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DE L’AUTOUR

L’autour étant parmi les oiseaux de proie d'Europe de grande taille la seule espèce dont les ailes soient si courtes qu'elles ne recouvrent que la moitié de la queue, il est facile de reconnaître cet oiseau au premier coup d’oeil. La femelle de l’autour atteint une longueur totale d’environ vingi-deux pouces, mais le màle n'a le plus souvent que dix-neuf pouces de longueur. Les ailes de la femelle portent en longueur treize pouces el demi, la queue dix pouces, le tarse trois pouces et cinq lignes, le doigt du milieu deux pouces. Dans le male, les ailes sont longues de douze pouces et demi, la queue offre neuf pouces, le tarse trois pouces et le doigt du milieu un pouce et neuf lignes. On voit par ces données que l’autour, tout en offrant des ailes plus courtes, égale par sa taille les plus grands faucons. Il a les doigts aussi longs que ces derniers, ils sont aussi très robustes, mais les tubercules à leur base sont moins saillants. L’autour a V'iris de l'oeil d’un jaune intense, qui tire méme sur le Jaune orangé dans les adultes; la cire et les pieds sont également d'un jaune, pàle dans les jeunes, plus vif dans les adultes. Le bec est d’un bleu noiràtre. Les ongles sont noirs et fortement courbés; celui du doigt externe est petit, ceux du pouce et du doigt du milieu sont au contraire très vigoureux. On observe entre le doigt externe et celui du milieu une membrane qui réunit ces doigts à leur base. La queue, un peu arrondie à l’extrémité, est ornée de cinq à six bandes foncdes.

La teinte du fond des parties inférieures de l’autour est dans les jeunes de l'année d’un blanchàtre tirant, è l’exception de la gorge, plus ou moins sensiblement sur le roux Jaunatre ou sur le brun couleur de rouille pale. Toutes les plumes de ces parties sont pourvues de taches longitudinales d’un

brun

foncé, très étroites sur la gorge, plus ou moins larges sur lo

les autres partes notammeni sur les flanes el prenant vers l’ex-

trémité des plumes une forme lancéolée. La couleur du fond du dessus est un brun plus ou moins foncé, mais toujours plus clair sur la téte et le cou, dont les plumes sont pourvues de bords d’un brun jaunàtre clair. Il en est de méme de celles du croupion. Les plumes des autres parties supérieures offrent ordinairement un liséré plus pale. Les pennes de l’aile sont d'un brun noiràtre entre-coupé par des bandes marbrées de blanc ou de grisàtre; on observe des bandes semblables sur le croupion. Les bandes foneées de la queue sont assez prononcées et plus ou moins distinctement séparées l’une de l’autre par des bandes analogues d’un brun jaunàtre pàle marqué de petites taches ou marbrures d’un brun noiràtre. Du reste, les teintes de l’autour au jeune dge, quoique assez semblables dans les deux sexes, présentent de nombreuses variétés individuelles, sans que leur distribution en général subisse pour cela des modifications sensibles.

Lorsque l’autour, après la mue, s'est revétu de sa liv ,e parfaite, ce qui a lieu vers la fin de l’éié dans la deuxième année de son existence, son plumage offre alors une distribution des teintes très diverse de celle qu’on observe dans les individus au jeune Age. Les parties supérieures sont alors d'un brun fuligineux noiràtre tirant plus ou moins sur le gris bleuaàtre. On voit audessus de l’ocil une raie blanche assez marquée qui se prolonge en arriére pour occuper toute l’étendue de la nuque et des parties postérieures de la téte, mais les plumes blanches qui produisent ce dessin, sont pourvues à leur pointe d’une tache foncée. La teinte dominante du dessous de l’oiseau est un blanc plus ou moins pur; toutes les plumes de ces parties ont leur tige teinte de brun noir et elles sont ornées en outre, à l’exception de celles de la gorge et des couvertures inférieures de la queue, de raies transversales ondulées, assez serrées et d'un brun noir. La queue est terminée par un liséré blanc et ses bandes noiràtres se confondent souvent sur leurs bords avec la teinte du fond. Le màle adulte ne se distingue de la vieille femelle, outre sa taille moins forte, que par des raies foncées plus étroites et plus serrées, par le blanc des. parties inférieures qui est plus pur, par la couleur plus foneée de la téte, ainsi que par la belle teinte d’un cendré bleuàtre foncé, dont le dessus de l’oiseau est orné, teinte qui s'efface cependant plus ou moins complétement après la mort, pour se changer en brun-gris fuligineux.

Comme l’autour est un ciseau facile à reconnaître et le seul du genre qui existe en Europe, il s'en faut beaucoup que son histoire soit aussi embrouillée que celle des faucons. Le mot d’autour vient, ainsi que nous l’avons remarqué plus haut, du latin «astur», nom d’un oiseau de proie, et dont il n’est point fait mention dans les auteurs latins avant le quatrième siècle de notre ère; mais ce mot d’astur dérive évidemment du grec «asterias», et comme Aristote a indiqué un oiseau de proie sous cette dénomination, on croit généralement que cet oiseau est le méme que notre autour. L’autour et l’épervier étant beaucoup moins estimés comme oiseaux de chasse que les faucons,

1) Liber II, cap. 2, p. 75. — 2) Il est vrai que G. Tardif, partie 1re, chap. 8, p. 59 verso, admet à l’exemple des fauconniers arabes cinq espèces d’autour; mais il met au rang des espèces le mile et la femelle de Pautour, puis le soi-disant demi-autour, «qui est maigre et peu prenant», enfin I'épervier et un oiseau voisin de Igpervier, dont il est impossible de déterminer l'espèce. — 3) Partie 5me, chap. 2,

p. 300 et 304 — 4) De animal., lib. VII, tract. 1, cap. 4; lib. VIII, tract. 2, cap. 6; de falcon. ete., lib. XXI, cap. 20, 21, 22, 24 — 5) Lib. III, p. 5. — 6) Ibid., p. 50. — 7) Livre II, chap. 16

les auteurs de fauconnerie ont souvent négligé d’en parler amplement dans leurs écrits. L’empereur Frédéric, bien qu'il se soit proposé 1) de traiter de ces oiseaux, ne l’a pas fait, si toutefois cette partie de son manuscrit qui devait comprendre l’autourserie, n'a pas été détruite avant la publication de son ouvrage. Les auteurs de fauconnerie ne font toujours mention que d'une seule espèce d’autour2); mais ils distinguaient le plus souvent ces oiseaux suivant les localités d’où ils les tiraient. Ils ont très bien indiqué les changements qu’éprouve le plumage de l’autour après la mue, et d’Arcussia a déjà donné des figures assez reconnaissables de l’autour sors et de l’autour mué 3). Quant aux naturalistes, il leur a falla plusieurs siècles, avant de savoir distinguer l’autour jeune de l’adulte. Cependant, Albert le grand, instruit probablement par les fauconniers, n’admet qu’une seule espèce d’autour dont il fait mention, tantòt sous le nom d'Astur, tantòt sous celui d’Accipiter major ou simplement sous celui d’Accipiter, nom qu'il emploie ordinairement dans un sens générique, mais sous lequel il ne comprend jamais d’autres espèces que l’autour et l’épervier 4). Gessner ne parle de l’autour que d'une manière confuse et sous la dénomination générique d’Accipiter 5); son Accipiter palumbarius 6), dont le nom est emprunté à Aristote, et que l’on a cru devoir référer à l’autour, est composé d'un mélange de citations, dont pas une seule ne saurait étre rapportée avec certitude è cet ociseau. Belon 7) ne paraît avoir connu que le jeune autour dont il donne la figure; il prend cet oiseau pour l’Asterias hierax d’Aristote, nom qu'il rend en latin par Accipiter stellaris. Aldrovande a compris sous le nom d’Asterias l’autour

au jeune dge dont il donne deux figures 8); lautour adulte

o) porte chez lui le nom d’Accipiter palumbarius 9). Ce dernier nom a été adopté par Willughby 10) et Ray r1) pour désigner l’autour. Frisch a figuré l’autour sous quatre noms différents, savoir, le male adulte sous le nom'de Falco sagittatus 12), la femelle adulte sous celui de Falco 13), le jeune de l'année sous celui de Milvus seu Astor 14) et une variété de l’autour au jeune dge sous celui d’Accipiter stellatus seu guttatus 15). Brisson fait trois espèces de l’autour; celle qu'il nomme simplemeni Astur 16) est basée sur l’autour adulte; son gros busard ou Circus major 17) repose sur le Milvus ou Astor de Frisch et son busard varié ou Circus varius 18) dont il fait une variété de son gros busard, est établi d’aprés l’Accipiter stellatus de ce méme auteur. Linné fait de l’autour adulte son Falco palumbarius 19), et il décrit très mal à propos l’autour au jeune age sous un nouveau nom, savoir, celui de Falco gentilis20). Mr. de Buffon est le premier naturaliste qui ait indiqué les changements qu’éprouve par la mue le plumage de l’autour, dont il n'adopte quune seule espèce 21). Gmelin, au lieu d’imiter cet exemple, admei comme espèces les Falco palumbarius et gentilis de Linné, puis le gros-busard et le busard varié de Brisson, le premier sous le nom de Falco gallinarius, le second sous celui de Falco gallinarius naevius 22). Bechstein, dans la première édition de son histoire naturelle, déerit p: 112. — 8) Liber V, cap. 1, p. 340 et 841. — 9) Lib. V, cap. 2, p. 343. — 10) Omith,, lib. II, a i I a 19) 7A, — 16) 9

16) Tome 1, p. 317. — 17) Ibid., p. 398. — 18) Ibid., p. 400. — 19) Fauna suecica, n°. 67, et Syst. nat., edit. XIT, I, p. 130, n°, 80. — 20) Fauna suecica, n°. 58; et Syst. nat., I c., p.126,n°. 18. — 21) Hist.

nat. des Oiseaux, tome I, p. 230, pl. 12, et PI. enl. 461 et 418. — 22) Syst. nat., ed. XITI, p. 269, n°. 30; p. 270, n°. 13; et p. 266, n°. 73.

blelAeisieielelelisie:sizitzeni suit iritiasessnitaizienenstzitota ta cestattta OTIS IFTS e eieiriaciviiieceicceinizieiene;

le jeune autour sous le nom de Falco gallinarius 1), le vieux sous celui de Falco palumbarius 2); il adopte également comme espèce le Falco gentilis de Linné, auquel il donne très mal à propos le nom allemand de faucon noble 3). \yant reconnu plus tard son erreur, il n'admet dans la deuxième édition de son ouvrage qu’'une seule espèce d’autour qu'il désigne, è l’exemple de Linné, sous le nom de Falco palumbarius 4), et il reconnaît que le Falco gentilis de Linné n'est autre chose que le jeune autour 5), ce qui ne l’empéche pas de laisser à cette espèce imaginaire le nom allemand de faucon noble 6), et de donner, en traitant de cet oiseau, tous les détails relatifs à la fauconnerie. Depuis cette époque il ne fut plus question de ces espèces imaginaires, et les naturalistes n’adoptèrent qu'une seule espèce d’autour d'Europe, A laquelle ils réservaient unanimement le nom de Falco palumbarius, dont on trouve des

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