisation il ne salt pas repousser, tant que ses agresseurs se tiennent à terre.
Le faucon commun est l’oiseau le plus généralement employé en Europe pour la chasse au vol, non seulement à cause de ses excellentes qualités, mais plus particulièrement parce qu'on peut se le procurer plus facilement et en plus grand nombre que les autres faucons de grande taille. On l’affaite pour toutes sortes de vols d’oiseaux, comme, par exemple, pour le vol de la corneille, de la pie, de la perdrix, du canard, ete.; mais il ne peut guère éire employé pour le vol du milan, et en l’affaitant pour celui du héron, on ne doit choisir que les passa gers à l’excepiion de leurs tiercelets. Les faucons niais que l’on fait voler d’amont sont excellents pour les vols de la perdrix, du canard, de la corneille, de la pie et d’autres ociseaux de
taille movenne.